Pourquoi Carol est le film lesbien que j'ai (trop longtemps) attendu.

Sujet dans 'Forum Cinéma / DVD' lancé par Elben, le 29 janvier 2016.

  1. Elben

    Elben
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    Pourquoi Carol est il le film lesbien que j'ai trop longtemps attendu ? (Je précise bien évidemment que je ne peux parler que pour moi même et qu'il aura beaucoup, beaucoup de spoilers).

    Tout d'abord, je m'excuse si mon post est un peu long et, étant nouvelle sur le forum, si il n'est pas au bon endroit.

    Il faut tout d'abord définir ce que sont pour moi les films lesbiens (à comprendre films lesbiens de base) qui sont apparuts assez récemment, mais pour cela, un petit historique s'impose.
    Beaucoup de gens pensent que le cinéma hollywoodien à été très puritain à ses débuts puis s'est ouvert petit à petit au fur et à mesure que la société a évolué. Il n'en est rien, ou du moins, pas exactement. A ses débuts les réalisateurs étaient très libres et très libérés, certaines scènes de parties fines pouvant être intégrés à certains films tandis que d'autres avaient un interet purement pornographique (youporn n'existant pas vraiment à l'epoque, rapellons le). Cependant, en réaction à ces films de débauche, l'église catholique fit pression sur le cinéma américain de telle manière qu'une certaine censure s'appliqua progressivement jusqu'à ce qu'Hollywood applique en 1934 la pire de toutes : l'autocensure en integrant le code Hays.



    Le code Hays définit en gros ce que les réalisateurs ne peuvent pas faire dans un film, beaucoup de "rêgles" étant cependant assez subjectives, les themes des films ont put évoluer au fut et à mesure que les censeurs se faisait plus cléments. Il interdit beaucoup de sujets considérés par une certaine marge puritaine de la société de l'époque comme indécente. Par exemple, il est interdit de moquer la religion, la patrie, de montrer des "scènes de passion", de montrer un baiser dépassant une certaine limitte de temps ou encore de présenter des relations entre deux personnes de couleur différentes ou, vous l'aurez deviné, de même genre.
    Cependant les réalisateurs voulant tout de même traiter de ces sujets, ils ont continués à le faire mais de manière détournée, suggérée. Et c'est là qu'est apparut quelque chose qui parle à une grande majorité de shippers : le subtext. Ou le fait de faire comprendre que les deux personnages à l'écran ont envie d'arracher sauvagement leurs vêtements et de baiser comme des bêtes en filmant des fontaines, des fleurs, des regards, des rideaux, du fromage, un gâteau, un café, l'addition, merci.


    Bref, difficile donc de trouver des films parlant de lesbiennes datant cette époque là. Certains films sont cependant à mentionner, comme Children's Hours ou encore Ben-hur pour celles plus intéressés par les garçons se lançant des regards langoureux.
    La culture du subtext restant cependant profondément ancré dans la communauté lesbienne. Si vous voulez vous faite une meilleure idée sur la question de la relation entre cinéma hollywoodien et homosexualité, je ne saurais trop vous conseiller le visionnage de The Celluloïd Closet qui traite très bien le sujet, de manière abordable par tous.
    Les années 60 marquant la fin du code Hays, les réalisateurs commencent donc à mettre beaucoup plus explicitement des couples homosexuels dans leurs films. Ce n'est cependant toujours pas la panacée et la fin des personnages homosexuels est généralement peu enviable (la mort, le retour à des amours "normaux" ou la dépression).



    Les années 90, 2000 ont vues l’émergence de beaucoup plus de films abordant l'homosexualité et la bisexualité féminine, mais malheureusement pas toujours très bien.


    Voici une petite liste non exhaustive des types de représentations lesbiennes (et bisexuelles) dans certains films, la plupart étant cependant assez mauvaises...

    1. La meilleure amie
    On connais tous le fameux "meilleur ami gay", bien trop souvent utilisé au cinéma, il est cependant à noter que son pendant féminin existe, je la décrirait assez rapidement : célibataire enchaînant les relations ou en couple parfait avec la femme de sa vie. Adorable, totalement décomplexée, ayant assez souvent un petit crush sur sa/son meilleur-e ami-e. Parle très librement de cul et n'a généralement une utilité scénaristique très très très faible.

