Question (pas si) con Comment être un.e bon.ne allié.e?

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par AprilMayJune, le 31 août 2015.

  1. AprilMayJune

    AprilMayJune
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    C'est assez, dit la baleine

    Bonjour :happy: Madmoizelle est un site féministe qui se veut intersectionnel, c'est-à-dire qui veut aussi lutter contre toutes les formes d'oppression qui existent dans notre société (et elles sont nombreuses - racisme, classisme, validisme, transphobie, homophobie et biphobie, et j'en passe...).

    Nous sommes nombreux.ses à ne pas être concernées par toutes ces oppressions, mais nous avons quand même envie de lutter contre elles, nous sommes donc des allié.es. Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas forcément à faire de nous des allié.es efficaces, et parfois nos interventions amènent l'inverse de ce que nous voulions faire - au lieu d'aider, nous faisons partie du problème.

    Je comptais donc faire un sujet où on pourrait parler de manière générale de comment être un.e bon.ne allié.e, que ce soit en posant des questions quand on est allié.e ou en y répondant quand on est concerné.e. On peut aussi réunir ici des liens intéressants à lire sur le sujet!

    Originellement, je voulais le créer parce que je ne suis pas concernée par le racisme, et que je sais rarement comment agir. Ce sujet pourrait aussi porter sur des questions spécifiques aux luttes anti-racisme, du coup. (S'il y a des questions spécifiques à d'autres luttes, on pourrait peut-être les poser ici, ou les poser dans un autre sujet pour éviter que ça ne devienne trop la foire? Qu'en pensez-vous?)

    (Je voudrais aussi qu'il soit permis de s'exprimer maladroitement ici, pour que les gens osent poser leurs questions et apprennent (je n'ose pas toujours poser mes questions de peur d'être blessante). Mais en conséquence il est possible que certaines questions ou formulations soient blessantes pour les personnes concernées. Si ça arrive, il est important de reconnaître et de s'en excuser, sans chercher à se justifier - on peut avoir des comportements oppressifs (racistes, ou autre) sans vouloir l'être. Il vaut mieux simplement demander pourquoi/comment on a été blessant.e pour ne pas recommencer. Une personne oppressée (racisée par exemple) connaît forcément mieux ce qui est et oppressif (raciste, par exemple) et blessant, puisque c'est elle qui en souffre quand ça arrive.)
     
    Pau La, KHMBDLL, Mû. et 74 autres ont BigUpé ce message.
  2. alita99

    alita99
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    On ne devrait pas appeler ça une carte de vote mais une carte de vœux.

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  3. Iris Hexa

    Iris Hexa
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    Testeuse de matelas, de cookies et de chats

    @AprilMayJune Super sujet !

    @alita99 J'ai lu le premier des deux articles. Globalement très bon, je tiens tout de même à nuancer un des propos : Il y est souligné qu'un allié ne doit pas être sous le feu des projecteurs, ne doit pas s'approprier de souffrance émotionnelle ou autre. Je suis moyennement d'accord avec ça. Je dirais plutôt qu'il n'a pas la priorité sur la souffrance émotionnel et sur les projecteurs. Cependant, lutter pour une cause, c'est lutter, c'est douloureux, c'est s'impliquer, c'est se prendre des coups.

    Quand j'étais petite, j'ai souvent protégé une copine de moqueries (elle a les yeux de couleurs différentes et à la primaire, c'était très mal perçu) et j'en ai épongé beaucoup parce que je me suis "interposée". Et ce style de situation où l'allié subit, de façon différente que la "cible principale", des violences émotionnelles ou autre, est à mon avis une partie du problème également.

    C'est comme pour "l'aide aux aidants", ces aides psychologiques pour les proches de personnes atteintes de maladies lourdes pour l'entourage, mais sur un niveau sociétal plutôt que médical.

    Il y a un épisode de Scrubs où
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    On voit que ce statut d'aidant est un statut à part entière, géré de façon différente que la maladie en soit, et ce en très peu de temps, pourtant c'est limpide : Aider est une épreuve psychologique en soi. Pas la même que l'oppression/maladie/musique en boucle dans la tête/nian cat, mais est à considérer. Un aidant qui craque psychologiquement ne pourra plus aider aussi bien, voire devra recevoir lui-même de l'aide, ce serait contre productif.

    Selon la personnalité des personnes ciblées par l'oppression, ça peut même les aider de savoir qu'ils/elles ne sont pas les seuls/seules à souffrir de leur situation, de voir qu'un allié est prêt à mettre en danger sa position de sécurité pour soutenir sa cause.

