Question (pas si) con Faut-il ou pas donner de l'argent aux mendiants ?

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par AngelTen Richard II, le 20 février 2015.

  1. AngelTen Richard II

    AngelTen Richard II
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    Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?

    Coucou, c'est encore moi :taquin:
    Le matin, le soir, la journée, n'importe quand, je prends le train, le RER ou le métro, je me promène dans la rue, bref, je sors dehors. Et souvent, je croise des gens qui mendient, des SDF ou des gens qui sont sans doute là la journée mais qui dorment ailleurs le soir (je n'ai pas une idée très précise de la façon dont on vit quand on est à la rue ou très très pauvre).
    Bien sûr il y a plusieurs manières de demander la pièce, certains ne le font tout simplement pas, d'autres ont un petit gobelet ou un petit panneau, d'autres encore viennent dans le train et demandent, certains chantent une chanson, enfin il y a la méthode des "petits papiers" pour ne pas déranger...

    J'avoue avoir un sentiment mitigé par rapport aux mendiants et SDF. D'un côté, je me dis "j'ai envie de leur donner, ils sont bien plus dans la merde que moi". Et en effet, il ont besoin de cet argent, et ça me rend triste, je me dis que notre société à un problème pour être aussi riche et en même temps qu'il y ai des gens qui n'ont rien...

    D'un autre côté, parfois, j'ai peur de donner mon argent à des réseaux qui font leur beurre sur la misère, parfois je n'ai pas de pièce et je suis mal à l'aise, ou j'ai envie de garder mon argent pour moi parce que j'avais prévu d'en faire ceci ou cela, ou bien je me dis "à quoi bon ? Je ne peux pas donner à tout le monde...".. Et je me sens mal, parce que personne d'autre ne donne, que tout le monde fait la gueule (dans le RER surtout) et que la personne doit y passer sa journée. Parfois les mendiants me soûlent aussi, j'ai un peu honte de l'avouer mais quand c'est a 7e fois dans la journée que tu entends le même speech, ça m'agace, quand j'écoute ma musique tranquille et qu'à côté la personne chante très fort et joue de la musique, ma première réaction est que ça me soûle, j'ose l'avouer, même si juste après j'essaie de me dire "merde, ils sont plus pauvres que toi ! En plus certains ne parlent même pas français, t'imagine la galère ?". Enfin bref, voilà ^^

    Je pense que c'est important de ce poser ces questions là, parce que je pense que ce dont je parles, beaucoup de personnes, surtout en ville, y sont confrontées, et sont passées par les mêmes sentiments, les mêmes réflexions que moi, donc ça m'intéresserait d'avoir vos avis sur la question, qu'il y ai un espace pour en discuter.

    Est-ce que vous donnez aux personnes qui mendient ? Si non, pourquoi ? Y a-t-il un type de personne à qui vous donnez plus particulièrement, ou au contraire à qui vous évitez de donner ? Pourquoi ? Ya-t-il une situation qui vous pousse plus à donner (une femme avec un bébé, quelqu'un qui joue une musique, ou si vous voyez quelqu'un d'autre donner...)
    Est-ce que vous essayez de faire quelque chose d'autre (bénévolat, dons à des associations, système du 2e café payé, acheter des "choses" à la personne, faire des dons à Emmaüs...)
    Quels sont vos sentiments quand les gens viennent mendier ? Ca vous attriste ? Agace ? Indiffère ? (Vous avez le droit de l'avouer, il vaut mieux dire les choses parfois ça permet de mieux comprendre le problème pour mieux l'affronter).
     
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  2. Tapioca

    Tapioca
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    -

    Je me retrouve en grande partie dans ce que tu écris. Je vis dans une grande ville mais je vais pas souvent dans les quartiers connus/touristiques et je croise donc peu de mendiants ou de personnes clairement dans le besoin. Ceci dit en général je ne donne pas d'argent, pour plusieurs raisons.

