L'oubli.

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Red., le 13 janvier 2010.

  1. Red.

    Red.
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    Flinguée du bulbe.

    (voilà un an bientôt que je n'ai pas écrit un seul récit en entier - terrible syndrôme de la page blanche - et je viens poster ici une petite ébauche de texte, en espérant recueillir quelques avis. :) )



    Dehors, il fait froid, si froid que mon corps entier tremble, sous mon duffle-coat gris.
    Je regarde mes mains, elles sont rougies et je ne plie plus les doigts, comme si mon être tout entier s'était endormi pour
    mieux affronter la rudesse de ces températures négatives.
    J'enfouis ma main dans ma poche, et, après avoir tâté rapidement le fond de celle-ci, sort un paquet de cigarettes.
    Je ne fume pas d'habitude. Je m'étais même promis de ne jamais acheter de paquet mais, aujourd'hui est un jour spécial et
    aujourd'hui, personne ne ronchonnera en m'en tendant une.
    "Oh, Alix, t'es pénible, achète toi un paquet."
    Mes doigts se crispent sur le petit bâton de tabac que je porte gauchement à ma bouche. Un nouvel effort plus tard, je sors
    un briquet et l'allume.
    Quelle sensation étrange.
    Il est dix-sept heures, et le jour commence déjà à décliner. Les gens sortent du travail, ils s'affairent autour de moi, ont
    l'air pressés de rentrer chez eux.
    Etourdie par ce mouvement lent d'individus en quête d'amour et de repos, je m'effondre sur un banc.
    Je suis vidée. Vidée de tout sentiment. Je me sens comme hors du temps, loin de ce monde où les gens s'attachent, s'aiment
    ou se déchirent; je suis là sans y être. Je ne sais si c'est le froid qui me glace ou mon sang qui se vide à l'intérieur,
    mes lèvres sont gercées et mon coeur à la dérive, et je vogue sans but sur la mer gelée de mes sentiments.
    Je ne t'aime plus.
    Tu es parti sans faire de bruit, en me levant ce matin. Les deux pieds sur le carrelage, je ne pensais plus à toi.
    En ouvrant les volets, tu ne me manquais pas. Dans la salle de bain, ta brosse à dent agonisait encore sur le lavabo et sur
    le champ de bataille de notre chambre endormie, tes vêtements trainaient, jetés à la hâte tout juste hier soir, alors que tu
    étais encore là. Tu habites chaque mur. Mais tu ne m'habites plus à moi. Aujourd'hui, contraint et forcé, tu as déménagé.
    Et je suis là, debout.
    Et j'ai froid, si froid.