Dies Irae

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Dies Irae, le 9 mai 2010.

  1. Dies Irae

    Dies Irae
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    Les larmes coulent inexorablement, petites gouttes de sel qui se perdent au creux des lèvres.

    L'envie est revenue, sans crier gare, au détour de quelques mots croisés sur l'écran. Elle est revenue renforcée, ressourcée, comme si son absence avait été une cure, un voyage reposant. Mais après tant d'années de séparation, comment faire pour s'apprivoiser de nouveau ? J'ai tout à redécouvrir, tout à réinventer, je ne connais plus les rouages de la machine, je me sens perdue dans un monde que je me sens connaître mais que je ne reconnais plus. J'ai peur qu'il ne m'accepte pas. J'ai peur de ne pas être à la hauteur. L'envie est revenue, mais si c'était pour mieux repartir ?... Repartir sans que j'aie le temps de réapprendre à sortir des choses du néant de mon esprit, repartir avant de retrouver l'aisance du maniement des mots, et le flot joyeux du stylo qui court sur le papier ? Me manquera-t-elle, si elle s'en va de nouveau ? Suis-je seulement capable de la retenir ?

    Ces quelques mots croisés m'émeuvent et me touchent ; ils sont pleins d'une promesse que l'envie peut m'apporter, si seulement je sais m'en montrer digne, si j'arrive à la garder au coeur de ma vie qui a tant changé. Nombreux sont les regrets qui jalonnent mon parcours... Il est peut être temps de revenir sur ce qui est fait, de rattraper le temps perdu. Il n'est peut être pas trop tard. Cette envie que je pensais ensevelie n'est peut être pas revenue par hasard.


    Peut-être qu'il est temps.
    Peut-être que je suis prête.
     
  2. Dies Irae

    Dies Irae
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    Je dois vous avouer que c'est encore difficile pour moi. Je sollicite donc votre indulgence... Je suis loin d'être satisfaite de ce que j'ai fait, mais j'ai tenu à le poster quand même, quitte à y revenir plus tard.






    Le bois du banc est dur et inconfortable.
    Mais il s'en fiche, il ne s'en rend même pas compte. Rien d'autre n'a d'importance que son nouveau statut de grand garçon : il est fier, impatient, excité, avide de connaissance. Hier soir, et encore ce matin en prenant le chemin de l'école, il sentait malgré tout une petite boule d'appréhension dans sa gorge. Une fois seulement dans sa courte vie il avait déjà éprouvé cette sensation, qui s'était rapidement muée en gros poids dans la poitrine et dans les yeux quand Alice avait jeté la marguerite qu'il avait cueillie pour elle et s'était enfuie en riant et en lui lançant un regard moqueur.
    Aujourd'hui, Alice est bien loin de ses préoccupations. Son attention est tout entière accaparée par les nouveaux sons, les nouvelles couleurs, les nouvelles odeurs qui l'entourent, cette ambiance toute particulière qui l'enveloppe de promesses d'un avenir inconnu mais qu'il pressent déjà palpitant.


    Ca y est, il est devenu grand.








    Le bois du banc est dur et inconfortable.
    Il a beau changer régulièrement de position, s'appuyant tantôt sur le dossier du siège, tantôt sur ses coudes, il se sent mal à l'aise. Depuis quelques temps plus rien ne va. Ses jambes trop longues l'encombrent, ses bras trop maigres ne trouvent pas leur place. Il a du mal à se reconnaître dans le miroir, et la personne qui lui fait face dans ces moments ne lui plaît pas.
    Il appuie sa tête entre ses mains ; le tableau en face de lui ne lui évoque rien de plus que de l'ennui. Ses préoccupations se situent bien ailleurs que dans les lignes tracées à la craie par une main qui à elle seule fait montre de toute l'austérité de son propriétaire. Alice est toujours aussi jolie, toujours aussi moqueuse. Lui, toujours plus maladroit.


    Il a tant hâte d'un jour, devenir grand...








    Le bois du banc est dur et inconfortable.
    Pour la première fois, le fait d'y être assis comporte un enjeu. Il ne pourra s'en relever que lorsqu'il aura fait honneur à ses attentes, à ses ambitions. Quatre heures, quatre petites heures de sa vie et son avenir serra scellé. Sa main tremble en jouant avec son stylo. Il attend le signal du départ en tirant nerveusement sur ses boucles brunes, ressassant ses connaissances pour s'assurer qu'elles ne s'enfuient pas.
    Une heure.
    Il ne remarque plus depuis longtemps les cheveux d'Alice qui, à sa droite forment un point blond et doux.
    Deux heures.
    La course de son stylo s'arrête, il masse sa main endolorie par l'effort. Par la fenêtre ouverte, la chaleur de l'été naissant vient peu à peu s'abattre sur les dos courbés qui emplissent la salle. Il aperçoit le petit carré d'herbe de la cour, recouvert de marguerites.
    Les yeux perdus dans le vague, il se détache peu à peu de sa copie, laisse son esprit prendre le large. Sans bien savoir pourquoi, et sans véritablement en prendre conscience, il se laisse envahir de pensées qu'ils ne s'était plus autorisé jusqu'alors. Il dérive, part, voyage, en regardant sans les voir les fleurs blanches du parterre qui dansent sous la brise, transporte son esprit au-delà de l'avenir qu'il doit tracer pour les ramener vers le passé qu'il a cru bon d'occulter.
    Un élan de nostalgie et d'envie de fuir lui noue soudain la gorge.


    Il ne souhaite pas devenir grand.
     
  3. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Je trouve cela fabuleux.
     
  4. Dies Irae

    Dies Irae
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    Wooh :Puppyeyes

    Euh... waou. Merci. Je sais même pas quoi dire :neutral:
     
  5. Dies Irae

    Dies Irae
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    Crayon vert, les arbres sont grands
    Pastel bleu, jusqu'à toucher le ciel.
    Feutre noir, le dragon se fâche
    Stylo rouge, il crache des flammes
    Peinture jaune, qui vont jusqu'au soleil.


    Mur blanc, recouvert de mon histoire, du trésor dans la montagne, des animaux dans la forêt, des rois et des reines, des pirates et des loups...


    Colère noire.
    Joues rouges.
    Yeux mouillés.

    Je continue mon histoire dans ma tête.
     
  6. Dies Irae

    Dies Irae
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    L'autre jour
    L'autre fille
    L'autre parfum
    L'autre envie
    L'autre histoire...


    Les autres joies, les autres baisers, les autres projets...
    L'autre dispute, les autres larmes, l'autre râle, l'autre se plaint, l'autre est insatisfaite, l'autre ne comprend pas.


    L'autre s'en va.


    Je reste.
     
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