Pourquoi je suis contre les notes à l'école

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Lise F., le 23 octobre 2016.

  1. Lise F.

    Lise F.
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    Membre de l'équipe

  2. na-Thalia

    na-Thalia
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    Je suis professeur des écoles (donc enseignante en primaire) et je peux vous dire que la grande majorité des écoles primaires n'évalue pas les élèves en leur donnant des notes; on note plutôt le niveau d'acquisition de la notion (A: acquis, ECA : en cours d'acquisition, NA; non acquis) .

    En plus de ça il y a vraiment un courant qui est en train de se créer, surtout à travers les nouvelles recrues de l'enseignement; et on tend de plus en plus à s'adapter aux élèves et à leurs différences face aux apprentissages (dans le milieu on appelle ça la "différenciation", ça veut dire que même si on travaille la même notion (puisqu'il y a quand même des programmes à respecter) on va avoir une approche différente selon les élèves (exercices différents, plus de temps etc...)

    Pour ce qui est de l'évaluation, pour ma part je pratique l'évaluation formative, c'est une sorte de contrôle continu en fait ; au lieu de donner une évaluation le même jour à tous mes élèves, j'analyse leurs résultats aux exercices que l'on fait en classe et quand j'estime que l'élève a compris la notion je note "acquis" en face de la notion correspondante sur son livret scolaire. Cela permet à chaque élève d'aller à son rythme.

    Bon ça c'est l'idéal mais franchement ça demande un travail énorme et nous n'avons pas toujours les moyens ni le temps de fonctionner de cette façon . J'ai une classe de 3 niveaux: CE2, CM1, CM2 donc je dois de toute façon différencier mais il ne faut pas compter ses heures ... Je comprend que certains collègues puissent être découragés face à l'ampleur de la tâche , surtout vu le manque de considération et de reconnaissance dont souffre la profession (toujours en vacances ... etc....) C'est le problème du "travail invisible" de préparation de la classe, de correction, de recherches .... qui est à rajouter au temps de présence devant les élèves.
     
    LiGie, Grumpy Bunny, Songi songi et 12 autres ont BigUpé ce message.
  3. Manhole

    Manhole
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    J'aurais plein de choses à dire en tant que prof de collège (en particulier sur le paragraphe sur Najat... Gros lol quoi). Mais juste euh... Et demander aux profs avant d'écrire ce genre d'article ? Oui ? Non ? Parce qu'on est déjà beaucoup a faire l'évaluation par compétences (le réforme l'impose de toute façon vu qu'il n'y a plus de contrôle continu pour le brevet mais une évaluation par... Compétences!)
     
    Laverne, Eile, Hill Styx et 12 autres ont BigUpé ce message.
  4. Meligood

    Meligood
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    Grumph.

    Vive NVB ! Gloire à NVB !
    C'est un peu le résumé de tous les articles sur les enseignants-qui-sont-vraiment-des-gros-nullos-quand-même qui paraissent sur Madmoizelle... ça en devient presque lassant ^^. Et ce n'est pas hyyyyper bienvenue quand on voit comment notre ministre et le gouvernement nous chient allègrement dessus <3 (on n'a jamais été aussi épuisés après une première période dans les deux bahuts où je bosse. La mise en place de la réforme est horrible et beaucoup de tensions apparaissent dans les bahuts).

    L'évaluation par compétences se fait de plus en plus: dans un de mes bahuts, il n'y a plus du tout de notes et on n'évalue les élèves que par compétences. Bon, j'ai l'impression que c'est surtout une énorme machine à gaz et que c'est beaucoup moins précis que les notes.
    Les élèves se comparent entre eux en mode "moi j'ai partiellement atteint", "han moi j'ai atteint, t'es trop nul !", alors j'avoue que je ne vois pas vraiment le changement, mais bon.
    De mon côté, ça me demande beaucoup plus de travail mais ça c'est pas très grave... Et surtout j'ai repris la liste de compétences officielles et c'est un sacré gloubi-boulga: elles ne correspondent pas forcément à ce que j'évalue en classe.
    Je suis d'accord pour dire que l'école n'a pas vocation à humilier les élèves et je pense qu'à de rares exceptions, tous les profs essaient du mieux qu'ils peuvent de faire progresser les élèves.
    Je crois seulement que la solution n'est pas aussi simpliste que "si on supprime les notes, tout le monde sera heureux \o/". On est quand même loin de l'école des années 50 et de The Wall (Pink Floyd) aujourd'hui.
    Et je vous assure qu'à seulement 23 ans, l'École dans laquelle j'enseigne n'a déjà plus rien à voir avec celle où j'ai étudié.
     
