Allemagne : "les enfants coûtent trop d'argent"

Sujet dans 'L'actu dans le Monde' lancé par Denis, le 24 août 2013.

  1. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    Les Allemand(e)s ne font (presque) plus d'enfants. Avec moins de 1,4 bébés par femme en moyenne, l'Allemagne affiche un taux de fécondité parmi les plus faibles d'Europe.

    Une étude publiée cet été à l'initiative de la Fondation pour les questions d'avenir (Stiftung für Zukunftsfragen) nous apprend que 67% des Allemand(e)s expliquent cette situation par le fait que "les enfants coûtent trop d'argent".


    Frédéric Therin, le correspondant du Point à Munich qui a publié les résultats de ce sondage dans son journal le 23 août dernier, met gaillardement tout cela sur le compte de la "radinerie" qui pour lui "est très tendance de l'autre côté du Rhin"... 

    En bon Français tout fiérot des performances de son pays en matière de naissances (deuxième en Europe avec 2,01 enfants par femme, derrière l'Irlande), le plumitif n'éprouve pas un seul instant le besoin de creuser son sujet.

    Et pour cause, en France, un individu ou un couple qui affirmerait ne pas faire d'enfant par crainte de ne pas avoir les moyens de l'élever dans de bonnes conditions passerait immédiatement pour...un radin tiens, par exemple, ou pour un égoïste, ou un loser, voire un frapadingue (liste non exhaustive).

    Si je poste ce sujet, c'est parce que je me demande si ce tabou est toujours aussi présent dans votre génération ? Si le contexte dans lequel nous vivons (crise économique, écologique, mondialisation, démographie planétaire galopante) vous amène à vous interroger plus que la génération de vos parents sur les moyens à mettre en oeuvre pour élever un enfant, sur le coût d'un enfant comme disent nos amis allemands ?
     
    #1 Denis, 24 août 2013
    Dernière édition: 24 août 2013
    DarkTotole a BigUpé ce message
  2. Ewina

    Ewina
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    Je te rejoins là dessus, c'est aussi la différence qui avait été soulignée lors de mes discussions à ce sujet avec mes amis allemands. Il faut ajouter à ça le rythme scolaire (école se finissant au maximum à 15h, souvent à 13h) certes épanouissant pour les enfants, mais contraignant pour les parents.

    Sinon, chez mon entourage, la plupart attendent d'avoir une situation stable et d'avoir suffisamment de revenus pour se marier déjà, sans même parler d'avoir des enfants. L'idée étant que tu veux offrir à tes enfants un certain confort, donc tu attends d'être autonome, d'avoir des revenus suffisants pour le leur assurer.

    Après, avec l'aide des grands-parents et les allocations, les crèches... Il est possible de faire autrement, mais je trouve que les gens qui raisonnent comme ça sont souvent taxés de se reposer sur l'aide de l'état, d'être assistés... Et je n'ai pas envie du tout qu'on me regarde comme ça !
     
  3. popomme

    popomme
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    Détendue

    Je ne pense pas que le message principal que les Allemands cherchent à faire passer soit "les enfant coûtent trop d'argent". Je le perçois plus comme un signal d'alarme : est-il normal que dans nos sociétés modernes l'on soit obligé à attendre tant d'années avant de pouvoir se permettre d'avoir un enfant que l'on élèvera avec un stress constant "et si jamais je perds mon travail ?".

    On parle des 35h, des allocations familiales en France. Oui, d'accord. Certes, c'est beau sur papier. Mais.

    Premièrement, les 35h, il faut se rendre à l'évidence que même si l'on ne fait que 7h par jour (et encore, mais ça ce n'est plus le même débat), avec une pause à midi, l'on est tout de même obligé de partir relativement tôt le matin et souvent l'on revient vers 17h - 17h30. Monsieur, par exemple, fait ses 35h sauf que ses horaires sont tellement "bien" qu'il rentre à 18h30 parce qu'il a une pause de deux heures à midi.

