Les Infiltrés, la pédophilie et la charte des journalistes

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par AnonymousUser, le 6 avril 2010.

  1. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    France 2 a réalisé un reportage sur la pédophilie pour l'émission "Les Infiltrés". Pour cela, le journaliste a suivi des pédophiles, rencontrés via internet alors qu'il se faisait passer pour une fillette de douze ans. Suite au reportage, le rédacteur-en-chef, Laurent Richard, a dénoncé à la police 23 personnes présentes dans le reportage.

    Des journaux s'indignent déjà de cette pratique, dénonçant un amalgame entre la police et le journalisme, craignant une confusion des genres, une mauvaise image de la profession, ainsi qu'une "trahison" du secret professionnel.

    De l'autre côté, les journalistes de l'agence CAPA et l'équipe de France 2 répondent non-assistante à personne en danger, devoir de dénoncer des mauvais traitements sur mineurs, et obligation morale d'agir.

    Qu'en pensez-vous ? Les journalistes auraient-ils dû garder le silence ? (La polémique aurait-elle vraiment été moindre ?) Ont-ils bien fait de dénoncer ces membres de réseaux pédophiles ? Cela décrédibilise-t-il la profession ? Est-ce être déloyal (envers les personnes présentes dans le reportage) ou juste (dans le sens où ces personnes auront affaire à la justice) ?

    Page de l'émission sur France 2.
    Un article de Rue 89 sur la polémique.
    Un article du Monde sur la polémique.
     
  2. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    On a tenté d'en discuter en cours de philo.

    Les avis étaient nombreux. Mon prof disait qu'en effet il y avait confusion des gens. Le journaliste n'était pas un policier bien que les méthodes d'enquêtes puissent s'y affirmer. Le risque? Qu'on ne sache plus rien, car ceux qui sont "hors la lois" auront trop peur de se livrer à la police. Je veux dire : c'est déjà quelque chose qu'ils acceptent qu'on étudie comment marche la pédophilie grâce a leurs témoignages. Mais si on leur montre que leurs témoignages seront utilisés pour qu'ils finissent en taule, ils ne diront plus rien.

    D'autres arguments étaient du style : est-ce que moi, en tant que prof, qui sait que vous fumez trois pétards par jour, je dois aller le dire a la police?
    La réponse : "c'est pas pareil c'est pas grave, y'a des priorités". Et là je ne suis pas d'accord. Parce que soit on respecte la loi soit on ne la respecte pas, et si le devoir du citoyen est de dénoncer ceux qui ne respectent pas la loi, alors quelque soit la loi qui a été dépassée, elle doit être sanctionnée.

    Bien sûr, on peut penser qu'il y a des priorités, et que fumer des joints devant le lycée ça ne met en cause la vie de personne, ça ne traumatise personne (jusqu'au jour ou... bien évidemment), alors que le pédophile, lui, le fait.

    Mais a mon sens la priorité est de comprendre comment ça marche et d'avertir. Et pour ça, la déontologie doit être sévère.

    De plus je ne suis pas pour le fait que les citoyens fassent la loi. Ca amènent à des règlements de compte basé sur le "sensible". Je tue cet homme parce qu'il a collaboré avec les allemands. C'est recevable mais pas dans une société, selon moi.
     
  3. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Recevable mais pas dans une société ? Mais dans quel cadre est-ce alors recevable ?
     
  4. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Une société de non-droit où le sensible prend le pas sur le raisonnable.

    Bref dans une société d'hommes non-éduqués.

    D'après moi, le droit de savoir, que permettent les journalistes à travers ce genre de reportages, est plus important que le droit de justice. Car c'est en sachant qu'on protège ses enfants et qu'on permet à la police de faire son travail en suivant des traces raisonnables. C'est en sachant "comment marche la pédophilie" qu'on peut s'en protéger et la révéler.
     
  5. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    En l'occurrence, là on a les deux : les témoignages pour comprendre ces pédophiles, et leurs noms pour les arrêter.
    Puis il y a des moyens bien autres que le journalisme pour recueillir des témoignages sur ces processus mentaux ; les psychiatres s'en occupent et c'est parfois le travail de toute une vie !

    Si on suit ton raisonnement, il faudrait suivre la loi car elle est élaborée - dans notre pays du moins - démocratiquement et correspond à une volonté générale, et ne pas s'en écarter, du moins ne pas laisser "le sensible", l'émotion interférer avec elle.
    Si on pousse à l'extrême les exemples, ce que tu aimes faire je crois (et je ne le dis pas du tout avec reproche ; c'est un exercice intellectuel intéressant), on en arrive à respecter la loi, les démarches et ne pas s'en écarter au profit des émotions, or ça peut être dangereux, non, si la loi est mauvaise ?
    Tout ça me fait penser un peu à l'histoire d'Antigone - que faire quand la loi dit quelque chose mais que ça semble difficile de suivre la loi sans mal agir pourtant ?

    Dans le cas présent pour ne rien faciliter, il semblerait que les lois se contredisent, le journaliste n'est pas policier mais en même temps, les atteintes aux mineurs doivent être dénoncées, bref : ce n'est pas clair.

    Puis l'absence du sensible dans le raisonnable, c'est aussi un peu idéal et illusoire, non ? Qui plus est, le raisonnable c'est une notion bien difficile à définir si le sensible en est totalement absent. Ce qui est jugé raisonnable, bon, utile, c'est quand même jugé en fonction de critères souvent sensibles ... Non ?
     
