Ni bonnes ni nonnes ni pigeonnes: la révolte blanche arrive à grands pas

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par Crazylittlenurse, le 1 décembre 2012.

  1. Crazylittlenurse

    Crazylittlenurse
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    Trop de boulot

    Bonjour,

    Je voulais vous parler d'un mouvement dont je fais partie: ni bonnes ni nonnes ni pigeonnes .
    Ce mouvement composé d'infirmiers et d'aides-soignants a été créé en Octobre. Déjà 20 000 membres l'ont rejoint , et le nombre ne cesse d'augmenter d'heure en heure.

    Je vous entends déjà " oh encore une infirmière qui vient se lamenter sur son sort!"
    Vous vous trompez.

    Ce n'est pas sur mon sort que je viens me lamenter mais sur le votre. Oui le votre, pauvres potentiels patients. Que ce soit vous, vos parents, vos enfants, vos amis, vous passerez tous entre nos mains un jour où l'autre. Et croyez-moi nos mains elles tremblent. Tremblent de colère, de fatigue et de frustration. Voulez- vous vraiment être soigné par des mains qui tremblent? Voulez-vous vraiment qu'une infirmière malade, qui n'a pas eu le temps de se soigner depuis deux semaines car aucun jour de congé, injecte des médicaments dans votre perfusion ? Non, je ne peux pas l'imaginer.

    Savez-vous ce qu'il se passe réellement entre les mur des hôpitaux? Les conditions de travail ne sont pas mauvaises. Non. Elles sont catastrophiques. Pendant que de plus en plus d'infirmiers pointent chez pôle emploi, les média avec le soutien de l'Etat, contribuent à la désinformation du grand public, justifiant la mauvaise prise en charge des patients dans les hôpitaux par la pénurie de personnel. Pourtant , rien qu'à l'APHP, 4000 emplois soignants viennent d'être supprimés.

    Il est grand temps de faire circuler la vérité, parce que vous êtes tous concernés, pour votre sécurité et celle de vos proches, soutenez-nous. La révolte blanche s'organise et elle a besoin de vous.

    Merci à celles qui auront lu jusqu'au bout.
    crazy little nurse, membre de
    Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes
     
  2. katnissvsw

    katnissvsw
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    Guest

    Non mais je suis tout à fait d'accord, j'ai dû,il y a 5 ans aller aux urgences pour me faire enlever un plâtre (pas grave me direz vous) mais il y a un gamin qu'ils ont du renvoyer à un autre hôpital alors qu'il avait le crâne ouvert après une bonne attente parce qu'il n'y avait pas de place pour lui car il y avait eu un carambolage avec des blessés à l'hôpital.
    Choquée, je suis allée voir la femme de l’accueil qui m'a dit, c'est parce qu'on n'a pas assez de personnel soignant à cause des réductions budgétaires(et ça c'était avant la crise de la dette).
     
  3. Crazylittlenurse

    Crazylittlenurse
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    Trop de boulot

    Triste réalité. Combien de morts pour des économies au détriment de la vie humaine?
     
  4. Seau

    Seau
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    Manger. Maintenant.

    Je sais qu'on va me lancer des cailloux, mais comme beaucoup d'infirmières j'ai du mal à adhérer à un quelconque mouvement...

    Je suis peut-être bien pigeonne, mais c'est vrai que je fais mon travail, je râle quand on me parle "réductions budgétaires", mais j'ai du mal à comprendre comment on peut s'en sortir ! C'est vrai ça fait combien de temps que ça dure ? Que tout le monde fait grève ? Que les patients se plaignent (aux urgences notamment car tout le monde y est déjà passé un jour, mais ailleurs aussi) ?

    Les autorités n'ont pas de sous pour nous, ils nous lancent des fleurs en disant "oui oui vous travaillez très bien", comme si on devait être contentes d'être obligées de faire le travail correctement malgré les conditions (oui hin on est obligées parce que sinon on les met en danger et on va en prison...).

    Et les familles de patient qui portent plainte en maison de retraite pour mauvais traitement alors ? Qu'est-ce qu'on fait ? Soit on ferme les yeux, soit on renvoie le personnel, mais jamais on se demande pourquoi il y a eu mauvais traitement, et surtout jamais on ne donne les moyens que ça n'arrive plus ! (vous comprenez qu'il est hors de question de travailler en maison de retraite pour moi).

