POE & arnaques légales

Sujet dans 'Etudes, stage, emplois - Le Monde de l'entreprise' lancé par Luna-Frog, le 25 août 2016.

  1. Luna-Frog

    Luna-Frog
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    "Il faut pas respirer la compote, ça fait tousser."

    Bon, j'avais trouvé un job. Et une formation.
    J'étais contente mais finalement je me suis faite pigeonnée.

    Et je souhaite témoigner pour que d'autres restent sur leur garde.

    Via un coup de pouce de ma conseillère, j'ai été convoquée début juillet pour participer à une POE avec je cite "CDI 35h à la clef après la formation".
    12 postes étaient à pourvoir.

    Nous avons d'abord eu une réunion d'information, première surprise quand la salle s'est remplie : nous devions être une centaine. Tous avec le même profil : chômeurs de longue durée, jeunes parents, travailleurs handicapés... Des profils "fragiles". Premier "hic" : la formation va durer 6 semaines. Nous ne serons pas rémunérés durant cette période. Seules nos ARE nous permettront de vivre (parfois moins de 500 euros pour certains candidats) et donc nos droits courent toujours (même si techniquement nous serions radiés de pôle emploi). 6 semaines, ça me semblait long pour être employé de grande surface. Mais après tout... Par la suite nous apprenons que le CDI ne sera attribué qu'aux grands gagnants, avec 2 mois de période d'essais derrière (soit 3 mois 1/2 où l'on peut valser au bon plaisir de l'entreprise).

    La sélection à commencé dès le début : les faibles au revoir, idem pour les malades et personnes un peu "originales".
    Beaucoup s'en vont.

    Par la suite, entretien collectif basé sur des tests type "qu'emporteriez vous sur une île déserte ?"
    D'autres partent.

    Et enfin les entretiens individuels, un avec un manager du drive suivit d'un deuxième avec le directeur et la DRH : avec du recul je m'aperçois qu'ils ont pris non pas les plus motivés, mais les plus désespérés ceux qui seraient prêts à tout pour bosser. Je suis maman d'un bébé de 10 mois, j'ai sortis les crocs pour avoir de quoi faire manger mon fils.
    J'ai été prise. Je l'ai su le lendemain pour commencer 3 jours plus tard.
    Nous étions 15, pour 12 postes : "Non mais si on vous prend tous c'est qu'on a besoin de vous tous". Ha.
    Au fait, le CDI c'est un 25h évolutif. Hein ?

    Le bruit à couru que si nous partions, nous serions radiés de pôle emploi.

    La formation se déroulera à temps plein, parfois même des semaines de 37h, d'abord 5 jours sur 7 puis du lundi au samedi. Pour ma part je touchais mes 800 euros d'aide au retour à l'emploi, une autre 490 euros, dans tous les cas personne n'avais ne serait-ce que l'équivalent d'un SMIC mensuel, alors que nous étions à temps complet. Sur nos droits de chômage, sans possibilité de chercher ailleurs à cause des horaires (nous ne connaissions nos plannings que quelques jours avant le début de la semaine, parfois du vendredi pour le lundi). J'ai refusé 3 autres offres d'emplois.

