La réforme possible des classes préparatoires : pour ou contre ?

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par Romananas, le 2 décembre 2013.

  1. Romananas

    Romananas
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    Je n'ai vu aucun sujet à ce propos pour l'instant, mais peut-être m'a-t-il échappé, dans ce cas je m'excuse. Sinon, j'ai bien conscience que cela ne concerne qu'un petit monde réduit : les étudiant-e-s de classes préparatoires, mais rien n'empêche au contraire aux autres de donner leur avis, cela ne peut qu'être bénéfique et peut permettre d'élargir les différents points de vue. Vous avez sûrement dû entendre parler de cette proposition de réforme du ministre de l'Education de baisser le salaire des professeurs de classes préparatoires pour que les professeurs de ZEP en bénéficient, geste certes louable dans l'intention, mais largement controversé, soit par les médias, soit par des pétitions ou des lettres ouvertes (notamment celle de l'élève de Condorcet) qui circulent sur Internet. Qu'en pensez-vous ? Pourquoi êtes-vous pour ou contre cette réforme ? Êtes-vous dans un lycée dont les professeurs participent à ce mouvement de grève et de manifestation ?
     
  2. Althée

    Althée
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    Heureux comme avec une femme.

    Le salaire des professeurs en classe prépa est important, mais ce qui les fait monter de manière exagérée, ce sont les heures de colle. Certains professeurs les enchainent quitte à perdre en qualité, ce qui aboutit à des salaires plutôt élevés (même si une fois de plus, on est dans le public, un haut salaire reste un salaire moyen pour le privé). Pour autant, je ne trouve pas cela anormal. Ils travaillent énormément, consacrent leur vie à une formation d'excellence qui, rappelons-le, est à ce jour la seule formation supérieure entièrement gratuite.

    En revanche, il est clair que les salaires des professeurs certifiés est assez bas ("professeurs de ZEP", cette expression ne correspond à aucune réalité, les ZEP n'existant même plus), ou plutôt il commence bien (rares sont aujourd'hui les corps de métier où l'on touche un pareil salaire en commençant sa carrière, il faut bien l'admettre) mais peine à évoluer. Il doit être réévalué, c'est une nécessité vu la désertion que subit le métier (d'autant que le niveau d'études a augmenté suite à la masterisation des concours). Or, il est actuellement question de baisser les salaires de l'année dite "de stage" (qui est une année standard, où le jeune enseignant a seulement une décharge de 3 heures hebdomadaires par rapport aux heures d'enseignement de son grade, afin de compenser 6 heures de formation hebdomadaire).

    Donc (évidemment dirais-je) je suis favorable à une hausse des salaires des professeurs du secondaire, mais tous, pas seulement en zone sensible (qui doivent aussi avoir une bonification évidemment, même s'ils en ont déjà une - ce dont les professeurs de zone sensible se plaignent, ce n'est pas de leur salaire mais du manque de moyens) tout en préservant les professeurs en classe prépa.

    Cela dit, il est clair que les profs en classe prépa sont une caste privilégiée, et qui tient à ses privilèges. On les entend assez peu (euphémisme) lors des réformes des programmes des collèges et lycées, lors des manifestations sur le statut des universités... Et à présent qu'on touche à leur statut, ils attendent un soutien inéluctable de tout le corps enseignant, cela a de quoi faire tiquer... Pour autant, je ne tiens pas à tomber dans les torts que je dénonce et je soutiens donc leur combat.

    (Au passage, voir le snes se battre pour défendre les agrégés hors classe, pardon mais :lol: :lol: )
     
  3. Althée

    Althée
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    Heureux comme avec une femme.

    Je n'étais pas au courant pour la loi Fioraso, je rectifie donc, même si on reste dans la fourchette basse de l'enseignement supérieur.

    Je suis d'accord avec toi @moab pour le reste (décidément, le débat va avancer comme ça :lol: )
     
  4. Zwolf

    Zwolf
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    Mais si tu ne dis pas le contraire de cette affirmation, pourquoi tu en "rigoles" ? J'aimerais bien qu'on m'explique...
    Parce que pour le coup je trouve cette assertion très juste et j'ai du mal à voir comment on peut s'en amuser :)
    (j'éditerai mon message si tu le souhaites!)


    De plus, j'ai du mal à comprendre la relation entre le fait de parler de la prépa comme une formation d'excellence comme tu le dis dans la fin de ton message, et le fait que cela la rende inaccessible aux futurs étudiants de milieux autres que "aisés" ? Dans ce cas c'est de l'auto-négation mais comment cela peut-il être la faute de la classe préparatoire et de son système ? Est-ce vraiment là que se trouve le problème, n'est-il pas plutôt relatif à un moment antérieur de l'éducation et la formation?


