Les « conseils aux femmes » de l'État face à mon impuissance responsable

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Clemence Bodoc, le 17 octobre 2013.

  1. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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  2. Grand Mère Feuillage

    Grand Mère Feuillage
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    Il en va de mon devoir envers moi-même d'exploiter la nature qui m'a été confiée.

    Que dire? A part un commentaire qui ne va pas apporter grand chose : je plussoie tout ce que tu dis @Marie.Charlotte
    Et les conseils pour le sac à main je rajouterai juste le petit truc que je faisais à l'époque quand j'étais étudiante à Paris : le billet de 50 francs dans le soutif avec les clés (ou dans la poche du jean). Et le sac à main il pouvait bien partir... On va dire que 20€ suffiront.
     
  3. loxlady

    loxlady
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    Fatiguée de ce monde

  4. lafeemandarine

    lafeemandarine
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    Y'en a pour trois pages...

    Ah, le mythe des femmes fragiles comme de la porcelaine...

    Je cite un passage de cette page:

    "La faiblesse des femmes est une construction sociale. On ne peut pas nier que donner naissance demande une force phénoménale, tout comme porter les enfants, faire les courses, nettoyer la maison – souvent en plus de notre travail rémunéré. Mais c’est une force physique qui reste invisible, parce qu’elle reste dans l’espace privé, et parce qu’elle est considérée comme « normale » pour nous, banalisée. C’est une force qui n’est pas valorisée en tant que telle. Nous sommes censées l’avoir, un point c’est tout. Dans de telles circonstances, ça ne m’étonne pas que si peu de femmes soient conscientes de leur force physique et qu’encore moins considèrent cette force comme étant suffisante pour se défendre.

    Ce manque de confiance en notre force physique vient de notre socialisation. Nous avons eu peu d’occasions d’expérimenter notre pleine force dans les jeux pour filles et dans l’éducation physique sexuée à l’école. Nous n’étions pas encouragées à mesurer notre force avec celle d’autres enfants. Et, même à l’âge adulte, les espaces où ces expériences sont possibles restent très limités – et sont en général mal vus. Une femme qui se consacre à l’haltérophilie est une virago – elle est défaite de sa féminité par le regard et l’opinion des autres. Les occupations et les sports féminins excluent la confrontation physique avec autrui, et nous n’apprenons donc pas de quoi nous sommes capables ni quel impact nous pouvons avoir sur le corps d’autrui.

    Dans le même temps, nous voyons le corps masculin comme invulnérable – ou presque. Ce qu’on voit dans les films, ce sont des femmes apeurées qui frappent en pleurant, comme si elles étaient épuisées à la seule idée d’affronter un homme physiquement. Elles frappent mains ouvertes ou avec des coups de poing pas très convaincants sur la poitrine, les bras ou le dos, bref : là ou ça ne fait pas très mal. Selon ces représentations, il y a un seul talon d’Achille chez les hommes, mais qui se trouve plus haut que le talon, bien caché entre les jambes. Et c’est tout. Quand, dans un film, une femme frappe à cet endroit, l’homme s’écroule inévitablement – et c’est souvent une scène humoristique, une caricature, le monde à l’envers… Parce que personne ne nous les montre, nous ne connaissons donc pas les nombreux points vulnérables des hommes. Parce nous n’en avons aucune expérience, nous n’avons pas idée de la petite quantité de force qu’il suffit d’employer pour blesser un homme.

    De toute façon, la question de la force physique est biaisée. Bien sûr, si on utilise comme mesure de la force physique la force maximale des bras et des épaules, les hommes gagnent en moyenne, sachant que tous les hommes ne l’emportent pas sur toutes les femmes, mais qu’il y a toujours aussi certaines femmes qui sont plus fortes que certains hommes relativement à cette région du corps. Mais si l’on mesure la force des muscles du bassin, c’est l’inverse que l’on constate : ce sont les femmes qui l’emportent en moyenne, comme pour l’endurance d’ailleurs. Aux États-Unis, des études ont montré que les femmes, même après un premier enfant, sont parfaitement capables de remplir toutes les tâches nécessaires pour entrer à l’armée, y compris dans l’infanterienote. À mesure que les conditions d’entraînement sportif des femmes se rapprochent de celles des hommes, les femmes rattrapent les hommes dans beaucoup de sports, de la natation à l’athlétisme, du football au biathlon. L’alpiniste Gerlinde Kaltenbrunner a aussi montré de quoi les femmes sont capables : elle aura bientôt gravi les quatorze sommets de plus de 8 000 m d’altitude que compte la planète – chose que peu d’hommes ont accomplie avant elle. Si elle a réussi une chose pareille, nous, femmes « normales » et pas très sportives, nous pouvons au moins utiliser notre force pour sauver notre vie, non ?"