    @AprilMayJune Je me répète mais super sujet :gnih:
     
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  4. AprilMayJune

    AprilMayJune
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    C'est assez, dit la baleine

    @Iris Hexa Merci :happy: J'aurais tendance à dire que si la souffrance des personnes alliées est effectivement à prendre en compte, ce n'est pas forcément aux personnes oppressées de le faire.

    Pour donner mon expérience personnelle, si une personne cis venait se plaindre envers moi de la difficulté qu'elle a à affronter la transphobie ambiante, je ne le prendrai pas très bien - parce que même si je peux comprendre qu'effectivement c'est difficile, les difficultés qu'elle vit sont sans commune mesure avec les miennes.

    Ne serait-ce que pour une chose : une personne cis, face à une situation transphobe, n'est pas directement agressée. Elle a aussi toujours le choix d'intervenir ou non - elle a un contrôle que je n'aurais jamais là-dessus. Moi, la transphobie, ça me vise directement, et ça peut m'arriver sans prévenir. Je ne sais jamais si les gens vont se rendre compte que je suis trans ou non, et je ne sais jamais quelle va être leur réaction en conséquence. Je vis dans une incertitude permanente, et comme je ne peux pas être sur mes gardes tout le temps, ça dépend surtout d'à quel point je suis en forme - à quel point je peux encaisser, et puis d'à quel point j'ai de la chance, si ça arrive ou non, ce qui arrive ou non (jusque-là je m'en sors bien, ça va). Et je n'ai pas le moyen d'arrêter d'être trans pour arrêter de subir la transphobie.

    Une personne cis qui viendrait se plaindre envers moi de la difficulté d'être alliée viendrait se plaindre des difficultés à vivre ce que moi je vis et pas elle.

    Je crois que c'était ça que voulait dire l'article, surtout (enfin, le point en question).

    Par contre, contrairement à l'article je ne suis pas d'accord pour dire que pour être une bonne alliée, il faille tout le temps tout le temps être en train de militer - quand on n'en peut plus, il ne faut pas hésiter à faire une pause, justement, pour se restaurer avant de continuer. C'est un avantage qu'on a en étant alliée, autant l'utiliser pour être la plus efficace possible.

    C'est tout du moins ce que moi j'en pense. :fleur: D'autres personnes pourraient sûrement te répondre aussi!

    @alita99 veux-tu que je traduise les articles?
     
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  5. Ada or ardor

    Ada or ardor
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    forever dolphin love ah-ah-ah-ah-ah-ah

    @Iris Hexa : du coup je viens de lire le même article que toi et j'ai pas vu le moment où l'auteur dit qu'il est impossible qu'une personne "alliée" puisse souffrir :dunno: (ce qui de toutes façons ne sera qu'une souffrance temporaire, éventuellement, contrairement à la personne concernée par l'oppression qui elle est discriminée dans un peu tous les aspects de sa vie quoi :neutral:).
    J'ai juste lu qu'en tant qu'allié il ne faut voler ni la parole ni la visibilité des concernés. Je n'ai pas comprises toutes les phrases hein, il se peut que j'ai manqué ce passage.

    Bon du coup je vais un peu parler de ce que j'en retiens de cet article :shifty:. Déjà je suis rassurée par le recul de l'auteur par rapport au terme d'allié, parce que ce terme me met personnellement très mal à l'aise. Je me vois pas débarquer en me déclarant "alliée ceci" ou bien encore me considérer comme telle. Donc j'apprécie vraiment cette position entre-deux où est l'article : ok on s'interroge concrètement sur quelle place occuper pour soutenir des gens, sans nous-même avoir une position nuisible ou contre-productive. Mais être un allié ce n'est pas un statut, ce n'est pas une étiquette qu'on s'auto-attribue, c'est une action :nod:.

    Sinon globalement, j'aime bien cet article, mais comme @AprilMayJune (je viens de voir ton com !), l'aspect "ça ne s'arrête jamais" me met mal à l'aise. Je suis loin d'être tout le temps dans le militantisme, et là peut être qu'on revient à l'histoire de l'allié qui a ses propres souffrances, mais perso ça m'épuise et je trouve ça naturel. (En plus il y a :les sujets par lesquels je suis concernée, les sujets qui me touchent d'hyper près, les sujets sur lesquels je suis sensible, bref, à la fin de la journée c'est vraiment trop :erf:). Je pense qu'on peut pas porter toutes les souffrances du monde, tout le temps. Par exemple je sais que je préfère discuter de certains sujets, dans certains cadres que je trouve pertinents, plutôt que répondre au moindre commentaire faisant preuve de sexisme. (Je vais laisser cette tâche à Sisyphe :ninja:)
    Par contre j'aime bien qu'il dise que ça fait parti des privilèges, de pouvoir donner l'impression qu'on s'engage pas dans un débat ou que celui-ci nous laisse indifférent.
     