    Il n'y a pas que les prépas de proximité pour accéder à l'ascenseur social non plus. Personnellement pendant mon année de Terminale, j'ai été acceptée à de grandes prépas parisiennes prestigieuses (Louis le Grand, Henri IV, Saint-Louis...) alors que je viens littéralement de la campagne, que je suis boursière (mes parents ne paient même pas d'impôts). J'ai été interne pendant deux ans et à mon étage, on devait être 30 à 40% de boursiers, qui ne lâcheront pas la prépa tant qu'ils n'auront pas intégré l'X/Mines/grosse Centrale/Arts et métiers, ou HEC/ESSEC/ESCP pour d'autres...
    J'ai du mal à voir comment on peut nier le fait que la prépa PEUT ÊTRE un ascenseur social, pour certains. :sad: Bien sûr, qu'elle conserve l'ordre établi car beaucoup de filles et fils de cadres y suivent leur scolarité, mais pas que...
    Je ne sais pas si c'est juste mon expérience qui fait que mon point de vue serait.. biaisé? Peut-être ai-je eu beaucoup de chance? Mais je suis toujours un peu sceptique quant à ce qu'on peut lire sur les prépas...


    Ca sort un peu du débat strictement relatif à la réforme et quant à lui, je ne dirai qu'une chose : augmenter les salaires des profs de ZEP, oui, bonne initiative! Mais ponctionner les salaires d'autres professeurs à ces fins, franchement, il aurait fallu se creuser un peu plus la tête...
     
  5. Aalia

    Aalia
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    la vieille

    Pour moi la prépa donne vraiment sa chance à tout le monde. Une prépa choisit quand même ses élèves sur dossier et sur nulle autre chose. Il n'y a pas de pistons, pas d'entretiens, ou alors je débarque. De toute façon les concours après sont anonymes.

    Mon père, dont les parents n'avaient pas le bac et issus d'un milieu ouvrier, a intégré grasse à ses seules notes de terminale une prépa prestigieuse. Il a fait Centrale Paris après et aujourd'hui il a un niveau de vie bien meilleur que ses parents.

    Mon ex, pareil, parents agriculteurs : pas pauvres, mais pas capables pour autant de comprendre ce qu'il faisait ou de l'aider. il a quand même été admis en prépa, boursier, comme beaucoup.

    Oui c'est vrai il y a des enfants qui ne sont pas aidés, par l'éducation que leur donne leurs parents, je crois que c'est plus une question de valeur donnée au travail et aux "devoirs faits" qu'au réél niveau scolaire des parents. Mais s'attaquer aux prépas, est-ce vraiment une solution ? On se trompe encore une fois de victime, on veut encore casser le thermomètre sous prétexte qu'il fait trop chaud, niveler par le bas.

    Il ne faut pas avoir honte d'avoir réussi une prépa quel que soit le milieu duquel on vient. C'est dur et c'est une épreuve qui apporte beaucoup de qualités pour la suite.

    Quand aux salaires des profs et celui des colles ça ne me choque vraiment pas qu'il soit élevé (un peu.. parce que bon..) Ce n'est pas un cour magistral, il faut suivre les 3 élèves en parallèle, adapter ses exercices à chaque fois et ce sont des heures ingrates : à midi ou tard le soir, étant donné qu'il y a énormément d'heures de cours et de travail personnel. Qu'un prof ait un salaire confortable (encore une fois.. pour un prof !dans l'absolu tout ça n'atteint pas des sommes énormes hein!) parce qu'il exerce à un niveau élevé et se tape des grosses journées, je trouve ça normal.
     
  6. Mama Umbridge

    Mama Umbridge
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    OFF WITH HER HEAAAAAD !

