Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d'un policier

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Sophie Riche, le 3 mars 2013.

  1. Sophie Riche

    Sophie Riche
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    Giddy goat
    Membre de l'équipe

  2. Gros-Câlin

    Gros-Câlin
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    Pour ce qui est de "mieux traiter les auteurs que les victimes", et après dire "l'agresseur présumé peut avoir un avocat, appeler sa famille etc, alors que la victime peut être mal accueillie", je trouve ça assez maladroit.
    Le fait n'est pas de mieux traiter les auteurs, car à ce stade, l'accusé est encore innocent quand même... donc il est normal qu'il ait des droits et qu'il soit "bien traité".
    Et pour ce qui est de la victime, c'est plutôt qu'on devrait mieux les accueillir, tout bêtement, les écouter, car ensuite, seule l'enquête révélera si elle dit la vérité ou non.
    Le policier n'a pas à être juge de ce que dit la personne, mais seulement dépositaire de ses propos.

    Après, ce n'est pas un boulot facile du tout, mais quand je lis les jugements et les phrases dégueulasses que certaines personnes peuvent se prendre de policiers qui sont là pour prendre une plainte, je trouve ça grave.

    Après, sur l'article, il est positif car il indique juste qu'il faut aller porter plainte, ne pas hésiter, même si on tombe sur des policiers peu compréhensifs, ce que beaucoup refusent, mais il n'apprend pas grand chose en fait, enfin je trouve.
    J'aurais aimé en savoir plus sur les consignes qu'ils ont, le comportement qu'ils doivent adopter etc... et les droits des victimes si elles tombent sur un policier qui ne les écoutent pas et remettent leurs paroles en doute, sans prendre réellement sa déposition.
    Parce que dire : "au pire, vous revenez plus tard, vous aurez peut-être la chance de tomber sur un policier sympa" (c'est le message tel que je l'ai compris du moins) ou alors : "tournez vous vers des assoc", nan mais sérieux, ça m'énerve parce que non, la 1ère écoute et les personnes compétentes dans ce cas là c'est bien la police quoi, c'est leur boulot de prendre les dépositions sans juger, ils n'ont pas à être "dans de bonnes dispositions", c'est juste normal quoi.
    Là on dirait que le policier de l'article se dédouane un peu, dit juste : "portez plainte car une agression c'est traumatisant, vous pourrez vous reconstruire", bah oui on s'en doute hein, mais si on vient pour finalement s'entendre dire : "revenez plus tard", bof quoi...
    Je ne comprends pas trop le message de cet article en fait, plus je le relis et plus je me dis qu'il y a un message super contradictoire, ou alors on dénonce le comportement parfois con des policiers, mais au lieu de dire que ça va changer, on renvoie la victime vers d'autres personnes, comme les associations, alors que ce n'est pas leur but 1er.
     
    #2 Gros-Câlin, 3 mars 2013
    Dernière édition: 3 mars 2013
  3. Akela

    Akela
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    Adooore les sushis

    C'est intéressant mais pas particulièrement rassurant... Sans que ce soit la faute de ce policier ou des journalistes hein, bien sûr. Ils ne font qu'exposer la réalité.
    Mais c'est un article écrit suite aux raisons que les victimes invoquent pour ne pas porter plainte et je les comprends très bien, malheureusement :sad:
     
  4. justcigarettes

    justcigarettes
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    J'ai été agressée il y a un peu moins d'un an et ai portée plainte le jour même. Quant à l'accueil que j'ai reçue, il n'y a rien à dire (même si je pense que le fait que je sois mineure à l'époque des faits a beaucoup joué), les policiers étaient sympas, ils m'ont bien expliqués la procédure etc... Cependant, quant au fait de l'enquête qui consiste à retrouver l'agresseur, je n'ai jamais été contactée...  Il était pourtant "simple" à identifier étant donné qu'il m'a remarquée dans le bus puis suivi jusqu'à chez moi.. Il y a des caméras et je leur avais donné l'heure, le numéro du bus et la place qu'il tenait à l'intérieur (j'ai une bonne mémoire visuelle) mais rien.. Alors je veux bien, mais un bon accueil ne fait pas tout, surtout lorsqu'on ressent que notre plainte et tout ce qu'on a vécu n'étaient que de la paperasse dont ils voulaient se débarrasser au plus vite.
     
    Fluotine, Ischtar et Myr_iam ont BigUpé ce message.
  5. Aiika

    Aiika
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    Conceal, don't feel.

