l'enseignement supérieur toujours plus inégalitaire

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par Denis, le 19 janvier 2011.

  1. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    Le dernier rapport en date de l'Observatoire de la Vie Etudiante plombe un peu plus encore le mythe de l'égalité des chances.

    En 2006, 35% des étudiants étaient issus des classes populaires. En 2010, ils n'étaient plus que 31%.
    En l'espace de quatre ans, la proportion d'enfants d'agriculteurs, d'employés et d'ouvriers est passée de 19% à 18% dans les classes préparatoires, de 21 à 20% dans les filières de santé, de 42 à 34% en Institut universitaire de technologie (IUT) et de 53 à 49% dans les Sections de techniciens supérieur (STS).

    Dans le même temps, les rejetons des classes aisées (cadres et professions intellectuelles supérieures) sont passés de 32% à 36% de l'ensemble des étudiants.
    Ils constituent la moitié des effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles, des écoles de management ou d'ingénieurs et des filières de santé.

    Les filles sont toujours plus nombreuses que les garçons dans l’enseignement supérieur : 56% contre 44%. Mais la féminisation est très inégale selon les filières et le niveau d’études. Les filles sont nettement minoritaires en écoles d’ingénieurs (27%) et largement majoritaires en instituts de formation en soins infirmiers (85%), en IUFM (73%) ainsi qu’à l’université en lettres et en sciences humaines et sociales (71%). Elles restent minoritaires en Doctorat (47%) alors qu’elles représentent 56% des inscrits en Licence toutes filières confondues.

    Sources : NouvelObs.com, Observatoire national de la vie étudiante
     
  2. Leech

    Leech
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    Have less. Do more. Be more.

    Je me suis dis la même chose. Si on donnait un accès libre à telle formation dans tel milieu, je ne pense pas qu'on arriverait à une parité parfaite filles-garçons. Ça n'a rien d'inégalitaire, c'est juste des aspirations différentes.

    Bon, ça c'était juste pour la parité sur les sexes. Après concernant le CSP, je m'y connais pas vraiment... Y'a plusieurs facteurs qui entrent en compte.
     
  3. amy.in.the.sky

    amy.in.the.sky
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    Soudainement optimiste

    Déjà sur le site, combien de filles font/veulent faire des études scientifiques? On ne peut pas forcer les gens à faire quelque chose qui ne les intéresse pas.... Je suis quasi sûre qu'aucune des filles qui font des études de lettres ou de sciences humaines ne s'intéresse aux sciences dures. Ce n'est pas qu'une question de classe sociale ou d'ambition.

    Et ça m'énerve qu'on parle des études supérieures comme du Saint Graal. Il faut encore des gens pour faire des métiers manuels (maçon, électricien, peintre en bâtiment...) Ce sont certes des métiers difficiles mais ils sont parfois plus recherchés que certains bac +3/+5.

    Alors oui, il faut rechercher l'égalité (aussi bien du fait des origines que des classes sociales), mais ne poussons pas des gens à faire des études tout court ou des études qu'ils n'aiment pas juste pour équilibrer des statistiques.
     
  4. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    Le sujet est : les travaux manuels dont tu parles sont-ils obligatoirement et définitivement dévolus aux seul(e)s fils et filles d'ouvriers et d'employés ? Pourquoi les enfants des classes aisés ne les choisissent quasi jamais ?
     
  5. amy.in.the.sky

    amy.in.the.sky
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    Soudainement optimiste

    Je me suis mal exprimée, mais en général dans ce genre de sondage, on dit que seul X% des étudiants venant de classes populaires font des études supérieures. Ce que je veux dire, c'est que sur le pourcentage qui n'en fait pas certains ne veulent pas en faire et s'en portent très bien, et ne devraient pas être dévalorisés.

    Mais sinon, je ne pense pas que les métiers manuels doivent être réservés aux enfants d'ouvriers.
    Si les enfants de classe aisée ne les choisissent pas c'est je pense d'une part à cause d'une pression parentale; d'autre part parce que certains vont dans des écoles privées ou "bien vues" et qu'on ne leur parle pas des formations professionnelles. Et c'est sur que c'est dommage, parce que d'expérience, j'ai vu des élèves comme ça galérer dans le supérieur alors que clairement ils auraient aimé faire quelque chose de manuel.


    Et puis autant certains pourcentages montrent clairement des différences, autant des variations de 1% peuvent ne pas être représentatives.
     