    Je conseille ce livres à toutes. On n'a pas besoin d'être une Buffy pour se défendre. Les femmes ne sont pas en porcelaine, les hommes ne sont pas en acier!
     
  5. MorganeGirly

    MorganeGirly
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    Si tu veux avoir quelque chose que tu n'as jamais eu, il va falloir que tu fasses quelque chose que tu n'as jamais fait

    Je trouve intéressant de lire les ressentis face aux dangers qu'on peut avoir en tant que fille mais j'aurais aimé que l'article aille plus loin.
    J'en parle souvent sur la Veille Permanente Sexiste mais c'est un sujet qui me touche beaucoup car j'habite dans un pays relativement calme (l'Ile Maurice) où les gens sont terrifiés par l'insécurité et pensent que les femmes sont en perpétuel danger. Cela a naturellement influencé sur mon état d'esprit et j'ai dû faire un vrai travail sur moi-même pour me réhabituer à ne pas avoir peur.
    Donc j'aurais aimé qu'on traite plus en détail cet aspect de la peur instillé par un certain type de discours.

    Il y a quelques points avec lesquels je ne suis pas d'accord notamment dans le texte et qui rejoignent cette idée de la peur qui nous est rentré dans le crâne à force de discours alarmistes.

    pourtant il ne s’agit la plupart du temps que du bon sens le plus élémentaire (« ne pas rester seule dans les recoins sombres d’un parking souterrain » : quelle bonne idée, je n’y avais jamais songé !).
    Pour moi, ce n'est pas "du bon sens" mais un conseil inspiré du mythe du violeur au parking (comme le rappelle Crêpe Georgette, cela ne représente que 0,6% des viols donc un nombre très très limité de femmes qui seront seules dans des parkings sombres seront en fait en danger). Ce genre de "rappels" ont surtout pour effet d'entretenir le côté anxiogène d'un lieu comme le parking.

    « En raison de leur sexe et de leur morphologie, les femmes sont parfois les victimes d’infractions particulières. »
    Je sais. Croyez-moi monsieur le ministre de l’Intérieur, je ne sais que trop bien que je suis davantage exposée aux agressions en raison de mon sexe.


    Je ne suis pas responsable du comportement de l’autre. Rien dans mon comportement n’est une incitation à quoi que ce soit, et cela le ministère de l’Intérieur me le reconnaît : c’est simplement « en raison de [mon] sexe et de [ma] morphologie » que je suis particulièrement exposée.


    Je trouve que cette déclaration du Ministère pose vraiment problème. D'abord, ils parlent "d'infractions particulières". Qu'est-ce qu'ils veulent dire par "infractions"? Le vol de sacs à main? Ah bon? Et les hommes, on ne leur pique jamais des trucs à l'arraché comme des portables, des malettes ou des portefeuilles?
    Sinon, oui, les femmes sont victimes de viols largement plus que les hommes donc de manière maladroite on peut dire "en raison de leur sexe". Mais c'est une formulation bien maladroite car ça laisse entendre que c'est comme ça ma pauvre dame, c'est la vie, en tant que femme, on attire les violeurs et les viols ça se passe souvent quand c'est des inconnus (non : la majorité des viols sont commis par des gens qu'on connait)!
    Enfin, comment peut-on dire "en raison de leur morphologie"? Je ne vois pas du tout le rapport avec la morphologie! Ya quoi dans la morphologie d'une femme qui suscite les infractions? On est plus faibles physiquement? Hint : gros mythe, ce n'est pas une question de sexe que de pouvoir faire face à un agresseur de manière physique!

    A part ça, les femmes sont peut-être plus souvent victimes de crimes comme le viol mais elles ne sont pas plus victimes d'agression que les hommes!
    Etre une femme dans la rue est loin d'être "un facteur aggravé" car les statistiques tendent à montrer que dans l'espace public, les hommes sont plus souvent victimes d'agression, et que ces agressions sont plus violentes.

    Par contre, les femmes sont victimes de harcèlement plus souvent.

    En bref, ce texte renforce une peur de la rue qui a été créée par un discours anxiogène et des comportements inadaptés (le harcèlement), pas par une réalité de la violence physique omniprésente quand on est une femme.

