L'addiction à Internet, mythe ou réalité ?

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Justine_, le 25 septembre 2014.

  1. Justine_

    Justine_
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    En hibernation
    Membre de l'équipe

  2. Louarn

    Louarn
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    Be fucking polite.

    Bon.. je suis accro a Madmoizelle.com :ordi:
     
  3. KBi

    KBi
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    Onk Onk

    J'aimerais rappeler ici la définition d'une pathologie : comportement ou état physique qui gène la personne concernée à mener sa vie.

    Alors la cyberaddiction, c'est bien réel et je ne comprends pas l'argument "c'est un symptome qui cache d'autres problèmes" car c'est le cas de tous les addictions : alcool, drogue, sexe etc.

    à partir du moment où un comportement est pathologique, c'est un signe qu'il y a un problème psy derrière et je ne vois pas pourquoi on ferait une différence entre le net et les autres addictions, ce sont des troubles.

    La question de la réalité du net ne se posent pas, ce n'est pas parce que c'est réel ou que ça ne l'est pas que ça modifie la vision qu'on doit avoir dessus. Une addiction c'est l'utilisation répété de "n'importe quoi" au delà de la "norme". J'utilise le mot norme avec des pincettes car il est inexacte, ce qui compte, c'est l'impact du comportement sur la vie de la personne. Le temps que la personne y passe et ce qu'elle y fait importe peu pour savoir si c'est pathologique ou pas. ça se voit au sens des questions posés par le test : est-ce que ça nuit à nos relations sociales ? Est-ce que j'y passe plus de temps que je voudrais ? Est-ce que ça m'empêche de faire certains trucs ? Est-ce que j'y pense trop ?
    Ces questions-là sont aussi valable pour l'alcool, la drogue et autres sujets d'addiction. Pensez à l'article de Jack Parker et son addiction au stick à lèvre...

    Ces mêmes questions s'appliquent aussi au TOC... quelqu'un de simplement maniaque, répondra non à ces questions, quelqu'un avec un TOC répondra oui.

    Dans le domaine psy, je ne vois pas trop la pertinence de faire une distinction entre trouble et symptôme et d'ailleurs je parlerais plutôt de "syndrome".
     
  4. Hawley

    Hawley
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    Retraitée sans scrupules

    Est-ce que je suis la seule à me dire qu'au début du XXe siècle, ils ont sûrement mis en place un test du genre pour savoir si les gens étaient accro à l'électricité ? :hesite: Puis au télégramme ? Puis au téléphone ?... Je suis d'accord avec @kbi, si ça gêne il y a un souci, mais pour moi c'est vraiment une extension du réel qui ne coupe pas la communication, bien au contraire, du coup c'est un faux problème. Je passe en moyenne entre une et deux semaines sans internet par an. Est-ce que je suis accro ? Oui, sûrement, et je suis aussi accro au fait de dormir dans un lit et d'avoir de l'électricité. Est-ce que j'en souffre si on me les enlève ? Oui. Est-ce que c'est considéré comme une pathologie par la société ? Non. Du coup si quelqu'un a une explication là-dessus, je suis preneuse !
     
    Irene Adler a BigUpé ce message
  5. KBi

    KBi
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    Onk Onk

    J'aime bien l'idée de l'addiction au lit. :yawn: est ce que ton lit nuit à tes relations sociales? Est-ce que tu passe plus de temps dans ton lit que tu ne voudrais ? Est-ce que ton lit t'empêche de faire certains trucs ? Est-ce que tu penses trop à ton lit? C'est vrai que si on reponds oui à toutes ces questions, ça ressemble fortement à quelqu'un qui fuit la réalité dans le sommeil !
     
  6. Y.

    Y.
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    C'est effectivement bien compliqué (forcément, sinon, tous les psys seraient d'accord !), mais il y a quelques éléments qu'on peut déjà voir.

    Déjà, une addiction à un comportement et non pas à une substance chimique, ça existe. L'addiction aux jeux d'argent est reconnue depuis très longtemps comme un gros problème. Pourquoi c'est un problème ? Pas seulement parce que la personne souffre si elle ne peut plus aller au casino, mais parce qu'elle risque de se ruiner, probablement ruiner sa famille au passage, d'y passer trop de temps pour garder une vie sociale et professionnelle normale, et au final de souffrir de grosses conséquences qui n'auront plus rien à voir avec le sevrage.

    En d'autres termes : le problème de l'addiction à un comportement, ce n'est pas tant qu'on ne peut plus s'en passer (même si dans certains discours moralisateurs, on a parfois l'impression que c'est ça qui cloche), mais que ça finir par avoir des conséquences destructrices sur toute la vie d'une personne, comme le fait remarquer @KBi. La question du sevrage reste importante, mais ce n'est pas le principal.

