Question (pas si) con Le consentement et l'alcool

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par Lolalolita, le 30 mars 2018.

  1. Lolalolita

    Lolalolita
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    Bonjour, je vous écris parce que j’aimerais comprendre quelque chose, et je ne sais pas à quel autre endroit je pourrais poser la question.

    De nombreuses fois il m’est arrivé en soirée, d’être ivre et de ne plus pouvoir me contrôler, et de me réveiller ne sachant pas ce qu’il s’est passé la veille. C’est un réel problème qu’aujourd’hui je me décide à régler.

    Mais pendant ces moments de trous noirs, plusieurs fois, je me suis retrouvée à accomplir des actes sexuels avec des garçons, actes que j’acceptais finalement, après avoir dit « non ». En général, je me souviens le lendemain matin. Je me revois dire « non », « non, ce n’est pas une bonne idée », « non je n’ai pas envie », « non je ne veux pas courir tel risque ». Et pourtant, à chaque fois, le garçon qui est avec moi insiste, et, trop saoule, je cède.

    A chaque fois que je bois trop, je me réveille le matin en pleurs en pensant à ce que j’ai fait avec un garçon, qui n’a pas écouté la première fois que j’ai dit non. Jamais en temps normal je n’aurais voulu faire ça, et pourtant, je n’ai pas dit « non » assez de fois pour que l’autre comprenne que je ne voulais pas. Au contraire, l’autre insiste à chaque fois, pour que je dise « oui », ce qui arrive finalement.

    C’est aussi ma faute : si je ne me mettais pas dans un tel état, jamais je ne me retrouverais comme ça. Si j’avais continué à dire non, si je n’avais finalement accepté l’acte, ça ne s’aurait jamais passé comme ça. Et je m’en veux à moi-même, et je me déteste pour ça. A chaque fois je me réveille, dégoûtée de moi-même, je subis le regard des gens, leurs commentaires, et la réputation qu’ils me donnent dans mon école.

    Et pourtant, quelque chose me titille. A chaque fois que je ne voulais pas faire quelque chose saoule, je disais non. Ce n’est pas normal de se retrouver dans une situation comme celle-ci. Pourquoi, quand j’ai dit non, ça ne s’est pas arrêté là ?
    Quand j’écris ces mots je suis révoltée, contre moi-même, contre les autres, contre ceux qui ne s’arrêtent pas directement au premier « non » qu’ils entendent. Le pire, c’est que ces garçons ne se rendent même pas compte ! Une fois j’ai trouvé le courage d’aller lui en parler, il n’a pas compris, j’étais consentante finalement, alors où est le problème ? Il y a une limite ici, un doute s’installe : moi-même je ne sais pas si j’étais consentante ou pas.

    Je ne sais pas comment résoudre ce problème. Bien sûr, je vais régler de mon côté ce problème d’alcool, et me limiter drastiquement dans ma consommation pour ne pas risquer de telles situations.

    Dites-moi que ce n’est pas normal de se comporter comme ça ! Qu’il y a un réel souci dans notre société, où le « non » n’est pas assez pris au sérieux ??
    Aidez-moi, partagez-moi vos avis sur la question, ça me serait bien utile.
    Merci beaucoup d’avoir lu tout ça au passage :)
     
    AprilMayJune a BigUpé ce message
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  2. AprilMayJune

    AprilMayJune
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    Tu es un autocuiseur, Harry!

    Coucou! Tout d'abord: :hugs: Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour te répondre (j'ai peur de dire des bêtises ou des choses blessantes); mais je ne veux pas te laisser sans réponse, c'est important que tu puisses parler et qu'on te réponde.

    Tu n'étais pas consentante. Pour être consentante, il faut avoir les moyens de donner son consentement. Or, l'alcool influe sur le comportement, gêne et empêche la capacité à réfléchir correctement, et altère le jugement; quelqu'un d'ivre morte n'est pas en mesure de prendre des décisions réfléchies et raisonnées, et a plutôt besoin d'être protégée (même d'elle-même) - c'est pour ça qu'après tout, on ne laisse pas (ou on ne devrait pas) laisser ses ami-es ivres conduire, ou faire des choses stupides et dangereuses.

    En conséquence, oui, profiter de l'état de faiblesse d'une personne ivre morte pour du sexe, c'est grave. Les hommes ont abusé de toi.

