Mon viol, l'alcool, la fête, ce secret et moi

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Une madmoiZelle, le 21 avril 2014.

  1. Une madmoiZelle

    Une madmoiZelle
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  2. Mircea Austen

    Mircea Austen
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    Il croyait savoir, il ne savait pas qu'il croyait.

    Il y a quelques jours un ami ex plan cul m'a confié que je l'avais violé. J'ai pris du temps pour me souvenir de cette soirée, il était venu à poil dans mon lit après une déception avec une autre conquête et m'avait chauffé pour me réclamer une pipe. Nous nous cherchions depuis plusieurs années de façon plus qu'intensive et explicite, je suis montée sur lui et j'ai fais ce que je pensais que l'on voulait faire tout les deux. Il m'a dit récemment qu'il n'avait eu envie que d'une pipe et pas de plus mais qu'il m'avait laissé faire pour que je le laisse dormir chez moi et qu'on reste bon amis. (chose que je ne lui aurais jamais refusé mais il fonctionne énormément comme ça, se faisait notamment héberger à l'étranger à travers de fausse relation de couple avec des femmes dont il n'a absolument pas envie aussi il a dû adopter ça comme comportement plus général - je le dis pour qu'on ne pense pas que j'aurais refusé l'hébergement à un ami sans retour sexuel ça me ferait bien mal au popotin d'être ce genre de personne, encore que visiblement on peut se surprendre à avoir des défauts qu'on ne s'imaginait pas).

    Ca m'a beaucoup perturbé, je me suis évidement excusée mais jamais je n'avais perçu cet acte comme un viol. Il n'avait pas manifesté de refus face à l'acte, avec le recul je me souviens qu'il avait juste fais attention à ce que nos amis n'entendent rien et avait montré au final peu d'entrain. Et surtout par la suite il est régulièrement revenu vers moi pour qu'on fasse l'amour. Aussi je n'avais pas du tout ce regard là sur cette soirée là.
    Cet ami est plutôt vicelard et toxique, et surtout jaloux de ma nouvelle relation, aussi il est possible qu'il ait dit ça pour me déstabiliser. Dans ma tête le viol reste malgré tout déjà une pénétration, ensuite surtout la jouissance d'un refus, la conscience de transgresser une limite, or je le croyant réellement consentant et même en recherche de réconfort après son refus par une autre nana.

    OUI MAIS.

    Mais là n'est pas la question, je ne veux pas être comme tout ces gars qui fuient et se cherche des excuses et ma demande de pardon a été sans condition et acceptée. Je n'ai pas cherché à discuter avec lui du comment du pourquoi du "oui mais…".

    Ce que je veux dire, en lien avec ce témoignage, c'est que le point de départ du viol c'est, quelque soit les conditions à quelques malades mentaux près, ce que j'avais ignoré posséder moi même en moi : l'égoïsme.
    Qu'il s'agisse ou non d'un viol ne compte pas tellement, ce qui compte c'est que ce rapport sexuel était guidé par l'égoïsme et la minoration des désirs de l'autre. J'étais une grande "jouisseuse" qui pensait que le sexe pouvait aller de pair avec un certain égoïsme, des inconnus en soirée etc… Je me rend compte que ça ne m'intéresse plus, que le sexe reste, à quelque degré que ce soit, dans un couple ou dans un plan cul, un échange. C'est la qualité de cet échange qui faire la qualité du rapport sexuel qui va suivre.

    Je ne sais pas si j'ai violé cet homme, cette révélation est encore fraiche et travaille beaucoup ma conscience féministe et la définition que je me fais du viol mais je n'ai pas attendu de le savoir pour être désolé de lui avoir laissé ce souvenir là, mais je sais que j'ai été égoïste et que j'aurais pu faire preuve de plus de respect et pour lui et pour moi. Je refuse catégoriquement l'idée de faire à nouveau l'amour avec un homme qui n'en a pas pleinement envie et pleinement exprimé le désir.