    Kaus Australis, Grumpy Bunny, Songi songi et 26 autres ont BigUpé ce message.
  5. Manhole

    Manhole
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    @Meligood Chez nous aussi on est passé au "sans note" (bon après j'ai pas franchement eux le choix). Mais non en fait, j'ai dû les rêver ces heures de travail sur les compétences, d'ailleurs ce soir je ne suis pas du tout à me prendre la tête dessus (parce que oui, je ne mets pas "maîtrise fragile" ou "très bonne maîtrise" au hasard... Les profs sont étranges vraiment). Et Najat on est tellement méchant avec elle, la pauvre...
    Et nous on est tellement pas fatigué. La violence ne monte tellement pas dans les collèges... Ce genre d'article me met les nerfs. Si seulement on était venu trouver les profs qui sont sur le forum pour leur demander "vous évaluez par compétences ? Si oui, pourquoi, si non pourquoi ? Quelles sont les avantages ? Les inconvénients ?"... Mais non...
    Alors mon point de vu : il y a des élèves c'est bien pour eux, et pour d'autre c'est juste une catastrophe et une perte de repère. Pour certains c'est même autant, voir plus, dépriment que les notes : après trois exercices en orange à pas réussir à passer en jaune même avec des aides de toutes sortes, ça fait mal quand même...
     
    Songi songi, Dhakri, Allitché et 13 autres ont BigUpé ce message.
  6. Poppy&#39;p0p

    Poppy&#39;p0p
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    Moi non plus je n'était pas noté quand j'étais en maternelle/primaire (école tout à fait normal aussi) : on était évalué en terme de acquis ( = vert), en cours d'acquisition ( = orange) et non acquis ( = rouge).

    Et puis je suis arrivée au collège et le système des notes sur 20 était utilisé. Là beaucoup d'élèves protestait déjà contre ce système et moi je me disais (du haut de mes 12 ans) qu'ils faisaient quand même beaucoup de bruit pour rien. Je m'explique, de mon point de : pour chaque note il y a un exercice (que ce soit un problème de math, une expression écrite en français, une carte à remplir en géo, une explication de doc en SVT...) et pour chaque exercice une consigne avec des attendus explicites et implicites. Donc si je schématise un peu : pour moi un 20/20 voulait voulait dire que j'avais su trouver et répondre à tous les attendus, un 19/20 il me manquait un élément, un 18/20 deux éléments et ainsi de suite.

    J'avais donc intégré qu'une note était une évaluation d'un travail rendu à un moment, pas de ma compréhension globale de la notion (que d'ailleurs je me souciais de comprendre si je me rendais compte que c'était pas le cas, même si le contrôle était déjà passé) exemple assez bateau sur un devoir de math avec des opérations une fois j'ai écrit "3x6 = 10, bon bah au lieu d'avoir tous les points sur la suite de calcul j'en avais un en moins, et pour autant je n'ai pas remis en cause le fait que je sache compter. Et encore moins de ma personne.

    Quand j'étais élève cet attachement au note je le trouvais donc pas très intéressant. Mais maintenant que je suis lancée pour passer de l'autre côté de la barrière (oui je fais des études pour être professeur) je trouve cette guerre aux notes carrément gonflantes! Parce que, que des élèves ait besoin d'un accompagnement pour faire la différence entre une note, une sanction, une punition... et sache prendre du recul sur les notes c'est une chose que je conçois sans problème, je dirai même que c'est normal. Mais quand c'est des adultes ou presque qui ont ces réflexions je déprime carrément parce que ça veut dire que même en ayant passé a minima 7 ans au collège/lycée ils n'ont rien compris et voit toujours l'école comme ce grand méchant loup qui brime les pauvres petits enfants.

    Et c'est grâce à des réflexions comme celle-ci que le service public et l'éducation nationale est démonté petit à petit chaque jour. Et si j'avais un vœu, là tout de suite, ça serait que les gens arrêtent de se mêler de comment les profs devrait faire cours/noter les élèves... au prétexte qu'ils ont été élèves un jour! Parce que breaking news : professeur c'est un métier qui demande des études et des notions dont les élèves ne se rendent absolument pas compte (ce qui est bien normal puisqu'ils sont élèves et non apprentis professeurs). Alors avoir un avis et avoir le droit de l'exprimer c'est bien (et je soutiens la liberté d'expression) mais ça ne dispense pas de se renseigner avant de vouloir donner à tout bout de champ les impressions de sa petite personne!
     
