Les femmes et la pauvreté : à la rencontre des « mères courageuses »

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Clemence Bodoc, le 9 septembre 2013.

  1. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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  2. leaking_b

    leaking_b
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    Ich bin eine Kartoffel

    J'avoue avoir tiqué sur ce point aussi mais j'ai vu ça plutôt comme un "on centre l'étude sur les mères pour pointer du doigt certaines discriminations que ne subissent pas les pères"...
     
  3. leaking_b

    leaking_b
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    Ich bin eine Kartoffel

    Et sinon j'ai vécu cette situation mais du point de vue de l'enfant. On était ma mère, mon (demi) frère, son père et moi. Avec un train de vie relativement normal jusqu'au jour où le père de mon frère est parti et où on s'est littéralement retrouvé à la rue.
    On a vécu quelques mois chez un inconnus qui a eu la gentillesse (et le mot est faible) de nous loger même si les conditions n'étaient pas super (pour lui j'entends) il a partagé son petit appartement et ses quelques revenus.
    Ma mère elle ne travaillait pas à cause de problèmes de santé qui l'ont empêchée de travailler durant une dizaine d'année.
    Et ce n'est pas les assistantes sociales ou les aides ou quoi qui nous ont aidé à nous sortir de là. Donc non pour moi le système d'aide n'est pas assez efficace (bien que cette situation date d'il y a environ 10 ans) et la société n'aide pas du tout les plus démunis. Car oui beaucoup font passer les gens bénéficiant d'aides pour des profiteurs, des feignants ou je ne sais quoi... Pourtant souvent ces mêmes personnes sont bien contentes de recevoir leurs APL tous les mois ou bien s'indignent que des personnes vivent dans des logements insalubres etc..

    Il y a vraiment un gros travail à faire sur la mentalité des gens vis à vis de ces situations je trouve...

    (Mon commentaire n'est pas très structuré mais bon... J'espère que le fond reste compréhensible)
     
  4. Nasty Wasp

    Nasty Wasp
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    Mélange instable

    Tout l'article est orienté sur la problématique des mères célibataires face à la pauvreté, l'existence des hommes dans cette situation n'est absolument pas niée, l'auteur a juste choisi un angle qui se réfère aux femmes et aux difficultés qu'elles rencontrent elles spécifiquement.

    J'ai beaucoup aimé cet article, qui dit des choses très justes. J'ai grandi avec une mère célibataire pauvre, qui bossait à mi-temps parce que son boss ne voulait pas augmenter son contrat et qu'elle ne trouvait pas d'autre travail. Du coup je retrouve un peu de ma mère et de ce qu'on a vécu dans ce dont témoignent ces personnes. Notamment la stigmatisation des pauvres, ces salauds qui vivent comme des rois grâce aux allocs :facepalm: (le pire c'est que des gens y croient vraiment à ça, même quand ils ont face à eux des gens qui vivent dans la misère totale, ils te parlent d'un type qui parait-il touche des milliers d'euros chaque mois en allocs diverses, ce qui prouve bien que les pauvres sont tous des comédiens).

    Bref, sont gentils de dire qu'ils en ont conscience les politiques, mais faut se bouger les fesses un peu aussi.
     
  5. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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    Rédactrice en chef
    Membre de l'équipe

    Ah mais pas du tout. Alors pas du tout du tout !!!

    Cette enquête, dont les résultats ont été présentés jeudi dernier, faisait un focus sur la situation des mères célibataires en particulier.

    On ne dit pas du tout qu'on s'en fout des pères, ou qu'on ne s'en préoccupe pas/moins au motif qu'ils sont moins nombreux.

    J'explique simplement pourquoi le Secours Populaire et Ipsos ont choisi de faire un focus particulier sur les mères célibataires, pourquoi ne pas avoir fait un focus sur les parents seuls par exemple ? Pour les raisons que je détaille dans l'article : les mères seules sont beaucoup plus nombreuses et sont victimes de certaines discriminations spécifiques.

    L'intérêt de distinguer la situation des mères célibataires est de pouvoir répondre plus efficacement aux problèmes qui leurs sont spécifiques. L'accumulation de problèmes, même...

    ...ça ne présume en rien de l'intérêt/des efforts qui sont portés à la situation des pères célibataires.

