Peut-on analyser l'humour ?

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Justine_, le 27 janvier 2014.

  1. Justine_

    Justine_
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    Membre de l'équipe

    Ce sujet est dédié aux réactions concernant cette actu : Peut-on analyser l'humour ? .

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  2. Caliodë

    Caliodë
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    Oh Yeah !

    Wahou, merci @Justine_ c'est super intéressant !
    Mais par contre je n'arrive pas à comprendre comment on peut appliquer cette théorie pour expliquer ce qui est drôle dans les jeux de mots.
     
  3. DestyNova_

    DestyNova_
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    Monde de Merde.

    Super intéressant effectivement, je me posais justement la question en lisant un article sur "l'humour" dont fait preuve le monde de la publicité vis-à-vis de la violence envers les femmes.

    Tout ceci me fait relativiser les blagues sur les "rape jokes" surtout répandues dans le monde du jeu vidéo, parce que je me dis que les mecs qui font ces blagues voient le viol comme quelque chose de très lointain (alors que statistiquement c'est quand même très fréquent).

    Mais en même temps quand on voit leur réaction quand on leur dit que c'est offensant et que c'est un sujet grave, je ne peux m'empêcher de penser que l'humour peut être aussi un instrument qui peut servir l’oppression. En faisant notamment passer des "violations" pour des "violations bénignes" (oh mais c'est de l'humour! t'es sensible).

    Il faudrait mesurer ce que ces gens pensent de ces blagues pour voir s'ils ont conscience ou non que c'est une violation importante. Et là je pense quand même que oui - même si je pense aussi que le viol parait comme qqch de lointain pour eux...en tant que victime, mais en tant que perpetrateur (ça se dit?) je me demande...

    Enfin bref évidemment comme le dit l'article, l'humour existe dans un certain contexte, et parmi ces contextes il y a celui de la société
     
  4. Justine_

    Justine_
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    En hibernation
    Membre de l'équipe

    Merci :fleur: !
    Alors, je tente une explication : dans les jeux de mots, la "violation" est le truc qui perturbe le mot, qui fait que le mot n'est plus ce que tu attends... En gros, il y a une transgression verbale, ou grammaticale, l'ordre est perturbé - et ce serait ça qui rendrait le truc méga-lol (enfin, à peu près) !
     
  5. Josynette

    Josynette
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    Etat larvaire

    Article très intéressant!

    D'ailleurs, je suis d'accord avec toi, @DestyNova
    Il est souvent difficile de savoir si ces personnes ont conscience que c'est un sujet sensible, où si au contraire, ils en rient car pour eux c'est effectivement une "violation bénigne". Enfin, pouvoir rire du viol, ça m'échappe un peu quand même... 

    J'ai tendance à rire de tout, mais pas avec n'importe qui, en effet. Prenons l'exemple des blagues sur les femmes : venant d'un(e) ami(e), elles peuvent me faire rire (dans une moindre mesure, bien évidemment), car je sais qu'elles sont dites en toute innocence et qu'il n'y a aucune misogynie de la part de l'interlocuteur. On rit plus du préjugé dont est issu la blague que de la blague en elle-même.

    Or, celle-ci venant d'un collègue un peu lourdingue, me fera bien moins rire. Parce que je connais la personne, et je sais qu'il y voit une bonne part de vérité. D'ailleurs, après avoir rit grassement pendant une bonne minute, il ne peut s'empêcher d'ajouter : "C'est pas faux, hein?"

    Je suis donc 100% d'accord : l'humour dépend de la personne, et du contexte.
     
  6. Illithia

    Illithia
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    Article intéressant, mais j'aimerai qu'il soit compléter de manière un peu plus sociologique sur le pouvoir et les rouages de l'humour.

    Denis Colombi (Une heure de peine) a déjà écrit deux articles à ce sujet, que j'ai trouvé extrêmement intéressant et révélateur. Avec un petit soulagement de pouvoir comprendre les mécanismes sociologiques qui sous-tendent l'humour sexiste (blague sur les femmes, le viol, les homosexuels etc.). On peut d'ailleurs très bien transposer ce cas particulier de l'humour sexiste sur les blagues concernant les racisés ou encore les juifs...
    Voici les deux articles en questions :
    http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2012/08/lhumour-est-une-chose-trop-serieuse.html
    http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2012/08/pour-etre-laissee-des-rigolos.html

    Par contre suis pas hyper fan de la forme de ces deux articles (avec en bonus le côté un peu doctoral). Pour autant, la forme de dialogue, même si elle impose un rapport de domination entre celui qui sait, et celui qui ne sait pas, permet quand même de démonter un par un les arguments généralement utilisés pour justifier cet humour.
    Cet humour est clivant et excluant. On prend une minorité déjà stigmatisée pour faire des blagues dessus, divisant ainsi le groupe en "nous" et "eux". C'est une attitude extrêmement dominante, qui l'est d'autant plus lorsque le dominant privilégié (celui qui essaye de faire de l'humour sur une population dominée) explique au dominé (un "représentant" de la population visée) qu'il ne devrait pas se sentir mal, que si il ne rigole pas, c'est de sa faute parce qu'il n'a pas d'humour. Les dominants expliquent aux dominés comment ils doivent interpréter la "blague" et que cette interprétation est la bonne.