    - L'une des raisons c'est que j'ai "peur" que la personne utilise l'argent pour acheter de l'alcool, des cigarettes... bien que je n'aie aucune preuve et qu'en plus je n'ai pas à décider de ce qu'elle achète ou non (c'est vrai, qui suis-je pour décider qu'elle ne doit pas s'acheter du vin ? Même si je ne suis pas pour, une fois la pièce donnée je n'ai pas mon mot à dire)
    - Une autre raison que tu as citée c'est effectivement les réseaux "criminels" qui exploitent des personnes dans le besoin pour ramasser de l'argent, on ne sait pas trop si la personne aura cet argent pour elle ou pour un "boss" :erf:
    - Avant je donnais des tickets resto, que j'avais tu mal à utiliser, et cela me garantissait que la personne allait s'acheter à manger (ça rejoint un peu la première raison on va dire), mais maintenant que je n'ai plus de tickets resto et que j'ai peu de liquide sur moi je préfère le garder pour le pain :sweatdrop:
    - Une autre raison que tu as également citée c'est que si je donne à une personne je vais culpabiliser de ne pas pouvoir donner aux autres, je ne suis pas richissime et si je donne mes quelques piécettes je n'en aurai plus pour les autres, et je ne peux pas non plus donner à chaque personne que je croise, alors plutôt que de discriminer une personne... je donne pas tout court.

    Alors du coup je fais un don mensuel (pas prélèvement automatique) à la Croix-Rouge (qui aide entre autres les personnes à la rue) et comme ça je sais que j'aide indirectement ces personnes et que si je donne pas de piécette c'est pas "grave", c'est ma façon d'aider à moi :fleur: Ca s'étale sur l'année, ça ne se voit pas dans mon budget mais au final ça fait une belle somme pour aider ceux qui sont dans le besoin :)
     
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  3. Patrickbateman

    Patrickbateman
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    "Le bonheur c'est de continuer à désirer ce que l'on possède" - St Augustin

    Je passe par les mêmes émotions que toi @AngelTen Richard II . J'ai commencé à "donner de l'argent" (ça ne va jamais au délà de 1 euro...) cette année seulement car avant j'avais... peur. C'est stupide je sais, mais j'avais peur de m'approcher de moi-même des mendiants, qu'il me ri au nez ou je sais pas quoi (c'est bizarre hein).

    Et puis un jour j'ai donné au mendiant près de mon Carrefour Market. Le sourire qu'il m'a offert a illuminé ma journée pluvieuse. Ca m'a fait me sentir bien. Même si quelques jours plus tard je l'ai vu éméché avec un groupe de mendiants....On en vient au problème de l'alcool. Mais qu'est-ce qu'on y peut :dunno:

    Sinon j'ai déjà donné un reste de salade composé (une salade chère, pas un pauvre reste miteux) au mendiant près de mon travail et un peu de monnaie. Toute la journée il est accroupie avec sa capuche et son plaid, son chien dans les bras. Je ne l'ai jamais vu bouger de ma vie, on dirait une statue. Mais je le trouve attendrisant je sais pas pourquoi :hesite:

    Après j'avoue être plus enclin à donner de l'argent aux mendiants que je "connais" de ma rue ou de mon travail, ceux qui restent dans leur coin car ils savent pas jouer de la guitare ou ne veulent pas embêter les gens. Je deteste être "harceler" même si je comprends parfaitement les raisons qui poussent ceux qui le font. :erf:
     
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  4. Wrath

    Wrath
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    Oh, Ashley !

    La question est intéressante, et j'avoue que je me la pose souvent (ouep, je prends aussi le métro quotidiennement, du coup je suis confrontée à pas mal de SDF ou de personnes dans le besoin). Ça fait méga mal au cœur, de se dire que ces gens n'ont aucune autre perspective dans leur journée que celle de récolter quelques pièces... juste pour recommencer le lendemain :sad: Rien que d'y penser, ça laisse une telle sensation de... de vide !

    En même temps, moi aussi, je culpabilise. Parce que même si je ne roule pas sur l'or, même si j'ai pas (encore) un salaire fixe à la fin du mois, j'aurais les moyens de donner quelques centimes à ces gens, pour leur donner un coup de main... et je ne le fais pas, pour un mix de toutes les raisons citées plus haut. Est-ce que c'est de l'hypocrisie du coup ? Pire : du mensonge ?