    PeuhL, Lou-A., Nanouchoou et 25 autres ont BigUpé ce message.
  7. Gingermind

    Gingermind
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    Je fais des apparitions fugaces quand les planètes sont alignées

    Je ne vois pas en quoi les autres systèmes avancés ne sont pas des notations... On rebat les mêmes cartes et on recommence finalement.

    J'ai connu plusieurs systèmes : les notes sur 20, les TB/B/AB, les Acquis/EnVoied'Aquisition.NonAquis, les verte/orange/rouge
    Et ça n'a jamais empêché la comparaison ou compétition entre les élèves et donc l'anxieté par rapport aux notes.
    Les "oh non je n'ai pas la moyenne !" devenaient juste :
    "olala J'ai que des EVA, j'arrive jamais à avoir des A" ou
    "Moi ça va j'ai que des verts et seulement 3 orange sur mon bulletin"
    Le système des ceintures de judo, je ne connaissais pas mais bon, j'imagine le même genre... ("J'ai mes ceintures dans toutes les matière !" "pfff, pas moi, mes parents vont me tuer")

    Je pense que ça dépend plus du rapport à l'erreur des individus (les élèves, les parents et les profs) que du système utilisé. Tu peux très bien vivre un 2/20, ça dépend de la façon dont tu le perçois, dont ton instituteur te le présente et de comment tes parents y réagissent.
    J'en avais parlé ici :
    http://www.madmoizelle.com/premiere-fois-mauvaise-note-161129
     
    PeuhL, Bananou, Lou-A. et 26 autres ont BigUpé ce message.
  8. Eliantha

    Eliantha
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    Books & Tea

    Comme d'autres madz du topic l'ont déjà souligné, l'article manque de précision, puisque la réforme nous impose en effet d'évaluer un niveau de maîtrise des différentes compétences du socle commun. Il y a quatre paliers: maîtrise insuffisante, maîtrise fragile, maîtrise satisfaisante, et très bonne maîtrise.

    Personnellement, à l'instar de mes collègues, je suis un peu dubitative concernant ce nouveau système... Et ce, pour plusieurs raisons:
    - La première est d'ordre pratique: le livret scolaire informatique que nous sommes censés utiliser pour évaluer les compétences, et qui nous avait été promis pour la rentrée, n'existe toujours pas. Nous ne sommes donc pas en possession des intitulés précis des compétences à évaluer. Certains de mes collègues utilisent encore l'ancien système de compétences (car oui, il en existait déjà un avant la fameuse réforme!), mais les inspecteurs nous ont assurés qu'il serait bientôt obsolète et du coup, toutes les évaluations faites depuis le début de l'année scolaire ne correspondront pas aux nouvelles compétences du socle. Bref, c'est bien beau de nous demander d'appliquer une nouvelle méthode, mais sans nous donner les outils pour le faire, c'est un peu compliqué.
    - La seconde tient plutôt de la logique: il faut en effet savoir que les compétences seront, à l'issue, traduite en notes. Oui oui, vous m'avez bien lue... On supprime les notes, mais on traduit les compétences en notes. Du coup, quel est l'intérêt de noter par compétences? Mystère...

    Je ne défends pas à tout prix la note, je suis persuadée qu'il y a d'autres manières tout à fait pertinentes d'évaluer. Mais le système que l'on nous propose actuellement est à la fois incomplet et absurde, personne ne sait comment s'y prendre, les inspecteurs ne répondent pas à nos questions, et nous sommes tous un peu perdus.

    J'ajouterai à cela que les notes sont souvent perçues comme arbitraires, comme un simple chiffre dont l'élève ne connaîtrait pas la raison d'être... Mais tous les professeurs que je connais, moi y compris, élaborent des grilles détaillées qui précisent le nombre de points accordés à chaque critère d'évaluation, ce qui fait qu'un élève qui relit bien sa copie peut parfaitement comprendre pourquoi il a obtenu cette note.
    Par exemple, si je prends la dernière grille que j'ai faite en expression écrite, cela donne:
    - Mon récit est cohérent, crédible: 4 points
    - J’ai bien employé les temps du passé (imparfait et passé simple): 3 points
    - Mon orthographe et ma syntaxe sont corrects : 3 points
    - Mon vocabulaire est varié, je n’ai pas trop fait de répétitions : 2 points
    - J’ai progressé entre mon brouillon et ma version définitive: 3 points
    - Mon récit est riche et intéressant : 5 points
    Attention, je ne prétends en aucun cas que les grilles de ce genre soient merveilleuses et parfaites, mais on est tout de même loin de la note inexpliquée qui tombe comme un couperet!... On prend tout de même soin de détailler afin que l'élève puisse savoir ce qu'il faudra améliorer la prochaine fois.

