Question (pas si) con Pourquoi empêcher quelqu'un de se suicider

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par Querencia, le 21 janvier 2018.

  1. Querencia

    Querencia
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    Petit tournesol du soleil levant

    C'est une VRAIE question sérieuse.

    Je sais que ça peut paraître froid, inhumain, voire même monstrueux, (et très polémique :lol:) mais pour quelles raisons empêche t-on les gen.te.s désireux de mettre fin à leurs jours, de mourir ?

    Cette question se confronte beaucoup à mon opinion en faveur avec l'euthanasie/le suicide assisté (je ne sais pas quel terme est le plus juste) et je me suis faite cette remarque suite à un sujet lu où un.e Madz (que je ne citerai pas uniquement parce que je ne tiens pas à la mettre dans une position désagréable) expliquée une histoire de son amie qui avait tout organisé pour son suicide, jusqu'à appeler l'ambulance et ce.tte Madz regrettait de ne pas avoir été là pour l'empêcher dans son geste.
    Pourquoi ? :dunno:

    Je ne parle évidemment là pas des personnes qui jettent ça en l'air comme une phrase de ponctuation ou qui suite à une rupture ou à la mort d'un proche veulent simplement les "rejoindre", (quoique cette notion aussi :hesite:) mais des personnes pour lesquelles ce désir est tenace malgré les médecins, malgré les psy, malgré les antidépresseurs, malgré leur vie sentimentale ou leur travail. Je ne comprends pas pourquoi on empêche ces personnes qui ne trouvent aucune satisfaction dans la vie à y mettre fin juste parce que les injonctions "Mais oui, tu verras, tu finiras par être heureux.se" et à coup de phrases culpabilisantes "Tu as des gen.te.s qui t'aiment." ou "Tu ne peux pas être si malheureux.ses, tu as X, Y et Z et puis tu vois, d'autres personnes vivent des situations tellement plus affreuses." persistent et sont/devraient être bien plus réelles que la souffrance qu'iel vit.
    Pour quelles raisons une personne devrait-elle être obligée de choisir la vie juste parce que l'un de ses parents, son/sa meilleur.e ami.e, X ou Y est encore présent et qu'iel ne doit pas les laisser derrière ? Pour quelles raisons doit-on faire preuve d'autant d'égoïsme en demandant à quelqu'un de ne pas se tuer pour une autre ?
    D'ailleurs, pour quelle raison le suicide est-il décrété comme étant un acte égoïste ? N'avons-nous pas le droit de penser un peu plus à nous ? Les personnes insistants pour que la dite personne ne se suicide pas ne font-elles pas preuve elles-même d'égoïsme en marchant sur les sentiments de la personne en détresse ?

    Pourquoi vouloir sauver des personnes qui ne veulent pas être sauver ? Pourquoi décréter qu'elles ne sont pas aptes à réfléchir ? Pourquoi mettre cette vie au-dessus de tout quand même la vie peut-elle être une souffrance ? Au final, que gagne t-on réellement à faire ça ? La personne peut ne juste jamais être heureux.se, ne jamais aller bien, mais parce que des gen.te.s (alors même que la notion de relation peut elle aussi être fragile) les en empêchent, iels se doivent de vivre pour les autres ?

    Bien-sûr que je vois l'acte de bienveillance. Bien-sûr que je comprends cette notion de vie. Je ne suis pas insensible.

    Mais je ne peux m'empêcher de repenser à cette adolescente que j'étais à 14 ans qui a été frappée parce qu'elle a osé dire à une amie qui venait de lui avouer qu'elle voulait juste disparaître, qu'elle n'avait pas à culpabiliser pour les autres, qu'elle avait droit de le faire si c'est qu'elle ressentait vraiment après qu'une autre lui ait répondu qu'elle avait ses parents, sa sœur, qu'un jour, ça irait mieux, qu'elle devait être patiente, etc. Et que cette dernière personne n'ait juste pas pu tolérer mes propos.
    Alors, naturellement, je fais la distinction entre cette adolescente mal dans sa peau, dont les parents venaient de ses séparer, après que la mère ait découvert que le père avait un penchant pour le travestissement, et qui était amoureuse d'un garçon qui ne la voyait qu'en amie et une personne qui souffre depuis très longtemps en dépit de tous les facteurs "Heureux" qu'iel pourrait avoir dans sa vie, qui ne veut pas aller mieux, qui ne veut d'ailleurs rien et qui même ses enfants en dépit de tout l'amour qu'iel a pour eux (parce qu'une personne qui veut se suicider aime toujours autant que n'importe quelle autre) ne peuvent pas être un facteur à ses yeux, parce que le critère famille/partenaire/enfant est souvent un caractère redondant pour empêcher quelqu'un dan son acte. (et là je donne un schéma lambda, mais le désir de suicide des personnes qui sont seul.e.s, qui n'ont personne, qui n'ont rien, n'est aussi pas à écarter) (n'importe quel schéma, d'ailleurs)