    Ce qui m'arrive assez souvent, c'est de distribuer de la nourriture. Quand je sors d'un café/d'un restau/de la cantine et que je vois une personne affalée contre un mur à l'entrée du métro, il m'arrive de lui filer le chocolat qui allait avec mon café, ou le speculoos qui allait avec mon café gourmand, ou même un paquet de gâteaux quand je sors des courses. Et puis j'ajoute un petit sourire et un "bon courage monsieur/madame", et je me dis que ça a au moins le mérite de faire plaisir... Non ?
     
    #4 Wrath, 20 février 2015
    Dernière édition: 20 février 2015
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  5. Cind3rella21

    Cind3rella21
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    Je me pose souvent cette question car je croise pas mal de SDF. D'un côté je me dit que les quelques centimes que je donne vont les aider un peu, mais de l'autre je sais que c'est pas ça qui les sortira de la rue et qu'ils achèteront surement de l'alcool avec. Mais je culpabilise toujours quand je dis non.

    C'est peut-être un peu bête, mais je donne plus facilement aux SDF que je "connais", que je croise souvent. Il y a deux types près de chez moi, très gentils à qui je donne régulièrement de l'argent, et à qui je dis au moins bonjour avec un sourire quand je ne donne rien. Ils me faisaient un peu peur au début, par le façon de s'approcher de moi pour me demander de l'argent mais maintenant que je les connais ça va mieux. Je me souviens aussi d'un SDF que je croisais tous les jours pour aller à la fac, et qui en plus de vivre dans la rue était aveugle, je lui donnais régulièrement quelques pièces ou je lui payais un café parce que ça me fendait le cœur de le voir tous les jours.

    Je donne aussi régulièrement des vêtements que je ne met plus à des associations et j'achète toujours un paquet de pâtes ou des boites de conserves quand il y a des collectes de nourriture dans les magasins. Je me dit que c'est pas grand chose, mais qu'au moins j'aide comme je peux.

    Après, biens sûr, on ne peut pas donner à tout le monde, par contre je pense que même si on ne donne pas, un petit mot où un sourire ça ne fait jamais de mal.
     
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  6. Lumiciole

    Lumiciole
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    Je ne donne pas directement, pour plusieurs raisons. D'abord parce que je ne sais pas à qui je donnerais réellement (réseaux, filous, "vrais" SDF), ensuite parce que je pense qu'il est plus intéressant de rassembler l'argent pour financer un projet d'envergure (un logement de secours, des couvertures, une distribution de repas) que de disperser les dons. Je donne donc à des associations, quand je croise une tirelire, un bac d'aide alimentaire ou autre, je mets quelque chose. Je fais des dons plus conséquents parfois mais rarement pour ce type d'associations.
    C'est toujours difficile de se dire "je donne pour ça et pas pour ça", mais je pense qu'il vaut mieux que ça profite à quelqu'un qu'à personne. On n'a jamais suffisamment d'argent pour donner à tous, que ce soit les mendiants, les causes... même si j'étais milliardaire il y aurait toujours plus de besoins que de pièces dans mes poches. La force des dons c'est le nombre. Si je donne de quoi nourrir quelqu'un pendant deux jours, c'est peu, mais un autre don ajoutera deux jours de plus, etc.

    Je pense qu'il faut s'accorder avec son ressenti et ses possibilités. Donner par rapport à ses ressources, si c'est un euro eh bien c'est un euro, c'est pas grave. Et s'autoriser à choisir comment et à qui on donne, que ça reste un choix.
     
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  7. Suzy Q

    Suzy Q
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    Rêveuse Professionelle 

    Quand je lis vos témoignages, je vois que beaucoup d'entre vous donnent aux SDF qu'elles "connaissent". C'est mon cas aussi et ça me semble normal, ces personnes, même si elles sont discrètes, font partie de notre quotidien : on les voit tous les jours ou presque, on connait leur visage et on suppose que la réciproque est vraie. Un SDF avec qui j'avais discuté m'avais expliqué que c'est pour ça qu'il reste toujours sur "son spot", pour qu'on se souvienne de lui et qu'il crée un lien avec les donneurs.