    Je ne peux pas dire vraiment ce qu'il en est en France puisque j'ai étudié le droit suisse, mais vu ces phrases j'ai l'impression que le problème est un peu pareil. Certes comme tu le dis, l'auteur doit avoir des droits puisqu'il est présumé innocent. Mais des policiers qui avaient été interrogés dans le cadre d'une thèse avaient clairement répondu que c'est bien dommage, mais la victime on s'en fout un peu (en utilisant ces mots). Donc c'est bien de vouloir protéger les auteurs, de bien appliquer la présomption d'innocence mais il ne faut pas oublier que de l'autre côté il y a aussi une personne qui doit être protégée et bien sûr écoutée comme tu le dis mais pas seulement. Le policier en question relevait que la procédure était très lourdes pour les victimes, c'était très long, il y avait plein d'étapes à passer... Parfois les auteurs en avaient fini plus vite que la victime avec les questions procédurales! Donc dans ce sens elle est moins bien traitée, parce qu'on lui impose plein de choses et que la loi ne facilite pas forcément toutes ces étapes.
     
    Ischtar a BigUpé ce message
  6. DestyNova_

    DestyNova_
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    Monde de Merde.

    Moi je trouve la démarche intéressante et j'encourage toutes les filles qui ont été victime d'agression à le faire

    Mais si ce policier a l'air d'être de bonne foi, je pense que le problème est plus grand. Les policiers d'une manière générale ont, j'ai l'impression, très peu de formation - et de temps - à consacrer aux enquêtes. J'ai un ami qui s'est fait cambrioler et voler son PC et même pour ça, il a du expliquer aux flics qu'ils pouvait retrouver le mec avec son adresse IP, etc (bref mon ami a fait le taff de la police mais sinon il pouvait faire une croix sur un quelconque effort de leur part). Du coup, à part en cas de meurtre, et à part les démarches administratives, j'ai l'impression que c'est vrai qu'on ne peut pas attendre grand chose de la justice française (et encore je parle même pas de tout le problème sociologico-culturel autour du viol et de l'agression des femmes).

    Sinon rien que dans la procédure, deux choses me choquent. Ils doivent vérifier les faits, oui mais qu'est-ce que ça signifie? Ils ne prennent donc pas en compte toute la déposition?? C'est pas aux enquêteurs de faire ce travail? Comment ils choisissent les infos qui passent à la trappe? C'est déjà difficile de prouver une agression, c'est souvent parole contre parole alors qu'est-ce qu'ils vérifient (et au moment de la déposition en plus??)?

    Deuxièmement, l'entretien psychologique, il me semble qu'il est apparu après l'affaire DSK, et une madmoizelle ici avait dit l'avoir subi : on lui avait clairement expliqué que le but était de "repérer les affabulatrices". Je comprends bien l'importance de "prélever" les traces de séquelles psychologiques comme physiques mais j'ai peur que ça amène à des dérives. Déjà, pour aucun autre crime on ne fait subir à la victime un tel examen. "L'avis peut diverger en fonction de l'expert" ça signifie qu'ils n'ont pas de méthode?

    Bref c'est bien, encore une fois j'encourage à porter plainte, mais bon on est pas sortis de l'auberge. Mais évidemment, porter plainte c'est en rapport avec les conséquences d'un problème, pas la cause, donc la démarche de la justice ne m'étonne pas trop.
     
    Ischtar a BigUpé ce message
  7. Djahane07

    Djahane07
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    J'ai également porté plainte il y a trois ans, et depuis je regrette chaque jour amèrement de l'avoir fait. Soit je n'ai pas eu de chance, soit la justice de ce pays est complètement foutue, mais voilà :

    - Premier contact dans un commissariat, quatre jours après les faits. On me donne un rdv pour porter plainte et pour être auditionnée 15 jours plus tard. 15 jours. Allô les gens il s'agit d'une question de survie, là, pas d'un objet perdu ou d'une insulte dans la rue !

    - Second contact le même jour dans une brigade de gendarmerie, en pleine campagne. Bon accueil, mais je n'ai pas eu le choix et malgré ma demande de parler à une femme je n'ai pu avoir à faire qu'avec un interlocuteur masculin. Heureusement il a géré.

    - Les gendarmes m'envoient aux urgences pour un examen et des tests de dépistage. Après 3h d'attente (dans un tout petit hôpital de campagne, et alors qu'il n'y a personne en salle d'attente), un médecin vient nous voir (j'étais avec ma mère), et passablement énervé nous envoie paitre en nous disant qu'on est pas dans un dispensaire et que ce n'est pas le lieu pour faire ça. Pas de dépistage pour ce jour-là, donc.

