Enfer bleu - coup de gueule

Sujet dans 'Forum Littérature / BD / Manga / Comics' lancé par Lady-Luciole, le 3 septembre 2014.

  1. Lady-Luciole

    Lady-Luciole
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    Bonjour à tou-te-s ! Aujourd'hui, je voulais m'exprimer sur un manga que j'ai lu récemment et qui m'a à la fois plongée dans une rage noir et une tristesse indicible et je crois que j'ai besoin de vous en parler.

    Ce manga, c'est Enfer bleu, une série en trois tomes de Chika Shiina que l'on m'avait vivement conseillée et que moi, faisant confiance à cette jolie vendeuse, j'ai écoutée. Je n'aurais pas dû.

    [ATTENTION, petite information : ce qui va suivre spoile le début, le milieu et la fin de l'histoire. Donc si vous ne l'avez pas encore lue ou que vous comptez lire ce manga un jour, arrêtez-vous là. Sauf si vous vous en fichez d'être spoilé-e-. Dans ce cas, continuez, ça fait plaisir.]

    Petit pitch de l'histoire : Mana, jeune fille de quinze ans, est une orpheline adoptée par des amis de ses parents à la mort de ceux-ci quand elle était petite dans un accident de voiture. Parmi cette famille d'adoption, un jeune homme, Kakeru, de deux ans son aîné. Kakeru qui, depuis qu'il a acquerri une puberté, abuse sexuellement de sa petite sœur (oui, car légalement, ils sont frère et sœur).

    Mana souffre de cette situation (rien d'étonnant, me direz-vous) dans laquelle elle se sent prisonnière et dont elle n'ose parler à personne puisque, dans son esprit, la famille de Kakeru est une bienfaitrice qui l'a aidée après le décès de ses parents et elle ne veut pas apporter la honte dans leur foyer. De plus, lors de l'accident qui a causé la mort de ses parents, c'est Kakeru qui a contribué à lui sauver la vie, obtenant ainsi la réputation d'être une personne merveilleuse aux yeux des habitants du village et utilisant ce fait pour faire pression sur Mana (« Je t'ai sauvé la vie, tu m'appartiens »).

    Déjà, à ce stade-là j'avais un peu envie de vomir. Mais bon. Ensuite, un jeune homme frais et innocent débarque dans la classe de Mana et tombe amoureux d'elle (parce qu'elle est jolie, sans déconner, c'est la seule raison). Par un hasard de circonstances, il découvre les agissement pervers et dégueulasses de Kakeru envers sa sœur et décide alors de tout faire pour la protéger (oui, car Mana fait partie des personnages les plus faibles que j'ai rencontrés mais il faut admettre que quand à quinze ans on se fait régulièrement violer depuis ses treize ans par celui que l'on considérait comme son sauveur, il y a de quoi avoir quelques faiblesses psychologiques, et même si on en a très envie on peut comprendre qu'elle soit dans l'incapacité de tabasser Kakeru comme il le mériterait).

    S'ensuivent plusieurs événements divers et variés, je ne vais pas vous faire le récit complet et vais plutôt aller à la partie qui nous intéresse.

    Donc, troisième et dernier tome, Mana et Akihiro (c'est le nouveau dont je vous parlais) sont amoureux, Kakeru perd de son emprise sur sa victime et, comble de l'horreur pour lui, des rumeurs sur la relation malsaine qu'il entretenait avec sa sœur commencent à être assez importantes pour être prises au sérieux. Quand il se rend compte qu'il a perdu le contrôle sur sa bien-aimée et que sa vie va être ruinée à cause de ce qu'il lui a fait, il devient fou et se suicide. Inutile de vous dire la joie que j'ai éprouvée lors de cette scène en me disant « un connard de moins ! ». Sauf que ce n'est pas fini. Parce que Mana... (roulements de tambour)

    ...est enceinte. (Il n'allait pas mettre une capote, le Kakeru, faut pas déconner).

    Etat d'esprit de Mana à ce moment-là : mon enfer est enfin fini puisqu'il est mort ? c'est bien fait pour lui ? Je le déteste j'aurais voulu qu'il souffre plus avant de mourir ? je ne veux pas porter son enfant ? j'avorte.

    Là, joie intense, enfin une fiction qui va aller au bout de l'avortement, montrer qu'il y a des fois où c'est la meilleure solution, parce qu'elle n'a que quinze ans, parce que sa sexualité n'est construite pour l'instant que d'abus et de relations non consenties, parce que ses malheurs l'ont fragilisée en tant que personne, que cet enfant lui interdira d'oublier entièrement son violeur qu'elle haïssait, bref, ce bébé ne peut dans cette situation pas naître dans un environnement sain. L'avortement est donc sa meilleure option, qu'elle choisit sans hésiter et à laquelle elle jure de se tenir.

    Sauf que non.

    Parce qu'elle découvre que, juste avant sa mort, Kakeru lui a envoyé un sms (enfin, il l'a envoyé à Akihiro mais ce con lui montre) dans lequel il s'excuse et lui dit que ce qu'il a fait, il l'a fait par amour pour elle. Et là, retournement de situation. Mana, émue, décide de lui pardonner et garde l'enfant. Kakeru passe du statut d'ignoble pervers à pauvre martyr qui souffrait au fond de lui.

    La scène finale montre l'enfant, âgée d'à-peu-près sept ans, entourée de sa famille, heureuse et épanouie, et prie pour l'âme de son papa chéri qu'elle regrette de ne pas avoir connu.

    Et c'est là que je me suis dit : Non, putain, non ! On ne peut pas pardonner aussi facilement des années de torture physique et psychologique avec un simple sms. UN SMS !

    Parce qu'avec une fin qui prône le pardon, j'ai l'impression que le message de ce manga, c'est : on peut avoir une bonne raison de violer. Si on le fait par amour, c'est pardonnable.

    D'où la colère. Parce que, chose qui me semble évidente mais ne l'est pas pour l'auteure, il n'y a jamais de bonne raison pour violer. C'est un crime grave qui ne peut pas être pardonné aussi facilement. J'aurais préféré avoir un épilogue avec une Mana devenue adulte épanouie car elle aurait réussi non pas à pardonner mais à surmonter son traumatisme. Elle serait parvenue à se réapproprier son corps et sa sexualité, faisant un bon gros fuck à Kakeru en lui montrant qu'il ne peut plus rien faire pour la tourmenter et qu'elle est libérée de son joug.
    Mais non, à la place on a une femme qui élève l'enfant de son violeur et a décidé de ne conserver que les bons souvenirs de lui en lui accordant son pardon.

    De plus, j'aurais aimé qu'elle aille au bout de son avortement car c'est trop rare et que cette solution a besoin d'être montrée comme viable car beaucoup de femmes la choisissent et n'ont pas besoin qu'on leur montre sans cesse qu'elles ont fait le mauvais choix car ce n'en est pas un. Surtout lorsque l'on a une situation qui s'y prête aussi parfaitement car rien n'aurait pu accuser Mana de faire une erreur en avortant.

    Bref, cette fin m'a fait beaucoup de mal car elle minimise l'atrocité des événements que l'héroïne a subi et fait comme si tout pouvait se pardonner alors que non. Tout ne se pardonne pas. Abuser d'une personne qui jusque-là nous faisait confiance, l'enfermer dans une relation abusive et vouloir la faire culpabiliser en se suicidant une fois le contrôle perdu, ça ne se pardonne pas.

    Transformer un violeur en martyr, ça ne pardonne pas, Mme Shiina.
     
  2. Lady-Luciole

    Lady-Luciole
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    Voilà, désolée du pavé mais il fallait que ça sorte.
     
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