Les SDF sont invisibles, même pour leur propre famille

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Lady Dylan, le 25 avril 2014.

  1. Lady Dylan

    Lady Dylan
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    Hazel Tellington

  2. Mircea Austen

    Mircea Austen
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    Il croyait savoir, il ne savait pas qu'il croyait.

    En vivant dans une grande ville on se construit une barrière invisible qui nous protège parce que sinon, à force d'empathie, je pense qu'on ne pourrait tout simplement plus sortir dehors. Il est bon qu'une campagne futé nous rappel que si c'est un réflexe de protection assez banal, refuser de voir la misère nous arrange peut être mais a des conséquences concrètes pour d'autres et que c'est nous qui sommes dans une position favorable et qui devons faire l'effort de regarder la vérité en face. C'est dur à faire dans le métro quotidien mais c'est nécessaire et doit se traduire par des engagements y compris dans notre façon de penser, de s'intéresser, à la politique. Il faut oser aller demander, lors des campagnes électorales où des gens nous démarche dans la rue : vous vous faites quoi pour les sdf ? Et exercer une pression par nos votes. Dans mon arrondissement à la limite du 8ème les SDF se réfugient car ils sont chassé par arrêté préfectoral des champs élysées. On veut fermes les yeux, les politiques l'ont bien compris et nous aiderons à le faire car c'est tellement plus simple que de prendre le problème de la grande pauvreté à bras le corps...
     
  3. Dimy

    Dimy
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    Mélange instable

    Je trouve l'idée de cette campagne intéressante, et ça part d'un bon fond: on essaie de rendre aux personnes vivant dans la rue l'humanité que la vie leur a enlevé. Et c'est vrai qu'encore une fois, on joue sur le choc/la surprise, parce que c'est ce qui semble fonctionner le plus pour ce genre de campagnes.

    Mais au fond, qu'est-ce qu'on apporte de concret à ces personnes sans domicile? Ok, on incite les gens à ne plus les ignorer, parce qu'un simple "bonjour" fait plaisir à tout le monde (sauf quand il est accompagné d'un "t'es charmante, viens on va discuter"...) Et donc? Ça va les sortir de la rue? Ça va leur apporter un repas chaud et une douche ce soir?
    J'ai vraiment du mal avec ces campagnes qui tirent à fond sur la corde du pathos. D'autant plus qu'à la fin de cette vidéo, tout le monde s'embrasse, on est content et on retourne vivre dans nos maisons avec le chauffage et le frigo plein.
    Je sais bien qu'il faut parfois mettre le doigt sur des choses qui dérangent, et qu'on est tous coupable d'avoir au moins une fois ignoré un SDF pour mille et une raisons. Mais est-ce que c'est réellement le fond du problème?
     
  4. MelusineB

    MelusineB
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    Bouffe la vie fillette !

    Evidemment, un "Bonjour", un regard, un sourire, ça ne va sortir personne de la rue. Mais, crois-moi, quand tu passes plusieurs heures assis(e) par terre, au ras du sol, à ne voir défiler des gens que leurs pieds, à être ignoré(e) superbement... et bien le "Bonjour", le sourire, le "Vous voulez une cigarette?", il t'évite de péter un câble. Il fait que le soir en fermant les yeux, tu as moins de rage, t'es moins amer, parce-qu'on t'a traité comme un être humain ; pas comme un truc invisible simplement posé là sur le bord du trottoir parce-que c'est ta place.
     
    Chess Fenrir et Lsophieful ont BigUpé.
  5. belinya

    belinya
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    Let's be weird together ! Guest

    Je trouve l'idée de cette campagne très intéressante et très instructive, principalement dans sa forme, cette confrontation à la réalité appliquée à son petit quotidien personnel. Une campagne qui certes tire dans le pathos mais permet de mettre en lumière un sujet quasi tabou...

    Après, sur le fond du message, je pense que c’est justement difficile à appliquer au quotidien… Lorsque je vivais à Lyon, dans un quartier aux allures de village, et que j'étais au collège, nous avions des SDF que nous connaissions par leur prénoms. Nous sortions toujours de la boulangerie avec une petite attention pour eux, bien que l'un d'entre eux était particulièrement grognon. Mais on l'appréciait pour ça.

    Maintenant que je suis à Paris, j'avoue esquiver au maximum les SDF pour 2 raisons: étant très très empathique, je ne souhaite pas me confronter à cette misère car cela me met mal à l'aide et me fait culpabiliser (pourquoi? aucune idée). Mais je les ignore également car ce sont parfois des personnes très insistantes. Contrairement à ce que vous affirmez dans l'article, un sourire ne leur suffit pas. Combien de fois j'ai tenté de sourire à un SDF en lui disant bonjour pour me voir rétorquer avec insistance qu'un peu d'argent serait plus appréciable.
    Oui c'est une généralisation mais la réalité c'est que l'indifférence convient bien à certains qui préfèrent être invisibles que de perdre leur dignité dans le regard des autres.

