Bizutage, intégration et traditions étudiantes : témoignage & décryptage

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Justine_, le 28 janvier 2014.

  1. Justine_

    Justine_
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    En hibernation
    Membre de l'équipe

  2. Polly Maggoo

    Polly Maggoo
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    .

    Je ne comprends même pas qu'un à un moment on puisse participer ou même simplement tolérer le bizutage lorsqu'il est basé sur l'humiliation. Heureusement que cette pratique ait été enfin interdite. Les écoles et la police devraient être encore plus sévères et punir également les éléves qui organisent des bizutages non officiels en dehors des activités encadrés par leur école. Et quand je dis punir je pense qu'on peut aller loin : viré de l'école et interdiction de t'inscrire à d'autres établissements. Si t'es capable de participer à un truc pareil, ta vie est déjà foutue hein.

    Quant au bizutage pour rire et non basé sur l'humiliation, chacun fait ce qu'il veut. Mon copain me maintient (c'est un grand sujet de débat entre nous:hesite:) que les soirées d'intégration et les bizutages "gentils" sont un super moyen de te lier tout de suite avec les gens de ton école. Moi je trouve que tous ces rites sont la preuve de la faiblesse des individus en société. Dans le cas du bizutage, de leur débilité profonde. Je sais bien qu'en société on ne peut pas se défaire de tous les rites de passages, mais prendre du plaisir à participer à une intégration aussi normée et basée sur la bêtise... je ne comprends pas.
     
    Peace&Love&It;3, ben quoi ? et SallyVonHolle ont BigUpé ce message.
  3. laeliwo

    laeliwo
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    Guest

    Cet article est très intéressant, bien écrit et documenté !

    Par contre, et c'est mon point de vue en général dans la vie : ce qui se passe entre adultes consentants ne regarde personne.

    Le bizutage je l'ai vécu et je l'ai rendu après la dure épreuve du concours de médecine. On était nombreux à vivre ça comme une consécration : après deux ans de dur labeur, on fait la fête !

    Dans ma fac, tout est une question de volontariat. Ce qui ne veulent pas venir ne viennent pas, et ce sans être mis à part.

    Il faut une organisation solide, des chaperons qui restent sobres, un lieu sécurisé, du respect et des bizuths motivés pour passer une bonne intégration. Pas besoin d'humiliation, d'alcool ou de sexe à outrance.

    Chaque année, les bizuths sont content de cette expérience et organisent une soirée de remerciement.

    Parfois ça dérape, comme ça dérape partout dans la vie et particulièrement en soirée étudiante. C'est vrai que la dynamique de groupe est très présente.

    Mais tous les bizutages ne sont pas les même, il ne faut pas faire de généralités sur quelques cas, mais agir au cas par cas.

    En ce sens je trouve dommage que la fac ne s'investisse pas et ferme les yeux. Certes ça nous force à être vigilants, car en cas de problèmes c'est les intégrateurs les responsables. Mais quand il se passe des choses graves, c'est à l'école de réagir.
     
  4. Miss scarlatine

    Miss scarlatine
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    Procrastinatice honteuse

    Cool ton article et juste pour signaler
    "Et le rôle des écoles dnas tout ça" :)

    J'avais déjà lus une analyse du bizutage dans l'ouvrage de Cialdini (pou il y avait une comparaison fort intéressante avec les rituel de passage a l'age adulte particulièrement cruel de certaines peuplades) avec les rituel mais son constat était légèrement différent, notamment sur la réaction de l'école je cite

    "ainsi après la mort par étouffement de Richard Swanson a l'université de Californie du sud, le président de l’université annonça que désormais les épreuves du bizutage devaient être soumises préalablemetn aux autoritée universitaire [...]le nouveau règlement déclencha des réactions si violentes que la police municipale et les pompiers n'osaient pas pénétrer sur le campus"
    ("influence et manipulation" FIRST P.101)

    Donc même si les écoles "s'en mêle" celas est vus comme de ingérance et n'améliore pas forcement la situation.

    Je trouve ta comparaison avec la théorie de l'engagement très juste et (toujour Cilnadi) proposais également de lier le tout avec la théorie de l"Effort justification" qui dit que plus une chose nous a couter, plus nous nous y accrochons. Donc qu'ici plus le bizutage fut terrible plus nous tenterons de le reproduire.
    Qu'en pense tu?
     