  6. Delgnat

    Delgnat
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    It's real for us

    Je ne pense pas qu'on pousse les filles à aller en lettres, j'ai un bac S, j'étais plutôt bonne élève et je peux te dire que mon prof de maths avait l'air déçu que je ne continue pas dans les sciences, et plus généralement quand je disais que je me dirigeais vers les langues les gens avaient presque l'air de me repprocher mon parcours, combien de fois on m'a dit que j'étais "trop bonne pour finir prof"? Sans aucun doute les sciences sont privilégiées, mais je ne penses pas qu'on en exclue les filles, mais plutôt qu'on y pousse les mecs (parce qu'au contraire, les mecs en L étaient très peu dans mon lycée par exemple, et généralement j'ai l'impression qu'il y a pas mal de préjugés)



    La façon dont tu le dit fait un peu raccourcis facile, j'ai l'impression que beaucoup de gens font le raccourcis facile "pas beaucoup d'argent, les gens s'en foutent de leur boulot, ce sont des ignards sans diplomes", mes parents n'ont peut-être pas fait d'études supérieures et on ne roule peut-être pas sur l'or mais ils travaillent pour nous assurer de bonnes conditions de vie, et ils n'ont jamais dévalorisé les études, le supérieurs a toujours été une évidence pour nous. Entre les bourses et le reste tout le monde ne peut peut-être pas se permettre de faire des études à l'autre bout de la France, mais je pense qu'aller dans la grande ville du coin est à la portée de tout le monde (je rentre chez moi tous les soirs et ma bourse couvre largement toutes mes dépenses, pourtant je n'ai pas le pire échelon). Pour pour le problème n'est vraiment pas l'état.
    (Maäsh je ne dis pas que c'est exactemment ce que tu voulais dire, mais je voulais rebondir sur ça)
     
  7. Tardigrade

    Tardigrade
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    Georges Hautecour.

    A défaut de savoir quoi faire moi-même, je suis pas mal intéressée par le sujet !

    Ouaip ... Je rejoins cet avis qui me paraît expliquer pas mal de choses. Je fais partie, comme beaucoup, de la classe moyenne, pas assez riche pour financer les études facilement, pas assez "pauvre" (je n'aime pas cette formulation) pour pouvoir espérer des aides de l'Etat. Trois ans d'études vont être compliqués à assumer financièrement pour mes parents et une grosse partie des sous stockés sur mon compte va y passer. Bon, c'est le budget préparé depuis des années, donc je m'y attendais et je devrais pas être (trop) à découvert.

    Les variations me paraissent peu représentatives aussi.
    Les métiers manuels ne me semblent pas réservés aux enfants d'ouvriers, mais je crois qu'il y a une pression familiale sur les études (en plus du financement). J'ai rencontré il y a peu un notaire qui m'a avoué n'avoir rien fichu pendant ses premières années de fac de droit ... Mais comme on avait envie qu'il ait un beau métier plus tard, il a été aidé par ses parents jusqu'à la fin du cursus (ce qui représente pas mal de temps) : pas de job à côté, pas l'idée de se réorienter. D'après ce que j'ai pu comprendre, il ne semblait même pas envisageable pour la famille qu'il puisse faire des études courtes ou une filière pro, quelle infamie !
    A l'inverse, j'ai pu remarquer que mes ami(e)s qui désirent faire un cursus professionnalisant ont des parents qui ont des études plus ou moins courtes. Infirmiers, électriciens, cuisinière ... La disparité est flagrante. Je pense qu'en ayant fait un métier qui leur plaît / évolué professionnellement, ces études valorisent moins les sacro-saintes études avec fac et tout ce qui s'en suit.

    J'en avais entendu parler par un journal ... Il y a une certaine façon de "genrer" les centres d'intérêts, dès l'enfance je crois. Les poupées d'un côté, les jeux de construction de l'autre, en caricaturant. Même si mon lycée est majoritairement féminin (65%), il y a presque autant de garçons en filière S. Dans ma classe (littéraire option arts plastiques), ils sont ... Deux.
     
  8. Lualdi

    Lualdi
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    Electron libre

    Je ne suis pas surprise par les résultats... La crise est passée par là, donc les plus pauvres ont du sacrifier leurs études, une conséquence qui me semble logique. Les écoles d'ingénieur, les écoles de management et les filières de la santé ont un coût en général plus cher que les autres, donc ça me semble logique que ceux qui ont les moyens y soient plus nombreux.

    Quant à la disparité des sexes, je suppose que c'est une question de culture, et de stéréotypes, mais c'est tellement dur d'en faire abstraction que je pense qu'on a le temps de voir plusieurs générations passer avant d'arriver à une égalité parfaite.