    Il cite aussi une étude d'un anthropologue montrant que l'on a plutôt tendance à rire aux blagues qui confortent nos valeurs : on rit plus volontiers aux blagues sexistes lorsque l'on est en accord avec des valeurs traditionalistes et patriarcales.


    Bref, je trouve un peu dommage que cet angle d'analyse ne soit pas abordé dans l'article. L’utilisation de l'humour pour le maintien des privilèges et de démonstration d'appartenance au groupe dominant, c'est quand même très important... Ne pas parler des rouages de cet humour particulier est un manque. J'aimerai beaucoup un article qui reprenne ces analyses !
     
    Jean-Patate a BigUpé ce message
  7. Lyre

    Lyre
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    Manger. Maintenant.

    En règle général, les blagues sur le viol ne me font pas rire non plus. Mais en plus de la perception du viol comme violation par celui qui fait la blague, est-ce qu'il ne faut pas prendre aussi en compte notre perception du viol en tant que menace qui rend la blague drôle ou non ?
    Si j'ai bien compris l'article, pour que la blague soit drôle, il ne faut pas qu'on percoive la menace comme trop forte. Simple hypothèse mais quand on se renseigne un peu sur le viol (les chiffres, le jugement des gens, les conséquences pour les victimes, etc), la "menace" devient bien plus forte que quand on n'a jamais rien vu de plus que quelques mots dans la rubrique "fait divers" du journal. Ca expliquerait pourquoi ce sont souvent les féministes qui trouvent ce genre de blagues les moins drôles. La menace devient trop forte pour pouvoir en rire.
     
  8. Solstice

    Solstice
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    Il faut imaginer Sisyphe heureux.

    Hm, l'humour, c'est toujours un sujet assez difficile à traiter, surtout avec ces informations-là, le problème étant "Comment savoir si c'est de la violation ou de la violation bénigne ?". Bon personnellement, je suis partisane du "on peut rire de tout" (mais genre vraiment de tout, pas le "on peut de rire de tout sauf de ça, de ça, de ça"), mais encore une fois, comme dirait Desproges, pas avec n'importe qui. Du coup, je m'entoure bien, du coup on peut faire toutes les blagues qu'on veut (souvent assez crades ma foi :shifty:) tout en étant certain que la personne en face ne pensera pas ce qu'elle dit.
    En ce qui concerne l'humour facteur d'oppression, pareil, je pense qu'il vaut mieux rire "avec" qu'aux "dépends de". Et mes amis noirs sont les premiers à faire des blagues sur les noirs et à nous inciter à en faire (idem pour mes amis gays) :yawn:
    Du coup en ce qui concerne le viol, cette logique s'applique. Si je sais les gens le condamnent outre-mesure, ces blagues ne me dérangeront pas, voire me feront rire. Mais après, je trouve que lorsqu'une personne pense ce qu'elle dit sous forme de blague, ça se sent assez, mais après, peut-être que c'est seulement moi. :shifty:
    J'aime pas trop la logique qui dit que "ouais ouais on peut rire de tout mais sauf de ça, ça c'est trop grave", en ce cas, la première partie de la phrase devient inutile. Autant assumer le fait que l'on ne peut pas rire de tout, et on en parle plus.

    Et je voudrais juste rebondir sur cette phrase :
    @DestyNova

    Mais en même temps quand on voit leur réaction quand on leur dit que c'est offensant et que c'est un sujet grave, je ne peux m'empêcher de penser que l'humour peut être aussi un instrument qui peut servir l’oppression. En faisant notamment passer des "violations" pour des "violations bénignes" (oh mais c'est de l'humour! t'es sensible).

