[La Grande Roue] Plus rien à voir.

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Lux Aeterna, le 28 mars 2010.

  1. Lux Aeterna

    Lux Aeterna
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    Avaleuse de livres

    « Il fait encore noir, dehors. La ville luit d?une lueur tremblante, comme si le moindre courant d?air risquait d?éteindre ces restes d?espoirs. Par là, c?est une fenêtre qui est illuminée ? sûrement un travailleur qui se prépare à sortir pour braver le froid -, par ici c?est un réverbère dont l?ampoule faiblit. Mais ce n?est pas le plus important. Ce sont des lumières anecdotiques pour celle qui déjà se presse entre les ruelles, qui semble heureuse de se glisser dans les ténèbres. Peut-être y trouve-t-elle refuge. Là, on ne la juge pas. Là, on ne l?embête pas. Pourtant, cette jeune adulte n?est pas différente des autres. Des cheveux aux épaules d?un brun tirant vers le noir, des yeux bleus un peu lointains, une moue toujours désabusée sur son minois. Elle n?a rien de différent pourtant elle n?est à sa place nulle-part. Toujours un peu décalée. Puisqu?elle adore lire, elle se compare à Luna par exemple. Sans le côté un peu fou. Oui, ça doit-être pour ça. Elle est trop rêveuse, trop lointaine des gens. Une fois cette vérité énoncée, elle monte naturellement sa main vers sa bouche, emmenant avec elle un point de lumière. Oui, elle fume. Pas beaucoup, souvent qu?en soirée. Mais là, elle en ressent le besoin. Ça l?a pris par les tripes vers cinq heures, lorsque ses paupières se sont rouvertes sur le monde. Un souffle, une vague fumée qui franchit ses lèvres, elle continue de marcher.



    Il n?est pas encore exactement six heures lorsqu?elle pose un premier pied sur la place. Face à elle, une immensité de métal se dresse fièrement vers le ciel. A chaque fois qu?elle se retrouve ici, la jeune pense toujours à un monstre défiant les dieux ? s?ils existent ? et à chaque fois elle en frémit. Comme si une présence, ici, s?appliquait à lui faire peur, à lui tourner le c?ur. Bon sang qu?elle était sotte ? c?était une simple Grande Roue. Une Grande Roue. Aucune magie là-dedans, sauf peut-être pour les amoureux ou les enfants qui rêvaient encore au Père Noël. Aucun monstre ici-bas. Juste la Grande Roue qui, comme chaque année, célébrait l?arrivait des fêtes. Combien de temps restait-elle là ? Un mois ? Un mois et demi ? La brune ne savait pas exactement. Pourtant ? pourtant elle était toujours là pour la voir s?illuminer la première fois et pour la voir s?éteindre la dernière fois. Petite, elle venait ici avec sa mère qui lui montrait les milliers de minuscules lampes, la magie d?un tour et tant d?autres choses. Les années s?étaient écoulées, elle venait maintenant seule.
    Le reste du temps, le monstre de métal n?était qu?un bâtiment parmi tant d?autres. Même pas un regard lorsqu?elle passait devant en plein jour en revenant de la fac. Aucun soupçon d?attention lorsque le crépuscule arrivait et qu?elle repassait devant. Rien. Le néant. Une ignorance presque malsaine tant la brunette faisait attention à ne pas la regarder. Après tout ? elle devait déjà subir les cris de joies des plus jeunes lorsqu?ils s?élevaient vers le ciel, sûrs de pouvoir quelques secondes après toucher les nuages du bout des doigts. Elle aussi avait fait ça. Avant. Avant que sa mère ? Elle tira une grande bouffée de fumée toxique, consciente et heureuse de s?empoisonner. Au moins pendant ce temps ne pensait-elle plus à rien.
    Un coup d??il à son portable lui apprit que six heures arrivaient à grand pas. D?ailleurs, depuis quelques minutes, trois personnes s?affairaient au pied de la Roue, brisant le silence de leur voix forte et de leurs éclats de rires. Ils semblaient heureux de retrouver la Grand Place. Bientôt, le marché de Noël ouvrirait aussi, et ils seraient réellement à leur place. Pour l?instant, les trois gaillards se contentaient de travailler avec bonne humeur.
    L?un, soudainement, annonça la neige. Et en effet, en observant à travers la lumière d?un réverbère, la jeune adulte s?aperçue que les flocons tourbillonnaient paresseusement dans l?air froid. Dans un geste instinctif, elle resserra contre elle son écharpe et son manteau, s?asseyant sur une marche. La main qui tenait la cigarette fermement entre deux doigts s?éleva, paume tendue, pour recueillir une pellicule blanche, froide, humide du ciel. Une autre vint grésiller contre le bout incandescent de la clope, et aussitôt elle baissa sa main. Pas question d?éteindre sa minute de bonheur comme ça. Ses yeux bleus un peu trop blasés revinrent vers les hommes qui s?affairaient.
    Six heures moins deux. Deux minuscules minutes et la Grand Place resplendirait des petites lumières de la Grande Roue. Encore une bouffée de cigarette, elle exhalait maintenant le menthol, l?odeur un peu forte de certaines cigarettes. Et son parfum. Juste Un Baiser, d?un parfumeur du Sud ? Exquise senteur de violette. Rempli de souvenir, de bonheur, d?anciens repas sur une table à l?ombre d?un parasol. Réminiscence.