    Je parle pas de l'égoïsme qui nous fait prendre la dernière glace au congélo, je parle bien de l'égoïsme crasse, proche de l'instinct de survie si on le rapproche de la pulsion de vie à la Freud, la pulsion sexuelle étant intimement liée à la pulsion de vie, cette pulsion qui fait qu'en cas d'attaque de zombie on tuerait pour survivre. Cet égoïsme crasse qui écrase nos valeurs et notre éducation parce qu'on a notre petit égo à faire vivre et que Yolo on a qu'une vie. L'égoisme du collabo, du violeur, du traitre, du cocufieur…. Quand on se dit "je vaux mieux que l'autre, pas que toi, que tout les autres en général" et bien sûr j'ai honte, honte au dernier et premier degrés, une honte intégrale, d'avoir eu cette pensée cet égoïsme mais je me rend compte qu'on l'a tous, qu'on est tous des violeurs potentiel si on a pas les bonnes barrières, des limites suffisamment fortes, suffisamment marquée au fer rouge. Une prévention intelligente du viol doit s'adresse à tout le monde, même à moi...

    Ton ex copain et ses amis ont été des montres d'égoïsme niant ton individualité, si aujourd'hui je me rend compte que cela peut arriver à tout le monde, qu'il n'y a pas de "méchant violeur" mais une zone de gris dans laquelle même une femme est susceptible de plonger ça renforce en moi l'impérieuse nécessité de l'éducation sexuelle passant par l'apprentissage du respect pour l'autre car sans le rappel de certaines valeurs on peut être tenté de croire que la liberté sexuelle passe par la trop grande considération qu'on porte à ses propres désirs, au dépend de ceux des autres. Education dont nous sommes totalement dépourvus malheureusement.
     
    #2 Mircea Austen, 21 avril 2014
    Dernière édition: 21 avril 2014
  3. Frédibou

    Frédibou
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    A bouffé du clown

    C'est d'un psy qu'il a besoin ce type ! Je trouve cette histoire juste dégueulasse ! Et le "je t'aime" d'après m'a encore plus écœuré !
     
  4. lafeemandarine

    lafeemandarine
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    Y'en a pour trois pages...

    Bravo. Ton témoignage est très beau et tu as beaucoup de courage. Tout ça a dû être terrible et je te souhaite d'aller de l'avant et d'avoir une très belle vie. :top:
     
  5. Spèce-d'Hippie

    Spèce-d'Hippie
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    Petit format

    Merci pour ce témoignage hyper touchant.. :fleur:
     
  6. Margottine

    Margottine
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    Biberon sur jambes.

    J'ai les larmes aux yeux, ce témoignage remue pas mal de choses en moi, des choses qui me sont aussi arrivées en soirée, peut-être pas aussi terribles, mais bon.
    J'ai souvent cette impression de lâcher une bombe quand j'en parle à des gens. J'ai l'impression que j'ai besoin de balancer cette bombe de temps en temps, pour que les gens sachent que ça existe vraiment, et que les choses ne ressemblent pas toujours à ce qu'on croit, mais finalement, je n'ai pas l'impression que ça me fasse avancer, moi.
    Je te trouve très courageuse d'avoir pardonné à ton papa, j'ai un peu eu du mal avec le mien, qui m'avait fait une remarque terrible après que je lui ai confié. J'ai comme toi pardonné au garçon qui en était responsable. Question de survie.

    Bref, je ne te connais pas mais je te jette une vague d'amour quand même :)
     
  7. blue-is-the-warmest-colour

    blue-is-the-warmest-colour
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    Etat larvaire Guest

    Bravo, ça a du être extrêmement dur pour toi de partager ce témoignage. Félicitation et merci, tu as énormément de courage :top:
     
  8. zoecameleon

    zoecameleon
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    Trop de boulot Guest

    @Mircea Austen, je suis très touchée par ton témoignage. Cela montre bien que le viol n'est pas forcément le fait d'un gros-méchant-pas-beau mais bien plus souvent d'un ami voire d'un petit ami, et que l'auteur ne s'en rend pas forcément compte sur le coup.
    Il est évidemment super important de parler de la "victime", de rappeler que ce n'est pas de sa faute. Mais on oublie parfois aussi de regarder de l'autre côté : en partie parce que beaucoup s'en contrefichent de ce qu'ils ont fait voire trouvent ça normal et n'ont donc rien à dire à ce sujet, mais aussi parce qu'on a parfois tendance à ranger trop vite l'auteur de tels actes dans la case gros-méchant-pas-beau sans plus s'y attarder. Or ce n'est pas toujours justifié, comme ton témoignage le montre. Oui, que cela puisse arriver est inadmissible et je ne loue évidemment pas ce que tu as pu faire, mais je salue au moins la maturité de ta réflexion a posteriori. Cela peut arriver à plein de gens sans qu'ils mesurent la portée de leurs actes, probablement signe que nous manquons d'éducation au respect et à l'écoute de l'autre ...
     