    En réalité j'ai été formée sur la théorie pendant 2 semaines : monde de la grande distribution (bourrage de crâne sur l'enseigne, comme elle est belle et généreuse), sur notre poste, le positionnement du groupe, mais également la relation client, la gestion du stress, les notions d'hygiènes, SST... avec parfois une journée dans un drive, scan en main on nous donne deux ou trois indications et on nous dit de nous débrouiller avec les employés déjà présents depuis 3 ans, "Pas d’inquiétudes, on ne compte pas sur la productivité maintenant". La scanette, c'est un petit appareil qui flashe les codes barres des produits et qui nous flique accessoirement. On sait ce que l'on effectue à la minute près. Quand tu te goures même si tu répares ton erreur, quand tu prends tes 18 minutes de pause (par journée de 6h qui ne sont pas payées une fois en CDI) pour aller pisser...
    Mais en fin de journée : "Bon la prod ça ne va pas, il va falloir se bouger là". C'est sûr que de nous comparer nous stagiaires aux employés présents depuis des années...
    J'ai aperçu des lettres de candidatures pour des postes sur le magasin que nous allions ouvrir. Pourquoi continuer à recruter si nous sommes tous pris ?
    Après la formation c'était une prise de poste classique : le salaire en moins. Nous avons bossé 1 semaines dans le premier drive puis 2 à faire l'ouverture du nouveau magasin : "notre bébé" comme on nous le rappelait. Comme n'importe quel employé. Sans formateur : il était en vacance en Italie. Là le ton à changé.
    L'un d'entre nous s'en va : d'après la manager, il ne touchera pas ses indemnités.
    Par la suite nous apprendrons qu'il ne s'agit que d'intimidation. Comme tout au long de la formation d'ailleurs, je cite un témoignage similaire : " Un système un peu sec qui s‘en prend à des gens déjà fragilisés, en demande dans un marché qui leur est défavorable."
    Un autre ne suit pas physiquement, il se voit confier des tâches de plus en plus lourdes. Il craque et s'en va.
    Avec l'équipe de stagiaires ça roule, on s'entend comme cul et chemise, on se soude, on se créer des affinités.
    La manager nous parle mal, elle est stressée, désagréable, ne sait pas ce qu'elle veut est incohérente. Avec à chaque nouvelle erreur de sa part un "Mais ils n'écoutent rien !" Ils, c'est nous on est à côté, en formation et nous avons exécuté son ordre en place les condiments séparés des conserves (d'ailleurs un panneau au dessus du rayon confirme ceci). Sauf que non, "c'était pourtant évident qu'il fallait boucher les trous dans le rayons conserves avec les condiments". Ha. Gare à celui qui la reprend et lui rappelle que la faute lui appartient : elle le prendra en grippe.
    Un autre part.
    Un lundi convocation individuelle en surprise : premier entretien bilan depuis les 4 semaines passées. On y passe chacun notre tour : tout le monde revient en pleurs, sur les nerfs. J'angoisse : mon tour.