    En ce qui concerne ta remarque @Tapioca, je t'avoue que ça m'a interpellé.
    Peut-être que la formulation est maladroite mais je trouve ça un peu "facile" comme excuse. C'est comme si un médecin disais "Je ne peux pas soigner tout le monde donc je ne soigne personne". Alors que justement c'est la somme des petits gestes quotidiens qui font que tu peux un petit peu améliorer la vie de ces personnes :)
    Je comprends ton sentinement de culpabilité néanmoins et, pour ma part, quand je ne peux pas donner à tout le monde je regarde la personne, lui souris et lui dis "Désolée, j'ai pas de monnaie. Bonne journée". Je pense que c'est aussi important de prendre le temps de répondre et d'être souriant que donner quelques centimes :).

    Après je dirais que ce qui est important c'est de ne pas oublier l'humain derrière le mendiant. Quand on fait ses courses et qu'on se dit "tiens, je vais prendre un trucs pour le sdf devant le Monop'", il faut pas hésiter à lui demander ce qu'il voudrait (un sandwich, un paquet de biscuits,...). Ils ont aussi des préférences et ça permet de montrer qu'on les considère autrement qu'en tant que SDF.

    Et puis pour les pièces, faut savoir que c'est important qu'ils en ai aussi de temps en temps. Certes beaucoup achètent de l'alcool mais ils peuvent aussi avec prendre des douches dans les bains publics, acheter de quoi ce se raser,... Beaucoup d'entre eux ne se dirigent pas vers la croix rouge et autres par fierté et ces quelques pièces peuvent vraiment faire une différence.
     
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  8. Fanncy

    Fanncy
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    Dealeuse d'herbe à chat

    En face de là où je bossais il y a quelque années, il y avait un mec qui faisait la manche. Je le croisait à chaque fois en sortant du boulot. Et comme là où il était, c'était aussi devant ma banque, on en est venu à discuter un jour. Il était un peu foufou quand même :rire: C'et bête, mais j'ai apprécié de discuté avec lui de temps en temps, parce qu'il me demandais comment j'allais, il me parlait un peu de lui, des films qu'il aimait, il faisait des imitations de Bourvil ... Et du coup je lui donnais de la monnaie sans qu'il me demande. Un jour au détour d'une discussion (je sais plus trop de quoi on parlait), il m'a dit qu'il avait un appartement qu'il avait trouvé grâce à une association mais qu'il avait trop l'habitude de la rue pour y rester la journée et vivre des aides sociales. Du coup il avait quand même un toit sur la tête, mais il passait ses journées à parler aux gens dans la rue et demander une ou deux pièces. Je sais pas, il m'a beaucoup marqué et j'ai été triste de plus le voir après. Je me demande parfois où il en est.

    Sinon en pleine canicule, quand je suis allé en courses et que j'ai vu des jeunes avec leurs chiens demander des sous j'ai vraiment eu de la peine. J'ai eu peur qu'ils fassent un malaise et que personne viennent les aider :hesite: Du coup je leur ai acheté des bouteilles d'eau et à manger.
    J'ai pas vraiment de préférences sur ce que je veux donner ou pas. Ca dépend du moment en fait (et de mon état d'esprit).

    J'ai eu aussi une mauvaise expérience quand j'étais jeune :vieux:. J'étais à Paris et je devait changer de gare. Sur le cheminun mec est venu me demander des sous .. j'avais juste de la monnaie pour manger donc je lui sors un "Non, désolée ... Bonne soirée quand même". Je me suis fait insultée :facepalm: Bon je veux bien comprendre que le mec avait faim ou besoin de monnaie, qu'il ait pu tomber sur des gens chiants une heure auparavant ... mais j'ai eu peur quand même.