    Juste une précision : "l'auteur a juste choisi " en fait c'est le Secours Populaire & Ipsos qui ont choisi de faire un focus sur les mères célibataires ! Je n'ai fait que reprendre la conférence de presse en m'efforçant d'apporter des éclairages (notamment sur les aides, le non recours, etc... )

    <3 Merci pour ton commentaire, j'avoue que j'ai toujours été dérangée par les discours stigmatisants envers les pauvres mais j'avais du mal à vraiment mettre le doigt sur ce qui me posait problème... Et quand la ministre a parlé de "revendiquer l'assistanat", ça a vraiment tiqué...

    C'est vrai qu'à force d'entendre que les gens "profitent" des aides, t'as l'impression que réclamer la CAF alors que tes parents te paient le loyer, c'est une fraude aux prestations sociales... :rolleyes:

    Concrètement (et de par ton expérience) qu'est ce que tu attendrais comme réponse politique ?

    Marie-Arlette Carlotti a annoncé une simplification des démarches pour le recours au RSA (elle a d'ailleurs un peu moqué les technocrates de son cabinet, en racontant qu'elle avait fait une consultation auprès des gens de terrains, qui avaient "démonté" les belles procédures pondues par les conseillers, car trop complexes, trop déconnectées des réalités du terrain... !)

    Quant à "revendiquer l'assistanat", je suis entièrement pour se réapproprier le terme, mais j'ai peur que communiquer là-dessus ne fera que donner du grain à moudre à l'extrême droite, plus que de vraiment faire évoluer les mentalités... (genre "ah vous voyez, la Gauche REVENDIQUE l'assistanat")

    ...Qu'en penses-tu ? (qu'en pensez-vous si vous me lisez ?!)
     
  6. Pinceau_

    Pinceau_
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    Cherche le divin en toi plutôt que le diable chez les autres.

    J'en pense que REVENU DE BASE :attaque:

    oui ok ok je sors...
     
  7. Nasty Wasp

    Nasty Wasp
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    Mélange instable

    C'est difficile de répondre comme ça. Je pense que c'est effectivement dans un premier temps changer le regard que portent les gens sur cet assistanat. Je me souviens de ma mère qui a elle aussi refusé de demander certaines aides parce qu'elle en avait marre de "faire la manche". Ou qui se sentait blessée quand un enseignant ou une personne à la CAF lui proposait spontanément une aide (le jour où un agent administratif l'a informé qu'elle était considérée comme "un cas social", ça a été violent pour elle, ça fait drôle de se voir étiqueter comme ça).
    C'est difficile de se dire qu'on dépend des aides de l’état. Personne n'a envie de ça, c'est dur pour soi, pour ses enfants, c'est souvent un constat d'échec (alors que ça ne devrait pas forcément) et en plus, on est sans cesse montré du doigt et on doit supporter les "Y'a qu'à faire si" ou "Moi à ta place je ferais ça" (les gens eux, ils sauraient toujours quoi faire pour retrouver un travail alors qu'ils n'ont jamais été au chômage ou en situation précaire, lolilooooool).

    Je pense qu'il faut vraiment bosser sur cet aspect là, parce que ça enfonce ceux qui ont besoin d'aide et ça peut aussi contribuer à leur laisser la tête sous l'eau.

    Quand aux aides, peut-être changer le fonctionnement. Entre l'APL, le RSA, les primes de rentrées scolaires, la CMU, les bourses, les aides trucmuche, etc, etc, d'une on ne sait plus quoi demander ni à qui ou si c'est automatique, et de deux, bien souvent on les rate à quelques euros près. Sans parler de celles dont il faut faire la demande chaque année. C'est décourageant. Tu ne peux pas faire la fine bouche mais les démarches s’apparentent parfois à un parcours du combattant. Puis toujours cette impression de mendier.:sad:

    Et ces politiques qui nous expliquent qu'ils vont faire la chasse aux fraudeurs, et les regards qui se posent sur toi...

    Enfin je ne sais pas, peut-être proposer un truc plus global, avec moins de paliers ou de contraintes débiles, quelque chose qui permettrait d'apporter à ces familles le minimum, sans les humilier au passage. Parce que l'autre gros problème aussi, c'est que souvent ces femmes commencent le mois déjà à découvert, donc les aides viennent combler le trou et ne permettent jamais de vraiment s'en sortir, et encore moins de parer aux imprévus. Et dès qu'elles gagnent quelques euros de plus (qui ne changent rien à leur situation), paf, on leur retire une aide (tout ou partie) et ça la remet encore plus dans la crotte.

    C'est vraiment un système violent et qui manque cruellement de nuances.