    #5 Ada or ardor, 1 septembre 2015
    Dernière édition: 2 septembre 2015
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  6. alita99

    alita99
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    On ne devrait pas appeler ça une carte de vote mais une carte de vœux.

    @Iris Hexa Je pense que tout a déjà été dit. Le point que tu soulignes ne signifie pas qu'on ne peut pas souffrir; mais simplement de faire attention à ne pas se retrouver au centre de l'attention à la place de la personne ou de la cause qu'on défend. C'est très fréquent par exemple qu'on prenne des acteurs hétéros pour jouer des personnages gays dans des films. On va alors applaudir l'acteur hétéro pour son engagement et les difficultés ou les atrocités qu'il peut subir dans le film; alors qu'on refuse de prendre des acteurs homosexuels ou qu'on leur donne très peu d'espace médiatique pour parler d'homophobie. Dans le même style on va souvent applaudir et s'intéresser à la souffrance et à l'engagement des blancs qui parlent des noirs qui souffrent de racisme, que ce soit dans des films hollywoodiens (qui se déroulent en occident, comme par exemple dans le film "La couleur des sentiments" où on parle de la vie des femmes de ménage noires mais tout est centré sur un personnage blanc) ou dans l'humanitaire (on reste à Hollywood mais l'engagement d'Angelina Jolie lui vaut beaucoup de louanges). Alors que les personnes noirs qui luttent contre le racisme, aux US, en occident d'une manière plus générale ou dans tous les pays qu'Angelina Jolie visite ne vont pas être écoutés. Pire ils vont même parfois être présentés comme des personnes agressives (cf certains collectifs qui s'organisent contre les problèmes raciaux aux US qui sont perçus comme agressifs, alors qu'ils sont pacifiques). Ces personnes n'auront probablement pas de place d’ambassadeur/ ambassadrice ) l'ONU, on ne leur demandera pas "qu'est-ce que ça fait de voir toute cette souffrance", etc.

    Donc certes c'est pas facile d'être un allié mais si tu t'engages pour une cause qui ne te touche pas directement et que tu te mets toi ou ta souffrance au centre de cette cause, alors tu voles la parole des personnes que tu voulais défendre, qui ont déjà beaucoup de mal à se faire entendre. Donc tu reproduis un mécanisme de la société qui fait qu'ils sont discriminés et ne parviennent pas à se faire entendre.

    @AprilMayJune C'est comme tu veux, ce ne sont pas mes articles ^^ J'avoue que j'ai très peu de temps en ce moment donc si tu veux une version français rapidement peut être qu'il vaut mieux que tu ne m'attendes pas
     
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  7. madmoizelle N

    madmoizelle N
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    Comment qu'c'est ?

    J'ai revu une intervention de Rachel Bornstein (femme trans et militante américaine) qui disait qu'un bon alliée est quelqu'un qui pose des questions et qui te demande de quoi tu as besoin tout en t'aidant à l'obtenir. Elle disait aussi qu'elle n'aimait pas le mot parce que les gens pensent souvent être un allié alors qu'en fait ils sont tout juste tolérants.
     
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  8. HarryJoe

    HarryJoe
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    jamais 203

    Hello ! Déjà, très bonne idée ce topic :) merci !

    Un des sujet abordé dans le topic "Le menu végétarien dans les cantines défendu par une pétition qui prend de l’ampleur" c'est l'appropriation politique de ce sujet et que ce ne soit pas du tout une solution pour ceux qui ne mange pour de porc, halal ou kasher mais les stigmatises encore plus.
    J'ai un peu envie de répondre "c'est mieux que rien", mais en même temps je suis pas à la place de ces personnes qui sont stigmatisées et je passe surement à côté du problème.
    Alors si quelqu'un peut plus approfondir cette problématique pour éclairer ma lanterne ce serait merveilleux :fleur:
     
  9. Vespah

    Vespah
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    Je ne fais que passer.
    Je reviendrais poster lorsque j'aurais le temps de fournir une réponse détaillée.
     