    En gros, malheureusement j'ai peu d'espoir par rapport aux actions du personnel de santé. Les personnes qui doivent se plaindre ce n'est pas nous, ce sont les personnes dont nous nous occupons, parce que c'est pour eux qu'on se bat finalement, mais de notre bouche ça n'est pas entendu !
     
  5. Lego

    Lego
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    Espèce de gros pâté

    Je commence à entendre parler de ce mouvement.
    J'aimerais savoir ce que le collectif à prévu de faire concrètement ?

    Je suis étudiante infirmière, diplômée dans quelques mois, et j'entends les infirmières se plaindre des conditions de travail. Je rentre quasiment tous les jours de stage abérrée par le manque de personnel.
    Mais ce manque n'est pas nouveau, seulement rien n'est fait par le personnel lui même. Les soignants n'arrivent pas à se battre correctement par pure conscience professionnelle.
    On ne peut pas se mettre en grève, parce qu'il y a des patients en jeu. Sauf que l'on vit dans une société, où pour obtenir quelque chose, on croirait que l'unique solution est de se mettre en grève.
     
  6. Crazylittlenurse

    Crazylittlenurse
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    Trop de boulot

    Bonjour ,
    Nous sommes effectivement tous concernés, professionnels comme patients. Ce mouvement est en passe de devenir une association pour avoir une légitimité juridique. Pas plus tard qu'hier nous avons envoyé en masse plus de 10 000 lettres à Marisol. Le mouvement combat également la désinformation que véhiculent les média via des vidéo sur YouTube , déjà 100 000 vues en quelques jours pour la vidéo " bfm Tv pris en flagrand délit de mensonge".
    Bien sur beaucoup sont septiques quant à l'utilité de ce groupe, mais au moins on ne pourra pas dire qu'on n'a pas essayer de faire quelque chose. On ne sera pas complice de la dégradation de nos conditions de travail et par le même biais de la dégradation de la sécurité des patients. On ne sera pas complice car on aura alerté, on aura osé dire stop. Nous sommes plus de 500 000 infirmières rien qu'en France métropolitaine, sans compter les spécialités. Les aides- soignants nous rejoignent aussi. Nous sommes la profession la plus représentée, croyez moi que si on se serrait un peu les coudes et arrêtions cet imobilisme résigné, ça ferait bien longtemps que nous serions ècoutées. Notre objectif principal : qu'on nous donne les moyens de faire notre métier correctement. Est- ce trop demandé? Quand au bord du bun out les infirmières commettent des erreurs médicales, pensez- vous que les énarques et autres juges les défendront par ce qu'elles auront été assez " bonnes" pour travailler malades et épuisées? Non certainement pas.
    Il n'y a certe pas beaucoup d'argent en France, mais pourtant de 'argent continue d'être distribué à droite à gauche. Pourquoi acceptons- nous d'être toujours la dernière roue du carrosse? Ma prof de psy disait que les soignants avaient souvent inconsciemment un énorme sentiment de culpabilité : quand je vois à quel point on dit amen à tout, je commence à le croire. Jusqu'où faut t- il arriver pour que la profession se révolte ? Qu'on nous demande de lécher le sol de l'hôpital pour économiser sur les produits nettoyants? Qu'on nous force â donner un rein et un bout de notre foie aux patients? Qu'on vienne au travail avec une sonde urinaire à demeure et une alimentation entérale pour gagner du temps? On a déjà toucher le fond, il est temps de rebondir. Au point où on n'en n'est on ne risque pas grand chose. Si ce n'est pour nous au moins pour nos parents, nos enfants, nos amis. Car ils seront tous un jour hospitalisé et moi perso, quand je sais ce qu'il se passe à l'hosto ça me fait froid dans le dos. Par respect pour l'être humain, sa dignité, sa sécurité, je ne peux pas me taire. Et tant pis si c'est encore un coup d'épée dans l'eau, je ne serai au moins pas restée passive.
    @ Lego, tu as tout à fait raison de dire que nous avons été victimes de notre conscience pro. Malheureusement cette conscience pro est à double tranchants,en voulant prendre soin de nos patients et assurer la continuité des soins lorsque nous aurions du faire grève, nous avons laissé l'hôpital s'effondrer avec comme résultat que nous ne pouvons plus aujourd'hui prendre correctement soin des malades
     
  7. Seau

    Seau
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    Manger. Maintenant.