    Je ne souhaite pas avoir de réponse du style "Parce que ça peut s'arranger", "Parce que la Vie ?" ou quoique ce soit de ce style. Moi, je parle de quelque chose qui est n'a pas de solution. Parce que parfois, la douleur n'est pas juste physique et que je ne comprenne pas qu'on puisse avoir un débat sur l'euthanasie mais pas sur ces personnes qui se traînent un mal-être persistant que ni le temps ni les proches ne peuvent arranger et qui sont quand même obligé.e.s de vivre.

    Ce qui me fait rappeler (avec une absence totale de source) du témoignage d'un canadien qui se bat(tait ?) depuis plusieurs années pour que lui et beaucoup d'autres aient le droit de mettre fin à leurs jours avec l'aide de médecins. (c'est très vague, mais je crois que c'est ça) Son père, qui voyait la souffrance de son fils, avait fini par se rallier à sa cause, alors qu'aucun médicament ou séances de psy n'avaient pu aider son fils en dépression.

    A quel moment a t-on le droit de dire "Oui, ton envie de mourir est légitime, mais..." ou "Non, c'est parce que tu es dans tel état que tu as envie de mourir, mais si tu le changes, ça ira mieux" ? A partir de quel moment, à quel niveau de souffrance une personne doit-être pour avoir légitimement le droit de mettre fin à ses jours sans que ses proches ne l'en empêchent ?

    Ou tout simplement : Pourquoi empêcher quelqu'un de se suicider ?


    P.S : C'est très très long, mais je suis obligée d'être relativement juste et détaillée dans mes propos pour qu'ils ne soient pas incompris et je dois prendre des ficelles pour qu'ils ne mettent pas en colère.

    P.S justifiée : Je ne souhaite mettre personne dans l'embarras et non, je ne dis pas que quiconque est responsable d'avoir empêcher une connaissance de se suicider. Vous avez vos expériences, votre vision des choses, c'est tout. Vous n'êtes responsables de rien et vous n'avez pas à vous reprocher quoique ce soit.
     
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  2. CaraNougat

    CaraNougat
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    La plupart des personnes considèrent qu'un mal être psychique de ce type est nécessairement guerissable, se suicider c'est alors ne pas se donner le temps d'aller mieux plus tard. Comme on a des exemples de personnes passées par la dépression et les pensées suicidaires pendant quelques années avant d'aller mieux, on aime bien penser que c'est un schéma possible pour toutes les personnes souhaitant mettre fin à leur jour si elles sont correctement suivies. D'ailleurs, on n'a aucun moyen d'être sûre qu'une personne n'a aucune chance d'être heureuse de vivre à un moment dans sa vie. Comment faire la différence entre une personne qui aurait juste une mauvaise passe et quelqu'un pour qui se serait soi-disant foutu quoiqu'il arrive ?
     
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  3. Mad'moizelle Meredith

    Mad'moizelle Meredith
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    Don't grow up, it's a trap.

    Ben au risque de te déplaire : parce que ça peut s'arranger :dunno:

    La problématique dans le suicide assisté/euthanasie, c'est qu'il s'agit de maladies incurables. La dépression n'est pas considérée comme une maladie incurable (même si ce n'est pas la seule cause de l'état suicidaire). Après attention, ce n'est pas non plus un "état d'esprit à changer" (ça ça m'insupporte, dans la famille de mon mec, si t'es pas heureux, il te suffit juste de vouloir l'être... :mur:), mais si on peut éviter à une personne de mourrir d'une maladie qui n'est pas incurable on le fait. C'est humain.