    Pour avoir été dans le besoin et avoir profité des restos du coeur, secours catho etc., au delà des besoins primaires (nourriture, logement, vêtements), il y a aussi un énorme besoin de contacts humains. Etre dans la misère c'est tellement excluant et aliénant ... Et pas qu'à cause du rejet de la société, mais parce qu'on s'en retire soi-même par la force des choses.

    Je comprends que beaucoup de gens dans cette situation puissent ne plus vouloir sortir de la rue. C'est un autre monde, d'autres lois, et revenir dans le monde "normal" c'est un peu comme sortir de prison. Il faut se réadapter et c'est difficile.
     
  9. C.Personne

    C.Personne
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    Bonjour,

    Je suis assez surprise par vos réactions (mais je n'émets aucun jugement, bien au contraire). Je vous laisse donc un petit mot qui d'ailleurs est mon premier véritable commentaire dans les tréfonds de ce forum.
    Ce qui me surprend dans ce que je lis, c'est avant tout votre peur. Pourquoi avez-vous peur d'une "classe" de personnes ? Je pense que ceci est la première question devant laquelle chacun de nous devrait s'attarder. Nous sommes tous humains, oui, mais il y a aussi les préjugés inculqués dans les médias, par notre éducation (familiale, scolaire), ou que sais-je encore... Il est bien triste de trouver derrière ce mur (un mur d'a priori, j'entends) des personnes qui nous ressemblent tout à fait. Arriver jusqu'à la rue est bien souvent un concours de circonstances, la perte d'un emploi, le décès d'un proche, une rupture familiale, une expulsion, puis tout se casse la gueule. La marginalisation appelle à la marginalisation. Toucher le fond, ici, c'est bien souvent s'y asseoir, goûter le bitume, ne plus trouver comment s'en détacher.
    Le premier acte que chacun peut (devrais-je dire "doit" ?) faire, c'est tout seulement entrer en contact, ce qui passe, chez moi, avant tout par le regard. Je ne cherche pas à entraver l'espace de la personne en difficulté face à moi. Juste nouer un lien de quelques secondes, qui sera retenu ou non. Un simple contact, un "Bonjour.", un "Je vous vois.", un "Vous existez." Ceci appelle à énormément de réactions différentes. Oui, j'ai été déçue par des personnes qui ont très mal pris mon acte, oui, j'ai eu des personnes qui quand je leur offre un fruit me répondent qu'ils préfèrent l'argent, oui, ça arrive. Être à la rue, ça n'enlève pas le fait qu'on est humain, qu'on peut être éreinté, de mauvaise humeur, avoir un mauvais feeling... moi-même, j'ai déjà pleuré dans un bus et regardé très méchamment quelqu'un qui me proposait de l'aide. La plupart du temps, je suis juste un rayon de soleil dans la misère, une jeune femme attentive qui peut-être ne changera par l'ordre des choses avec un sourire, mais qui essaie, c'est peut-être pauvre comme arme contre le monde, me direz-vous, mais on essaiera déjà avec ça.
    La population dite "Sans-Domicile-Fixe" m'interpelle depuis l'enfance, ma mère travaillait dans un Point Accueil Jour où des personnes sans domicile pouvaient récupérer leur courrier, faire des machines à laver, boire du café, etc. Quand ma mère les croisait en dehors du travail, elle les saluait, j'étais souvent là, je les saluais aussi. Une politesse qui ne s'oublie pas. Aujourd'hui, dans ma vie de tous les jours, c'est du "eye-contact" avant tout, un petit mot gentil, parfois, je partage mes repas (étudiante, pas beaucoup de sous, mais généreuse, on se refait pas). Il m'arrive de donner de l'argent, c'est beaucoup plus rare. J'en donne a contrario souvent à certains artistes de rue que je ne classifie pas forcément dans les dits "SDF". Ne mettons pas tout le monde dans le même panier (déjà que devoir mettre une seule personne dans un panier me rebute...) Je suis également bénévole pour le Collectif Les Morts de la Rue, je travaille au pôle "Dénombrer et Décrire" qui s'occupe du recensement des personnes sans abris ou anciennement sans abris décédées. (je vous laisse le lien FB : https://www.facebook.com/mortsdelarue?ref=br_tf ; il y a également un hommage le 17 Mars à Paris pour ceux que ça intéresse). Il y a énormément d'associations, si vraiment vous voulez agir concrètement, ceci est possible. Je voulais en parallèle faire des maraudes mais mon emploi du temps ne me le permet pas pour l'instant.
    Je voudrais aussi vous conseiller deux nouvelles qui m'ont beaucoup touchée et que je trouve très sincères : No et moi de Delphine de Vigan et Le soleil des mourants de Jean-Claude Izzo, peut-être y trouverez-vous des réponses à certaines questions. Peut-être ces deux courtes lectures anéantiront le reste de vos peurs. C'est simple à lire et très beau, j'insiste. Si jamais certain(e)s veulent se pencher sur la question plus amplement, je vous conseille Les Naufragés de Patrick Declerck, un compte-rendu / témoignage d'un sociologue qui s'est fait passer pour un sans-abris. C'est très dur, poignant, pas une lecture des plus faciles... mais vraiment cela marque, cela fait réfléchir.