    Pour conclure, je dirais que la plupart des enseignants que je côtoie sont tout à fait partants pour évaluer différemment, tester d'autres méthodes et faire des choses nouvelles, mais pour le faire, il nous faudrait un discours clair de l'éducation nationale (au lieu des réponses au mieux évasives de l'inspection...), une formation correcte, et des outils qui fonctionnent! Pour l'instant, l'absence de tout cela entrave considérablement les innovations... :erf:
     
    Laverne, Lou-A., Kaus Australis et 18 autres ont BigUpé ce message.
  9. Vespertina

    Vespertina
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    Je suis de celles que la muse habite.

    En fait, en lisant l'article, j'ai un peu eu l'impression que le titre était trompeur sur le contenu. Puisqu'en fait, il me semble que c'est plus un système éducationnel auquel la personne a fait face qui est critiqué plutôt que les notes. Enfin c'est du moins ma perception, parce que, pour moi, ce ne sont pas non plus les notes qui ont été les vraies responsables de ces mauvaises expériences.
    Je suis bien d'accord sur le fait que tout limiter à des notes (alors que l'expérience, la motivation, ce genre de choses auraient pu être intéressantes à considérer pour entrer dans une école dans le cas de Lise, par exemple) c'est pas très productif. Mais est-ce que les autres systèmes empêcheraient vraiment ce genre de pratique ? Je suis pas sûre.

    Dans mon cas, je parle juste en tant qu'élève. Je suis dans une école (enseignement professionnel, en gros) où on a des notes (en pourcentages, mais ça reste la même idée qu'un XX/20), ainsi que des enseignant-es qui nous épaulent bien, qui n'instaurent pas d'esprit de compétition (je dis pas que ça arrive souvent, hein, mais ça peut exister - genre dans ma classe de CE1 :lunette:), qui sont pédagogues, disponibles, tout ça. Et, sans surprise, bah on redoute pas de voir nos notes. On connait le barème des travaux à l'avance (donc quels critères sont évalués, et quels sont ceux mis en avant), en général on est quand même capable de savoir nous-mêmes si on peut les remplir ou non avant de recevoir la note, selon la quantité de travail qu'on a fourni. Même si on a toujours accès à la moyenne du reste de la classe (le miracle des nouvelles technologies), je trouve pas ça décourageant, parce qu'en général, si je vois que je suis en dessous, je sais pourquoi (en général : manque d'investissement et de motivation), et si je suis au dessus aussi (j'avais un bon planning, j'ai beaucoup travaillé dessus, ...). Et (selon les enseignant-es aussi, je dis pas qu'iels sont tous parfait-es :lunette:) on a le droit à des commentaires qui viennent bien expliciter la note donnée.
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    Bref, c'est vrai qu'à une époque, dans ma prime jeunesse mon adolescence, quand j'entendais parler d'abolir les notes, je me disais que c'était une bonne idée. Mais, aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que si j'ai pu considéré de façon négative les notes, c'est parce que j'ai souvent fait face à un système comparatif entre élèves (du style les personnes en maths, ta matière point faible, qui te demandent quelle note t'as eu au contrôle parce qu'elles savent que, même si la leur est pas terrible, la tienne sera pire donc elles pourront se consoler avec ça... et même, comme évoqué plus haut, l'enseignant qui nous classait par ordre croissant de notes lors de la remise des contrôles :eh:), ou encore à de nombreuses fois où je me retrouvais juste avec une note sans rien d'autre à côté, du style commentaire (parce qu'un 13/20, ok, mais encore ?).