  9. poppiz

    poppiz
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    mange des chats

    wow, bravo madmoizelle, c'est tout ce que je trouve à dire, je suis hyper impressionnée par ta force et par le fait que tu ais réussi à pardonner.
    j'ai juste un petite question, "si j'avais fait les choses différemment j'aurais porté plainte", mais pourquoi pas maintenant? Je ne juge pas, je ne peux pas me permettre, je sais que c'est difficile, mais est ce que c'est trop tard?
     
  10. li-loo

    li-loo
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    Bouyaaaa! Guest

    @poppiz : non ce n'est pas trop tard pour porter plainte. Si le viol a eu lieu lorsque la victime était mineure, elle peut encore porter plainte plusieurs années. Avant c'était 10 ans mais je crois que ça a été reduit, peut être a 5 ans, il faut vérifier.
    Ensuite, ne surtout pas négliger la violence que revêt la démarche de dépôt de plainte pour viol.
    En tout cas, merci pour ces témoignages.

    Et pour finir, quelques chiffres : 1 femme sur 5 sera victime dans sa vie. Plus d'un viol sur 2 sont commis par le mari/conjoint de la victime. Dans 8 a 9 cas sur 10, la victime connaît son agresseur.

    Un bon tumblr pour se rendre compte de la réalité de ces chiffres : jeconnaisunvioleur

    Courage a toutes!
     
  11. Jacqueline

    Jacqueline
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    se demande, oui demande, où se cache la vraie vie

    Je comprends tellement cette envie de pas faire pitié l'autre, l'impression de faire un aveux alors que tu n'as rien fait de mal. J'en ai parlé à deux personnes cette année et je me suis sentie obligée d'ajouter "Je vais bien merci, si je pleure là c'est que je viens de regarder Brave, et que je pleure toujours devant Brave c'est tout."
    Evidemment que tu n'es pas coupable, ça à l'air simple à dire et pas si simple à croire quand ça nous arrive mais tu fais partie du clan des warriors, de celles qui survivent et qui se sentent la force de pardonner parce qu'elles ont mieux à faire. Donc voilà Haut les cœurs,je sais qu'on est bien plus que des victimes et qu'avec force et courage on peut vivre. Ouais parce que vivre c'est vachement cool.

    (et voilà j'ai fais un message hyper niais
    [​IMG]
     
    #11 Jacqueline, 21 avril 2014
    Dernière édition: 21 avril 2014
  12. titania17

    titania17
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    bravo pour cette preuve de courage, qui retourne un peu les tripes !
    toutefois, il n'est pas trop tard pour toi pour porter pleinte !
    en effet, Si le viol a été commis alors que la victime était mineure au moment des faits, il existe quatre cas de figure différents :

    - La victime a été violée entre 1958 et le 14 juillet 1989. Dans ce cas, la prescription est effective 10 années révolues après la date du crime.
    - La victime a été violée entre le 14 juillet 1989 et le 18 juin 1998. Dans ce cas, la prescription est effective 10 années révolues après la date du crime. A moins que l'auteur du crime ne soit un ascendant légitime naturel ou adoptif ou ayant autorité. Dans ce cas, le délai de prescription est de 10 ans révolus à compter de la majorité de la victime.
    - La victime a été violée entre le 18 juin 1998 et le 10 mars 2004. Dans ce cas, quelque soit "l'origine" de l'auteur, la victime dispose de 10 années révolues après sa majorité.
    - La victime a été violée depuis le 10 mars 2004. Dans ce cas, elle dispose de 20 années révolues après sa majorité pour porter plainte.

    Les victimes bénéficient des évolutions successives de la loi, à condition que les faits n'aient pas été prescrits avant l'adoption de la nouvelle legislation.
    Le viol est jugé aux assises.

    source http://www.sosfemmes.com/violences/viol_loi.htm

    je sais que cette solution doit être super difficile à envisager pour toi, et qu'il est toujours plus simple de dire "c'est bon, j'ai oublié, c'est pardonné" mais d'une, même si tu le penses très fort, peut-être qu'au fond de toi c'est PAS pardonné parce que c'est impossible de pardonner ça, et que de tels monstres doivent être punis

    et, de deux... malheureusement ces sales types recommenceront sûrement tant qu'on ne les arrêtera pas...
     
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