    "Bon t'es motivée mais on émet une réserve sur ta candidature, on te trouve super angoissée. Je te le dis ça évitera des surprises le jour de la signature".
    Je tombe sur le cul. Ma candidature ? Mais je suis formée là et je suis sensée signer après ma formation ! Et angoissée de quoi ? Au contraire j'étais bien.
    Je tente "Vous pourriez me donner des exemples qui vous font pensez que je suis stressée s'il vous..."
    On me coupe la parole.
    " Tu vois c'est exactement de ça qu'on parle."
    Ha, donc je suis indéfendable. Je ne suis pas stressée, je ne sais pas comment ils jugent ça et je ne peux rien demander comme précision (dans le but de "travailler ce défaut") au risque de passer pour encore plus névrosée que ce qui a été décrété. L'entretien s'arrête là, le boulot m'attend. C'était juste une fusillade.
    J'en parle à mes collègue, ego cassé, en ravalant mes larmes. Ils tombent des nues.
    J'apprends par la suite qu'un des mecs avec qui je m'entends super, qui me file un coup de main régulier, qui fume sa clope en pause avec moi et d'autres ne serait pas intégré à l'équipe. Je reste bouche bée, c'est faux, on lui parle, on s'entre-aide, il n'est jamais seul. Mais comment prouver quelque chose que la direction refuse de voir ? Comment se défendre ?
    Une autre serait agressive, une autre carrément pas prise d'emblée ("honnêtement, tu ne fais pas l'affaire") mais bon toujours dans le doute de la radiation de pôle emploi elle reste en étant sur de voler à la fin, une autre encore ne "correspond pas à l'image de l'entreprise" (c'est quoi ? Son piercing qui dérange ? Pourquoi l'avoir prise ? Sa tête et son physique ça fait déjà 4 semaines qu'il les voient), une autre est poussée jusqu'aux larmes avant de se prendre un "Non mais ça ne marche pas avec moi ça"...
    Nous on sait on bosse tous ensemble, mais personne n'ose protester : à cause de notre hypothétique CDI. Personne ne veut risquer sa place. Alors on ferme sa moule, on ravale la colère et on se tait.
    Le boulot se poursuit, on taffe, on fait de la mise en rayon, du ménage, ... Ce n'est plus de la formation depuis longtemps. On fait le boulot d'employés classique, plus le droit à la faute, autonomie et productivité.
    Un collègue pose une question, la manager le regarde et fait des ronds du doigt autours de sa temps en lui lançant "mais il faut faire fonctionner ses méninges hein".
    On discute avec un renfort d'employés en CDI "Non mais c'est une connasse, on attend tous qu'elle se prenne une mandale, et franchement on est content que vous nous en débarrassiez". Je vois que l'ambiance est au top pour eux aussi.
    Et l'incident de trop.
    La manager me demande de dépoter une palette : des cartons de tablettes de chocolat au dessus et en dessous des cartes de boîtes de sucre. "Tu commences par le sucre" : quelle bonne idée... L'allée est petite je place ma palette comme possible avec le transpal',et je commence à dépoter : je suis obligée de déséquilibrer la palette pour récupérer le sucre en bas. C'est visible : personne de sensé n'irait bouger une palette dans cet état.
    La manager repasse, elle veut le transpal', elle le prend, sous ma palette en tirant violemment dessus, la palette s'écroule, en partie sur moi. Elle explose "C'est n'importe quoi ! Il faut être idiot ! Ramasse les produits" je prends sur moi pousse un carton du pied pour passer : "Non mais mets les sur une palette, ça ne doit pas être par terre", ce que j'allais faire. Je pars donc prendre une palette vide, je reviens, elle soupire et lève les yeux au ciel "mais pas çaaaaaaa... Réfléchis met les sur les conserves". Des cartons qui pèse pas loin de 8/10kg chacun, sur une palette qui pèse déjà 2 tonnes. Intelligent, le transpal' à une limite de charge, idem pour l'ascenseur. Je m’exécute, elle part avec son trans-palette en reine victorieuse. Je prends sur moi. Elle repasse, tape dans ma palette, qu'elle a foutu en l'air, balancée au milieu de mon allée en se barrant avec le trans-palette et me dit "Non mais la laisse pas là, tu vois pas que ça emmerde le monde ? T'es pas organisée". Et comment ? En poussant des centaines de KG du bout du pied ? Et c'est elle qui l'a laissée là en se barrant avec l'outil adéquat. Je lui prends son traspal' déplace ma palette, finis le picking du sucre et me tire.
    Bosser dans une ambiance négativiste sous la coupe d'un tyran ne me réussi pas. Déjà donné, ce qui m'a valu un burn out et un passage par les urgences psy dans un autre emploi. Alors tant pis le CDI. Tant pis le risque de radiation. Le mental avant le reste.

    Quand j'annonce mon départ, je dois attendre qu'elle aille chercher la paperasse. Elle me temps un tournevis en me disant "En m'attendant t'as qu'à monter un meuble en salle de pause" , je ris d'indignation. J'ai signé pour être formée comme driveuse pas monteuse de meuble pour Ikéa. Au moment de remplir les papiers, je dois expliquer la raison de la rupture, la manager au dessus de mon épaule à regarder. Elle veut récupérer les chaussures de sécurité et T-shirt de l'enseigne : ce que j'ai sur le dos. Je lui explique qu'il est hors de question que je rentre à demi-nue chez moi. Il faudra repasser.
    Je serais rappelée 1 semaine plus tard pour les remplir à nouveau. Elle n'avait pas fait ça correctement.
    J'ai gardé contact avec des collègues, ils ne sont plus que 4. Le jour de mon départ ils ont eu une réunion individuelle improvisée où ils ont tous eu la promesse d'avoir le CDI. Rien d'écrit, mais la hiérarchie panique face à l'hécatombe de stagiaires donc promet du rêve. Les intérimaires eux aussi n'ont pas renouvelé : il se sont tous fait la malle.
    Sur les quatre il y a encore eu un arrêt : une collègue qui a pris dans la tronche que "pôle emploi nous a rappelé qu'on était obligé de vous faire signer à la fin, mais après ça se réglera à la période d'essai".