    Mais au-delà de tout ça, que peut-on faire? Pas grand chose en définitive. Comme l'a dit une Madz avant moi, apporter sa petite pierre à l'édifice, ce serait un vote réfléchi qui prenne en compte cette problématique ou du bénévolat dans une asso dédiée.
    Autre possibilité, proposer une douche ou un bon repas à un SDF que l'on côtoie ou croise plus que d'autres. Mais dans notre société individualiste ou notre petit confort et notre paranoïa systématique dans nos rapports avec les autres, peu de monde le ferait.
     
  6. Lucky-life

    Lucky-life
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    Les gens ne sont-ils pas invisibles en général ? Quand je regarde une personne que je croise dans la rue, elle essaie de regarder ailleurs.... C'est naturel de détourner le regard. Alors, a fortiori, qui va regarder vers le bas, et essayer de déceler un visage baissé sous une casquette, une capuche ou un chapeau ?
     
    Lsophieful a BigUpé ce message
  7. sushinette2934

    sushinette2934
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    En formation d'éducatrice spécialisée j'ai eu l'occasion de travailler pendant 1 an avec les personnes en errance, les sdf, les clodos, les routards... bref peut importe l'étiquette qu'on leur colle il s’avère que comme le disait le psychiatre Maisondieu grand connaisseur de l'exclusion les exclus "c'est toujours l'autre et jamais soi"

    Après des heures et des semaines passées avec eux, tous ont pu ramener que le plus grand mal c'est le déni, l'indifférence. Alors oui un bonjour ou un sourire ne sortira personne de la rue mais ca leur donnera une place dans une société qui les exclus et les rends fantômes.

    J'ai fais mon mémoire sur l'estime de soi des personnes en errance et c'est bien notre indifférence qui leur fait penser qu'ils ne valent plus rien et leur donne ce sentiment d'incapabilité.
     
  8. Destiel Mok´

    Destiel Mok´
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    Les autres y disent comme ça qu’elle est trop belle pour moi...

    Je suis d'accord, au risque de passer pour une personne infâme pourquoi devrais je faire plus attention aux SDF quand je ne fais attention à personne d'autre?

    Pourquoi devrais je dire bonjour aux gens ? SDF ou pas d'ailleurs...

    Le côté "il faut être gentil, dire bonjour, se sourire" ça me gonfle et je trouve ça foutrement hypocrite voir infantilisant. Personne ne me dit bonjour à moi, parceque je suis bien habillée, que j'ai l'air d'avoir de quoi vivre? Je trouve ce genre de campagnes TELLEMENT condescendantes. Machin est gentil, il aime faire du violon, machin fait des bonnes lasagnes. Mais sérieux est ce que ce genre d'infos concernant des étrangers absolus vous intéressent? Vous en avez vraiment quelque chose à faire le matin que votre voisine de métro (baskets neuves, douchée de prêt, se rendant à son travail qui lui paye son loyer et une vie décente) elle sache jouer du saxophone? Je suis heureuse de le savoir pour mes amis et je suis heureuse de connaître les passions des gens que je rencontre mais là?

    Pour moi ce genre de campagnes reviennent à dire "les noirs sont gentils, les homosexuels aussi", c'est de la concupiscence et c'est contre productif.

    Le côté "on ne regarde pas les sdf et c'est pas gentil" je ne comprend pas. On vit dans une société ou personne ne regarde personne. Et DE PLUS le cerveau humain n'est pas conditionné pour reconnaître quelqu'un même de très familier si la personne n'est pas censée se trouver à cet endroit.

    Je me suis plusieurs fois rendue compte que j'avais fait un trajet côte à côte avec une bonne amie sans la voir et sans qu'elle me voit : Parcequ'elle était habillée en SDF? Non, parceque ni elle ni moi n'étions censées emprunter ce trajet donc nous ne nous "attendions pas" à nous voir.

    Je ne dis pas que l'indifférence c'est bien, je ne dis pas qu'il ne faut pas lutter contre les inégalités, je dis simplement qu'il faut arrêter d'être complêtement cuculs et de montrer des vidéos qui ne veulent rien dire qu'on ira ensuite commenter sur internet d'un "han c'est horrible les humains quand même". Parceque cette vidéo a mon avis ne prouve rien et ne pas reconnaître ta mère quand elle est déguisée et à un endroit ou elle ne devrait pas se trouver, c'est "logique" et si j'allais chez les lords anglais et que je passais brièvement devant quelqu'un qui s'avérait être ma mère perruquée et en belle robe de soirée je ne la reconnaîtrait pas non plus!





    En quoi?
    En quoi tu es moins amer d'un bonjour plein de pitié?

    Je ne dis pas que tu as tort car je m'interroge, parfois quand j'ai le coeur lourd un sourire d'un étranger peut me faire du bien, me réchauffer. Mais ensuite je rentre chez moi au chaud, et l'étranger aussi.

    Après pour ce qui est de "donner" des trucs du style clope, bouffe si possible (et uniquement si le mec demande, parceque ce ne sont pas des enfants qu'on fait manger, l'infantilisation c'est humiliant) oui, mille fois oui, avec pudeur et dignité. En regardant le mec droit dans les yeux, d'humains à humains.