    Certes, mais (d'un point de vue très très optimiste je te l'accorde) si dans leur groupe il est assumé que c'est une violation bénigne et qu'ils désirent simplement en rire sans intention de nuire, il est normal qu'il y ait une réaction de défense lorsqu'on leur dit "non c'est une violation point barre". Je fais un peu l'avocat du diable, mais de mes expériences personnelles, lorsque l'on riait d'un sujet que d'aucuns pourraient qualifier de "grave", ce n'était pas toujours agréable de se faire rappeler à l'ordre comme des gosses, alors que nous étions parfaitement conscients de la portée de nos propos. Et les sensibilités varient d'une personne à l'autre, eux peuvent ne pas y être aussi sensibles ; c'est leur droit. (Je ne dis pas qu'ils peuvent le cautionner, pas du tout, mais on a des niveaux de sensibilités différents face aux choses (par exemple, des gens de ma classe pleuraient pendant le cours sur la WWII, pendant que d'autres restaient de marbre)) Je pense qu'il y a un décalage, dans ces cas-là, entre les gens intérieurs au groupe et les gens extérieurs au groupe. Dans un groupe, il y a souvent des codes, même sous-jacents, qui s'établissent d'eux-même, et ce qui ne choquera pas dans le groupe pourra choquer une personne extérieure. De fait, les gens du groupe, étant habitués à en rire, se trouvant en décalage avec la personne extérieure, qui ne veut pas en rire, et on arrive à cette phrase, stupide et maladroite "T'façon t'es trop sensible, c'est de l'humour". Si la fin de la phrase est correcte ("c'est de l'humour", dans le contexte de leur groupe, ça en est), mais dénigrer la sensibilité de la personne, ça, c'est une mauvaise chose, à mon sens. Mais après, je pense qu'il faut aussi voir à ne pas imposer ses codes aux gens qui n'en ont pas "besoin", si je puis dire (les gens qui ne sont pas racistes/sexistes/homophobes à la base). De fait, avec mes amis, nous avons décidé de rire de certaines choses entre nous, et c'est, il est vrai, assez irritant quand on vient nous faire la morale pour rapport à ce que l'on dit, en nous disant "oui il y a des choses qui ne sont font pas/ne se disent pas".

    J'espère que c'est pas trop confus. :ko:
     
  9. Titien

    Titien
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    @solstice: Je pense qu'il faut différencier l'humour en public et l'humour en privé. @DestyNova parlait de mecs faisant de l'humour sur un forum public. C'est très très différent par rapport à la situation dont tu nous parles. :)

    Par exemple un jour mon père a fait une blague d'humour noir ... à un vendeur dans une animalerie. Même si le trait d'humour m'a beaucoup amusé, la situation m'a vraiment déplu et m'a empêché d'en rire (d'ailleurs je l'ai engueulé) parce que le mec en face, on sait rien de lui, de sa vie, de ses pensées.... et inversement! Du coup le risque de rire pour de mauvaises raisons ou de vexer la personne est trop fort pour me faire marrer.
    Quand ça m'arrive (parce que je suis humaine et que dès fois je laisse échapper un trait d'humour pas forcément au bon endroit/bon moment) et que je me retrouve face à quelqu'un qui est blessé, ou vexé bah je me sens mal à l'aise et je m'excuse... Bon oui j'ai tendance à me défendre en disant "mais c'était pour rire !" mais je me sens quand même très mal et pour moi et pour la personne en face... :sad:
     
  10. Solstice

    Solstice
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    Il faut imaginer Sisyphe heureux.

    Ho oui, mea culpa, j'étais un peu partie dans mon truc sur ce coup-là :) En même temps, je ne pense pas qu'il faille s'empêcher non plus de faire de l'humour avec des gens que nous ne connaissons pas, le principe étant de montrer explicitement que c'est une blague. Je suis le genre de personne qui saute à pieds joints dans le plat, j'ai un peu de mal avec ce qui se dit/ne se dit pas (pas à cause de mon éducation hein, mais plus par réelle incompréhension, ça me rend souvent perplexe) et je vis la situation que tu décris trèèèès souvent :yawn: Je pense que la solution est de tout simplement montrer sa volonté de ne pas nuire, bref communiquer. :)
     
  11. Titien

    Titien
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    Ok. Mais alors admettons tu fais une blague bien noire sur les gayx, la personne est morte de rire, et quelques temps plus tard tu apprends qu'elle milite activement au coté de la manif pour tous. Tu vas pas te sentir mal? :ninja:
    Et pareil si demain quelqu'un te fait une blague biiiien sexiste, admettons tu la trouves super drôle, tu ris, parfait et quelques temps plus tard tu apprends que c'est quelqu'un de sexiste... Tu vas pas te sentir mal?
     
  12. Solstice

    Solstice
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    Il faut imaginer Sisyphe heureux.

    Bien sûr que je vais me sentir mal ! :) (Comment ça, ça m'est déjà arrivé ? :ninja:) Mais j'ai tendance à vivre assez spontanément, je préfère avoir des remords que des regrets. Et la blague peut toujours être bonne en elle-même, je différencierai les deux. Mais je suis quelqu'un d'assez méfiant en soi, donc j'aurais toujours des réserves face aux gens que je connais pas, mais je préfère accorder le bénéfice du doute. Il y a toujours un énorme risque de tomber sur des idiots à l'esprit étriqué, mais je préfère voir les choses de façon optimiste dans ma vie de tous les jours. (Bisounours, bonjour :free:)
     
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