    Deuxièmement, les allocations familiales et le congé parental. Il faut savoir que, déjà, pour avoir droit au congé parental, un CDI (haha) et une année d'ancienneté sont requis pour y avoir droit. Donc déjà pour ceux qui ont le malheur de ne pas trouver de CDI, c'est niet. (N'est-elle pas là la véritable raison pour laquelle on attend d'avoir un CDI pour avoir un enfant ?). De plus, les allocations pour élever un enfant ne sont pas très... élevées, elles. Après avoir fait le calcul avec Monsieur, nous nous sommes aperçu que les revenus d'un d'entre nous (celui qui resterait au congé parental) baisseraient de 50% ! Considérable, n'est-pas ?

    Idem pour la crèche. Je ne sais pas où vivent les autres MadZ mais par chez moi il est simplement impossible d'avoir une place en crèche.

    Donc oui, avoir un enfant engendre des frais, des contraintes et une baisse de revenus. A mon avis, il serait irresponsable de ne pas prendre tout cela en considération avant de penser à un bébé. Toutefois, me semble-t-il, l'affaire ne pourrait être résumée à un simple "avoir un enfant coûte trop d'argent".
     
  4. Marie Obrigada

    Marie Obrigada
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    en construction...

    Oui il faut y penser. Mais on peut aussi accepter cette baisse de revenus (même en ayant un petit salaire). Y'a pas que l'argent dans la vie (même si un enfant en a besoin pour manger etc.

    Je suis d'accord qu'avoir des enfants coûte de l'argent, mais j'ai envie de dire et alors ? Si construire une famille est un vrai projet, si on accepte d'avoir moins d'argent pour soi parce qu'on le partage avec ses enfants, ou est le mal ?

    (Oui j'envisage d'avoir des enfants, plusieurs même, de prendre un congé parental d'au moins 6 mois alors que je serai probablement le plus gros salaire de notre couple, oui mon fiancé envisage de prendre un congé parental à ma suite... oui nous sommes tous les deux au SMIC et lui à temps partiel, en CDD pour l'instant mais d'ici là, nous espérons que ça change. Et alors, nous savons que nous pouvons vivre de peu et si bien sûr un enfant engendrera des dépenses supplémentaires, nous les assumerons.)

    Bon, je sais que le débat n'est pas vraiment là mais la course à l'argent et au biens matériels est devenu une telle évidence qu'il semble fou de vouloir s'en écarter pour fonder une famille si on n'a pas l'assurance de pouvoir garder le même niveau de vie (élevé idéalement)
     
  5. laeliwo

    laeliwo
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    Guest

    Il me paraît irresponsable d'avoir un enfant, sans avoir de quoi le nourrir, le vêtir, le soigner... et surtout de bonnes économies pour qu'ils puissent faire les études de leur choix. Ensuite ils se démerderont comme tout le monde.

    Je pense que ça vient du fait que je n'ai pas pu faire ce que je voulais dans la vie, faute de moyens. Je veux pas transmettre ça.

    En suivant ces règles pas grand monde n'aurait d'enfants cependant...
     
  6. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    C'est un peu à cela que je pensais en lançant le sujet !

    Quand tu dis ça autour de toi, comment les gens réagissent-ils ?

    Y'a-t-il d'autres madz qui pensent comme laeliwo ?
     
    #6 Denis, 25 août 2013
    Dernière édition: 25 août 2013
  7. Tessy

    Tessy
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    Et encore un bel exemple d'incompétence journalistique de la part du Point, des fois qu'on en manquerait!

    Ils ont oublié de préciser un truc quand même assez considérablement important dans l'article: c'est qu'on peut répondre avec plusieurs arguments au sondage. Donc, 67% des Allemands ont avancé parmi les raisons pour lesquelles ils n'ont pas d'enfants le prix de l'éducation, mais c'est aussi conjointement avec d'autres réponses. Si 39% ont répondu qu'ils ont pas encore trouvé "la bonne personne" ("der richtige Partner fehlt"), on peut supposer que, même s'ils ont aussi souligné le prix de l'éducation d'un enfant, ils seraient capables de passer outre le jour où ils trouveront la bonne personne.