    - Le dossier est transmis de la petite brigade à la gendarmerie de la préfecture. On est toujours en pleine campagne, mais c'est déjà un peu plus grand. Prise en charge efficace. Les gendarmes m'accompagnent pour faire les prises de sang en laboratoire d'analyses, et récupèrent les vêtements que je portais le jour de l'agression pour les mettre sous scellé et les envoyer au labo.

    - Les gendarmes m'accompagnent chez un médecin légiste pour un examen physique. On a parlé de GHB, probablement utilisé par mon agresseur à ce moment-là de l'enquête. Il m'a demandé de me déshabiller mais ne m'a pas touchée, sous prétexte que comme les faits dataient de 5 jours, il ne pourrait rien trouver. 3 ans après j'ai toujours des problèmes physiques liés à cette agressions et il faudra probablement une opération chirurgicale pour que ça aille mieux. Cette absence d'examen n'a jamais été notée dans mon dossier (où il est écrit que j'ai été examinée et qu'AUCUNE trace d'agression n'a été relevée).

    - Un gendarme me coupe des mèches de cheveux pour des examens toxicologiques, afin de trouver avec quoi j'ai été droguée. Ces analyses ne donneront rien, mais comme me dira plus tard un policier, on ne peut trouver que les quelques produits que l'on cherche. Les autres sont invisibles. Ces tests sont la plupart du temps totalement inutiles, quoi.

    - Le dossier est transmis au commissariat de la ville où se sont déroulés les faits (dans la même région mais pas le même département). Premiers rendez-vous catastrophiques dans ce commissariat.

    - Je me retrouve avec une femme pour parler et répéter une énième fois et dans tout les détails ce que j'ai vécu, alors que tout est écrit dans ma déposition. Mais non, il faut encore parler. Sauf que les 3 portes du bureau sont ouvertes, des policiers passent en permanence devant nous, j'ai beaucoup de mal à parler, je me sens atrocement mal, je suis considérée comme de la merde.

    - La policière qui m'écoute me dit que la résolution de l'affaire prendra plus de temps que prévu parce qu'ils sont sur une affaire de proxénétisme. Je ne vois pas le rapport, je vais de plus en plus mal, mais je tiens bon quand même.

    - 6 mois après, on m'annonce par téléphone que les pièces à conviction (mes vêtements, donc) ont été perdus lors du transfert avec la brigade de campagne. On ne les retrouvera que plusieurs mois plus tard, fort heureusement car les analyses permettront de trouver l'ADN de mon agresseur qui nie formellement m'avoir jamais rencontrée. Première bonne nouvelle, plus d'un an après.

    - Convocation au commissariat pour reconnaitre mon agresseur derrière une vitre sans teint. J'apprends que pendant l'année et demie qui s'est écoulée depuis les faits, mon agresseur n'a JAMAIS rencontré le moindre policier, et n'a jamais su que j'avais porté plainte. Il aurait pu disparaitre dans la nature, partir à l'étranger, ou pire, recommencer mille fois et détruire mille autres vies, mais ça ne semble poser de problème qu'à moi. Soit.

    - Je me rends à la convocation avec une amie. Je reconnais formellement mon agresseur derrière la vitre sans teint, parmi les 3 personnes que l'on me présente. Première fois depuis le viol que je le revois. On a beau être forte, ça fait vraiment bizarre quand même. Je suis étonnée de ne ressentir aucune haine, aucune soif de vengeance. Ce n'est que de moi dont il est question, donc ce n'est pas bien grave. En revanche, si il avait violé quelqu'un d'autre, j'aurais été capable de le tuer.

    - Je me rends dans un bureau avec mon amie et une policière qui me dit que je vais rester là un moment parce que l'agresseur, accompagné de son traducteur (il parle mal le français), doit voir plusieurs personnes et va donc circuler dans les bureaux, à quelques mètres de moi. On a beau être dans un commissariat, ça ne rassure pas vraiment.

    - Un quart d'heure après, je peux enfin sortir. Entre le bureau et ascenseur, j'ai 3 mètres à faire, mais non, ça suffit quand même pour le croiser. Je l'ai vu, il m'a vue, et le regard de haine et d'incrédulité qu'il m'a lancé alors m'a presque autant détruite que le viol lui-même. Toute tremblante, je retourne dans le bureau, et je dis à la policière que je viens de le croiser. Ca ne l'émeut pas plus que ça, ce sont des choses qui arrivent, de toute façon je ne crains rien. Oui mais bon, quand même !

    - On me confirme que mon agresseur va être placé le soir-même en détention provisoire dans l'attente du procès. J'apprends par téléphone quelques jours plus tard que le juge n'a pas jugé la détention provisoire nécessaire, et que mon agresseur se balade en liberté dans la ville. Depuis cette date, depuis donc plus d'un an et demi, je peux le croiser n'importe où, la ville n'est pas grande, mais encore une fois ça ne semble gêner que moi.