    Bon, après ce roman, si quelqu'un veut me poser une question un peu plus précise, je suis là, à l'écoute. J'espère avoir un petit peu éclairé vos questionnements.
     
    Thad Paï, kisskissbangbang, pitikoala et 31 autres ont BigUpé ce message.
  10. Cesar.

    Cesar.
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    Je suis un peu gênée par l'argument selon lequel il ne faut pas donner car sinon les sans-abris achètent de l'alcool ou du tabac... Franchement, où est le problème? :dunno:
    Moi aussi j'achète de l'alcool et du tabac, je vois mal le gouvernement me suspendre mes APL en raison de ça. Chacun achète ce qu'il veut, l'argent que vous donnez à quelqu'un ne vous donne pas pour autant un droit sur ce qu'il en fera.
    Quand bien même, on le sait, l'alcool, c'est mal; je pense que les personnes à la rue ont suffisamment d'expérience pour le savoir et si elles boivent quand même, c'est peut-être parce que dehors c'est l'hiver, qu'il fait froid, que les couvertures ne suffisent pas, qu'il n'ont nul par où aller et que l'alcool réchauffe et donne l'impression du bonheur parfois.
    Alors oui, je donne de l'argent aux sans-abris quand j'en ai, quand ça me prend, pour plein de raisons, mais je ne vois vraiment pas en quoi j'aurais le droit, du haut de ma situation privilégiée, de leur dire quoi faire avec.
     
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  11. Wrath

    Wrath
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    Oh, Ashley !

    Je rejoins @Suzy Q sur un point : le plus important, au delà de l'argent, ça reste l'humanité. Parce qu'une poignée de pièces, jetées par terre sans même un regard, ça vaut quand même nettement moins qu'un sourire et un "bonjour" ... Enfin, c'est mon avis !
     
    Maia Chawwah, HanXin, Mardy Bum et 5 autres ont BigUpé ce message.
  12. AngelTen Richard II

    AngelTen Richard II
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    Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?

    @C.Personne : je n'ai pas particulièrement d'avis ou de réaction sur le sujet personnellement, c'est plus un objectif de regrouper des réactions et de voir comment on peut améliorer notre façon d'agir en fonction de ces réactions, réflexions... J'ai pas un avis fixe et je fais de mon mieux pour aider les autres à mon échelle. Je lance le truc avec une partie de ma réflexion sur le sujet.

    Mais effectivement plusieurs personnes ont pointé le fait que celleux qui sont à la rue sont souvent encore plus marginalisés car ils sont évités : ça m'est moi-même arrivé d'éviter les gens du regard, parce que j'avais honte de ne pas leur donner, parce que j'étais mal à l'aise face à leur extrême pauvreté. Je pense qu'on est un peu "formaté" pour ça, on a l'habitude de vivre dans un univers bien propre et idéal qui fait que cette pauvreté ne "colle" pas, détone. Ca s'apparente à du classisme (cf Veille permanente Classisme)
     
    Kaylie, Maia Chawwah, Thedreaming et 2 autres ont BigUpé ce message.
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