    Plus de la moitié des sondés ont répondu que c'était pour faire passer leur carrière avant leur famille (il y a d'ailleurs deux choix différents qui sont tous les deux réductibles à cet argument...). En France, on se pose pas autant la question; on peut mettre son enfant plus tôt à la crèche, l'école maternelle les prend toute la journée, il y a les nounous, les accueils périscolaires; on est pas accusé d'être des mauvais parents parce qu'on profite de ces services... En Allemagne, à part si on a ses parents qui habitent pas loin et rêvent de passer leur journée à pouponner, concilier travail et enfants c'est vraiment hors de prix, bon nombre de familles ne peuvent absolument pas payer les systèmes de garde, ce n'est pas par radinerie. Donc il faudrait arrêter de travailler. Et (c'est plus typiquement allemand que la "radinerie") la réussite personnelle et professionnelle, pour l'homme comme pour la femme, est beaucoup valorisée en Allemagne.

    Et dans les mesures citées par Le Point, forcément, la principale consiste en une aide financière aux parents qui restent à la maison pour s'occuper des enfants, pas à ceux qui ont du mal à payer/trouver une place en crèche. Et on s'étonne que ça n'ait guère eu de succès...

    Bref, ne comparons pas ce qui est incomparable, la politique de la famille autant que la façon dont les gens envisagent l'éducation de leurs enfants ("ah non, enfin, un enfant ne va quand même pas passer plus de 2h loin de sa maman", c'est une idée courante en Allemagne) rendent vraiment la situation trop éloignée de la notre pour qu'on puisse en tirer un débat sur l'importance de l'argent pour élever un enfant en France...
     
  8. popomme

    popomme
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    Détendue

    Justement, ce n'est pas de cela que je parle. La question n'est pas d'avoir moins d'argent pour soi pour le partager avec ses enfants, là-dessus je suis absolument d'accord avec toi :). Le souci c'est que (exemple) pour une famille qui gagne 2200 euros / mois (je parle vraiment du SMIC là) pour deux personnes, les revenus en congé parental vont baisser de 2200 euros / mois (donc 1100 eur / personne) à 1500 / mois pour 3 personnes (donc 500 eur / personne). Donc, je pense que nous sommes d'accord, la baisse est considérable. Il ne s'agit pas là de partager la même somme entre trois, il s'agit de partager une somme moindre pour plus de personnes. Et même si l'argent "ne fait pas le bonheur", le bébé a besoin des couches, des visites médicales, de la nourriture qui ne reste pas longtemps "gratuite", il a besoin d'être gardé, d'être vêtu, d'avoir un minimum d'équipement (siège auto, poussette, lit etc.)... et tout cela n'est pas forcément bon marché. De plus, généralement on essaie tout de même d'acheter de la nourriture de qualité pour un bébé et de l'éduquer à l'aide des jeux, livres, musique etc. Tout cela, quoi qu'on en dise, coûte de l'argent. Alors, certes, l'argent que l'on "investit" dans le bébé, n'est pas jeté par la fenêtre ! Au contraire, je ne veux pas dire que je regretterais l'argent que j'aurais utilisé pour le bébé, non. Certes, le sourire de l'enfant, sa joie, son amour, tout cela compense les soucis financiers. J'adore les enfants et si je parle des crèches et co. c'est parce qu'avec Monsieur nous sommes en train d'envisager de fonder une famille. Simplement (et malheureusement) - et là @Ton pote Gégé  l'a mieux exprimé que moi - il y a des choses que l'on peut facilement oublier pour le bien-être du bébé, mais il y en a également que l'on devra assumer. Et ça, beaucoup de familles n'y arrivent que très difficilement de nos jours.
     
  9. Marie Obrigada

    Marie Obrigada
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    en construction...

    @popomme et @ton-pote-gege : Je n'arrive pas à sa voir si on est d'accord ou pas en fait.
    Et je suis bien consciente que je poussais un coup de gueule un peu en dehors du sujet.
    Et je suis bien d'accord qu'il faut pouvoir offrir le nécessaire à son enfant et que ce n'est pas toujours simple, surtout que nous avons maintenant souvent l'impression que le nécessaire est beaucoup.
    Et bien sûr que la situation financière du couple peut-être un critère pour faire un enfant ou pas (et même plus pour faire un enfant en plus ou pas), mais je crois qu'il ne faut pas en faire le seul critère valable.