  5. elyana

    elyana
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    Après, j'arrête.

    Je rebondis sur la "responsabilité" des établissements. Les enseignants et le personnels savent (plus ou moins clairement) ce qu'il se passe durant les intégrations de leur école.

    Au passage, ces soirées varient énormément selon les établissements, ne faisons pas de généralités. Toutefois, j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de tolérance vis à vis des nouveaux qui ne viennent pas, je n'ai pas l'impression qu'on leur reprochera durant toutes leurs études de ne pas avoir été à une soirée... (Après, ce n'est que mon impression, j'ai été intégrée et ai intégré des nouveaux sans problèmes).

    Donc, pourquoi les établissement ne s'engagent pas dans la sécurité de ces soirées ? Agents de sécu, sécurité civile etc. Des personnes qui pourraient agir, responsabiliser, sans "gâcher" la soirée, et de façon neutre (ce ne sont pas des profs !). On me répondra peut-être qu'il n'y a pas assez de moyens, mais quand on voit ce que certains BDE dépensent en alcool, ce serait peut-être possible de rationaliser un peu ?

    (je mets des points d'interrogation un peu partout car j'aimerais bien avoir d'autres avis dans les commentaires !)
     
  6. Lord Edgar

    Lord Edgar
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    Refresh, not replay.

    J'espère que je ne suis pas hors sujet, parce que les pratiques diffèrent grandement entre les pays, mais j'aimerais apporter mon témoignage quand même, en tant que Belge, parce que je suis très liée à ce sujet et que j'ai beaucoup réfléchi à la question en raison des nombreux débats chez nous.

    Beaucoup caractérisent les rites d'intégration - chez nous, on appelle ça le baptême, je suis donc "baptisée" , et les "bizuts" sont appelés les bleus - de bizutage, Ségolène Royal s'étant elle-même fendue d'une lettre ouverte à notre premier ministre afin de lui conseiller d'interdire les baptêmes. Les baptêmes prennent place dans les grandes universités du pays - la mienne est l'UCL - et durent de trois à six semaines en moyenne. Tous les baptêmes sont réglementés par une Charte en accord avec les autorités de l'université : ce n'est donc pas une pratique cachée, secrète.

    Il n'y a évidemment aucune obligation de faire son baptême, et ceux qui le commencent peuvent l'arrêter à tout instant.

    Je pense que le baptême, et les rites d'intégration en général, du moment qu'ils sont encadrés, sont vraiment une chose positive et ils ne doivent pas être assimilés à du bizutage.

    C'est une porte d'entrée vers un folklore très riche, un folklore qu'on a tendance à ne pas montrer, à oublier. Pourtant, ce folklore a un intérêt : c'est celui de nos grands-parents, de nos parents, et personnellement, c'est celui que j'aimerais continuer à transmettre.
    Il y a une richesse incomparable en chants paillards, et je trouve que ce serait dommage de passer à côté. Si on peut tout à fait s'intéresser à ce folklore sans passer de rites d'intégration, il faut avouer que c'est un moyen d'y accéder privilégié, et le fait que ce soit principalement une culture orale et qui se vit en est la principale raison.

    De plus, le baptême - les rites d'initiation en général - prennent place, forcément, au début des études supérieures. C'est facile de se laisser dépasser par la grandeur d'une fac, de se sentir perdu parmis des milliers d'étudiants. Par conséquent, le baptême, même si chez nous, pendant quelques semaines, on n'est qu'un bleu parmis tant d'autres, nous permet d'établir un lien privilégié avec d'autres gens de notre fac, avec des anciens, et des gens d'autres facs également.

    Comme je le disais, pendant un certain temps, il y a donc humiliation et perte de l'identité. Mais si ces termes sont négatifs, dans l'expérience, et à la fin du baptême, ils ne le sont pas. Arrêter son baptême - et je n'ai aucun problème avec ceux qui le font, ou ceux qui ne le commencent pas, ou ceux qui détestent ça, j'ai de très bon amis comme ça -, c'est s'arrêter à ces sentiments négatifs, justement, et ne pas connaître la fierté de se relever et de dire "je l'ai fait". Et de se retrouver entouré de dizaines de personnes qui te connaissent, qui t'ont vu en chier, qui t'ont fait en chier d'ailleurs :lol:, mais qui ont donné de leurs temps pour ton intégration.