    Et puis, ça se voit qu'une personne ivre morte est pas dans son état normal. Leurs excuses, c'est ça: des excuses. Ils ont profité d'une personne qui était clairement dans un état second et pas en mesure de prendre soin d'elle, ont ignoré le fait qu'en plus tu affichais clairement ton refus avant l'ivresse et ont donc choisi la réponse qui leur convenait pour faire ce qu'ils voulaient tout en restant tranquilles avec leur propre conscience (mais même si tu ne l'avais pas dit avant de finir ivre: en étant ivre, tu n'es pas en mesure de prendre une décision réfléchie, donc tu n'es pas en mesure d'être consentante).

    Je dirais aussi:

    Tu t'es bien faite comprendre la première fois, mais ce n'était pas ce que l'autre voulait entendre: d'ailleurs ça se voit bien puisqu'il a insisté jusqu'à obtenir ce qu'il voulait. Ce n'est aucunement ta faute ce qui t'es arrivé. Son comportement n'est pas ta responsabilité, ce n'est pas toi qui contrôle ses décisions et ses actions, et ce n'est pas non plus à toi de le forcer à accepter un refus, normalement il devrait le faire de lui-même, tu ne devrais même pas à avoir à te démener et insister pour tenter d'imposer ton non, ça devrait juste être accepté. Tu t'es défendue comme tu as pu.

    Tu es victime dans cette histoire, et que ça te retombe dessus ce n'est pas normal non plus.

    Mais oui, c'est vrai que dans la société c'est comme ça que ça marche. Tout ça, c'est ce qu'on appelle la culture du viol: c'est-à-dire que le fait d'outrepasser le consentement de quelqu'un, de privilégier son propre plaisir plutôt que de s'assurer que les deux partenaires (ou plus) sont d'accord, que "le viol c'est mal, oui mais (oui mais elle a dit oui quand elle était bourrée / elle s'habillait de manière provocante / elle l'a cherché, quelque part - oui, mais c'est de la faute de la victime et pas de celui qui a commis le crime, comme si profiter de la faiblesse de quelqu'un excusait le crime, comme si faire le mal ça devient correct quand on en a une bonne occasion, comme si on pouvait ne plus traiter comme être humain et profiter de celles qui s'habillent ou se conduisent d'une certaine manière (comme boire))" et que le consentement est à la fois mal compris et mal respecté, c'est un problème qui est lourdement enraciné dans notre société, et qu'on commence un peu à déloger.

    N'hésites pas à lire les articles de madmoizelle sur le féminisme et la culture du viol; je te conseillerais aussi d'aller parler sur l'ECM féministe de tout ça (c'est un gros sujet qui fonctionne comme un tchat, ne t'embêtes pas à tout lire et débarque à la fin en parlant de ce que tu as vécu, et des questions que tu te poses à propos du comportement des gens dans la société) et, plus spécifiquement, le topic des survivant-es de viol ou d'agressions sexuelles est un bon endroit où tu peux parler des actes sexuels non voulus que tu as subi, même si tu ne les qualifies pas toi-même comme des viols ou des agressions sexuelles; tu y as ta place (et pareillement, tu n'as pas à tout lire, tu peux juste arriver à la fin et dire coucou). Je ne sais pas s'il y a un sujet où on parle des problèmes liés à l'alcool et de l'alcoolisme, mais s'il n'y en a pas, ce serait une bonne idée d'en créer un: je te conseille les sous-forums "prises de tête de madz" "petite soeur" ou "vie quotidienne" pour cela, ils sont beaucoup plus fréquentés qu'ici, tu auras beaucoup plus de chances d'avoir du monde qui viendra te lire et te parler.

    Voilà. J'espère que ça a pu t'aider un peu :red: si jamais tu as une question, ou si tu as besoin d'aide pour le forum ou autre, tu peux me parler (ou me mentionner, en écrivant un @ puis mon pseudo, comme ça: @AprilMayJune ). Je te souhaite la bienvenue sur madmoizelle (je vois que tu n'as qu'un message!) et surtout j'espère que ça va aller pour toi, bon courage et plein de smileys gifs câlins. :calin:
     
    #2 AprilMayJune, 3 avril 2018
    Dernière édition: 3 avril 2018
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