  10. Vespah

    Vespah
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    @Ghost wind Je suis d'accord avec @OpiumDiary il y a vraiment un ton paternaliste de la part de cette enseignante.
    Quand bien même celle-ci aurait une parfaite connaissance de l'arabe classique ce n'est pas une raison pour apostropher une inconnue qui ne lui a rien demandé.

    J'ai toujours détesté le fait d'avoir à me justifier, je ne vois pas pourquoi je pousserais quiconque à devoir le faire quand bien même la personne aurait des pratiques religieuses diamétralement opposées aux miennes.Revenir à la charge de la sorte n'a rien de constructif. C'est la meilleure manière de conforter quelqu'un dans le repli sur-soi.

    Je pars du principe que toute personne bienveillante (une alliée donc) se doit avant tout de poser ses questions par curiosité et non pas pour démolir et dénigrer les habitudes des unes et des autres.
    On retrouve d'ailleurs souvent cette tendance chez les néo féministes pour qui une femme voilée serait forcément soumise, violentée, oppressée...
     
    Allitché, taragada, Lafastod et 12 autres ont BigUpé ce message.
  11. adita

    adita
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    Dans le game en claquettes

    Je n'aime pas trop le terme d'allié, je n'arrive pas à formuler vraiment pourquoi mais ça me perturbe :hesite:
    En fait en tant que blanche je me vois mal revendiquer quoique ce soit sur le sujet. Après je ne m'empêche pas d'intervenir sur un sujet qui touche au racisme, si je pense que j'ai un truc pertinent à rajouter dans un débat, ou un lien intéressant à poster (dans le cas de la vpr).
    Après il y a des débats dans lesquels je n'ai pas forcément ma place donc je ne me vois pas forcément ramener mon grain de sel ni rien.
    Je me dis qu'en tant que blanche, même si j'ai une "bonne" connaissance théorique du racisme, même si j'en suis témoin de trop nombreuses fois, je ne le vivrais et donc ne le comprendrais donc jamais complètement. C'est ce qui me fait dire que dans certains débats et sur certains sujets je n'ai pas à intervenir (et en fait je ne peux tout simplement pas, mon vécu et ma couleur de l'eau n'ajouterai rien de pertinent au sujet).

    Par contre lorsque je suis témoin de propos racistes je trouve que c'est plus compliqué de se positionner. Parce que c'est des propos que je ne laisse pas passer. Parfois je fais de la pédagogie, parfois je m'énerve. Le truc c'est que je sais que ma parole va être prise plus au sérieux que celle des racisés.
    Par exemple si quelqu'un fait une "blague" à mon copain et qu'il dit que c'est raciste, on va lui répondre qu'il est susceptible. Si c'est moi qui fait remarquer que cette "blague" est raciste, là le malaise va s'installer. Du coup j'interviens souvent à sa place alors que, même si c'est plus "efficace", ça ne devrait pas être le cas :erf:

    Pour ce qui est la participation à la VPR en tant que blanche, puisque le débat était partie de là, je ne pense pas que ça soit obligatoire de forcément rappeler sa couleur de l'eau à chaque post, juste dans les moments où c'est pertinent, si c'est pour rajouter une information ou faire une remarque générale je ne trouve l'as que ça ait beaucoup d'intérêt. Par contre des que ça touche à des histoires et du vécu perso, ça peut être bien de le préciser, mais au final la VPR n'a pas vocation, à mon sens, à parler du vécu des blanches.
    Ça m'est arrivée d'être gênée de lire des posts de blanches (alors que je le suis moi même) venant demander si elles avaient le "droit" de faire ci ou ça par rapport à l'appropriation culturelle, ou des posts parlant de culpabilité quand au fait d'avoir le privilège blanc. Je ne dis pas qu'il faut s'auto-censurer sur ces sujets, mais je trouve pas la VPR approprié pour ça. Parce que au final ça revient à parler encore et toujours de nous nous nous en tant que blanches sur un sujet dédié... au racisme.

    Pour ce qui est du terme allié je crois que j'ai un peu de mal dans le sens où ça revient à encore revendiquer sa place en tant que blanc. On peut essayer de faire ce qu'on peut au niveau du racisme (écouter les concernés, lire et se renseigner, intervenir lors de propos/actes racistes, se défaire de ses propres réflexes etc.) sans avoir à forcément revendiquer quoi que ce soit.
     
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  12. Shelly Hearse

    Shelly Hearse
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    Pee-wee Herman is my man!

    C'est un sujet ou je débute, mais cette video est pas mal!
     
    Growing Entish, Spill et OpiumDiary ont BigUpé ce message.
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