    Je pense aussi que le fait que les filles soient moins nombreuses en études longues résulte du fait qu'on ait envie de vite en finir avec les études pour pouvoir se consacrer à la naissance de ses enfants. Je sais que ce n'est pas le cas pour toutes les femmes, mais c'est un ressenti que j'ai, et d'ailleurs je pense que si j'étais un homme j'aurais sûrement envisagé des études plus longues et plus prestigieuses.
     
  9. amy.in.the.sky

    amy.in.the.sky
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    Soudainement optimiste

    Je sais que le but du sondage n'est pas de dévaloriser les formations professionnelles. Mais c'est un fait que ces formations sont parfois dévalorisées dans les classes aisées juste pour le fait que ce n'est "pas assez bien". Et c'est ça qui m'énerve.

    Pour le problème de la mixité dans les filières scientifiques, je parlais de mon expérience quand je disais que certaines préférais partir dans des filières littéraires parce que c'est ce qui leur plaisait. Et dans ce cas précis, je ne pense pas que c'est l'enseignement supérieur qui soit inégalitaire (uniquement en ce qui concerne la part homme/femme hein), mais la société. Personnellement je n'ai connu que des profs qui m'encourageaient à suivre la filière scientifique et je sais que c'est le cas pour beaucoup d'autres filles en école d'ingé.
     
  10. La_Guincheuse

    La_Guincheuse
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    Reine de Glace

    Je me permets d'apporter mon propre témoignage.
    Je suis fille d'agriculteur.
    J'ai vu mon père galérer pour me payer la cantine quand j'étais au collège.
    J'ai toujours su que je ne pourrai jamais avoir le beau Levis de mes copines et je n'ai jamais demandé à en avoir.
    (J'explique le contexte)

    J'ai fait un bac+2, un BTS pas vraiment passionnant, qui ne m'apporte rien niveau connaissance dans mon travail actuel.
    Je m'ennuyais tellement que j'ai failli arrêter au cours de ma première année. Si j'ai terminé ce BTS, c'est grâce(ou à cause) de mes parents. Je ne pouvais pas me permettre de faire autre chose, je savais qu'ils n'auraient jamais les moyens de me payer d'autres études plus longues.
    Je ne leur en ai jamais parlé car ils m'auraient répondus qu'ils se seraient débrouillés, ils auraient fait un prêt (de plus) Bref, je ne voulais pas infliger ça à mes parents,
    J'ai continué mes études, eu mon BTS, maintenant je gagne très bien ma vie.

    En mon âme et conscience, je n'aurai jamais pu faire de longue études par exemple médecine, je n'ose pas imaginer ce que cela aurai couté à mes parents.
    Mais ce sont mes choix, et je ne regrette pas.

    En comparaison, je connais quelqu'un qui fait des études de médecine et dont les parents lui ont carrément acheté un appartement, pour qu'elle se consacre à fond dans ses études.
    Y'as quand même deux poids de mesure.
     
  11. Elie.

    Elie.
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    Je suis fille d'agriculteurs en école d'ingénieurs, je suis exceptionnelle !
    Pour ma part je m'en sors très bien avec les aides du Crous, mais c'est sans doute parce que mes parents sont tellement dans la merde que j'ai l'échelon maximum, ce qui me permet de ne jamais avoir à leur demander quoi que ce soit.
    A propos de l'accès aux études, mon cas est proche de celui de Maäsh. Je viens d'un coin de campagne relativement reculé, et sur les 50 personnes qui étaient avec moi en 3ème, on doit être 4 à avoir eu le Bac, alors que bien d'autres auraient eu le niveau de le tenter. Mais la plupart voyaient l'exemple de leurs aînés qui bossaient à l'usine pour le SMIC, qui restaient chez leurs parents et qui du coup pouvaient sortir, flamber et s'acheter une belle moto, et de là ils se disaient OK, pourquoi j'irai galérer à faire des études qui me donneront pas forcément un job si avec juste un poste d'intérimaire je peux me payer une vie tranquille. Le problème étant qu'ils voyaient tous à très court terme, et que bien souvent les parents n'étaient pas derrière pour leur dire "Ohé mon petit, moi c'est ce que j'ai fait et regarde comment je galère !".
    A l'autre extrême, un de mes potes de lycée était issu d'une famille de politiques très connue de la région, ses parents l'ont forcé à faire S alors qu'il voulait faire L, il s'est planté en médecine, il s'est planté en droit ensuite, alors qu'il aurait pu très bien réussir dans un autre domaine mais qui ne correspondait pas à sa "classe".
    A mon avis tout ça n'est pas une question d'aides de l'État mais plutôt un effet social.
     
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