La chasse aux diplômés étrangers est ouverte !

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par Denis, le 21 octobre 2011.

  1. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    Les plus optimistes pensaient qu'on avait touché le fond durant l'été 2010, quand Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité à désigner à la vindicte populaire une fraction de la population en déclarant vouloir "mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms".

    Une éruption de xénophobie qui avait frappé les esprits en Europe et dans le monde, comme en témoigne, entre autre, cet édito du New York Times.

    Malheureusement, on n'avait pas tout vu...

    Cette fois, ce sont les étudiants étrangers diplômés de nos universités et de nos grandes écoles qui sont poussés à faire leur valise.

    Explications : dans le cadre de la politique de réduction de l'immigration légale voulue par le gouvernement, Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, et Xavier Bertrand, le ministre du Travail ont adressé le 31 mai dernier à tous les préfets une circulaire qui vise à limiter drastiquement les possibilités pour les diplômés étrangers d'obtenir une autorisation de travail en France.

    Avant cette mesure, les nouveaux diplômés étrangers disposaient de six mois pour s'insérer sur le marché du travail, avant que l'employeur ne soit obligé de donner la priorité à un candidat français.
    Ces six mois de tolérance sont abolis par la circulaire du 31 mai. Du coup, ce qu'on appelle l'« opposabilité » s'en trouve durcie : les étrangers ne sont désormais acceptés que dans les métiers « en tension ».

    Nous voilà donc dans une situation inouïe : notre pays consacre des sommes considérables à la formation d'étudiants étrangers à l'université (25 000 diplômés chaque année) et dans nos grandes écoles (8 000 diplômés chaque année) et quand ceux ci décident de mettre leur talent au service du développement de notre économie, on leur oppose une forme administrative et kafkaïenne du "casse-toi pov' con".

    Après une phase de flottement, la résistance s'organise.

    Première à bouger dès cet été, la Conférence des Grandes Ecoles (CGE). "Ce dispositif nuit au rayonnement scientifique et universitaire de la France dans le monde", déplore Pascal Codron, président de la commission Relations internationales de la CGE et directeur de l'Institut supérieur d'agriculture de Lille. "Il ne faut pas que l'image d'une France fermée se répande à l'étranger", renchérit Pierre Tapie, président de la CGE et par ailleurs patron de l'Essec.

    Mercredi, la Conférence des Présidents d'Université (CPU) est monté à son tour au créneau contre la circulaire qu'elle juge "très très grave, car elle peut avoir des conséquences importantes pour notre enseignement supérieur", parmi lesquelles "la destruction de nos conventions" passées avec des universités étrangères.

    Les étudiants ont eux créé le "Collectif des Diplômés Etrangers des Grandes Ecoles et Universités de France contre la circulaire du 31 mai de Claude Guéant" dont la page facebook affiche déjà 5600 membres. Vous y trouverez tous les liens qui vous éclairerons sur les situations ubuesques vécues par les victimes de cette politique xénophobe et les ressentiments qu'elle génère.

    Les politiques ne sont pas en reste. Le Parti Socialiste demande l'abrogation pur et simple de la circulaire sur la base d'un constat de bon sens : "après les avoir formés, refuser à ces diplômés la possibilité de faire profiter notre pays de leurs talents est proprement aberrant".

    Guéant et Bertrand sont aussi (et heureusement) contestés dans leur propre camp, l'UMP.
    Valéry Pécresse, ministre du Budget, par ailleurs diplômée de HEC, a écrit à Guéant pour lui rappeler que ces jeunes diplômés étrangers "représentent des atouts importants pour les entreprises qui souhaitent les recruter et donc pour notre pays". Elle alerte le ministre de l'Intérieur sur le fait que "si une telle situation devait perdurer, elle ne serait pas non plus sans conséquence sur l'attrait de nos grandes écoles et de nos universités à l'étranger."

    Sur son blog, Arnaud Robinet, député UMP de la Marne, interpelle Guéant "sur les conséquences de l'application de ce texte, qui risque d'affaiblir la compétitivité de nos entreprises et de notre système universitaire, de nuire à la sécurité juridique des personnes visées et plus encore, de dégrader inutilement l'image de la France dans le monde".