    Jusqu'ici je suivais cette réforme de très loin, mais aujourd'hui 3 de mes 4 profs ont pris du temps sur leurs cours pour nous en parler, et ils vont faire grève lundi. Connaissait mes profs, c'est vrai que c'est assez exceptionnel quand même. Ils nous ont tout bien expliqué et c'était assez éclairant. Fondamentalement je suis d'accord avec eux, venant d'un milieu non défavorisé mais relativement modeste, je pense que la prépa a été une chance formidable de m'élever (j'en ai jusque pour avril mais je m'avance un peu :cretin:), de rencontrer des gens qui n'étaient pas de mon milieu, mais qui étaient plus aisés mais aussi moins aisés, parce qu'on a des boursiers. Dans ma prépa (parisienne)(bon Ok c'est un quartier moche de Paris mais quand même :cretin:), il y a une grande mixité sociale. Paradoxalement en prépa j'ai découvert que je valais vraiment quelque chose, d'abord par la sélection, ensuite par les quelques réussites que j'ai pu avoir, et je pense que c'est important.
    Ensuite, je trouve ça fou de piquer aux profs de ZEP pour donner aux profs de prépa. Je suis allée au collège en ZEP (et c'était génial) et si je pouvais je donnerais tout plein d'argent à mes anciens profs. Mais je ne le prendrais jamais sur le salaire de mes actuels profs de prépa, parce que si je suis en prépa aujourd'hui c'est grâce à mes anciens profs. Vous suivez? :cretin: Si on donne de l'argent aux profs de ZEP (même pas pour enseigner mieux en plus, disons que ça pourrait les motiver plus, et encore ils n'enseignent pas pour l'argent, ça se saurait), peut-être qu'ils enseigneront mieux (et encore, cf. parenthèse précédente)(c'est brouillon tout ça), mais s'il n'y a pas de prépa pour accueillir les élèves qu'ils réussissent à motiver, à quoi ça sert?

    Voilà voilà c'est ma petite logique, ma pierre à l'édifice :cretin: Et notre prof d'éco nous a dit qu'à terme ce qu'ils voulaient sûrement c'est intégrer les prépas au sein des facs. Etant dans une prépa D1 dans laquelle je suis également inscrite à la fac, je vais en cours, en TD, et je passe des partiels, je peux vous dire que les prépas intégrées en fac, c'est une très mauvaise idée. C'est juste pas le même fonctionnement. Et en plus, si on intègre des filières élitistes dans les facs, qu'est-ce que ça changera? On prendra toujours les meilleurs, on prendra toujours l'élite pour faire une "formation d'exception". Pire encore, si les seules prépas pour les grandes écoles sont en fac, l'efficacité passera peut-être par les prépas privées, ce qui ne favorisera pas l'égalité.

    Mais je suis aussi d'accord avec celles qui disent que les profs de prépa sont un peu mignons de faire grève et de demander qu'on les écoute, quand ils ont jamais soutenu les collègues lors de toutes les réformes pourries qui ont eu lieu ces dernières années.

    (mais j'irai sûrement quand même manifester lundi avec ma classe, avec nos petits pulls de la prépa, je pense que ça promet :yawn:)
     
  7. Azeban

    Azeban
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    Déshabiller Pierre pour habiller Paul, c'est jamais une bonne idée.
    Là, ça revient presque à dire : "bon, les profs de Zep, si vous êtes pas assez payés, c'est la faute aux méchants profs de prépas, du coup on va leur prendre pour vous donner".
    Wahou.
    Autant, je suis pour revaloriser les salaires des profs de Zep (voire des profs tout court, d'ailleurs). Autant, si c'est pour dévaloriser les profs de prépa, merci bien...


    @Moab : Je veux bien l'article s'il te plaît. :)

    Après, c'est vrai qu'en classe prépa, on trouve plus de fils de classes sup. que de fils d'ouvriers. Je crois que c'est encore plus vrai en lettres (enfin, j'ai pas de stats, donc peut-être que c'est faux, auquel cas pardon), et encore plus vrai dans les prépas parisiennes (idem).
    C'est vrai aussi que je connais plusieurs fils d'ouvriers ou de milieux "défavorisés" qui ont réussi en prépa, et auraient sans doute pas réussi sans ça.
    Bref, si je me lance là dessus, je pourrais parler 10 heures^^
    Je pense que le système prépa n'est pas le problème, et que c'est bien qu'il y ait ET ça, ET la fac, parce qu'aucun des deux ne convient à tout le monde (je me serais sans doute plantée en fac, et j'en connais c'est l'inverse). Évidemment, il ne faut pas dévaloriser la fac ou la priver de moyens.
    Pour ce qui est des classes "populaires", je crois que le problème est plus vaste que celui des prépas : on le retrouve déjà au bac, dans l'enseignement supérieur un peu partout. C'est malheureusement parfaitement logique qu'il y ait ce problème là en prépa. Selon moi, c'est un problème qui existe dans TOUT le système éducatif, il faut faire en sorte évidemment de lutter contre ça (même si c'est pas facile).
     
  8. Aalia

    Aalia
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    la vieille

    Dans ma prépa (math sup-math spé) il y en avait beaucoup, vraiment.
     
  9. Althée

    Althée
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    Heureux comme avec une femme.

    Il n'y a pas de frais d'inscription, c'est ce que je voulais dire, et effectivement il y a aussi les bts et les mises à niveau de toutes sortes, je n'y avais pas pensé, toutes mes excuses.
    Et bien entendu, je ne parle pas des frais engendrés par le fait de faire des études, cela va de soi, je parlais uniquement en termes de frais d'inscription.
    Et je n'ai pas non plus dit que le coût de la fac était exorbitant, je ne le pense pas d'ailleurs.
     