    Pendant le baptême, il n'y a pas de beau, de moche, de bien fringué ou pas, pas de populaire, d'intéressant : tout le monde est dans la même merde, et de cette merde commune naît un sentiment de solidarité très fort. Les rites d'intégration cassent des pratiques sociales qui existent toujours - ce n'est jamais facile d'arriver dans un nouvel endroit - au moyen de traditions.

    Le plus important à mon sens, c'est que c'est un grand jeu de rôle entre les "méchants anciens" et les "nouveaux opprimés". Il y a donc pendant la durée du baptême seulement deux groupes distincts;  l'humiliation personnelle est exclue : c'est tout le monde dans le même sac, un point c'est tout. C'est après le baptême qu'on apprend à s'apprécier dans son individualité.

    Mais malgré ces "on va en chier", ces humiliations et autres brimades, ces activités sont aussi des moments géniaux, où on se marre énormément, ou on apprend énormément sur soi-même et ou on apprend à se dépasser.

    Quant au problème de l'alcool, il est, en tout cas chez nous, étroitement surveillé, et le bleu peut tout à fait choisir de faire son baptême à l'eau.

    On ne se voile pas la face; les dérives sont bien évidemment possibles, mais j'en ai la preuve dans mon expérience personnelle, elles sont contrôlées au maximum et tout le monde fait énormément d'efforts dans ce sens, pour que ce grand jeu de rôle reste positif pour chacun.

    Désolée pour ce super long post, c'est un sujet qui me tient fort à coeur :happy:
     
    Emex et Fouphy ont BigUpé.
  7. Napoléon.

    Napoléon.
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    Où est le printemps?

    Je fais partie du lycée qui fait scandale en ce moment à cause des bizutage (et notamment d'une histoire qui se retrouve devant la justice) et j'ai juste envie de dire: s'ils savaient:yawn:
     
  8. Calipo

    Calipo
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    Tu résumes parfaitement ce que je pense en ce qui concerne les gens qui deviennent complètement débiles dès qu'ils sont groupe...

    On me dit souvent que je suis trop dure quand je dis qu'il faut franchement rien avoir dans le ventre pour accepter toutes ces conneries infligées dans les bizutages, mais moi j'en démords pas: si t'es assez con/ne pour te dire que si tu te met pas à poil/simule un acte sexuel et/ou dégradant devant 100 personne/bois une bouteille de rhum à toi tout(e) seul(e).. tu va rater ton expérience universitaire et t'aura jamais d'amis et tu finira mémère à chat, et ben c'est que t'as vraiment la volonté d'une moule (et encore, c'est pas sympa pour les moules...)

    J'ai le souvenir d'une soirée avec des potes, où à 2h du mat' une copine a reçu un appel d'un inconnu qui lui disait qu'un groupe d'inté venait d'abandonner une fille inconsciente dans la rue, et que par acquis de conscience, il avait fouillé la fille, pris son téléphone et appelé le dernier numéro composé.

    Et nous voilà partis à la recherche de cette gourde, qu'on a trouvée affalée dans son vomi, dans une tenue qui ne laissait rien à l'imagination. On a fini par appeler les pompiers vu qu'elle était très clairement en coma éthylique, ses parents (vas-y pour annoncer ça aux parents de quelqu'un en plein milieu de la nuit). Et tout ça pour quoi?? parce qu'elle voulait s'intégrer au groupe donc elle a fait comme tout le monde, et elle a obéit aux ordre...
     
    ben quoi ? et Siegfried_Fogg ont BigUpé.
  9. laeliwo

    laeliwo
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    Guest

    Chez nous, ils peuvent choisir de faire leur baptême dans l'eau. Et plouf ! :bain:
     
  10. Eärithralia

    Eärithralia
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    Si tu savais...