    Ce qui pourrait être bien (peut-être), c'est un article présentant l'avis d'une personne faisant partie du corps enseignant ? En plus ça serait vraiment très pertinent d'avoir l'avis des personnes de "l'autre côté de la barrière" sur l'éducation :happy:
     
    Kaus Australis, Lord Griffith, zazouyeah et 14 autres ont BigUpé ce message.
  10. ElizaBennet

    ElizaBennet
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    J'ai vraiment du mal à intervenir sur les articles "éducation" de Madmoizelle, tant je les trouve orientés vers une critique systématique de l'école publique et de ses principaux acteurs, à savoir élèves et professeurs... Je finis par me dire que chaque intervention d'un enseignant du public va passer pour du corporatisme bête et méchant.

    Si l'on ne prend que le début de cet article :
    - déjà, l'image choisie : un travail écrit où rien n'est souligné, sans aucune annotation ... mais sanctionné par un 6/20 lapidaire, écrit en rouge, sans commentaire ... Arbitraire et traumatisant, en somme. Effectivement, si noter c'est ça, "les notes ça craint".

    - puis les premières lignes de l'article :
    "Comme beaucoup de gens, j’ai très mal vécu ma scolarité au collège et au lycée. Certains professeurs me trouvaient un peu stupide, me parlaient lentement avec la tête penchée comme si j’étais un cas désespéré."
    Donc, la scolarité de "beaucoup de gens" est "très mal vécue" dans le système public, notamment parce que "certains professeurs" prennent leurs élèves pour des débiles finis. Euh, c'est un témoignage personnel comme l'annonce l'introduction, ou une généralité?

    Finalement, quand on lit l'article, on retrouve ce que je reproche aux derniers "articles éducation" :
    - toujours le point de vue d'un élève / ancien élève, avec l'argument : "on ne m'a jamais donné la parole dans ce système étouffant, et aujourd'hui j'ai suffisamment de recul pour pouvoir dire que l'école publique est ... "
    En fait, et c'est bien le problème des questions d'éducation, tout le monde y va de son avis parce qu'il a un jour été élève, mais aucun tri n'est opéré, de sorte que le témoignage de n'importe qui peut finalement passer pour une analyse valable du système éducatif français et de ses problèmes.
    Attention, je n'ai absolument pas dit que ces témoignages n'avaient pas droit d'exister ! J'essaie juste d'expliquer pourquoi les enseignants ont l'impression de s'en prendre plein la figure, de tous les côtés, par n'importe qui : élèves, parents, journalistes, ministre (^^), gens lambdas dans la rue... Tout le monde s'arroge le droit de juger notre métier, et souvent de façon sévère : harcèlement, incompréhension, manque d'écoute, fainéantise et j'en passe.

    - la promotion de systèmes alternatifs, comme Montessori ou Steiner, très à la mode aujourd'hui, et dont les fonctionnements font dire à la plupart des gens : mais enfin pourquoi l'école publique n'est pas comme ça ?
    Une des raisons est assez évidente, et elle n'est pourtant quasiment jamais mentionnée dans les témoignages, car ils proviennent d'élèves, et non de ceux chargés d'organiser et de financer ces écoles : ces systèmes coûtent très cher.
    Bien sûr, on aimerait tous avoir des classes à 12 élèves, beaucoup de matériel, la possibilité de faire plein de sorties... Si l'on veut étendre cela à tous les élèves, à toute la France, imaginez le budget ! Ou alors, on fait payer les parents, et c'est ce qui se passe aujourd'hui, puisque le public de ces écoles alternatives est un public privilégié pour la majorité.

    Dans l'école publique, quand vous voulez un rideau dans votre salle de cours, on vous répond "Non, on n'a pas le budget.". On comprend tout de suite mieux pourquoi on a 30 élèves par classe. Et à côté de ça, le Ministère promet des tablettes à tous les élèves, à grand renfort de com'. Super, c'est la vraie priorité de l'école publique :stare:

    - dans les derniers articles, collège et lycée riment avec harcèlement, à tel point qu'on a l'impression que les élèves du public sont des ptits cons ou des monstres, et que les quelques moutons noirs ne trouvent leur épanouissement que lorsqu'ils ont fui l'Education nationale (pensez à la promotion récente de l'école à domicile).
    Oui, le harcèlement scolaire est une douloureuse réalité, mais pitié, ne résumez pas l'école publique à cela !

    - Quant à l'hommage peu discret rendu à notre Ministre en fin d'article, et qui ne s'appuie que sur sa com' bien huilée... No comment, ça vaut mieux.