    2.Le quota
    Bon, juste une fille croisée au fil de l'intrigue qui se trouve être lesbienne, sert généralement à montrer l'ouverture d'esprit d'un des personnages.

    3. La bisexuelle décomplexée
    Montre qu'une fille est tellement à l'aise avec sa sexualité qu'elle couche même avec des meufs (tavu), le cliché que les bies en ont généralement marre de voir.

    4. La lesbienne maman.
    C'est une lesbienne mais c'est aussi une femme tu vois, donc forcément elle a besoin de procréer. Un couple installé depuis plusieurs années, étant prêt à tout ou presque pour avoir un enfant ou en ayant déjà plusieurs. C'est généralement le theme principal du film et il faut donc des rebondissements (rupture, problemes légaux, problème de donneur, etc). Il se finit parfois avec la décision d'inclure un père à l'enfant parce c'est bien connut, un enfant doit avoir un père (et une mère) dans sa vie.

    5. L'instant cul
    Bon, je ne m'attarderai pas sur le sujet, deux filles s'embrassent/couchent ensemble juste pour ravir le public masculin.

    6. Le personnage lambda.
    Ma représentation lesbienne préférée, un personnage est en couple avec une femme/lesbienne/bie mais...c'est tout. C'est un personnage traité comme les autres, elle n'est juste pas hétérosexuelle.

    7.Le film lesbien de base.
    Je pense qu'il est temps de définir à présent ce qu'est un film lesbien de base selon moi (je me permet d'insister sur ce dernier point, je ne parle qu'en mon nom). Alors, un film lesbien de base (bon, on va juste dire film lesbien, le post est déjà un peu long) est un film traitant d'une histoire d'amour entre deux femmes (ou plus) dont certains pivots dramatiques majeurs ne fonctionnent que parce que ce sont deux femmes (par exemple, une adolescente qui se fait virer de chez elle après son coming out) et dont le thème majoritairement abordé est le saphisme. Par exemple, Mullholland Drive n'est selon moi pas un film lesbien de base, si le film aurait certes beaucoup moins bien fonctionné avec un couple hétérosexuel, les thèmes principaux sont hollywood et l'inceste (sisi, au bout du dixième visionnage on comprends les vrais thèmes). De même que pour Bound, l'histoire aurait put très bien fonctionner avec un homme prenant le rôle de Corcky, et le thème principal étant la mafia.
    Alors c'est quoi un film lesbien ? Un film qui ne parle que de deux meufs qui essayent de se pécho et qui ont du mal à faire leur coming out ?
    Et bien oui, et c'est un genre extrêmement codifié et (à titre purement personnel) le cinéma codifié sans aucun effort d'inventivité et remplis de clichés scénaristiques, ça me soûle profondément. J'ai énormément de mal avec la plupart des comédies romantiques, slasher movies et autres.
    En fait je préférait largement regarder des films contenant des lesbiennes, mais dont le sujet principal était autre. Un film qui aurait put être un film totalement hétéro mais où il s'avérait qu'il y avait des lesbiennes dedans, comme Bound ou Mullholland Drive.


    Mais je m'égare, voici la recette magique du film lesbien :



    1. Les héroïnes

    Deux filles (bah oui), dont au moins une des deux se croit hétéro (et peut être éventuellement en couple avec un mec au choix adorable qui acceptera de se faire tromper et larguer avec un large sourire ou un gros connard intolérant) ou est profondément enfoncé dans le placard (pire que la fameuse deuxième chaussette).

    2.Un coup de foudre.
    Généralement, une des deux filles repère l'autre et l'observe en mode stalker jusqu'à ce que leurs regards se croisent et là, les deux héroïnes se noient dans le regard l'une de l'autre, une lumière dorée les entoure, un enfant blond de huit ans passe à côté d'elles en jouant de la harpe, le cameraman filme deux petites culottes emportées par le vent tombant par hasard dans une fontaine et au grès des remous, un nœud se forme entre les deux sous - vêtements trempés, les liant pour l'éternité. (bon ok j'exagère mais c'est tout de même rarement subtil).

    3.La première conversation.
    C'est le moment qu'ont les actrices pour exprimer toute l'alchimie qui les unies, se lançant des regards langoureux, et se caressant les mains.