    Pour l'instant, Guéant et Bertrand font la sourde oreille. Lancés aveuglément dans la course à l'échalotte qui les oppose à Marine Le Pen pour déterminer çui-qui-sera-le-plus-couillu-pour-virer-les-zétrangers, ils n'ont visiblement pas perçu à quel point cette circulaire piétine à la fois le bon sens et nos valeurs fondamentales.

    Aidons les à ouvrir les yeux en rejoignant le collectif du 31 mai et/ou en adhérant à la page fb "Tous contre la circulaire discriminatoire de Claude Guéant".
     
  2. Malaussène

    Malaussène
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    Vraiment, parfois, j'ai du mal à comprendre. Qu'il y ait un énorme fossé idéologique entre la droite et moi, ça je veux bien, et il est évident que de nombreuses mesures passées sous ce gouvernement me déplaisent fortement. Mais là... Cette circulaire est effroyable de xénophobie et de stupidité. Comme tu l'as dit, même économiquement, elle n'a absolument aucun sens.

    Le seul truc "rassurant", c'est que même du côté de l'UMP, y'en a qui gueulent.
     
  3. Shirellevivi

    Shirellevivi
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    Wibbly Wobbly Brainy Sexy

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    C'est effarant :facepalm: ! Complètement absurde, je ne vois pas ce qui pourrait justifier une telle mesure ! A part attirer les électeurs du FN, et encore, je pense pas que ce soit efficace. Je rêve.
     
  4. Malaussène

    Malaussène
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    42

    Je vous c/c un article publié sur le site d'Alternatives Economiques (et qui explique, si besoin en était, en quoi cette circulaire est une énorme connerie) :

     
  5. SassyFruits

    SassyFruits
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    Génération Y.

    C'est juste horrible... Dans mon école il y a beaucoup d'étrangers, et ils ne sont pas là pour piller la France mais pour recevoir une super formation, parce que c'est réputé pour ça, ça rapporte des sous dans les caisses de l'école et ça permet la mixité. Ce ne sont pas des gens qui "profitent du système" comme on peut l'entendre, mais des gens souvent ambitieux qui peuvent apporter énormément au pays. Cette mesure est tout simplement RIDICULE, je me demande comment ça a pu être accepté quoi!

    Comme celles qui empêchent que les étrangers puissent accéder à certains postes, s'ils sont plus qualifiés et productifs je ne vois pas où est le problème!

    Et même s'il y a du cas par cas, je ne comprends pas comment un étranger peut-être moins légitime qu'un Français s'il paye les mêmes impôts, est soumis au même lois et a les mêmes qualifications. Franchement à ce point là autant fermer les frontières de la France, si les gens ne peuvent même plus venir pour raisons éducatives ou économiques, je sais pas en quoi la France représente encore un quelconque pays d'espoir pour les immigrés... Pourquoi partir étudier en France si ensuite on n'a même pas la possibilité d'y rester?

    EDIT : et comme souligné dans le premier post, économiquement ça ne tient même pas debout.. Un étudiant coûte environ 8900? à l'Etat, et souvent les étrangers bénéficient de bourses, disons que s'il reste 5 ans pour ses études, l'Etat aura dépensé plus de 40 000? pour lui qui ne sera même pas réinjecté dans les caisses s'il n'y travaille pas.

    Encore un moyen de cacher aux gens les problèmes actuels en trouvant un bouc émissaire dont la présence est pourtant légitime. Ce ne sont pas des clandestins, ils participent à l'activité économique. MERDE!
     
  6. Denis

    Denis
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    Ce témoignage de Maile, 31 ans, américaine, publié par Libération

    «J'ai un double diplôme Sciences-Po - Columbia University de journaliste. J'avais décroché un contrat à l'Agence France Presse (AFP) comme éditrice photo et un mi-temps de professeur à l'école de journalisme du Celsa (Sorbonne). Il ne me manquait que les autorisations administratives. Comme pour tous les papiers en France, c'est toujours complexe et un peu long. La préfecture a quand même mis sept semaines avant de me répondre : un courrier m'indiquant que ma demande était refusée. Je n'ai plus le droit de rester sur le territoire français. Pas de possibilité de recours, ni rien. L'AFP a annulé mon contrat et mes étudiants se sont retrouvés sans prof. J'ai dû tout abandonner. Là, je suis en train de faire mes cartons, je m'en vais.
    «Vraiment, je suis déçue. La France est un pays qui m'a toujours fait rêver. J'ai grandi dans un petit village à Hawaï, j'apprenais le français à l'école, en rêvant un jour de vivre à Paris. Aujourd'hui, je me rends compte que c'est un pays qui ne sait pas apprécier les talents. Croire qu'on vient étudier en France pour ensuite retourner chez nous, c'est absolument ridicule. Les jeunes comme moi, on est des internationaux, un peu aventuriers. On saisit les opportunités où elles se présentent. Cette circulaire, c'est le symbole d'une mentalité fermée et c'est surtout dommage pour la France. Là, je pars en Chine. J'ai trouvé un boulot en trois jours. Pour mon visa, en six jours c'était réglé. Bien sûr, j'aime toujours la France. Peut-être que je reviendrai. Quand je serai trop vieille pour travailler.»
     