    Pour le moment, on galère encore beaucoup à établir des tests fiables pour tester l'addiction à Internet, mais l'idée de base, c'est d'établir à quel point le temps passé sur internet commence à avoir un impact négatif sur la vie de quelqu'un. En gros, si je passe 6h par jour sur Internet à cause de mon travail et parce qu'une bonne partie de mes loisirs se passe en ligne aussi, je ne serai pas nécessairement accro. Si je commence à me couper de mes amis pour passer du temps en ligne, que j'arrive en retard au travail le matin parce que j'ai joué à Leagues of Legend jusqu'à 4h, que ma santé commence à en pâtir parce que je ne pratique plus aucune activité physique etc., là, on commence à être dans un cas d'usage problématique.

    La question de la diabolisation d'internet reste quand même pertinente, parce que c'est vrai qu'on s'inquiète vachement moins de l'addiction possible au sport ou au travail, par exemple, alors qu'elles peuvent également exister (et faire du dégât). Mais l'idée qu'il puisse y avoir un usage problématique d'internet ne sort quand même pas de nulle part.
     
  7. Hawley

    Hawley
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    Retraitée sans scrupules

    @y Je crois que c'est le terme "internet" qui me bloque. Tu le dis bien en décomposant deux formes distinctes de consommation : la consommation boulot + loisirs légers et la consommation "excessive". En fait on en revient toujours à la même chose : les gens qui vont voir leurs mails et jouent à Candy Crush Saga versus les joueurs hardcore en ligne.

    Je ne suis pas vraiment d'accord avec l'exemple de League of Legend, ayant fait une partie de mon mémoire de fin d'études sur les jeux communautaires et la soi-disant addiction qui peut en découler ; c'est aussi destructeur que quelqu'un accro à l'équitation, alors que techniquement, la personne communique avec autant voire davantage de personnes. Le rejet du MMO comparativement à un hobby dit "classique" vient souvent du fait que la personne reste en intérieur, et ne "voie" personne. Autant que les maquettistes d'avion, mais eux personne ne leur dit rien :hesite: Il y a énormément de joueurs en ligne qui certes, comme le dit Justine_ dans son article, doivent passer 5 heures d'affilée pour terminer une instance, et s'ils arrêtent avant, tout ce qui a été fourni avant est perdu. D'un oeil extérieur, c'est flippant, c'est de la dépendance, etc. Pas plus que quelqu'un qui a une compétition d'équitation et qui ne va pas arrêter au beau milieu pour aller sortir les poubelles, en fait ! Pour celles que ça intéresse, cherchez des textes du psychanalyste Michael Stora sur le net, il a beaucoup travaillé là-dessus.

    Pour en revenir à la base donc, le terme "d'addiction à internet" me gêne, parce qu'au final, on ne parle pas de ça, on parle des jeux en ligne, à demi-mots, c'est ça qui gêne toujours. Qu'il y ait addiction puisque consommation problématique pour le consommateur, oui, mais accro à internet ça veut tout et rien dire, c'est un peu comme "accro au réel", il y a tout là-dedans :hesite:
     
  8. Y.

    Y.
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    Pas vraiment : le problème peut aussi venir de réseaux sociaux, par exemple, ou des e-mails, ou autres. L'usage problématique intervient surtout quand il y a une dimension sociale, ou de réalisation personnelle (avoir un plus gros réseau, passer des niveaux dans un jeu...), plus que quand on va mater des photos de chatons...

    J'ai pris l'exemple de Leagues of Legend à cause d'une connaissance à moi dont le comportement par rapport à ce jeu m'inquiète un peu :) Mais j'aurais pu prendre n'importe quoi d'autre. Genre "chatter sur Facebook jusqu'à 4h du matin". Ou "se réveiller 30 fois dans la nuit parce qu'on a peur de rater un e-mail important".

    Et oui, c'est vrai que les médias (et certains chercheurs) insistent beaucoup sur l'addiction à internet alors qu'il y en a d'autres, et que la peur des jeux vidéo est souvent derrière. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne puisse pas exister de mécanismes d'addiction à certains comportements en général. C'est juste plus compliqué que ce qu'on voit à la télé : ce n'est pas parce quelqu'un fait de longues parties sur son jeu préféré le week-end qu'il est accro (le businessman qui planque son smartphone sous son oreiller pour ne pas rater de mails importants a sûrement un plus gros problème ;)). Et c'est effectivement encore un peu vague par pas mal de côtés, mais ça ne veut pas dire non plus qu'à l'heure actuelle, la notion d'addiction à internet n'ait absolument aucun sens.
     
  9. Nyrelis

    Nyrelis
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    En fait, ce que je trouve un peu "bancale" si je puis dire, c'est que dans "addiction à Internet" on voit le net comme une fin en soi.
    Hors ce n'est pas le cas : Internet est un moyen... de jouer, de lire, d'apprendre, de se connecter au réseaux sociaux, de communiquer, d'acheter, etc.
    Pour moi parler d'une addiction à Internet est trop vague.