    Pour ma part ça ne répond toujours pas à mes interrogations par rapport à ce mouvement, ou pas comme il faut.

    Je me permets de dire ce que je pense en me basant sur le fait que nous sommes sur un forum où la communication et l'écoute est de rigueur, ne pas prendre les choses personnellement donc !

    Par rapport à la lettre envoyée, je l'ai lue, et j'avoue que ça ne m'a pas convaincue. Dès le début le ton de l'ironie est donné "une belle prestation télévisuelle" alors que la formule de politesse très classique finit la lettre. Pour ce qu'il y a à l'intérieur, c'est de la protestation sans argumentation.

    Je suis d'accord que les élus usent de la langue de bois, mais je ne nous trouve pas crédibles à répondre de la sorte.
    Je pense que le but est d'interpeller, mais si je recevais ça dans ma boite aux lettres (si je n'étais pas du milieu) je jetterais ça tout de suite à la poubelle, parce que c'est plus protestataire qu'autre chose.

    Les élus ne savent RIEN de ce qu'il se passe concrètement dans les services, ils ne se rendent pas compte. Ils font peut-être semblant, mais j'aurais plus envie de leur casser les oreilles pendant 2h à coups d'exemples du quotidien qui prouvent que nos conditions ne sont pas acceptables que de taper du poing sur la table uniquement.

    L'idéal en fait serait d'avoir un entretien avec elle et d'en discuter tous ensemble, mais je n'y connais rien, est-on obligé de passer par un courrier coup de poing pour être reçu ? (ma question est une vraie question)
     
  8. Crazylittlenurse

    Crazylittlenurse
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    Trop de boulot

    Je comprends tout à fait ton point de vue seau. Le fait est que cette lettre a été envoyée dans un contexte particulier: quelques jours plus tôt la Ministre a dit qu'elle répondrait aux soignants sur l'émission allo docteur. Nous l'avons donc comme tu le dis innondé de questions et de témoignages avec des faits concrêts. Mais elle a fait la sourde oreille. Sa solution à notre surcharge de travail ? Encore plus de travail avec le transfert des compétences de médecins à IDE.
    Notre but est bien évidemment de nous faire connaître pour avoir un entretien avec elle. L'envoie de lettres est un moyen pour nous de lui faire comprendre que le mouvement ( qui sera bientôt une association) prend de l'ampleur et que nous nous organisons. C'est plus le geste qui compte que le contenu, car nos arguments on lui a déjà donné.

    ce groupe est très jeune, 2 mois à peine. Toutes les idées pour se faire entendre sont les bienvenues.
     
  9. Lamina

    Lamina
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    Roule une pelle à la vie

    Bon perso je travaille dans l'axe du mal :cretin: avec les fameuses ARS. Dans le cadre de mon travail je me met plutôt au courant de ce qui se passe dans le monde de la santé. Crazylittlenurse en fait je ne comprend pas vos revendications. Sérieusement, tout le monde réclame plus de moyens, plus d'argent, les médecins, les infirmières, les services de soins à domicile tout le monde. Sauf que l'argent on en a plus (ou alors on en a mais on doit cibler et prioriser). Ce manque de moyens il est visible partout et a tout échelle dans le monde de la santé (je sais que je suis pas soignante mais rien que dans la DT ou je suis plus de la moitié du personnel a été viré a cause des "coupes budgétaire" quand il ne part pas de lui même). Bref, tout ça pour dire que a l'heure ou les médecins et internes sont aussi en train de faire grêve. Quel est votre but ? Quel est votre stratégie ? Comment voulez vous communiquer ? Qu'avez vous a dire à Mme Michu qui regarde le journal de 20h tout les soirs?
     
  10. Miawou

    Miawou
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    Euhh même si la situation économique est instable, je suis désolée mais y a des secteurs avec lesquels on peut pas jouer.
    J'ai une copine en école d'infirmière, elle a fait ses premiers stages à l'hôpital, et quand elle m'en parle je prends peur, j'ai perdu les chiffres qu'elle m'a donné, mais le fait est qu'il y a des gens qui meurent suite à une mauvaise prise en charge, parce qu'il n'y a pas assez de personnel. Je trouve ça grave.
    Moi même j'ai eu un accident cette année, on a pas pu m'opérer le soir même parce qu'on était vendredi soir et que le chirurgien était déjà parti, et le temps qu'on me transfère des urgences en chambre, la morphine s'est dissipée. J'ai attendu 2h, 2h sans morphine, sans calmants, avec un poignet et un pied fracturés, ma mère devenait folle à arpenter le couloir à la recherche d'infirmier-es ou aide soignant-dispo.