    Enfin bref je suis désolée je pête un cable mais les "vidéos choc" sur internet me courent légèrement...
     
    #8 Destiel Mok´, 25 avril 2014
    Dernière édition: 25 avril 2014
  9. MelusineB

    MelusineB
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    Bouffe la vie fillette !

    Pourquoi plein de pitié ? C'est toi qui parle de pitié. Tous les gens ne disent pas bonjour de cette façon. Il y des bonjour gênés, d'autres gentils, certains joyeux, indifférents, tristes parfois. Peu importe, ils existent, ils disent "JE TE VOIS. TU EXISTES.", et c'est très important quand tu as l'impression d'être totalement invisible tout au long de la journée. Quand tu fais la cheum, quand t'es dans le bureau d'une assistante x ou y, quand tu marches dans la rue, quand t'es assis sur un banc ou dans un parc... On te voit pas, tu fais partie du décor. Si on te regarde, c'est souvent avec dégoût, colère, mépris. Alors un "bonjour", bah putain c'est bien. ça fait du bien.

    Donner "uniquement si le mec demande" ? Mais, à part si la manche est devant un magasin, personne demandera à un passant "Vous avez pas un truc à manger?" ! Demander une pièce ou une clope c'est déjà assez honteux et humiliant, demander de la nourriture, des couvertures ou des fringues, c'est carrément au delà des limites de beaucoup de clochards.

    Le fait d'être posé par terre avec une gamelle remplie de pièces c'est suffisant comme demande.

    Il y a une femme qui venait tous les jours à l'endroit où je faisais la manche. Sans que je lui ai jamais rien demandé, elle me rapportait presque à chaque fois quelque chose. Pas grand chose : un de ses vieux manteaux. Un pot de confiture. Un paquet de pain d'épices. Quelques tubes roulés. Elle restait quelques minutes, à discuter vite fait "ça va, pas trop froid, tes chiens", et elle repartait. C'était presque rien, mais, putain, ça faisait pour beaucoup dans ma journée. Et encore aujourd'hui je l'ai pas oubliée, alors que tous les autres, tous ceux qui se taisaient et détournaient les yeux, bah leurs tronches disparaissaient dès le lendemain.
     
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  10. Dimy

    Dimy
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    Mélange instable

    C'est sûr que montrer à une personne qu'on l'a considère comme un être humain et pas juste comme un tas d'ordures dans la rue, c'est important. Je trouve ça même dommage qu'on soit obligé d'apprendre ça aux gens. Mais cette vidéo me donne l'impression que tout ce qu'on peut faire c'est ne plus ignorer les personnes dans le besoin. C'est une première étape nécessaire, certes. Sauf qu'on ne nous pousse pas à aller plus loin.
    Comme je le disais, dans la vidéo, les gens se retrouvent, s'embrassent et basta. En te lisant @MelusineB , je me dis que tu connais très bien des gens qui ont souffert de cette situation, ou que tu l'as toi-même connue. Donc j'imagine que tu vois ce que je veux dire quand j'explique qu'on va pas au fond des choses avec une campagne où les gens retournent à leur vie tranquille ensuite. 
     
  11. JudithF

    JudithF
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    Feel like a sex machine

    Je suis super d'accord avec @newme2014. Je ne dis bonjour qu'aux connaissances. Il y a une dame qui fait la manche à côté de ma prépa, je lui dis bonjour tous les jours parce que je la croise TOUS LES JOURS. Sinon les autres SDF je les connais pas, ils ne sont pas plus légitimes à mon bonjour que les inconnus du métro. Si la campagne est là pour rappeler que les SDF sont des gens alors je ne leur parle que si je les connais, comme les autres.

    D'ailleurs, globalement, on est dans une société où on ne veut pas se croiser. J'aime pas trop devoir dire un bonjour forcé aux anciennes connaissances du lycée et avoir des conversations vides de sens et vais jusqu'à faire semblant de pas les croiser pour y couper.
    Globalement, nous pousser à aller parler aux SDF qu'on connait pas c'est infliger le malaise de la conversation sans but et du bonjour pas convaincu (qui doit aussi sonner super faux de l'autre côté).
     
    #11 JudithF, 26 avril 2014
    Dernière édition: 26 avril 2014
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  12. Freehug

    Freehug
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    Œil en goguette

    Je viens d'une petite ville où il y a UN SDF, poli et agréable, toujours au même endroit, que tout le monde connaît, qui reçoit toujours un sourire et un bonjour, souvent accompagné d'une pièce, d'un sac de nourriture voire d'une bouteille de vin (parce que le "c'est pas pour boire hein" m'a toujours soûlée). Du coup, en débarquant à Paris, j'étais en mode bisounours, ne pas les ignorer etc. Ben le résultat c'est 30% de réclamation d'argent, 30% d'insultes, 30% de remarques obscènes, 9% de types qui m'ignorent et le petit 1% qui reste qui répond gentiment. Donc oui, maintenant, les SDF je les traite comme n'importe quel inconnu croisé dans la rue: je les ignore. Désolée si c'est pas politiquement correct.
     
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