    Il faudrait peut-être voir au cas par cas : qui est "accro" aux jeux en lignes, aux achats en 3 clicks, ou encore aux chats (haaa caramail... :vieux:) etc.

    Finalement, Internet n'est peut-être qu'un nouvel espace pour certaines addictions déjà existantes... :dunno:
     
  10. Y.

    Y.
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    En fait tout dépend de pourquoi on s'intéresse aux comportements problématiques liés à internet :) Si c'est pour connaître leur nature ontologique, d'accord, le terme "addiction à internet" est probablement trop vague. Si c'est pour aider les gens qui peuvent avoir ce genre de problème, c'est peut-être un peu différent.

    Certes, on peut faire plein de choses sur internet. Et justement, c'est dur de s'empêcher de les faire. Peut-être qu'une personne est accro à Facebook, et non pas à internet en général. Ok. Mais dans ce cas, si elle va sur internet, il se passera quoi ? Elle ira très probablement sur Facebook. Le réflexe de cliquer, de zapper, de regarder une page "juste deux minutes le temps que le gars décroche son téléphone" est aussi une réalité. C'est un peu comme si on disait qu'être accro à la cigarette et avoir un paquet de cigarettes dans la poche, ce n'est pas pareil : dans l'absolu, c'est vrai, mais dans la pratique, va aider quelqu'un à arrêter de fumer s'il a son paquet de clopes devant les yeux en permanence :neutral:

    Si quelqu'un est accro aux casinos, on peut l'empêcher de rentrer dans un casino. S'il est accro à ses e-mails/aux réseaux sociaux/au shopping en ligne/à Candy Crush, le sevrage va probablement devoir passer par un sevrage de l'écran tout court, à moins que quelqu'un ne trouve après-demain une solution révolutionnaire pour contrôler où les gens vont sur internet (vu les super résultats du contrôle parental jusqu'ici, j'en doute légèrement :ninja:).

    Donc dans les faits, appeler tout ça "addiction à internet", ça se tient quand même pour des raisons pratiques.

     
  11. Sylvane

    Sylvane
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    Alors moi je vais témoigner du côté obscur de la force...


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    merci de ne pas citer
     
    #11 Sylvane, 25 septembre 2014
    Dernière édition: 4 février 2015
  12. Breizh

    Breizh
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    j'ai pas le temps de penser, j'ai rien à faire...

    Je viens apporter ma petite pierre à l'édifice, et répondre aux questions de @Hayley !

    L’addiction peut se mesurer au niveau physiologique.
    Dans notre cerveau, nous avons un système de récompense. En gros lorsque nous réalisons une action ou prenons une substance, une partie du cerveau, l'aire tégumentale ventrale, produit des molécules "du plaisir": la dopamine, la noradrénaline et l'adrénaline; qui viennent se fixer au niveau des neurones.Plus ces molécules sont en quantités élevées, plus nous avons de plaisir! Heureusement, il existe un système régulateur qui permet la maitrise des émotions en contrôlant les molécules crées pour éviter qu'elles n'atteignent des pics élevés ou qu'elles restent trop longtemps. Ce système nous rend capable de maitriser nos émotions et modérer nos réactions.
    Les substance ou comportements dits addictifs sont ceux ou l'on observe une superstimulation du systéme de récompense. Ou bien on éteint le système de régulation, ou bien les molécules viennent remplacer les molécules du plaisir sur les neurones, ou bien elles augmentent leur production... En plus, le cerveau essaye de compenser en diminuant la synthése des molécules "du plaisir": du coup quand on arrête le comportement addictif, on est en manque de plaisir!

    Tout ça pour dire que si on a l'impression d'être accro au chocolat, à mademoizelle, à son lit ou à l’électricité, en réalité notre cerveau n'est pas chamboulé par tous ces plaisirs. pas de problème, vous pouvez y aller!:paillettes:
    Par contre, les addictions aujourd'hui reconnues médicalement (cannabis, tabac, alcool, jeu, morphine, ...) ont des effets visibles sur le cerveau. Que ce soit par IRM, mesure des molécules, tests sanguins et j'en passe, on voit que la mécanique est détraquée.
    Bien entendu, on à toujours de rare cas qui différent!

    Ce qui est intéressant à savoir c'est que plusieurs tests ont permis de montrer que l’addiction à internet était bien corrélée à des problèmes dans les taux de molécules du plaisir, et que les zones neuronales du système du plaisir étaient endommagées!
    Je vous met l'un des articles qui me semble le plus complet, et celui ci qui résume un peut l’addiction à internet de manière holistique
     
    #12 Breizh, 25 septembre 2014
    Dernière édition: 25 septembre 2014
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