    (De toute façon au final chacun fait bien ce qu'il pense le mieux. Et si je me suis sentie accusée d'inconsciente de vouloir des enfants sans avoir de stabilités financières, je sais bien que mes choix sont réfléchis, conscients et seront assumés (et que personne ne m'a accus personnellement bien sûr, ce sont des propos généraux) Je sais aussi que cela nous convient mais qu'il faut probablement que je me prépare à devoir souvent expliquer mes choix)
     
  10. Gianduja

    Gianduja
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    Vis ma vie de Valérie Damidot.

    Je ne sais pas trop quoi penser de tout ça. Bien évidemment qu'il est difficile d'envisager d'avoir un enfant quand on est en difficulté financière mais je trouve ça triste et je refuse de trouver cela indécent ou inconcevable.


    Je pense que comme disait une madmoizelle un peu plus tôt, ça va si on accepte de partager l'argent qu'on a avec ses enfants, si on sacrifie ses loisirs et ses dépenses ""futiles"". Si on est épanouie en ayant des enfants, même en les élevant avec peu de moyen, je ne vois pas pourquoi je jugerai les autres d'avoir des enfants alors qu'ils vivent des aides sociales, le plus important pour moi étant que leurs enfants ne manquent de rien.
    Ma propre mère a vécu des aides sociales jusqu'à ce qu'elle trouve un emploi, ça a pris du temps, mais ça ne veut pas dire qu'elle se tournait les pouces en attendant que ça nous tombe tout cuit dans le bec. Alors aujourd'hui, je n'ai pas attendu d'avoir un CDI, un appartement, une voiture, ni même d'avoir fini mes études pour avoir un enfant, au même titre que lorsque je paye mes impôts j'accepte que mon argent contribue à ce que des parents puissent élever décemment leurs enfants.

    Je pense que ce genre de problématique est très culturelle et qu'on ne peut pas faire de phrase très généraliste en disant que de toutes façon, il est évident qu'un certain confort matériel soit tout à fait nécessaire à l'éducation d'un enfant.
     
    #10 Gianduja, 25 août 2013
    Dernière édition: 25 août 2013
  11. Tessy

    Tessy
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    @marie-obrigada : tu n'as rien d'une inconsciente, j'ai connu des gens qui ont eu des enfants avec une situation plus compliquée (infiniment plus compliquée) que la tienne. On a la chance d'avoir un Etat qui ne te laissera que rarement crever de faim (je ne nie pas que des familles puissent se retrouver dans des situations dramatiques, mais c'est quand même infiniment marginal par rapport à tous ceux qui ont des enfants sans avoir de CDI à temps plein), autant en profiter. Et il y A réellement des choses plus importantes dans l'éducation d'un enfant que de lui acheter des vêtements neufs qui seront trop petits dans 6 mois alors qu'on pourrait récupérer ceux de son cousin... Si avoir des enfants est une décision réfléchie et que tu as la maturité pour, tu t'en sortiras. Même avec un petit budget. D'ailleurs, si c'était pas le cas, la démographie française serait pas ce qu'elle est.
     
  12. katnissvsw

    katnissvsw
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    Guest

    Le point ou le roi du n'importe quoi

    Sinon, je suis plutôt de celles qui pensent que c'est envisageable parce que justement, on ne sait pas de quoi demain sera fait:on peut quasiment du jour au lendemain se retrouver sans travail, criblé de dettes...
    Il y a toujours le système D: récupérer les vêtements des cousins/cousines ,un peu d'aide des parents (tant qu'ils ne me remplacent pas).
    Je pense que quand je projetterai d'avoir des enfants, je verrai si j'ai la situation d'abord mais si ma situation financière change brusquement pendant ma grossesse,je pense que j'assumerai mon enfant.
     
    #12 katnissvsw, 26 août 2013
    Dernière édition par un modérateur: 26 août 2013
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