    - Entre temps, la juge qui devait s'occuper de se dossier et pour qui, selon l'avocate que les policiers m'ont attitrée, n'a aucun doute sur la culpabilité de mon agresseur, est mutée et est remplacée par un nouveau juge apparemment beaucoup plus austère, et l'avocate m'annonce que mon dossier a probablement été remis en bas de la pile, comme ça arrive souvent dans ces cas-là. Depuis septembre, alors qu'on est en mars, je n'ai aucune nouvelle, et mon avocate est extrêmement évasive quand je l'appelle.

    Non, vraiment, je commence à penser qu'il faut être taré(e) pour porter plainte en pareil cas...

    Désolée pour le roman, j'ai quand même essayé de faire court, mais merci sincèrement de m'avoir lue.
     
    LadyNightstalker, Fluotine et Ischtar ont BigUpé ce message.
  8. Kasiadanslesetoiles

    Kasiadanslesetoiles
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    Je veux bien arrêté de manger de la viande, mais vous ne me priverez pas de mon fromage.

    Quand je vois que ma famille qui est au courant depuis de nombreuses années, fait tout pour occulter leur savoir.

    J'ai même entendu des "il faut savoir pardonner".

    Alors voilà, la bêtise humaine, je pense que du haut de mes vingt-deux ans, j'en ai déjà assez entendu et quand ta propre famille - F-A-M-I-L-L-E - qui est censé te soutenir toussa toussa font tout pour oublier, je vois pas comment ça pourrait intéresser de parfaits inconnus - "on a autre chose à faire, non ?".
     
  9. Djahane07

    Djahane07
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    Merci pour ta lecture, @Acathe.

    Dans ces cas-là, on a plus aucune confiance en la Justice française, on ne comprend pas qu'une histoire assez similaire puisse, dans le même département, être traitée en 15 jours uniquement parce qu'elle était médiatisée. On ne comprend pas que la majorité des policiers et des gendarmes que j'ai rencontré alors ne soient pas plus humains. On ne comprend pas que, par présomption d'innocence, les victimes soient à ce point-là traitées comme des menteuses et des affabulatrices qui ont porté plainte juste pour passer le temps, et les coupables potentiels de pauvres gens à préserver autant que possible.

    Ou alors c'est moi qui ai cumulé les problèmes, ou alors c'est que le système ne tient vraiment pas debout.

    Et en attendant, on ne peut PAS se reconstruire. Pire, on se détruit un peu plus chaque jour, et on se dit que de toute façon, quelle que soit l'issue du procès, ça ne changera plus grand chose pour nous.

    Le mal est fait. Point.
     
  10. Charlie-Culotte

    Charlie-Culotte
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    Je vous prie d'agréer l'expression de mon wesh respectueux.

    J'étais venue dire la même chose :/ ça fait froid dans le dos...

    Si jamais ça m'arrive un jour (même si j'espère que non de toutes mes forces) j'aurais la force physique et mentale pour me défendre sur le moment, parce que visiblement la France ne me protégera pas...

    Dès que je déménage dans une grande ville je cherche des cours de self-defense :boxing:
     
  11. Djahane07

    Djahane07
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    Sans vouloir te faire peur, j'ai beau avoir fait des années d'arts martiaux, être grande et plutôt balaize, quand on est droguée, paralysée, terrorisée, et que sur le coup on a plus peur de mourir noyée dans son vomi parce qu'on arrive même pas à relever la tête que de se faire violer par un malade, on ne pense pas vraiment à se battre.

    C'est fou ce qu'on peut se trouver faible dans ces moments-là.

    Désolée, ce n'est pas très glamour... :stare:
     
  12. aveven

    aveven
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    Je me suis fait agresser en octobre dernier et pour ma part j 'ai vraiment été très bien acceuilli par les agents de police; Ils ont tout de suite vu que j'étais perturbé et mal en point. Je n'ai vraiment rien à redire sur leur travail. En revanche, la rencontre avec la psychologue de la station de police une semaine plus tard a été plus compliquée. J'ai vraiment eu l' impression que mon cas n'était pas assez horrible pour elle (je me suis fait agressé sexuellement mais il n'y a pas eu viol "à proprement parlé" se qui je vous l'assure n' enlève rien au traumatisme). La seul réponse réponse de la psychologue a été de me dire que c'était normal que j'aille mal et que de toute façons j'allais allé mal pendant encore longtemps. Ce n'est pas franchement le genre de choses qui t'aide à aller mieux...
     
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