    ***
    Alors oui, j'ai écrit un pavé qui n'aborde même pas encore la question des notes, mais c'est justement parce qu'il me semble que cet article est avant tout une critique virulente de l'école publique, plutôt qu'une réflexion autour de l'évaluation.

    Concernant les notes :
    1) Comme beaucoup l'ont déjà fait remarquer, on nous incite de plus en plus à supprimer les notes, ou en tout cas à passer à un système d'évaluation par compétences. Les devoirs en classe doivent présenter un barème détaillant les compétences censées être atteintes, et que l'élève a normalement acquises durant les heures de cours.
    Donc le coup du 6/20 balancé en fin de copie, sans aucune remarque = bonjour le cliché ! Je ne dis pas que ça n'existe plus, mais enfin c'est vraiment du mépris pour le travail et l'implication de la majorité des enseignants.

    2) L'autre grand chantier concerne la "pédagogie différenciée", c'est-à-dire la prise de conscience de la différence entre les élèves : on ne doit pas chercher à faire atteindre le même niveau à tous les élèves en même temps, il faut prendre en compte le parcours et le profil de chacun.
    Et c'est là que le bât blesse : vous l'imaginez comment, la pédagogie différenciée, quand vous êtes un seul enseignant pour 30 élèves ? On fait quoi, on se coupe en 30 ? On prépare pour chaque heure 30 cours et 30 contrôles différents ?
    Notre Ministre a longuement fait la promotion des heures d'"aide individualisée" mises en place par la réforme du collège, mais elle n'a pas tout expliqué : ces heures se font...en classe entière ! Elles peuvent se faire en demi-groupes, ou avec plusieurs professeurs, si l'établissement trouve les sous pour payer ces heures et ce personnel supplémentaire...Ah, toujours l'argent ! Autant dire que la majorité des heures d'aide personnalisée se font en classe entière, avec un seul enseignant pour 25 à 30 élèves. Donc, enseignement personnalisé dans le public = en classe entière, faute de moyens. Et si ça ne marche pas, on pourra toujours rejeter la faute sur ces enseignants pas assez volontaires. C'est vrai quoi, on pourrait couper chaque classe en 4 groupes et faire les heures supplémentaires bénévolement !
    Enseignant, le seul métier que tu n'es pas censé faire pour de l'argent, dixit NVB. Par contre, je doute que son travail de Ministre soit bénévole...

    3) Un système boîteux, qui nous fait travailler deux fois plus pour faire comme avant
    Oui, un grand nombre d'écoles primaires ne travaille plus avec des notes. Le collège commence à s'y mettre, le lycée y sera bien forcé à son tour. Pourtant, le Bac reste le sésame pour accéder aux études supérieures...En somme, des examens avec des notes sur 20. :mur:
    On aboutit alors à cette situation ubuesque où on nous demande d'évaluer selon un certain système (couleurs, acquis/ en cours d'acquisition/non acquis, ceintures, etc.) , mais on rétablit quand même les notes à la fin. Donc, un double travail pour les enseignants ; des élèves (et des parents !) qui demandent toujours à quelle note chiffrée correspond tel ou tel résultat non chiffré.

    4) La culture de la note
    Comme l'ont dit certaines Madz au-dessus, changer le paradigme ne change pas nos réflexes, et les élèves continuent d'être obsédés par la comparaison avec autrui. Ils veulent savoir où se situer par rapport à la classe. C'est une attitude encouragée par les parents, et par la société tout entière, dans tous les domaines. Il faut être performant, montrer qu'on a obtenu des résultats : maintenant, même quand on fait son jogging du dimanche, on ressent le besoin d'afficher sur Facebook ou Instagram les kilomètres parcourus et le temps qu'on a mis ...
    Certes, le changement peut commencer à l'école, mais c'est à l'échelle de la société tout entière que le changement de modèle doit avoir lieu. L'école publique ne peut pas être responsable de tous les maux, alors stop aux jugements à l'empote-pièce de la part de M. Tout-le-monde.

    ***
    Conclusion pour ma part : oui, il y a plein de bonnes choses dans les systèmes alternatifs type Montessori ou Steiner, mais on ne pourra jamais les mettre en place sans moyens financiers, avant même de penser pédagogie. Sinon, cela restera réservé aux privilégiés.
    Quant aux notes, Madmoizelle devrait se renseigner davantage sur ce qui se pratique déjà dans l'école publique, où il y a certes encore beaucoup de choses à améliorer, mais où beaucoup s'investissent pour que ça aille mieux, et pour que la scolarité ne soit pas vécue comme des années de souffrance ou d'apprentissages absurdes...Ce qui vaut pour les élèves comme pour les professeurs. Nombreux sont ceux qui trouvent leur métier de plus en plus inutile, vidé de son sens, dévalorisant et dévalorisé. Les enseignants aussi vont mal, vous savez.
    Et par pitié, adressez-vous parfois aux enseignants et lâchez la com' de la Ministre !