    A part ça, j'aurais aimé qu'on soulève certains points du texte du Ministère comme le coup de la boite aux lettres où l'on doit gommer toute mention du féminin pour ne pas attirer les agresseurs. @DestyNova en a parlé dans Veille Permanente Sexiste mais ça donne un peu l'impression qu'on suggère aux femmes de cacher qui elles sont et de se cacher tout court.
    Et encore une fois, ça renforce le mythe du violeur psychopathe qui va rentrer par infraction chez une femme pour l'agresser... ou une idée fausse selon laquelle les cambrioleurs ciblent les femmes.

    Voilà, pour moi le problème n'est pas qu'on est réduite à devoir être toujours prudente mais qu'on nous impose une peur pas toujours fondée sur des faits!

    Sinon @ziloa, je suis tout-à-fait d'accord qu'il faudrait faire de la prévention sur l'alcoolisation excessive. D'autant qu'en France, on avait jusque là échappé aux problèmes d'alcoolisme chez les jeunes à cause d'un rapport à l'alcool plus modéré que dans les pays anglo-saxons... mais ça change.
    Seulement, le problème c'est de dire aux femmes de ne pas boire pour éviter d'être violer et de cibler les femmes. Oui, on est plus vulnérable aux agressions ivres et c'est plus prudent de ne pas se bourrer la gueule. Par contre, personne n'a jamais dit que de se rouler dans un caniveau en vomissant sa piquette était féministe, juste que si une fille fait ça à côté d'un mec, ça ne devrait pas être plus choquant chez elle que chez lui.
    On ne devrait pas trouver rigolo qu'un mec soit bourré et vulgaire qu'une fille le soit.
    Tu parles de l'exemple d'un garçon mort et c'est juste : l'alcool, ça peut être dangereux. Un garçon qui boit trop peut se faire agresser, voler, violer aussi, tabasser, passer sous les roues d'une voiture, se noyer dans la rivière d'à côté, mettre en le feu en essayant de se faire à manger et tout ce que tu veux. Alors pourquoi dire seulement aux filles de faire gaffe et faire la morale quand elles boivent en parlant de leur sécurité?
    C'est juste ça : soyons équitable quand on critique l'alcoolisation excessive et n'allons pas reprocher aux victimes d'avoir bien cherché ce qui leur arrive, hommes ou femmes ;)
     
    #5 MorganeGirly, 17 octobre 2013
    Dernière édition: 17 octobre 2013
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  6. Mymy

    Mymy
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    Member of ze Rédac', membre actif des Croisé-e-s contre l'invocation de Pierre Desproges, et accessoirement beau foufouillon.
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    Je réagis juste là-dessus même si tout ton commentaire est passionnant :fleur:

    Je comprends ce que tu veux dire sur le mythe du violeur du parking mais je comprends aussi @Marie.Charlotte car je pense que personne, que ce soit une femme, un homme, une championne de karaté ou un lutteur professionnel ne va volontairement choisir les coins sombres d'un parking souterrain, ils n'inspirent jamais confiance (et souvent ils puent aussi), donc oui pour moi c'est du « bon sens élémentaire » mais pas que pour les femmes, pour tout le monde :happy:
     
  7. Datchoo

    Datchoo
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    RAS

    Je crois que mon passage préféré c'est celui ci :

    "Le viol est un crime qui consiste à imposer à quelqu'un un acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit par violence, contrainte, menace ou surprise.
    Si vous en avez été victime, appelez immédiatement les services de police ou de gendarmerie.
    Le silence ouvre la voie à la récidive.
    N'effacez aucune trace matérielle. Ne vous lavez pas. Ne vous changez pas ou alors placez vos vêtements souillés dans un sac en papier (pas en plastique !)."

    Donc si la personne qui t'a agressé récidive, c'est ta faute aussi ?
    C'est bien joli de donner des conseils, de dire d'aller porter plainte... On en parle des flics (homme ou femme) qui te demande comment tu étais habillée ? Qui te traite de menteuse ? Seulement 10% des victimes portent plainte, on sait pourquoi.

    Moi maintenant je ne sors jamais sans bombe lacrymo, j'ai donné quelques beignes, je m'en suis prises aussi. Je pense qu'il faut apprendre aux femmes à être actives, à se défendre, même violemment. Prenez des cours de self défense, n'hésitez pas à frapper. Il faut se réapproprier l'espace, la rue.
    Jamais je ne laisserai mon sac à un voleur sans me battre, jamais. Plus jamais je ne laisserai passer une main aux fesses. Plus jamais je ne laisserai un homme se caresser devant moi dans le métro.
    J'en ai assez, assez de me dire "j'aurai du / pu faire ça". Maintenant je le fais. Tant pis si je passe pour une hystérique parano, je m'en fiche. Rien ne me fais plus plaisir que la gueule apeurée d'un type qui ne s'attendait pas à ce que je le traite de gros porc dans une rame bondée.