    4. Le jeu de la séduction
    Bon, classique des comédies romantiques : on sait qu'elles vont se pécho mais il faut bien faire saliver le/la spectateur/trice. Cependant, là où une comédie hétérosexuelle montre généralement à quel point ils se détestent pour faire durer l'histoire, un film lesbien trouve généralement que le fait que les personnages principaux sont des filles est suffisant pour que lea spectateurtrice se pose des questions. Le film donne même des indices grâce à ce fameux subtext, au cas où tout le monde n'aurait pas déjà compris qu'elles allaient finir sous la couette.


    5. L'instant cul
    Bon, on a compris, plus ou moins explicite ou bien joué. (des fois j'ai juste envie de rire).

    6. Le moment où on comprend qu'elles sont trop trop heureuses ensembles.

    7. Le truc qui fait chier.
    Alors au choix, un membre de la famille qui les surprends à oilp, la fille qui se rends compte tout d'un coup que tromper son copain/mari c'est pas cool, un coming out qui se passe mal, une pote qui fait une remarque homophobe... Bref, une des filles plante l'autre, lui brisant le cœur au passage.

    8. Le changement d'avis.(optionnel)
    Les hasards de la vie font que les deux héroïnes se recroisent, et généralement celle qui a jeté l'autre se rends soudain compte qu'en fait c'était quand même vachement cool quand elles couchaient ensemble. Malheureusement l'autre est avec une autre meuf et l'envoie se faire foutre.

    9.a Fin heureuse
    Grosse prise de conscience, grosse déclaration, gros bisous, éventuellement grosse partie de jambes en l'air, générique de fin.

    9.b fin triste.
    Grosse prise de conscience, grosse déclaration, gros râteau, suicide, générique de fin.



    Bon, ce ne sont pas forcément des passages obligés mais il y a au moins 6 critères.
    Ayant vu au moins une bonne dizaine de film de ce genre avec les mêmes astuces, les mêmes surprises, je me suis mise à franchement ne pas être emballée à l'annonce de nouveaux films lesbiens, la plupart n'étant par ailleurs pas diffusés en salle mais dans d'obscurs festivals LGBT. Je me suis tout de même surprise à espérer un bon film lesbien qui utiliserai bien ces codes (les bons slashers et les bonnes comédies romantiques existant bien que ce soit rare, pourquoi pas un bon film lesbien ?). J'ai cependant subit le visionnage d'Elenna Undone qui fait le pire du pire de tous les choix pour appliquer ces critères à la lettre sans imagination et cela m'en a définitivement dégoûtée. Pire, je me suis rendue compte rétrospectivement à quel point certains de ces films étaient mauvais, mal joués, mal écrits alors que je les avaient plutôt appréciés à l’époque. Bref, j'ai abandonné tout espoir et n'ai même pas tenté de nouveau visionnage d'un film lesbien annoncé.


    Et puis est arrivé Carol. A l'annonce de ses palmes, je me suis dit que ça valait peut être le coup. Joué en plus par Kate Blanchet (qu'on ne présente plus) et Rooney Mara (que j'adore). Bref, je me suis laissée tentée et suis allée voir le film. Ce fut une révélation. Un film lesbien pouvait être bien joué, bien écrit, bien réalisé ! Je suis sortie de la séance avec un sourire jusqu'aux oreilles et me suis promise de retourner le voir (je l'ai fait).

    Alors, comment se fait il qu'au delà du fait que l'histoire soit comme je l'ai dit bien écrite, bien réalisée et bien jouée, le schéma que j'ai tant décrié par le passé fonctionne selon moi à merveille ?
    J'ai décidé de tout reprendre point par point.

    1. Les héroïnes.
    Tout d'abord, il faut replacer le film dans son contexte. L'histoire se déroule dans les années 50, juste après que l'homosexualité soit officiellement reconnue comme maladie mentale. Il est donc logique que les plaisirs entre filles n'aient pas effleuré l'esprit de Thérèse et soient assez secrets pour Carol.

    Petite mention au mari, qui a le mauvais rôle mais reste très crédible et très humain, en accord total avec l'époque.

    2. Le coup de foudre.
    Rooney Mara est une excellente actrice. Quand ses yeux observent Carol, ce n'est pas glauque ni surjoué, c'est intriguant et fascinant. Toutes les émotions du personnage se lisent dans le regard de l'actrice, ce qui fait que l'on est autant fascinés qu'elle.