  7. XXXXY

    XXXXY
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    là où je vis (en écosse), quand un étudiant paie environ 1800 livres de frais de scolarité, un étranger doit raquer 15 à 25000 livres...

    merci Nicolas, grâce à toi je n'ai plus aucune fierté pour mon pays natal.
     
  8. Gringo

    Gringo
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    Regarde du porno en tricotant

    Je crois qu'aux Guignols de l'info Marine va encore chouiner "papa, ya sarko qui me pique mes jouets" parce que ça c'est une des idées principales du front national.
     
  9. DFC

    DFC
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    Live and let live.

    Non, les ressortissants de l'UE payent les mêmes fees que les étudiants du pays... En tout cas c'était mon cas ici en Irlande, 2500 ? pour mon master, contre 10000 pour des gens hors-UE. Et encore, c'est peu cher, je ne suis pas étonnée qu'en UK ce soit deux fois plus...

    Cette proposition de loi est ridicule. Je suis moi-même une ressortissante étrangère en Irlande, et j'y travaille maintenant après avoir finis mes études... Qu'on retire ce droit à ceux qui choisissent la France comme pays d'accueil est tout simplement scandaleux... J'ai honte. Et ça me rappelle pourquoi je suis mieux ici.

    *Triste*
     
  10. XXXXY

    XXXXY
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    je me suis mal exprimée (toutes mes confuses)! pour l'instant les étudiants de toute l'UE paient le même montant que les locaux, mais c'est fortement remis en question, et les souhaits d'indépendance n'arrangent rien.

    ceci dit, j'ai fait mes études en France, j'ai coûté pas mal de sous à l'Etat et je suis partie fissa à l'étranger (ingrate que je suis).

    enfin bon, lorsque je vois comment les autorités françaises se comportent (même au Royaume Uni), j'ai honte d'être française et ne songe pas vraiment à revenir.
     
  11. Denis

    Denis
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    Le cas de Hisanori Tamura, titulaire d?une licence de japonais, de sociologie, d?une maîtrise et d?un master en économie, rapporté par Le Parisien.

    "Cet étudiant japonais de 25 ans vient d?obtenir une promesse d?embauche dans une société de consulting des Hauts-de-Seine.
    Un poste taillé sur mesure dans ce cabinet d?études pour la commercialisation de cosmétiques en Asie et au Japon.
    Hisanori pensait que ce recrutement allait couronner six ans d?études en France. Il a déchanté au bureau des étrangers de la préfecture de police, sur le boulevard Ney (XVIIIe), où il s?est rendu pour demander le changement de son titre de séjour « étudiant étranger » en titre de séjour « salarié ». « Ils ont tout simplement refusé d?examiner mon dossier », s?étonne Hisanori Tamura..."
     
  12. Sonea

    Sonea
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    Heureuse, simplement.

    C'est juste une remarque comme ça, bon pour les exemples donnés ça marche pas trop, mais par exemple prenons des jeunes tunisiens/marocains, les "forcer" à rentrer dans leur pays ça peut être une bonne chose pour le développement de ces pays. La France et les autres pays développés ont souvent été accusés de voler les "têtes" de ces pays, peut être que ça leur donnera un coup de pouce. 'fin j'en sais trop rien, je suis pas experte en la matière, vous en pensez quoi?

    Sinon je trouve ça plutôt étonnant comme circulaire, étant donné que d'habitudes, les seuls étrangers qu'on voulait bien garder/faire venir, c'était justement les diplômés. Les exemples sont plutôt étonnants, parce que ce sont des jeunes diplômés qui ont trouvé un travail :/ Ils vont pas franchement être des fardeaux pour la société.
     
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