    Le jour où les agresseurs / violeurs, effectifs ou potentiels se diront : "Si je fais ça je risque quelque chose" (et par quelque chose je n'entends pas 2 ans de prison), même si ce quelque chose doit devenir un charcutage des parties génitales comme le préconise Despentes, ils réfléchiront peut-être avant de céder à leurs "pulsions".

    On apprend aux filles à avoir peur depuis leur plus jeune âge "il va t'arriver des choses", en sous-entendant que ce sera leur faute.
    Il serait temps qu'on montre aux hommes qu'il risque de leur "arriver des choses" aussi. Il est temps de dire aux hommes de ne pas violer, plutôt que dire aux femmes "ne buvez pas trop, sinon vous allez vous faire violer".
    Si nous ne prenons pas plus de pouvoir, si nous ne nous réapproprions pas l'espace, personne ne le fera pour nous.

    Datchoo s'en va-t-en guerre :boxing:
     
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  8. Fenotte

    Fenotte
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    C'est marrant, moi j'ai instinctivement choisi de ne mettre que mon nom de famille sur ma boîte aux lettres et pas mon prénom, non pas pour des craintes de sécurité, mais tout simplement parce que je considère que le fait que je sois une femme qui habite seule ne regarde que moi...

    J'ai été interloquée aussi par la phrase d'introduction. "en raison de leur sexe et de leur morphologie". Non. C'est en raison des criminels et personnes déviantes en tous genres qu'il y a des infractions.

    Et comme d'autres d'entre vous ont déjà dit, le vol de sac à main, OK, mais le vol, c'est dû au "sexe ou à la morphologie"? Et les hommes qui mettent négligemment leur portefeuille dans la poche arrière de leur pantalon, on ne devrait pas leur apprendre à y faire gaffe, eux?
    Et les hommes qui traînent dans des endroits glauques la nuit, c'est pas un comportement à risque, ça? Mais eux, on ne leur dit rien parce que ce sont des hommes?
     
  9. skaperla

    skaperla
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    sur le chemin de la rutilance

    On dirait une parodie tellement c'est cliché :shifty:
     
  10. Titien

    Titien
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    J'ai signalé aussi mais du coup ça me stresse :facepalm: je sais pas je sens tellement que si réponse il y a ça sera "mais nooooon enfin c'est pour votre sécurité!" que ça me fatigue déjà. :ninja:

    (et en plus du coup j'ai passé tellement de temps à hésiter, réfléchir à mon commentaire et tout que j'ai même pas bosser mon mémoire!!)
     
  11. clarybulle

    clarybulle
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    Manger. Maintenant.

    Cet article du ministère je le trouve ultra culpabilisant. En gros on te donne des conseils pour pas te faire violer, et si il t'arrive quelque chose bah c'est que tu l'auras un peu cherché quand même puisque tu n'as pas suivi nos conseils. Et puis ça entretient le mythe du "le viol se passe dans la rue, la nuit, par un dérangé" alors que la plupart du temps la victime connaît son agresseur et le viol se passe à son domicile ou à celui de l'agresseur. Ca entretient des clichés en plus d'être culpabilisant pour les victimes et pour leur apprendre à avoir peur dès qu'elles marchent toutes seules dans la rue.

    Et puis moi j'attends aussi l'article "Comment apprendre à ne pas violer? Réponse: ne pas violer."

    édit: et puis cet article entretient le mythe que seules les femmes peut être violées, aucun paragraphe sur les hommes (d'ailleurs ils ne se font jamais violer et eux ils sont forts, ils peuvent se défendre, c'est bien connu)
     
    #11 clarybulle, 17 octobre 2013
    Dernière édition: 17 octobre 2013
  12. Fenotte

    Fenotte
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    Sauf que pour enrayer cette culture du viol, c'est la culture toute entière de nos pays qu'on doit changer, et ça, ça risque de prendre des années, voire des siècles.

    Tiens, un bête exemple, tout à l'heure dans une discussion sur un tout autre sujet, des mecs blaguaient sur le fait qu'un autre mec était un "vrai chasseur", un dragueur invétéré quoi. Mais j'ai tiqué sur le mot "chasseur". Et ce n'est qu'une toute petite illustration parmi des dizaines d'autres qu'on peut relever si on fait un peu attention dans notre quotidien. Et les gens qui les utilisent ne sont probablement pas plus violeurs que toi et moi, mais n'empêche que dans l'inconscient collectif, une femme est une proie et l'homme qui la met dans son lit, c'est un "chasseur".
     
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