    3. La première conversation.
    Bien filmée, bien écrite. Crédible.

    4. Le jeu de la séduction.
    Très logique car, une fois encore, l'époque se prêtait peu aux coucheries saphiques. Le film nous garde captivée par l'alchimie des actrices et l'intelligence de la mise en scène, ajoutant le fait que la condition féminine de l'époque n'aide pas. Ce passage n'est pas un étirement du film mais un crescendo entre les deux personnages.

    5. L'instant cul.
    Rooney je t'aime.

    6.Le moment où on comprends qu'elles sont trop trop heureuses ensembles.
    Très court mais suffisant. Une simple extension de la relation qu'elles partageaient déjà.


    7.Le truc qui fait chier
    Magnifiquement traité. Annoncé depuis le début, on voyait venir que le mari allait tout faire foirer. Et pourtant, on s'est pris à espérer que Thérèse et Carol allaient avoir un peu de répit dans la petite bulle qu'elles s'étaient créés, on s'est senties rassurées lorsque le mari de Carol répond au téléphone juste avant leur nuit splendide, si il était chez lui, il ne pourrait pas venir les enquiquiner. Et pourtant on aurait dût se douter que ce mec n'était pas clair. La scène est d'ailleurs horrible, l'homme tout en assurance pédante et le mot de la fin où il appelle Thérèse par son nom de famille, la mettant à nue par une simple phrase m'a profondément dérangée. La présence du pistolet nous a également induit en erreur, j'imaginais déjà une cavale à la Thelma et Louise. Le pistolet est déchargé et pour une fois c'est claquement sec d'un chargeur vide qui nous ramène à la réalité.
    On sait que ça va mal finir et pourtant on se surprends encore à espérer quand Carol calme Thérèse et que leur étreinte magnifique, toute en pudeur est montrée à l'écran, suivie d'un plan qui annonce le lendemain : les bras des deux amantes croisés dans leur étreinte et la main de Carol qui s'en échappe. Elle est déjà un peu partie.
    La lettre que Carol écrit à Thérèse nous explique tous les choix d'un personnage au premier abord très mystérieux. Elle croit au destin. Ce n'est pas mon cas mais explique pourquoi elle a fait des choix dangereux, ayant une confiance aveugle en son chemin déjà tracé. Et quand elle apprends qu'elle risque de perdre sa fille, elle y voit comme le signe qu'elle doit arrêter. Pour elle.
    Pourquoi ce passage là est il si exceptionnel ? Parce que l'on comprends que Carol ne veuille pas rester avec Thérèse et ainsi perdre sa fille. On hésite et doute avec elle. Ce n'est pas une histoire de tiraillement entre courage et peur, peur de la réaction de sa famille, d'être perçue comme différente. Non, c'est une histoire de tiraillement entre deux filles qu'elle aime plus que tout.
    La suite est horriblement émouvante. Les deux femmes s'aiment et ne peuvent vivre leur amour en raison d'un état de fait dont elle ne sont pas responsable et que pourtant Carol choisie mais qui pourrait lui en vouloir de choisir sa fille ? J'ai pleuré avec Thérèse, j'ai pleuré pour Carol.

    8.Le changement d'avis.
    Ici aussi, aucune artificialité. Carol croyant au destin, elle pense une fois encore que le fait d'apercevoir Thérèse dans la rue est un signe. Et elle décide donc de la revoir. Elle ne la choisit pas, elle suit les signes du destin.
    Et Thérèse, rejetée durant de longs mois ne peut qu'hésiter à la suivre. L'arrivée de l'homme qui invite Thérèse est vu par Carol comme un nouveau signe du destin et elle décide de s'en aller. Thérèse n'est plus sur son chemin.