    Alors oui, on peut être dans cet état 5, 10, 15 ans, mais comme le dit @CaraNougat on ne peut pas avoir de preuves que ça ne va pas changer... Beaucoup de personnes qui ont (réellement) eu envie de mourir, avec multiples tentatives etc... S'en sortent très bien aujourd'hui. Partant de ce fait, c'est ce qu'on souhaite pour ses proches et donc... On les laisse pas mourir.

    Pour moi ce n'est pas une question de "légitimité du mal-être", ou de droit qu'on accorde à quelqu'un... Juste de se dire à quel moment la maladie déforme le raisonnement de la personne en face ? Quelles sont les probabilités pour qu'une personne qui demande à mourir maintenant reste dans cet état là le reste de ses jours (si elle n'y met pas fin) ? Comment on mesure ça ? En année de souffrance, en score de je sais pas quoi ? Parce que là aussi c'est en revenir à la légitimité de l'envie de mourir puisqu'apparemment on n'accorderait pas ce droit à tout le monde mais seulement les cas "les pires".
     
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  4. Khyra

    Khyra
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    Le truc, c'est que beaucoup de personnes font une tentative de suicide (qui sera "réussie" ou pas) pour appeler à l'aide et pareil pour celles qui parlent de leur projet. Parler à une personne de son projet de commettre un suicide ou de se blesser volontairement, c'est un appel au secours pour moi. Si une personne me dit qu'elle ne compte pas fêter son prochain anniversaire parce qu'elle n'en peux plus, je vais pas rester sans rien faire. Si elle m'en parle, c'est qu'elle se sent très mal mais qu'elle a besoin d'aide surtout.
    Je suis persuadée que si une personne souhaite vraiment mourir, elle ne va pas parler de son projet autour d'elle. Les chances de réussir son suicide sont plus importantes si personne n'est au courant de vos intentions.
    C'est pas pour rien qu'on entend souvent les proches dire à propos du suicide d'une personne "on ne se doutait de rien, iel semblait aller bien". Bon, bien sûr, il peut y avoir des cas où les proches font semblant de ne pas voir mais la personne suicidée peut très bien donner l'impression d'aller bien pour ne pas attirer l'attention.

    Quand je ne vais pas bien (je n'ai jamais fait de TS et je n'ai jamais eu d'idées suicidaires sérieuses même si ça m'est arrivée de l'imaginer), je ne dis même plus non quand on me demande si ça va. C'est fou comme c'est facile de sourire en disant oui même si le sourire ne semble pas atteindre les yeux et c'est encore plus fou de voir que cette réponse satisfait les gens dans 95% des cas.

    Pour ce qui est du suicide par euthanasie, je ne considère pas ça comme un appel à l'aide. Parce qu'il y a les démarches à faire et aussi parce que la méthode est efficace. C'est comme une personne qui se jette du haut d'un pont ou qui se tire une balle dans la tête, les chances d'en réchapper sont minimes alors que c'est plus facile de réchapper d'une overdose de médicaments ou de s'ouvrir les veines (vu que la mort n'est pas immédiate) et qu'une personne peut arriver entre temps ou qu'on peut avoir pris une dose insuffisante. Pour l'euthanasie, ce sont des professionnels qui administrent la dose, ils savent très bien quelle quantité vous donner en fonction de votre constitution et vous ne vous réveillerez pas en salle de réveil pour entendre un.e infirmièr.e vous dire "on s'est trompés dans nos calculs, il manquait 5mg de produit".
     
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  5. Querencia

    Querencia
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    Petit tournesol du soleil levant

    @CaraNougat Mais voilà le problème. On n'est pas nécessairement obligé d'être en dépression pour vouloir mettre fin à ses jours. Pourquoi penser que "idée de suicide" égale forcément "dépression" ou toute sorte de mal psychique justement ?
    Je comprends tout à fait l'idée des schémas. Et c'est honnêtement une excellente chose si c'est finalement utile pour des personnes. Mais il y a énormément de personnes pour qui un suivi, voire plusieurs, voire même un hôpital psychiatrique, ça ne leur apporte rien. Naturellement, il y a cette idée que ça pourrait aller mieux plus tard, d'attendre. Mais astreindre une personne à une longue attente juste pour un potentiel mieux, n'est-ce pas ignorer sa douleur, en quelque sorte ?
    Je dirai le temps, ou un état d'esprit. Alors bien-sûr, je ne suis pas particulièrement experte sur le sujet, mais je dirai que ça serait suivant les causes affectant la personne. Si ces causes sont récentes ou bien inscrits depuis très longtemps sans une résolution.