    Et que enfin quelqu'un s'occupe des soins dentaires,  ophtalmologiques et autres. Ça coute la peau des fesses et c'est quand même pas normal que les plus pauvres doivent renoncer à des soins nécessaires faute d'argent.

    (désolée pour la réponse un peu en vrac et pas forcément très poussée dans le raisonnement)
     
    *Gabrielle* a BigUpé ce message
  8. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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    Parce que les situations "femme seule avec enfants" et "homme seul avec enfants" sont différentes. C'est pas "plus ou moins dur", ça ce serait un jugement de valeur, c'est juste que les situations sont différentes. 

    Les mères célibataires sont un groupe suffisamment important et qui connait des difficultés similaires (= un groupe homogène) donc il est possible d'apporter des réponses spécifiques. 

    C'est un cumul de problèmes qui fait que leur situation est particulière : 
    + fragilité de leur situation sur le marché du travail (difficulté supérieure à y rentrer, à y décrocher un temps plein, à avoir une progression de carrière "normale" ie sans discriminations, etc...) 

    + pression sociale & culpabilisation (ne pas pouvoir s'occuper de ses enfants, devoir les priver, etc...)

    + discriminations spécifiques aux femmes (sexisme ordinaire) 

    etc... 

    Ce ne sont pas des "discriminations subies selon le sexe" qui amènent à faire des mères célibataires une catégorie statistique à part dans cette enquête : c'est le fait d'être une mère célibataire qui expose davantage au risque de précarité. 
     
  9. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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    Rédactrice en chef
    Membre de l'équipe

    Pas du tout, ta réponse est très intéressante. 

    Je retrouve dans ce que tu dis des annonces qui ont été faites par Marie-Arlette Carlotti lors de la conférence de presse. 

    Elle a notamment parlé de la complexité du recours aux différentes aides, en disant quelque chose comme "c'est pas compliqué parce que les gens sont bêtes, c'est pas ça, c'est que le système est décourageant. C'est difficile de demander de l'aide et ça ne devrait pas l'être". 

    Elle avait aussi parlé du côté "humiliant" des procédures à répétition, qu'elle ne voulait plus qu'on ait à se justifier d'avoir besoin d'aide. 

    Il va sans doute falloir du temps pour que ces belles paroles soient traduites en actes, mais ça faisait du bien d'entendre un discours franc. J'espère qu'il sera suivi d'effets...
     
  10. Earl

    Earl
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    Splash !

    D'abord, merci pour cet article ! Ca a dû être un sacré boulot pour nous proposer ces paragraphes aussi complets, détaillés et à la fois accessibles. Et puis ce n'est jamais évident de parler de ces sujets sans trop verser dans le pathétique, et je trouve que tu as un ton très approprié !

    (ayé, c'est fini pour la partie fayottage :hugs: )


    Par contre ce que j'ai un peu du mal à comprendre, c'est le temps partiel de minimum 24h. Pas besoin d'être un génie pour comprendre que si tous les temps partiels sont de ce type, on ne peut pas en cumuler... Alors je ne suis pas sûre que ce soit très adapté comme approche. Mieux vaut cumuler un 20h + un 10h que d'avoir seulement accès à des temps partiels de 24h, impossible à cumuler avec autre chose !


    Dans les solutions les plus facilement imaginables, je serai d'abord pour qu'on simplifie les démarches administratives. Impossible de comprendre pourquoi les populations qui cumulent déjà les ennuis financiers (et ça prend du temps d'y penser, de se débrouiller, de tout calculer !!) sont aussi celles qui auront le plus d'ennuis administratifs.
    De tête, comme ça, qui d'entre nous sait comment obtenir la CMU et la CMU-C et comment ça marche ? Quand est-ce qu'il faut faire ses demandes de bourse ? À qui s'adresser pour avoir un logement social ?... Et surtout, si l'on est éligible ou pas ?
    Ce ne sont pas des questions évidentes... et ce sont les personnes qui ont déjà d'autres soucis en tête qui doivent les régler. Donc on arrive à des situations de non-recours au droit qui semblent aberrantes :sad: Juste parce que les gens ne sont pas au courant qu'ils ont des droits / ne savent pas comment s'y prendre / arrêtent les démarches en route car ils n'ont plus le courage de le faire... Ca me dépasse.
    Donc déjà, si leurs droits étaient plus connus et faciles d'accès, à mon avis, ce ne serait pas une solution, mais déjà un soulagement.