    9. Fin heureuse.
    Thérèse se confirme ici comme l'héroïne de l'histoire. Alors que Carol lutte contre le carcan patriarcal de l'époque, se trouve une voie alternative grâce à sa croyance en la destinée mais au fond ne choisit pas, elle prends l'initiative d'inviter Thérèse chez elle ou durant son road trip mais elle pose toujours une question et Thérèse y répond. Toujours par l'affirmative, comme elle le dit lorsque le pot aux roses est dévoilé. Au fond aucune d'elles ne fait de choix. Carol demande toujours, prisonnière de la réponse de Thérèse et Thérèse dit oui, prisonnière de sa passion et de l'espoir qu'elle perçoit dans les questions de la Blonde. Elles suivent la voie que la vie leur présente. Une voie qui va contre les conventions de l'époque certes mais une voie sur laquelle elles ne décident pas quelle intersection prendre.
    Mais la fin du film montre le développement de Thérèse : elle revient vers Carol en refusant son choix de la laisser partir. Elle prends la décision de changer sa vie pour être heureuse.
    Le film se conclue de la seule manière qu'il pouvait se conclure : sur un regard échangé par les deux amantes qui en ont toujours dit beaucoup plus que de simples paroles.


    Certains disent que les artistes doivent briser les règles, je pense pour ma part qu'ils doivent s'en servir comme d'un tremplin pour les dépasser. C'est que fait selon moi Todd Haynes dans ce film qui utilise à merveille les règles de ce genre sans jamais s'y plier.



    Mais passons maintenant à l'analyse du filme en lui même, soit pourquoi j'ai surkiffé ce film, lesbien ou pas et pourquoi je pense que c'est un excellent film, malgré le fait que certains lui reprochent son académisme. Nous allons donc revenir sur certains symbolismes du film qui m'ont particulièrement marqués.



    Le premier plan

    J'avoue, j'adore regarder, analyser, réanalyser, sur-analyser le premier et le dernier plan d'un film. Je regarde assez rarement un film pour la première fois en tentant de chercher les astuces de mise en scènes, ça viens pour le second, troisième, énième visionnage mais quand je regarde un film pour la première fois, je cherche avant tout à kiffer sans vraiment réfléchir. Sauf pour les premiers et derniers plans. J'adore tenter de chercher le message du réalisateur dans le dernier plan, pourquoi avoir tenté de couper à cet endroit précis et tenter de deviner les indices laissés par le réalisateur dans le premier plan.

    Pour Carol donc, le film s'ouvre sur ce que l'on croit être une tapisserie stylisée, mais se révèle en fait n'être qu'une plaque d'égout. Ce plan évoque pour moi les deux héroïnes, qui vivent pour l'instant dans une cage dorée. Tout semble parfait pour Carol et pourtant elle est prisonnière d'une société et d'un mariage qui la rend malheureuse. Thérèse quand à elle vit, comme elle le dit "Alone in the crowd" (Seule dans la foule) et se révèle être beaucoup plus forte que ce que les premiers plans du film semblent montrer. Ce plan donc montre qu'il ne faut pas se fier aux apparences dans ce film.



    Le motif du cercle.

    Alors là, j'avoue, je ne suis pas vraiment sûre de ce que je dis, je n'ai pas encore compris toute l'importance et la signification du cercle dans Carol. Je peux juste dire que du fait de sa nombreuse présence, il a une importance. On le voit dans la construction du film (le début commence par la fin), le chemin du train électrique, les paroles de Carol. Mais je ne vois pas vraiment ce qu'il apporte à l'intrigue et au film en général. Je le regarderai une bonne dizaine de fois supplémentaires et éditerai mon post si nécessaire.



    Les séparations du cadre.

    Je ne l'ai remarqué qu'au second visionnage et uniquement à quelques endroits, il y en a peut être plus. Les héroïnes vont souvent se réfugier vers la partie gauche ou droite du cadre, celui-ci séparé par une bande sombre (due à une poutre par exemple) lorsqu'elles veulent marquer leur différence avec la personne dans l'autre partie du cadre ou s'en protéger. Par exemple, on a le passage avec l'auteur du Time avec Thérèse, avec une poutre divisant le cadre. On sent qu'elle n'est pas vraiment en phase avec l'homme et sa réaction lorsqu'il veut l'embrasser ne fait que confirmer ce que la mise en scène explicitait déjà.

    On voit également Carol, lors de l'anniversaire d'une de ses amies dont j'ai oublié le nom fumer à la fenêtre puis se décaler à gauche, de l'autre côté du cadre séparé par le montant de la dite fenêtre lorsque l'une des autres convives viens se joindre à elle.


    Les vitres opaques.

    Vous l'avez probablement remarqué si vous avez déjà vu le film, aucune des vitres de ce film n'est propre, ou quand elle l'est, il y a de la neige ou de la pluie qui est tombée dessus. Ceci montre l'enfermement des héroïnes dans cette société, et une fois de plus, le fait que les apparences sont corrompues.