    Et après, que fait-on des personnes qui rechutent à plusieurs reprises peu importe les aides ?

    Après, il y a aussi ces personnes qui n'ont tout simplement aucun goût pour la vie, qui savent que ça ne va pas s'arranger et qui n'ont pas envie de faire de compromis juste parce que la vie vaut mille fois mieux que la mort et qu'elle pourrait manquer tellement d'opportunités. :dunno:

    Ce message est particulièrement décousu, désolée. Pour moi, ça me semble tellement naturel que les personnes aient ce droit que me justifier me semble pas mal compliqué. (Même si la ligne entre deux types de personnes suicidaires (voire même plusieurs) est sacrément fine, j'en conviens)

    @Mad'moizelle Meredith Ça ne me déplaît pas, c'est juste que je trouve que c'est une phrase un peu trop utilisée. Comme si ça allait forcément s'arranger et que la personne devait prendre son mal en patience.

    "C'est humain." ? J'ai un peu du mal avec ce type de phrase. (sans reproche, hein :fleur:) Je veux dire par là que ça veut tout et rien dire, que ça dépend aussi de sa propre perception des choses, de ses valeurs, de son origine, etc. Ça peut se placer n'importe où et dans les pires situations. (du style, obliger une femme enceinte à garder son fœtus parce que "la vie", parce que c'est "humain") Le facteur "Humanité" est à prendre avec vachement de pincettes à mon sens.

    Et là encore, je ne parle pas forcément d'une personne qui souffre d'une dépression, donc pas de déformation de raisonnement ou quoique ce soit. Et pour ta question "Quelles sont les probabilités pour qu'une personne qui demande à mourir maintenant reste dans cet état là le reste de ses jours (si elle n'y met pas fin) ?", c'est (désolée) comme les argument contre l'euthanasie. Alors oui, on parle de maladie incurable. Mais qui dit que finalement des recherches ne vont pas aboutir à quelque chose ? Qu'il va y avoir une rémission ? C'est un peu une question avec une réponse inconnue. Naturellement, je ne parle pas des 80% (chiffre totalement hasardeux, je dois l'admettre) pour qui un suivi psychologique et un soutient familial/amical va être suffisant pour leur permettre de remonter la pente, mais de ceux pour qui ça ne va rien changer, parce que c'est juste comme ça. D'ailleurs je rebondis sur l'idée de légitimité de mourir seulement à ceux qui souffrent depuis le plus longtemps ou le plus, et je me doute bien que ça ne soit absolument pas quantifiable, quoiqu'il arrive. Ça serait quelque chose d'assez branlant comme méthode de savoir discerner qui a le droit d'être à 99% sûr d'avoir un suicide assisté par des médecins et qui devra essayer de vider une boite de médicaments parce qu'iel a été jugé.e "capable de s'en remettre".
    J'ai pas spécialement la réponse à tout ça à dire vrai, ni une solution toute trouvée. Mais lorsque des personnes se traînent un mal être depuis plusieurs années et qu'on continue de leur dire que ça pourrait s'arranger, qu'iel pourrait aller mieux, n'est-ce pas marcher un peu sur leurs sentiments ? Ça s'entrechoque avec cette notion "d'espoir", cet espoir qu'iel pourrait aller mieux et qu'on ressent pour deux parce qu'iel n'a plus ou jamais eu cet espoir, alors que c'est l'espoir qui a toujours fait avancé les gen.te.s de manière général.