    Et puis, il fût l?heure. Elle le sût avant que les lumières ne s?allument : les trois hommes arrêtèrent de parler, observant avec attention l?horloge qu?elle savait cachée dans leur cabine. Lorsque la grande aiguille atteint le zéro, le douze, l?un deux poussa un bouton. Les dizaines de centaines de minuscules lampes s?allumèrent simultanément. Vivace lumière qui la fît plisser des yeux, ses pupilles plus longues à s?habituer à cette nouvelle luminosité. Au loin, une église sonna une fois. Il était loin le temps où ces lieux résonnaient à chaque heure ?. Ce n?était plus d?actualité. Un regard vers la Grande Roue lui rappela que plus rien n?était d?actualité. Le pays vivait sous la remontée du racisme et ce qu?elle entrainait ; le monde sous des guerres autant civiles que militaires. Pourtant, la Grande Roue restait un point plus ou moins fixe dans les années. Quelques travailleurs lèves-tôt s?étaient arrêtés pour observer le premier tour dans le silence de la nuit. Il y eût même quelqu?un pour applaudir doucement son retour.
    Les larmes vinrent doucement aux yeux de la brune. Elle lutta comme elle pût, aspirant sa part de bonheur à travers un filtre, en allumant même une autre de suite. Mais les perles salées dégringolèrent le long de ses joues et elle ne pût les retenir. Elles étaient si profondes, si désespérées qu?elle en était réellement incapable. Car comme chaque année quand elle venait y assister, un espoir perdu naissait dans le creux de ses entrailles. Ici, elle croiserait son père. Ce père qu?elle n?avait jamais connu mais qui, elle le savait, aimait auparavant à regarder la Roue s?élever la première et la dernière fois. N?était-ce pas sa mère elle-même qui le lui avait dit ? Sa mère qui ? Les larmes continuèrent leur route, alors qu?elle se l?avouait une nouvelle fois.
    Sa mère qui était morte quatre ans auparavant.



    Écrasée sous sa tristesse, elle trouve la force de se relever. De revenir sur ses pas. Il n?y a plus rien à voir. Plus rien à espérer. »







    Sans relecture. Je sais être passée du présent au passé, pardonnez-moi. SI vraiment ça choque à la lecture, je changerais mais je tenais à donner le premier jet sans retouche ....
    Et surtout, n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez réellement! Toute critique construite est bonne à prendre.
     
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