  10. Souitic

    Souitic
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    Oreille en mode latéral

    Je fais aussi partie du lot des boursières-de-province passée par une "grande" prépa du Ve et suis maintenant à la fac.

    Je suis tout à fait d'accord pour dire que les prépas ne s'opposent pas à la logique de l'ascenseur social dans le sens où il est possible pour n'importe quel élève de toute la France d'être pris dans une bonne prépa grâce à un bon dossier.
    Maintenant ça n'est absolument pas un monopole des prépas, c'est l'école républicaine seule qui permet aux bons élèves de potentiellement pouvoir mieux réussir que leurs parents (dans des proportions assez limitées quand même, c'est pas vraiment la fête du slip de toute façon).
    Bref, selon moi les prépas ne participent pas plus que des facs de médecine à stimuler l'ascenseur social. Elles valorisent les bons résultats indépendamment des moyens financiers, mais c'est le cas de quasiment toutes les bonnes formations en France.

    A vrai dire je ne vois pas ce que la prépa apporte qu'une fac, dotée de suffisamment d'autonomie, ne pourrait pas apporter. La multi-disciplinarité peut être favorisée par le développement des bi-licences et diplômes universitaires. L'excellence s'obtient simplement par un niveau d'exigence suffisant de la part des profs: pour réussir en droit je dois travailler en moyenne autant qu'en prépa.

    Je suis assez d'accord pour dire que la réforme n'est pas très aboutie et que ça sent le bâclé (et qu'elle gagnerait à s'inscrire dans une réflexion globale et cohérente sur notre système éducatif), mais je n'irai franchement pas pleurer les spécificités et avantages dévolus aux prépas pour eux-mêmes.
     
  11. JuneBouvier_

    JuneBouvier_
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    mary read's daughter

    Au risque de me faire jeter des cailloux dessus, je suis pour cette réforme.

    Pour ce qui est de "l’ascenseur social de la prépa, laissez-moi rire. J'ai fait toute ma scolarité en ZEP, et autant vous dire que les jeunes issus de mon collège qui ont finalement intégré une classe prépa se comptent à peine sur les doigts d'une main. Ces derniers avaient pour, un grand nombre d'entre eux, un très bon capital culturel et des parents avec de hauts revenus. Nombreux sont ceux qui ont quitté le collège avant même l'obtention du brevet, pour partir dans le privé, mieux fréquenté. (D'ailleurs je ne comprend toujours pas pourquoi les classes prépa acceptent les élèves issus du privé).
    Un chiffre  : 6,3% des élèves en prépa sont enfants d'ouvriers contre 50,8% enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures. 
     
  12. JuneBouvier_

    JuneBouvier_
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    mary read's daughter

    Merci pour toutes ses précisions ? Tu connais bien le sujet ? Je m'interrogeais, la page wikipédia indique que les participations demandées aux familles sont modestes, mais bien souvent on atteint facilement les 6000e 7000e à l'année, pour des profs payés par l'état et un système financé à l'état. Du coup j'avais un peu l'impression que ça créait un système à deux vitesses et qu'il était plus facile d'entrer en classe prépa quand on payait pour avoir des cours dans de meilleures conditions.

    Edit : vis à vis de la réforme en question je la trouve un peu maladroite sur le fond et j'approuve sur la forme.
    Je suis un peu déçue, devant les professeurs de prépa qui manifestent, par une perte de cohésion au sein de l'éducation nationale. Les conditions d'enseignement en ZEP sont très éprouvantes. Mon meilleur ami est tout jeune prof, et les 18 heures hebdomadaires relèvent plus du fantasme que d'autre chose.
    Il a énormément de cours à corriger, de séances à préparer et surtout le discipline qu'il doit faire lui prend du temps. Il s'efforce à rencontrer les parents consciencieusement, rencontrer les élèves et essayer de les remotiver mais il est épuisé.
    Un prof de prépa à au moins la chance d'avoir affaire à des élèves motivés : la discipline est quasi-inexistante et les programmes sont intéressants. Même si les effectifs sont plus fournis, les élèves sont pour la plupart, autonomes. De plus ils ont souvent des élèves seulement sur deux niveau : il y à donc une cohésion dans les programmes et ils peuvent réutiliser leurs cours d'une année à l'autre.
    Bien qu'ils soient plus qualifiés (souvent agrégés ou issus d'une grande école), leur différence de salarie varie du simple au triple. C'est ce que je ne comprend pas...
     
    #12 JuneBouvier_, 9 décembre 2013
    Dernière édition: 9 décembre 2013
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