    @Khyra Bah... Pas forcément, j'ai envie de te dire. :hesite: J'aime à penser (peut-être à tord) que les personnes qui souhaitent se suicider sont ou non détachés du reste et qu'iels jouent juste la carte de l'honnêteté. :dunno: (pas toujours, hein. Évidemment, beaucoup n'en parlent pas parce que ça leur permet de n'avoir aucun problème dans la suite de leurs idées) (parce que si personne ne les arrêtait, alors ils en parleraient sans doute) Il y a aussi de nombreuses TS (et je réfute l'idée que si tu fais une TS et que ça n'a pas abouti, c'est que tu ne voulais pas vraiment te suicider au final. Plein de choses peuvent rater.) qui finissent par révéler un peu l'état d'esprit de la personne aux autres qui viennent essayer de l'aider (outre le fait qu'il y a des chances qu'il y ait un suivit psychologique ou un hôpital psychiatrique) et l'en empêcher alors qu'iel n'avait pas spécialement demandé quoique ce soit.

    Après, je suis un peu dérangée par ton dernier paragraphe. :hesite: J'estime qu'avoir envie de se suicider ne se dissocie pas forcément de "je ne veux pas souffrir". D'ailleurs, certaines options qui peuvent paraître très directes peuvent parfois juste t'amener au fond d'un lit d'hôpital avec le dos en morceaux ou un côté du crâne éraflé. Pour certains cas, peut-être, mais je ne pense pas que selon la manière de procéder à une TS, ça signifie forcément que la personne attende que quelqu'un lui vienne en aide.
    (et j'ai pas trop compris le rapport avec le suicide assisté/absence d'appel à l'aide. :ninja: Je ne crois pas avoir dit qu'il y avait une corrélation entre les deux. :ninja:)

    @Nyxi Sans vouloir te mettre mal à l'aise, tu es un peu le témoignage que j'espérais. :fleur: Parce que ça me permet d'expliquer un peu plus clairement ce que je voulais dire avec mon premier post et de lui donner un peu de réalisme. Alors, merci beaucoup. :highfive:
    (sauf si je suis maladroite :hesite: Désolée :ninja:)

    Tu as exprimé totalement ce que je tenais à expliquer via mon post et via toutes mes réponses : la lassitude, cette honnêteté sur son désir de mourir, ce besoin perpétuel de croire que la vie vaut tout le reste et que c'est bien plus qu'un état (qui peut être amené à changer), de ne pas vouloir mourir dans la "souffrance", la culpabilité, l'égoïsme ressenti, etc.

    Alors honnêtement, je n'ai pas grand chose à dire parce que comme je le disais, tu as exprimé à peu près ce que je demandais plus haut. Du coup, juste merci beaucoup pour ta réponse. :hugs:


    Je suis bien consciente que la pente de ce sujet peut être particulièrement glissante (j'ai plus l'expression exacte), que c'est pas forcément facile et que c'est un sujet qui peut tenir à cœur de nombreuses personnes., alors merci d'avoir pris le temps de répondre. :fleur:
     
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  6. AprilMayJune

    AprilMayJune
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    Tu es un autocuiseur, Harry!

    C'est un sujet difficile et j'ai du mal à mettre de l'ordre dans mes idées, mais j'ai envie d'intervenir moi aussi. Je ne suis pas sûre de faire un post bien rédigé; je vais peut-être avoir beaucoup de phrases vagues et de guillemets dans ce message.

    (Cela va sans dire mais TW suicide et mort, tout ça.)

    J'ai été suicidaire, et j'ai fait une tentative de suicide, et aujourd'hui je suis toujours un peu apathique / pas toujours convaincue que ça vaut le coup d'être en vie. J'ai été dépressive (je le suis peut-être toujours) et la dépression c'est traître: ça te fait croire que tu vois les choses de manière objective et réaliste alors que non.

    D'un point de vue émotionnel je ne suis pas forcément toujours convaincue que ça vaut la peine d'être en vie, c'est souvent bien pénible pour ce que ça donne. C'est peut-être un peu violent à dire, mais de façon un peu froide peut-être, j'aurais préféré ne pas être en vie. D'un point de vue "intellectuel" j'ai plutôt tendance à dire que oui, c'est bien de garder les gens en vie, même si j'ai du mal à articuler exactement pourquoi.

