Les tribulations de Nienna

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Nienna_u, le 27 juin 2010.

  1. Nienna_u

    Nienna_u
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    Amoureuse

    L'autre :

    Elle envoie tout en l'air. Les pensées se font jeter, et elle danse la valse en décalé. Un peu trop de poids sur la conscience pour s'envoler. Elle aurait peut-être dû s'en aller. Plutôt que de tout incruster dans cet endroit qui décidément n'est pas fait pour elle. Comment fait-on pour abandonner toute attache quand la plus grosse chose que l'on peut y perdre c'est la motivation de vivre? C'est sa raison d'être. Alors elle a beau crever ici, pour telle ou telle raison, y a toujours cette ombre qui la retient, qui lui dit "fais au moins ça pour moi". Elle obtempère. Pauvre petite chose. L'abandon s'est fait effacer de son vocabulaire. Mais que restera-t-il lorsque l'autre partira? L'autre, cette face la plus claire de sa vie. L'autre est masculin, mais pas Homme. L'autre, c'est celui qui ouvre le coeur, le laisse à vif, nettoie ses écorchures, et panse toute cicatrice. Mais il oublie trop souvent de tout refermer. L'autre, personne à qui l'on s'accroche au premier dialogue. Au premier sourire. Personne à qui l'on tient sans même savoir pourquoi, sans même savoir comment. L'autre, c'est celui qui la fait se lever avec le sourire. C'est la première personne vers qui vont ses pensées, c'est celle de qui elle ne parle presque jamais, de peur qu'on le lui vole. Mais l'autre ne s'envole pas. Il fait des promesses, il envoie des paroles qui l'envoient en l'air, auxquelles elle croit sans même savoir pourquoi. Auxquelles parfois elle voudrait ne plus penser. L'autre, c'est son soleil. L'autre c'est Raison, sauf que lui, il ne se perd pas. A part peut-être entre les lignes. L'autre embrouille ses pensées juste pour la voir rester. Pour la voir s'échouer ici, se raccrocher, sourire et se relever. L'autre imagine la courbe de son corps les samedis soirs. Quand il sait qu'elle ne rentrera pas tant que rien ne sera effacé. Elle ne rentre jamais vraiment. Et l'autre le sait, et l'autre se tait. Il l'attend quand même. Il attend que passe le temps. C'est pas grand chose, il compte les ans. Les jours, les mois. Mais surtout les ans. L'autre s'échappe et prend peur. Les nuits où elle reste ailleurs. Les nuits où elle oublie. Elle, son passé, son avenir. Tous deux fuient quelque chose. Ils fuient ce qui les éloigne l'un de l'autre. Et finissent quand même séparés.
    Elle se meurt et l'autre s'évapore. Il ne pense qu'à demain, impose des "si" à chaque début de phrase. Et elle s'y perd. Lorsque tout se contredit, elle croit en tout quand même, se perd et implose. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Mais voilà ils sont là. Dans deux heures ils se retrouveront encore entassés l'un sur l'autre contre cette vitre glacée. Dans le bus des écorchés. Y a pas vraiment de destination, la route n'est faite que de courbes. Celles qui font chavirer le coeur. Se noyer les yeux. Y a pas de dauphin pour les sauver de la noyade, lorsqu'ils seront deux à couler. Mais que personne ne se débatte, c'est sans doute la seule solution. Pour les faire se réunir à la fin de l'histoire. Sur un lit d'hopital, les poumons encore plein d'eau. Ou bien encore plus loin, le coeur démoli mais on s'en fout, puisque là bas, il n'en auront pas besoin.
    Mais l'autre ouvre ses yeux. Faut pas penser à tout lâcher. Il le lui répète bien assez. "Fais ce que j'dis, mais pas c'que je fais"? Non, elle n'y croira pas. Il a sa main dans la sienne. Chaleur étrange sur ses joues. Il n'y a qu'elle. Même au milieu de tous ces abandonnés. Même au milieu de tous ces solitaires au coeur explosé. Il n'y a qu'elle. Sous tout ce tas de paillettes, de maquillage à peine
    estompé. Il n'y a qu'elle et ses peines.Ici, c'est la vraie vie, on ne joue pas avec les mots pour tirer un trait sur tout ce qui fait mal. On ne joue pas avec les maux. Et l'autre se tait alors.
    Il observe cette gamine dormir. En se disant qu'au fond, c'est peut-être mieux que de mourir.
    Elle, c'est vrai, elle n'a pas vraiment de nom. On sait juste que c'est une gosse qui a été trop privée d'espoirs dès la naissance, et qui du coup en avale dès qu'elle en trouve, quitte à crever d'une overdose. Elle, c'est le soleil des nuits d'Ombre. C'est un soleil qui se fait de l'ombre. C'est un sourire qui enchante, un esprit qui déchante. Elle, c'est une toute petite fille dont les espoirs finissent sur le trottoir, ou dans le caniveau. C'est un ciel avec pour seule étoile l'autre. L'autre... Réalité, raison, bien fou, mots flous... L'autre est fou. Et elle aussi. Et il rient de se compléter. Mais ça fait si peur de se savoir bientôt séparés.
     
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