    Donc oui je trouve grave ce qu'il se passe dans le secteur médical.

    (Je ne parlerai même pas du privé, qui me révolte....)
     
  11. Lamina

    Lamina
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    Roule une pelle à la vie

    Personne ne joue avec le secteur de la santé. La question qui se pose froidement c'est : ce secteur coute cher et rapporte peu (quoi que ça ça reste à débattre) que faire pour limiter les dépenses tout en préservant une bonne prise en charge et une qualité des soins ? Ca ne sert a rien de nier le fait qu'il n'y a pas d'argent, la question c'est comment faire face à cette situation. Comme on le dit souvent, la santé n'a pas de prix mais elle a un cout (qui est de plus en plus élevé). J'aimerai juste mieux comprendre les revendications , parce que ce mouvement à de grande chance de finir par être inaudible. Le monde de la santé en France est assez nul en communication (en tout cas pour ce que je vois), va passer au journal Tv en disant on veut plus d'argent et plus de personnel. Ok sauf que c'est ce que tout le monde dit et ça dans n'importe quel secteur. Et c'est comme ça qu'on enterre des mouvements.
     
  12. Seau

    Seau
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    Manger. Maintenant.

    Je ne sais pas exactement quoi répondre.

    Je suis d'accord que le secteur de la santé coûte cher et qui rapporte peu (on va partir sur ce principe comme tu l'as dit Lamina pour ne pas dévier le sujet), mais à notre place on ne peut pas simplement accepter simplement parce qu'il n'y a pas d'argent.

    La réalité c'est qu'au fur et à mesure, l'hôpital n'a plus eu d'argent, et a commencé à rendre le travail difficile : manque d'effectif, surcharge de travail aboutissant à des heures sup', heures sup' non payées, surcharge de travail aboutissant à une fatigue -> arrêts de travail -> remplacements mais manque de personnel donc retour sur jours de repos non payés -> fatigue physique + mentale.

    C'est vraiment un gros cercle vicieux, on s'en rend bien compte au quotidien. Pour ma part en réanimation, nous avons un quota d'infirmière/patients. Vous me direz "tant mieux alors vous êtes bien loties vous avez vos 2/3 petits patients" sauf que les techniques évoluent, les patients que l'on prend en charge sont de plus en plus lourds et donc le travail plus difficile.

    Ça c'est ce qui fait que j'aimerais que les choses changent, je ne parle même pas de salaire pour le moment, juste des conditions de travail (sinon on en a pour 1 page de post).

    Tu dis que tout le monde dit ça et dans n'importe quel secteur, le problème c'est que j'ai déjà eu l'impression à plusieurs reprises de mettre en danger les patients car pas toujours disponible, et je ne parle même pas des patients en services conventionnels qu'on ne voit pas si on n'a pas le temps, nous au moins ils sont surveillés de près.

    Ensuite la différence avec un autre secteur c'est que nous nous occupons de la santé des personnes. Si on est pas assez pour les toilettes en maison de retraite, les résidents "baignent" dans leurs urines en attendant ; si on choisit de ne pas prendre le temps de faire une toilette correcte (pour moi en 30-45 minutes pour une complète) pour ne pas les faire attendre, on tombe dans la maltraitance car fait à la va-vite. C'est une histoire de santé mais aussi de respect de la dignité de l'humain.

    Le problème c'est que cette dégradation s'est faite au fur et à mesure, et à part continuer à faire le travail au mieux dans les conditions imposées ou démissionner on a pas eu d'autres solutions. Est-ce que c'est ce que nous voulons ? Nous adapter toujours ? Je ne pense pas.

    Après si la question est : "où trouver l'argent ?" "comment changer les choses ?" ...j'ai envie de répondre qu'il y a des gens qui sont payés pour réfléchir à ça ! Nous on est sur le terrain, on est censés faire confiance à nos élus pour la gestion de nos problèmes...

    J'ai répondu à tes questions Lamina ? Est-ce que ça t'a éclairé ou tu partais sur autre chose ?
     
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