    J'ai essayé plusieurs fois de formuler un argument disant que, biologiquement ou naturellement, l'être humain n'a aucun intérêt à mourir ou à casser sa santé psychique ou physique, et qu'on a au contraire des stimulis et des comportements visant à la préserver - à travers des signaux comme la douleur, à travers des inventions comme la médecine (qui est l'incarnation même de l'argument "parce que la Vie" toutes ses pratiques ayant pour but de sauvegarder la vie et la bonne santé de ses membres, ou de maximiser celles-ci le cas échéant - les questions sur l'euthanasie étant en partie issues de sa trop grande efficacité à garder les gens en vie, quand même), ou plein de mouvements ou d'idées sociales (le féminisme a pour but un meilleur bien-être des femmes et des personnes perçues comme telles, par exemple) (même des mouvements racistes ou xénophobes fonctionnent en déshumanisant des humains pour en protéger d'autres qui eux seront bien définis comme tels). La construction d'une société même me semble un moyen de maximiser la préservation de la vie et l'augmentation du bien-être du groupe et de ses membres. Du coup, il y a pour moi comme une incohérence, une contradiction, entre d'un côté des mouvements liés à la préservation de la vie et des mouvements liés à laisser mourir celleux qui le désirent. Mais je sens que mon argument a une erreur ou une faiblesse dans son raisonnement, car il ne me convient pas tout à fait, je n'en suis pas satisfaite.

    J'ai essayé de formuler un argument sur le fait qu'à se concentrer sur les demandes des personnes qui souffrent et veulent mourir, on évite aussi de se pencher sur les causes de ces demandes - et si chaque personne a son vécu, son parcours, et ses raisons propres, on peut aussi voir qu'il y a souvent certains groupes qui se suicident plus ou veulent se suicider plus que d'autres (de mémoire (mais je n'ai pas de sources à donner) les personnes LGBT, surtout les personnes trans, ont des taux de suicide et de tentatives de suicide effarants); et que d'autres groupes qui demandent à se suicider ont souvent pour des raisons plus profondes un isolement, un sentiment d'inutilité, une marginalisation sociale. Se pencher sur le désir de suicide des gens, c'est un peu comme s'occuper des symptômes en ignorant les causes? Et je serai mal à l'aise à l'idée de créer une société qui encadre l'autodestruction volontaire de ses membres, surtout si à priori ces membres se révèlent être les plus faibles, les moins considérés ou intégrés du groupe.

    Je dirais aussi que, face au constat qu'une énorme partie, voire la majorité voire la quasi totalité des membres de notre société, considère ou a considéré se tuer au cours de sa vie, il serait peut-être plus sain (et plus intéressant, ou productif) de se concentrer sur le pourquoi d'un tel problème social.

    D'un point de vue individuel, agir pour sauver la vie d'une personne me semble être un comportement normal, en fait - et puis le gain potentiel est bien plus grand que le risque encouru, eut égard à l'irrémédiabilité de l'acte, et au fait que bah si la personne a vraiment envie de mourir, en un sens elle a rien à perdre, donc un essai de plus ou de moins, bon (c'est un peu beaucoup froid dit comme ça mais je n'arrive pas à le formuler autrement).

    J'ai l'impression de ne pas avoir bien les moyens, ou les connaissances, de bien formuler une réponse comme il le faudrait.
     
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  7. Querencia

    Querencia
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    Petit tournesol du soleil levant

    @Blurp. Je pensais avoir déjà laissé entendre que j'avais déjà une opinion sur le sujet au moment de poster. Mais est-ce que ça empêche nécessairement la discussion ? :dunno:
    Parce que je suis ouverte aux réponses, à la discussion, mais ça ne signifie pas que forcément, je vais nier le désir/ressenti de quelqu'un ou que je vais partir directement dans le même sens que vous. :erf:
    Je vois pas si tu comprends ce que je veux dire, mais en tout ça, les réponses m'intéressent. :fleur:
     
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  8. CaraNougat

    CaraNougat
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    @Querencia : C'est sans doute une question de point de vue, mais pour moi en arriver à vouloir mettre fin à ses jours alors qu'aucun handicape physique ou situation matériellement éprouvante ne marque notre vie, c'est la manifestation d'un mal être psychique/mental/psychologue, ce que tu veux. On peut très bien être conscient des défauts de notre monde et de nos vies sans être décidé à entamer des démarches pour y mettre fin. J'ai même l'impression que c'est la norme. Après, que ce soit un trouble précisément diagnostiqué ou autre chose, ce n'est pas tellement le fond de mon message. D'ailleurs, je ne vois pas bien le rapport entre le fait de ne pas voir sa situation s'arranger malgré les soins et celui d'être atteint ou non d'un trouble psychologique (?).

