Ghost World, la mélancolie façon 90's — Du [comics] à l’écran

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par ladydandy, le 28 septembre 2014.

  1. ladydandy

    ladydandy
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    Licorne Guest

  2. Amerin

    Amerin
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    Trouvable sur le CED Roland Garros 2016

    Ghost World c'est le surnom que Dick donne à Mac dans Veronica Mars parce qu'il trouve que la fille lui ressemble du coup cet article me donne encore plus envie de voir le film ^^
     
  3. Zute

    Zute
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    Comme ça me donne envie de revoir le film et de découvrir les comics ! mercii :d
     
  4. envoituresimone

    envoituresimone
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    prosper youpla boum.

    Ce film est incroyable pour moi. Je l'ai vu adolescente au lycée et j'ai adoré ce film, je le fantasmais totalement et rêvais d'être comme l'héroïne que je trouvais incroyablement cool. D'ailleurs j'étais à bien des égards comme elle et ça me paraissait génial. Tenues "punk" provoc, cynisme désabusé, haïr 99% des gens "normaux", dessiner partout et tout le temps, et évidemment les relations fusionnelles avec LA meilleure amie avec laquelle on partage cette haine des gens. Trainer des heures entières dans un coin de la ville ou un café paumé, pour voir passer les gens et critiquer à peu près tout ce qui bouge.
    Evidemment j'adorais la musique et faisais  tout pour copier l'héroïne afin de ressembler encore plus à ce que j'étais déjà ravie d'être.
    Puis j'ai revu ce film dix ans plus tard et ça m'a fait une claque.
    Moi qui voyais ce film comme une comédie déjanté, un truc gai et joyeux, je me suis rendue compte que c'était en vérité un film sur l'adolescence...dans tout ce qu'elle avait de plus difficile.
    Et en voyant le film une seconde fois j'ai eu le déclic : ce film racontait à peu près dans tous les détails mon adolescence, et j'étais effectivement l'héroïne à bien des égards...Sauf que ça n'avait rien de "cool"!
    En vérité j'ai été cette ado parce que j'étais super paumée. Je dissimulais un manque total de confiance en moi derrière des fringues et une énorme frange (qui couvrait soit dit en passant mon acné) et j'exprimais mes sentiments par l'agressivité et l'hostilité.
    De même, ma "haine" des gens normaux ne faisait en vérité que refléter mon incapacité à être comme eux.
    Les liens que j'ai pu nouer avec un nombre incalculable de personnes plus âgées et complètement décalés (y compris pour leur âge!) ne faisaient qu'enfoncer cette distance que j'avais avec les gens de mon âge, le désir que j'avais absolument de leur plaire comme une quête désespérée de me prouver que j'avais "raison" d'être décalée.
    Evidemment le divorce de mes parents, la difficulté de supporter de nouveaux beaux parents, tout est bien montré. Les heures entières dans sa chambre aussi, qu'on bâtit de ses petites mains comme un temple sensé refléter notre identité décalé, à coup de dessins, collages, peintures et photos décalés. J'en ai fait claquer la porte tellement de fois qu'une fissure s'était dessinée au mur.
    Et puis plus triste encore, l'histoire avec la meilleure amie, que j'ai vécu : on fusionne en se croyant invincibles et identiques, jusqu'à réaliser qu'un jour notre amie a envie de grandir, de changer, d'aller de l'avant et de ne pas s'enfermer dans ce mal être qu'on a bâti pour soi. Et qui dès lors n'a plus d'autre choix que de s'éloigner car on l'étouffe. Qu'on méprise parce qu'on la trouve "normale" avant de réaliser qu'elle avait en fait raison.
    Comme l'héroïne j'ai eu mes colères, mes larmes, mes traversées de la ville, je me suis totalement enthousiasmée pour des choses parfois vides de sens (une chanson, une allure, un "genre"). Je me suis trompée en croyant me reconnaître dans des gens totalement inaptes à vivre en société. Et certaines personnes ont d'ailleurs souffert de mon comportement, comme dans le film, ce pauvre Seymour dont elle ne sait plus vraiment quoi faire parce qu'elle n'arrive pas à le considérer comme un simple ami.
    Le drame de cette fille, c'est que d'un côté elle n'est pas comme les autres, mais que d'un autre côté elle fait tout pour être encore plus différente de tout le monde.
    Et je réalisai en revoyant le film qu'il s'en est fallu de peu pour que je tourne mal en fait. Pas qu'il m'arrive des trucs louches mais plutôt ne pas réussir à aller de l'avant, ne pas accepter de grandir.
    J'ai trouvé le film si triste et d'un coup j'ai vu celle que j'étais adolescente en moi et j'ai eu tout à coup énormément de tendresse et de compassion pour elle.
    Aujourd'hui (troisième période de visionnage du film) je suis très sereine avec ce film que j'adore en fait. Car il m'aide à mieux comprendre celle que j'étais, celle que je suis maintenant. Chaque fois que je le vois je suis submergée d'émotions et troublée de voir à quel point j'ai été Enid. Et au fond je le suis surement encore mais j'aime à penser que je l'ai domptée et que ses innombrables défauts m'ont causé beaucoup de peine mais ont peut être un peu aidé mon développement.
     
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