    Personne ne peut forcer quelqu'un à faire quelque chose qu'il n'a pas envie de faire. J'ai "subi" 2 bizutages, si le mot bizutage est exagéré pour mon deuxieme, le premier (à l'étranger), nous avons eu le droit au roulage dans la boue, jeter d'oeuf et d'autres trucs cracra dans les cheveux. Je n'en gardes pas du tout de bons souvenirs, nous n'avions pas été prévenu, nos parents ont dû venir nous cherche; Quant à certains, ils se sont vu interdire l'accés de prendre le bus. Nous n'avons pas vraiment eu notre mot à dire, nous étions en classe, et des élèves de 2eme et 3eme années sont arrivés, on nous a proposé des sacs plastiques noirs pour ne pas "abîmer" nos vêtements, on était en novembre, il ne faisait pas tout chaud,  et on s'est fait arrosé. J'ai fini par me montrer plus aggressive, lorsqu'une deuxieme année m'a mis une pate gluante jaunatre sur le visage, et face à ma résistance, je me suis retrouvé porté comme un sac à patate par un autre troisieme année pour rejoindre le groupe qui se prenait des oeufs. C'est là que je me suis enervée, et je lui ai jeté un saut vide qui traînait à coté de moi.

    Voila pourquoi le bizutage est interdit, ce n'est pas drôle du tout, ça peut faire mal et en plus pour ceux qui vivent seuls et loins, ils galèrent à rentrer chez eux. Vu la température, certains sont tombé malade...
     
    ben quoi ? et Siegfried_Fogg ont BigUpé.
  11. Fleur dAvalon

    Fleur dAvalon
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    J'ai fait une fac d'histoire, je n'ai donc jamais été bizutée (ce qui ne m'a pas empêché de m'intégrer bien sûr).

    Je pense que le gros problème c'est le consentement, la pression sociale fait qu'il est compliqué de parler de consentement, d'où la loi qui ne fait pas de distinction.

    Je ne comprends pas la fierté qu'on peut retirer à avoir été bizuté, ça me dépasse complètement. Être fier d'un exploit sportif ou intellectuel, bien sûr, mais à avoir supporté des humiliations gratuites ?!

    Après, s'il ne s'agit que d'intégration en forme d'épreuves sportives/de simples fêtes, ça ne pose pas tellement de problème, mais on s'éloigne du bizutage.

    Mon père a fait partie des premières associations contre le bizutage en 1980-81 (alors qu'il était au BDE d'une école d'ingé), il faudrait que j'en parle avec lui.
     
  12. SallyVonHolle

    SallyVonHolle
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    Psychedelic Mind

    Certaines madz ont très bien résumé mon point de vue par rapport à tout ça (je précise que je suis totalement effarée par les intégrations qui durent sur plusieurs jours, jouent sur l'humiliation gratuite et beauf, qui mettent en avant l'alcoolisation à outrance -et me faites pas croire avec des étoiles dans les yeux et la bouche en coeur que "naaaan ceux qui veulent pas boire ils sont pas obligés" et que ceux qui veulent pas participer sont bien intégrés par la suite...La pression sociale nous fait faire beaucoup de choses qui nous déplaisent-)...

    En fait ce que je comprends vraiment pas, c'est comment on peut trouver ça fun de se faire des amis dans une situation dégradante ! C'est extrêmement triste. Ce qui rajoute à la tristitude de la situation, c'est que tous les jeunes chouinent sur le collège et le lycée, où tout n'est que question de groupes, d'appartenance, de communautarisme... et se jettent dans le même piège avec le sourire dès qu'ils peuvent enfin être libérés de tout ça. C'est un peu tendre le bâton pour se faire battre ! :sad:

    Enfin bref, je comprends vraiment pas cette volonté d'appartenir à un groupe défini uniquement par les études qui sont faites en commun, et pas sur le vrai feeling et les centres d'intérêts communs... Je viens d'une filière où cela est quasi inexistant (histoire de l'art), et des amis, je m'en suis fait, en quelques jours, même en étant assez timide, et sans avoir besoin de me foutre à poil ivre morte. Mes amis, je me les suis fait en dehors de la fac pour la plupart (personnes plus âgées donc qui avaient fini les études ou n'en avaient pas fait de longues), croyez-moi, ça n'a pas gâché mes années de vie étudiante, loin de là.


    Et je rejoins @Fleur dAvalon concernant la fierté...(ce serait très chouette d'avoir l'avis de ton papa d'ailleurs !)
     
    #12 SallyVonHolle, 28 janvier 2014
    Dernière édition: 28 janvier 2014
    Peace&Love&It;3, ben quoi ? et The Frog ont BigUpé ce message.
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