    J'ai répondu à la question "Pourquoi empêcher quelqu'un de se suicider?", pas à "Faut-il réellement empêcher les personnes de se suicider?". Je ne suis pas des personnes qui pensent que la vie est intrinsèquement belle et qu'on doit à tout prix la préserver, au contraire. Mais s'agissant de l'accès au suicide, je comprends le choix qui a été fait en tant que société de ne pas activement participer à sa démocratisation.

    Pour ce qui est de la différence entre ceux dont c'est une phase et les autres :

    - Quand on est au fond, on pense souvent qu'on ne s'en sortira pas. Donc il n'y a pas vraiment de distinction à ce niveau entre les personnes qui passent "juste" une phase difficile et celles pour qui cela durera toujours : elles auront probablement le même discours sur le moment.

    - Les causes du problème, ce n'est vraiment pas un critère pertinent non plus. La façon dont les personnes reçoivent les événements est beaucoup plus importante. Il y a des personnes qui survivent à la fois aux maltraitances physiques, à la famine et à la mort d'un proche sans ni perdre le désir vivre ni être atteint de troubles. Et il y a des gens qui contemplent le suicide parce qu'ils sont regulierement insultés au collège.

    - Quant au temps, c'est à la fois très individuel de façon générale (même parmi ceux qui s'en sortent effectivement) et ça dépend de plusieurs critères. Si on se fait suivre par un psychologue et/ou un psychiatre, le simple fait de tomber sur les mauvaises personnes peut ralentir fortement nos "progrès" par exemple.

    Bref, le système est sans doute perfectible (comment?), mais je ne pense pas que l'état actuel des choses soit une aberration.
    Se suicider n'est pas un délit, symboliquement on peut le faire, mais demander à la société d'organiser des solutions pour qu'y accède une frange de la population (ceux dont on n'a aucun espoir qu'ils vivent un jour paisiblement) aussi difficilement identifiable; c'est beaucoup. C'est même relativement risqué.
     
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  9. Khyra

    Khyra
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    @Querencia : Concernant mon dernier paragraphe, je ne voulais pas du tout parler de méthodes "je ne veux pas souffrir" mais plus d'efficacité. Je n'ai pas de chiffres mais je pense qu'il est beaucoup plus rare de survivre à une balle dans la tête qu'à une surdose de somnifères. Si j'ai parlé de ces méthodes beaucoup plus radicales que les méthodes médicamenteuses maison, c'est pour faire le parallèle avec les méthodes utilisés par l'euthanasie. Et si j'ai parlé du suicide par euthanasie, c'est parce que tu le mentionnes dans ton premier post.

    Ce sujet fait appel à beaucoup de choses, à l'empathie, à notre rapport à notre mort ou à celle de nos proches, à des ressentis très intimes et je pense que tout le monde peut apporter une réponse différente et intéressante et qu'aucune ne sera plus juste ou plus fausse que la précédente mais je ne pense pas qu'on arrivera tous et toutes à être d'accord et encore moins à se comprendre totalement. :dunno:
     
  10. jorda

    jorda
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    Pourquoi empêcher quelqu'un de se suicider?

    A mon avis, la raison la plus directe est qu'on se sent plus ou moins responsable de la vie de l'autre une fois qu'on est au courant. Il y a une sorte d'obligation morale très forte, parfois associée à un très fort élan vital aussi, qui fait qu'on ne va pas rester insensible.
    Donc une personne qui tient à se suicider "véritablement" aura tout intérêt à n'en parler à personne (à moins qu'elle ait un but plus ou moins précis en le faisant). La plupart du temps, je suis d'accord, c'est un appel à l'aide, notamment si on en parle.
    Par contre, cet appel à l'aide peut véritablement se transformer en projet sérieux.

