L'écriture scolaire d'Elliott.

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Alpha Crucis, le 4 janvier 2011.

  1. Alpha Crucis

    Alpha Crucis
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    La Théorie.

    La demande en mariage.


    Elle serait là, de l'autre côté du trottoir, comme d'habitude. Je descendrais du bus, la boîte dans ma poche, bien emballée et au chaud. Je la regarderais un petit moment. Elle me verra à son tour et fera un sourire timide qu'elle tentera aussitôt de camoufler. Je traversais la route sans me soucier des voitures, elles m'éviteront sans encombre. Le monde semblera n'être fait que pour nous, un léger rayon de soleil percera les nuages. Elle mettra sa main devant ses yeux, qu'elle plissera à peine. Elle ne cachera plus son sourire, et commencera à transporter son poids d'un pied sur l'autre. J'arriverais à ses côtés, et l'enlacerais pour la réchauffer, je serrerais ses mains au c?ur des miennes le temps qu'elles s'adaptent à la température du corps humain. Je la regarderais une dernière fois, je ne pourrais ps revenir en arrière. Je me baisserais, faisant mine de refaire mes lacets, et présenterais la boite tel une huître perlière. Je prononcerais la phrase fatidique, celle que tant de personnes rêvent d'entendre : « Molly, veux-tu m'épouser ? » Je prendrais son visage dans mes mains et l'embrasserais comme si ma survie en dépendait. Ma survie en dépendrait.

    Je suis dans le bus, un peu serré dans mon costume. C'est surement le résultat des fêtes et de ses repas de famille interminables, il faudra que je me remette à la natation. La boite est dans ma poche droite. C'est la huitième fois que je vérifie, mais on n'est jamais trop sûrs et je suis si étourdi. D'ailleurs j'ai les mains qui commencent devenir moite, ça ne devrait pas me mettre dans ces états-là, des milliers d'hommes font ça tous les jours. « C'est aujourd'hui ? » me demande le conducteur du bus. Je lui lance un regard mi-interrogateur, mi-accusateur. Comment avait-il deviné que j'avais des problèmes de digestion ? « La bague ! C'est aujourd'hui que vous allez demander sa main ? ». Je lui souris, un peu forcé et bombais le torse, mais remarquant son regard fixe et son expression figée dans un sourire frustré, je préférais lui répondre plutôt que le laisser nager dans les abysses de ses souvenirs et ainsi risquer de périr dans un accident de la route ou pire, devoir écouter la façon dont sa femme lui avait dit «Oui !» il y a 32 ans. « Aujourd'hui je me lance, c'est mon grand jour ! ». Le conducteur me lança un regard amusé et me dit :
    « Allez va ! Bonne chance avec ta fiancée, c'est que du bonheur ! »
    Je descendais du bus, confiant, rassuré par les paroles du chauffeur qui m'apparaissaient comme prophétiques, mais intimidé par cette boîte dans ma poche. Je me retournais, décidé à changer le cours de ma vie pour de bon et je la vis là, attendant son bus, les cheveux flottant au vent. J'enfonçais mes mains dans mes poches et traversais la route. Ce jour-là, je manquais de me faire renverser par deux fois. Connards d'automobilistes ! Elle me regardait, un sourire au coin des lèvres. J'avais affronté des dangers pour elle, j'étais son preux chevalier, elle était ma princesse inaccessible. J'étais arrivée à sa portée, il ne me restait plus qu'à la délivrer de ses chaines et l'emmener avec moi, pour toujours. Nous étions côte à côte, nos corps se frôlaient presque. Le soleil perça des trous dans le ciel nuageux. Elle me regardait, je sentais son regard sur moi. Il était brûlant de désir, je le sentais me déshabiller. Je lui jetais un regard furtif, intimidé. Elle venait d'allumer une cigarette. Elle me souriait à travers la fumée qu'elle crachait. Elle balança sa tête d'un coup bref sur la gauche, son bus arrivait. « Tu veux bien tenir ma clope ? Je vais louper mon bus.. » J'attrapais son présent et la regardait sauter dans son bus. Elle m'avait laissé un cadeau, elle m'avait confié quelque chose. Alors, je pris la cigarette, et l'approchais de mes lèvres. Je suivais le bus du regard, les yeux mis clos, profitant de ce moment, et un instant, je m'imaginais que ses lèvres étaient sur les miennes. Sa cigarette était son baiser. Pour moi elle m'avait dit oui.
    A demain, inconnue de l'arrêt Vermeer, peut-être que cette fois, j'aurais le courage de te dire pourquoi je viens ici tous les jours respirer le même air que toi...
     
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