    Je bosse l'été dans un centre de sécu étudiant, et j'hallucine en voyant des gens qui ne sont pas du tout au courant de comment marche le CROUS, les logements étudiants, la CMU, les APL etc. Chaque jour, on a des dizaines d'étudiants qui doivent avancer leurs frais d'inscription et sont dans la mouise, juste parce qu'ils ne connaissaient pas les délais pour les demandes de bourse. Au final, ils paient bien plus et reçoivent bien moins que ce à quoi ils auraient droit. Alors les discours sur les allocataires profiteurs :sick2:
     
  11. Gringo

    Gringo
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    Regarde du porno en tricotant

    Juste là dessus, les soins dentaires de base (détartrage, caries, extraction, radios) ne sont pas chers du tout. Ils sont au même prix qu'en 1980. Comme il y a l'inflation et que le matos coûte de plus en plus cher au gré des innovations technologique et qu'il y a de plus en plus de choses à respecter (genre la stérilisation, avant on s'en foutait maintenant c'est obligatoire mais ça coûte de l'argent, et ces soins n'ont toujours pas été réévalué à leur vrai valeur) les dentistes perdent de l'argent là-dessus (ils se rattrapent donc sur la prothèse (et il ne faut pas confondre chiffre d'affaire et salaire, le dentiste chez qui je suis dois sortir tous les mois 4000€ pour son assistante, 4000€ pour l'Urssaf, et ensuite le remboursement de la banque pour les investissements, le consommable etc, il doit faire au moins 10 000€ de chiffre d'affaire et seulement à partir de cette somme il gagne un salaire, s'il voulait ne faire que du social il coulerait)
    Ce qui coûte cher ce sont les soins de prothèses et les soins de gencive. Ces deux choses sont évitables avec un bon brossage et une visite tout les 6 mois chez un dentiste (pour peu que le dentiste ne soit pas un escroc qui ne vit que pour faire du pognon)
    La CMUc prend en charge les prothèses de base. C'est sur c'est obsolète et pas forcément esthétique mais c'est fonctionnel.


    Je trouve que c'est pire pour les lunettes, autant pour les dents il suffit souvent d'une bonne technique de brossage pour ne pas avoir de problème, autant quand t'es myope t'es myope, c'est la faute à pas de chance. Et les lunettes sont toujours remboursées comme en 1970/1980...

    Il y avait un petit film qui tournait l'année dernière sur tout ça et qui concluait que le PS avait des accointances avec le business des mutuelles (de sombres histoires de financement de campagne électorale).
    Ce n'est pas demain la veille que la sécu va remettre les tarifs à leur vraie valeur, ils vont continuer à mal/ne plus rembourser, les mutuelles vont prendre le relais pour le remboursement (contre une cotisation plus élevée bien sur) et ça va être la fin de la sécu. En plus de ça les médecins/dentistes/etc ont le droit de se déconventionnés (ils pratiqueront alors les prix qu'ils veulent mais il n'y aura plus de remboursement pour les patients) et ils le feront le jour où la sécu nous en demandera trop.
     
  12. Nasty Wasp

    Nasty Wasp
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    Mélange instable

    Et en plus certaines aides ne sont pas cumulables entre elles, faut s'y retrouver dans tout ça...
    Je me souviens d'une fois où ma mère ne pouvait plus payer EDF (oui, on avait une vie de rêve :stare:) et qu'elle a du voir une assistante sociale pour obtenir une aide financière ponctuelle (les tarifs sociaux, faut vraiment vivre dans la rue ou presque pour y avoir droit, faut pas croire). Elle a du ramener l'intégralité de ses papiers : relevés de compte, fiches de salaires, attestations caf diverses, bref, elle a du laisser une étrangère fouiller dans sa vie (qui a parlé d'humiliation ? :stare: ) et au final l'AS lui a dit "il y a plusieurs aides qui pourraient vous aider. On va faire une demande pour une, et on verra bien". Ma mère a pu être aidée, mais je me souviens ce jour-là, face à cette dame, m'être dit "mais ? Si elle peut prétendre à plusieurs aides, pourquoi vous ne faites qu'une demande et coupez court au reste ?" :eek: . On avait vraiment rien comme argent pourtant et elle, ça lui coûtait rien personnellement de nous parler du reste aussi.

    Et sinon, autre truc vraiment chiant, c'est que pour chaque aide existante, il faut remplir un dossier et fournir des pièces quasiment identiques. Sérieux, on pourrait simplement former un type qui recevrait un dossier complet et en déduirait toutes les aides possibles, puis transmettrait aux services concernés ?
    On dirait que tout est fait pour culpabiliser et décourager les gens dans la difficulté.
     
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