    Les couleurs/la lumière.

    Une amie m'a faite récemment remarquer que je parlais beaucoup, beaucoup trop des couleurs lorsque j'évoquais un film, mais j'y peut rien, c'est la première chose que je regarde et qui me touche. Les couleurs ici sont assez difficiles à définir. Tout est un peu passé, comme si tout les décors étaient passés une fois de trop à la machine. On sent le côté vieillit et anxiogène de l'époque. Et pourtant il y a des couleurs vives dans pratiquement tous les plans. Ce qui est notable, c'est que l’œil ne s'y attarde pas, la caméra montre ailleurs. Cela montre, selon moi le fait que sous toute la pression de la société des années 50, les années 60 et sont vent de libération ne vont pas tarder, Thérèse l'incarne d’ailleurs assez bien, sous tous les interdits, son vernis commence déjà à se craqueler, certains regards très durs par exemple. Cela montre aussi que l'on n'est pas forcément attiré par ce qui brille le plus, qu l'ont peut être manipulé par autre chose qui nous empêche de voir normalement.

    Cet effet de couleurs est rendu possible grâce à la lumière, assez délavée et sombre. Ce n'est pas pour rien que la majorité du film se passe en hiver, la lumière de cette époque de l'année est assez caractéristique du film.



    Les projections de la société.

    En gros, tout ce qui rappelle aux héroïnes de l'époque à laquelle elles vivent. C'est le cas de la totalité des personnages masculins (le film n'est pas vraiment tendre avec eux) qui ne sont que le produit de leur époque. La réponse du détective privé à Thérèse qui lui demande comment il a osé faire ça est assez symptomatique : ("Je ne fais que mon travail"). Mais également les enseignes des magasins etc.



    Les amours.

    Parce qu'il y a différentes sortes d'amour dans ce film. Je suis dans la team de ceux qui pense que LE grand amour n'est qu'un mythe et que chaque personne peut vous faire vivre un amour différent. On voit l'amour classique entre Carol et Thérèse, bien sûr, mais aussi l'amour maternel, l'amour contrarié avec le mari de Carol ou le prétendant de Thérèse, l'amour qui sort des photos de Thérèse. Je noterai de plus l'amour très particulier entre Carol et Abby. Je pense que beaucoup de lesbiennes se reconnaîtront dans ce lien assez particulier qui peuvent parfois unir des ex.

    Alors, pourquoi ai je aimé ce film ? Parce qu'il est bien joué, bien réalisé et bien écrit. Que rien n'accroche, rien ne fait sortir du film. Parce qu'il fait tous les bons choix. En fait c'est juste un bon film.
    C'est ridicule à dire mais c'est aussi simple que ça. Ais je été plus touchée car je suis lesbienne et que c'est un film lesbien ? Ce serait de la mauvaise foi de répondre non.
    Et pourtant il y en a certains que je déteste. En fait, au delà du thème traité, Carol est bel et bien juste un bon film.
    Pourquoi a t'il mit autant de temps à arriver ? Je ne sais pas. Mais il m'a appris quelque chose de très important. Nous sommes en droit d'exiger de bons films et de bonnes représentations.

    La censure n'est plus appliquée, l'homosexualité relativement bien acceptée dans la société occidentale (c'est pas parfait mais ça avance), et surtout nous sommes des êtres humains, pas des quotas ou des objets de fantasme.
    Alors s'il vous plaît mesdames et messieurs les réalisateurs, si vous voulez parler d'homosexualité féminine, parlez en, pleinement, librement. Et si vous ne voulez pas le faire, ne le faite surtout pas. Mais quand vous le faites, faites le bien et ne nous utilisez plus. Nos histoires valent mieux que ça.









    PS : M'étant jetée à corps perdu dans le cinéma lesbien, visionnant tout film comportant une intrigue entre deux femmes, et cette représentation ne m'ayant pas vraiment donné une bonne conception de l'homosexualité féminine, voici une petite liste d’œuvres que je conseille pour toute jeune fille découvrant un attirance pour les femmes et n'ayant pas envie de perdre du temps. Certains en font leur sujet principal, d'autres non, certains sont géniaux, d'autres nuls mais drôles mais aucun ne vous donnera l'impression d'être utilisée.


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