  6. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Si je reprends ce que tu dis, d'après toi si quelqu'un est au courant de faits illégaux même de l'ordre du "sensible" il ne faut pas agir sous prétexte que ce serait du règlement de compte?
    Je ne suis pas du tout d'accord avec le fait que l'on montre du doigt ce journaliste. Pour moi être un être humain capable de ressentir des sentiments passe avant la loi et le fait d'être citoyen.
    On ne peut pas tout accepter sous prétexte qu'il s'agit de la loi, il ne faut pas se leurrer la loi n'est pas parfaite.
    Je ne veux pas me lancer dans un débat philosophique, mais nous l'avons vu de nombreuses fois dans l'histoire et anesthésier et mettre de côté les sentiments n'a jamais été de très bonne augure.
    De plus, dénoncer un acte répréhensible ne fait-il pas parti du devoir de citoyen?
    Si cela dérange tant que ça de dire que le journaliste a agi en tant que tel. Ne peut-on pas envisager l'idée qu'il a tout simplement agi en tant que citoyen?

    En théorie on pense savoir comment ça marche mais en pratique c'est beaucoup moins simple. Parler de "s'en protéger" est un peu trop s'avancer. Ce n'est pas faisable, certaines personnes en viennent à soupçonner tout ceux qui travaillent au contact des enfants. Concrètement ça ne veut rien dire. On peut la révéler mais "s'en protéger" c'est une autre paire de manches.
    Cela fait des années que des enfants en sont victimes, en y réfléchissant cela ne fait pas si longtemps que ça que l'on en parle.
    Si je reprends ton raisonnement il faut faire confiance entièrement à la loi et l'information. Pourtant cela fait quelques année qu'il y a des campagnes à ce sujet. Ça ne change rien, tout simplement parceque les enfants d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier.
    Je crois que les enquêteurs l'oublient un peu.
    Je m'arrête là parceque je m'écarte un peu du sujet.
     
  7. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Ce n'était clairement pas le rôle d'un journalisme que de "balancer" à la télé les noms de 23 pédophiles. Il y a des lois sur la protection de l'identité. Si on ne leur a pas demandé l'autorisation de donner leur nom à la télé alors le journaliste est en tort face à la loi. Ces personnes pourraient être acquittées et relâchées (avec abandon de TOUTES les poursuites pour vice de procédure) à cause de ça.

    Qui plus est, quelle preuve a-t-il que ces personnes aient donné leurs vrais noms et pas celui du voisin? C'est jouer à un jeu dangereux. Des parents inquiets pourraient parfaitement décider de prendre des mesures préventives et aller faire justice eux-mêmes. Imaginez qu'ils tombent sur un homonyme.

    La police a normalement une unité entière dédiée à la protection des mineurs et elle a déjà fait ses preuves. Les réseaux pédophiles sont une réalité de notre époque, en parler c'est le devoir des journalistes mais pas de cette façon. Balancer les pseudos aurait été normal mais les noms, je trouve ça franchement limite.
     
  8. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Sans hésiter, je soutiens et aurais agi comme les journalistes.
    (en ce qui concerne la dénonciation, donc)

    Oui, la manière est probablement un peu limite. Mais je suis en accord total avec le fait que la non assistance à personne en danger est pire que tout (dans mon métier, je serai sans doute amenée à y faire face et secret professionnel ou pas, je resterai fidèle à mes principes) et la présence de ce devoir moral.
    D'autant plus quand les personnes en danger se trouvent être des enfants, personnes plus vulnérables encore.

    A la place des journalistes, j'aurais été tout simplement incapable de dormir la nuit si je n'avais pas dénoncé ces individus.
    Après, évidemment, rien n'obligeait ces journalistes à publier leur reportage, mais ça, c'est un autre débat sur le voyeurisme & compagnie.


    Donc, pour moi cette dénonciation est juste. Je trouve simplement la façon dont on a obtenu les noms de ces pédophiles assez moyenne. Mais je préfère ça au silence, et de loin.
     
  9. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Et je me demande aussi où est la limite avec le "non assistance à personne en danger".

    Vous imaginez, le journaliste recueille les aveux d'un type qui viole sa fille. Et si sa fille meurt après, des suites des sévices? Le journaliste pourrait-il être accusés de non assistance?
     
  10. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Je dirais oui.
    J'espère sincèrement que oui.

    "
    La non-assistance à personne en danger est l'engagement de la responsabilité pénale d'une personne qui n'interviendrait pas face à une personne courant un danger.
    L'engagement a lieu si :
    • la personne a connaissance du danger ;
    • elle est en mesure d'agir ;
    • l'action ne présente pas de danger pour la personne ni pour un tiers."
     
  11. AnonymousUser

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    Alors, si on en croit la logique, le journaliste doit quand même dire quand il y a danger non? Avant d'être journaliste c'est un homme et un citoyen.
     
  12. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Oui, bien sûr.

    Enfin, ça m'apparaît logique.
    (je ne comprends pas, en fait, qu'on s'offusque de la "délation" des journalistes dans ce cas..)

    Les médecins peuvent briser le secret médical dans certains cas également. Je ne vois pas pourquoi les journalistes n'en auraient pas le droit/le devoir.
     
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