    C'était il y a bientôt deux semaines, j'ai dû me réinscrire à pôle emploi et j'attends un rendez-vous avec ma conseillère. J'ai été contactée par l'entreprise et divers organismes pour expliquer la raison de ma rupture. Mais personne ne m'a crue, après tout je ne suis qu'une chômeuse-parasite qui se trouve des excuses pour abuser de la société...
    J'ai perdu 1 mois et 1/2 en recherche d'emploi, de droits, refusé des offres... pour rien.

    Retour à la case départ avec sur mon dossier de chômage une étiquette "feignante" en prime.

    Par curiosité j'ai sondé google, pour savoir si j'étais la seule :
    http://rue89.nouvelobs.com/2013/10/05/travailler-six-semaines-gratos-leclerc-jai-craque-246275
    https://www.franceinter.fr/justice/leclerc-abuserait-il-des-chomeurs-en-formation
    http://emploi.blog.lemonde.fr/2013/...meurs-gratuitement-avec-laide-de-pole-emploi/
    ETC...
    En fouinant plus, j'ai vu qu’énormément de POE fonctionnent ainsi.

    Conclusion : l'entreprise bénéficie de main d'oeuvre gratuite durant 6 semaines en période de besoin (fêtes, rentrée, ouverture d'une enseigne...) mais aussi reçoit des indemnités de formation de la part de Pôle Emploi (les contribuables) et divers organismes (le FORCO dans mon cas entre autres). L'entreprise est donc payée pour maintenir en état précaires des gens déjà dans la mouise. Pour les jeter après, comme un kleenex. Aucun contrôle n'est mis en place pour vérifier le besoin d'une POE et son déroulement par la suite.

    Mais c'est chouette : le chômage est en baisse. grâce à ce type de formation.

    Certaines ont-elles déjà été confrontées à ceci ? D'autres arnaques à signaler ?
     
    Taina., Chambray et Biousse ont BigUpé ce message.
  2. Endless

    Endless
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    Hot like Mexico

    Wow, ton témoignage me laisse bouche bée :erf:.

    Pour avoir travaillé dans le monde de la distri (mais en tant qu'intérimaire) ça ne m'étonne même pas, c'est le genre de profession où l'être humain n'existe plus. Par contre c'est le fonctionnement de ta POE qui me choque... Vous étiez suivi par quel organisme de formation ? Je trouve ça totalement aberrant.

    J'ai suivi des formations type POE également, nous étions rémunérés alors qu'on ne produisait rien. Etre stagiaire n'est pas être employé. Lors de mes stages, j'ai évidement participé à la production, mais c'était équilibré : à d'autres moments je ne faisais qu'observer, découvrir les différents postes. Et surtout je n'avais aucune pression sur les chiffres, en gros je bossais surtout par envie et pour acquérir des savoir-faire, et tenter de m'intégrer à l'entreprise. Il y a juste une fois, un chef dans une boîte, qui a tenté de me donner des ordres comme si j'étais son employée, mais il s'est très vite fait recadrer par les collègues :ninja:. Bref mon incompréhension est totale. Je sais que pour l'entreprise, c'est plus souple de tester les employés ainsi, via des organismes de formation (ils peuvent les faire marner sans rien promettre derrière, aucune protection, vu qu'il y a le côté "formation" qui fait tampon). J'en avais parlé avec une personne qui gère un organisme de ce genre justement, elle m'expliquait qu'en gros c'était un moyen pour les boîtes de ne pas prendre trop de risques.

    En tout cas tu as bien fait de partir. Quand c'est l'angoisse dès le début, il est inutile de rester, ça ne va jamais en s'améliorant dans ce genre de boîtes. Comme tu dis le turnover est hyper important, et ce n'est pas pour rien. Ta santé mentale vaut bien plus que ça, et bien plus que les jugements déconnectés de la réalité que certains travailleurs sociaux complétement perchés peuvent porter.

    Merci d'avoir partagé ton expérience en tout cas, il faut que ça se sache !
     
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