    Je pense qu'il est important de se dire que personne ne souhaite réellement mourir. Je reste persuadée que la mort n'est pas une fin en soi. Je reste persuadée que la fin en soi, c'est d'échapper à tout prix à une souffrance qui serait terrible.
    Evoquer le suicide pour échapper à une fin horrible due à une maladie, à un vide qui n'en finit jamais suite à la disparition de la seule personne qu'on a aimée, ou même évoquer le suicide car on n'a pas envie de finir dans un mouroir en maison de retraite (ou en prison) où on a une vague idée de comment on va y finir.

    Après, je remarque que, en effet, après cette élan ponctuel d'essayer de faire quelque chose face à une personne suicidaire, il n'y a rien de vraiment concret qui suit, notamment parce que les gens n'ont pas forcément le pouvoir ni ls connaissances, le savoir-faire, pour aider à changer les choses dans la situation de la personne suicidaire.

    Aussi, une forme de suicide, pour moi, c'est de se laisser mourir, de se renfermer sur soi, de ne plus contacter personne, de ne plus avoir aucun plaisir, aucun loisir, d'avoir le regard dans le vide H24...

    Ca c'est une forme de suicide évidente à mes yeux et dont on ne parle quasiment jamais car je pense que les gens confondent "être en vie" et "vivre". Quand on est physiquement en vie, rien ne nous dit qu'on est pour autant en train de vivre. Le problème reste toujours là.

    Une autre chose, c'est cet argument du "vision biaisée de la réalité". Seulement, ce qu'on oublie de dire aussi, c'est que notre cerveau biaisenotre vision de la réalité également pour nous faire voir les choses de manière plus positives, en nous faisant "oublier" certaines choses négatives qui existent aussi.
    Même si la question de la réalité elle-même peut-être un grand sujet, en fin de compte.
    A partir du moment où la personne raisonne, donne des arguments, je ne vois pas au nom de quoi on ne l'écouterait pas "parce que c'est négatif" ou "parce que ça ira forcément mieux plus tard".
    Ben ça non plus on ne sait pas. Non, le "ça ira mieux plus tard" ou "tout le monde a le droit au bonheur", c'est pas forcément pour tout le monde. Je pense que la réalité de notre monde ne réagit pas au mérite, et que oui, des vies sans amour, sans personne, sans plaisir, ça existe aussi. Des situations qui s'améliorent pas, ça existe aussi. Des personnes qui souffrent tellement qu'elles sont presque contentes de "survivre" tellement elles détestent la réalité de leur monde, ça existe aussi.

    Vous me direz qu'on ne peut pas savoir. Certes, mais il y a des vécus où on a l'impression que ça penche davantage dans un sens que dans l'autre. Et citer des exceptions qui ont réussi ne va pas forcément aider à remonter le moral, ça va plutôt même énerver qu'autre chose, je pense...
    Et pousser une personne à espérer une chose qu'elle verra peut-être, tout comme elle ne le verra peut-être jamais.... pour certaines personnes, c'est très difficile, et c'est peut-être mieux qu'elles se concentrent déjà sur le fait de trouver un équilibre pour atténuer leur douleur le plus possible...
    Une personne qui verra la réalité d'une manière si négative qu'elle ne verra même pas l'intérêt d'aller mieux, si c'est pour retrouver la même horrible réalité.
    Une personne qui a tellement souffert pour aller mieux qu'elle en viendra à penser qu'il ne faut surtout pas toucher à ce fragile équilibre en faisant intervenir des gens qui pourraient tout redétruire, et qu'il vaut mieux continuer à rester seul.e; etc...

    Honnêtement je comprends le désir de mort de certaines personnes, même si je l'interprète comme un désir d'arrêter de souffrir.
    D'un autre côté, accepter qu'une personne qu'on aime se laisse mourir, c'est également horrible...
    En fait, je comprends les deux parties...

    Par contre, je ne traiterai certainement pas les personnes suicidaires d’égoïste.
    La personne qui a envie de mourir souffre énormément et n'a qu'une envie : que la douleur s'arrête. C'est comme quand on se brûle la main et qu'on gifle la personne juste à côté sans le faire exprès juste parce qu'on a violemment retiré la main : la volonté première c'est d'arrêter de souffrir, pas de soulager la conscience de l'autre. Et c'est normal.
     
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  11. Kolibawa

    Kolibawa
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