    Bref, je m'arrête là et vais me faire une tisane :fleur:
     
    #10 ElizaBennet, 24 octobre 2016
    Dernière édition: 24 octobre 2016
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  11. Biscottine

    Biscottine
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    ET HOP !

    En lisant le titre j'ai pensé que la madz s'exprimant serait une enseignante qui serait contre les notes et qui expliquerait pourquoi, cet article n'apprend pas grand chose, surtout que le système de récompense peut aussi être mauvais, la jalousie et la notion de justice étant très développées chez les jeunes enfants, je me souviendrais toujours de cette professeure qui ne m'a pas donné mon bonbon de récompense quand j'ai eu 10/10 en dictée :goth:.

    Ce qui est embêtant ce n'est pas la note, mais les jugements de valeur que l'on fait derrière, que ça soit celleux qui ont donné la note, les parents de lea noté-e ou lea noté-e elle/lui-même.

    J'ai l'impression de lire le témoignage d'une personne à l'égo blessé par un numéro sur un bout de papier, se retrouvant pleine de jalousie envers une fille qui a été accepté juste parce qu'elle avait 14 moyenne, alors que cette fille, elle a quand même réussi un concours non ? Donc elle a quand même du mérite, pourquoi ne pas le reconnaître et la rabaisser ? :goth: En plus il est tout a fait possible que cette personne ne soit pas sentie spéciale alors qu'elle avait en fait un bon dossier :dunno:. Elle a arrêté l'école, mais peut être simplement parce que ça ne correspondait pas à ses attentes plutôt qu'à un manque d'intérêt ? :erf: Et puis maintenant, pourquoi revenir sur ça, alors que tu es dans le métier ? :erf:
     
    #11 Biscottine, 24 octobre 2016
    Dernière édition: 24 octobre 2016
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  12. LadyMarianne

    LadyMarianne
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    Bon, je vois que je ne suis pas la seule à avoir ressenti un petit malaise en lisant ce témoignage...
    Je ne vais pas revenir sur tout ce qui a été dit par mes collègues (notamment sur la généralisation abusive du début du témoignage), mais je veux juste évoquer deux points.
    Le système scolaire français est plein de travers, et je suis la première à le dire, mais :
    1) Considérer que les notes sont le problème principal, pour moi c'est ne voir que la moitié du problème. Remplacer les notes par des couleurs / ceintures / smileys ou que sais-je, okay très bien mais le gamin qui est en échec reste en échec. Avoir seulement des points rouges ou des smileys pas contents, ça reste pas hyper feel good. C'est ça le vrai problème, le sentiment d'échec à l'école, quelle que soit la façon dont il est exprimé par l'institution.
    2) Je suis également un peu fatiguée de la tournure de tous les "articles" traitant d'éducation sur Mad : il y a énormément de profs des écoles / collège / lycée qui commentent & font part de leur expérience : pourquoi ne pas leur donner la parole ? Parce que bon, c'est intéressant les témoignages d'anciens élèves, mais ça reste des témoignages d'anciens élèves. Qui n'ont qu'une expérience individuelle et aucune "expertise" pour en parler. Les choses changent dans les écoles : comme ç'a été dit, notre façon d'enseigner n'est déjà plus la même que celle que nous avons connue en tant qu'élève, même quand on est dans la 20aine. Il y a y un nombre énorme de profs, dans les établissements publics ou privés, qui se creusent la cervelle, essaient de naviguer entre les exigences contradictoires des parents / de la société / de la ministre (elle est tellement géniale qu'elle nous a sorti une réforme exigeant beaucoup plus de travail en équipe sans aucune revalorisation, merci NVB !), et leur volonté de faire au mieux pour leurs élèves. Alors oui, il y a des profs cons, qui traitent leurs élèves comme des idiots, mais il n'y a pas que ça, et ça pourrait être bien, pour une fois, de mettre la lumière sur ceux qui font correctement leur boulot, ne comptent pas leurs heures, organisent des sorties/voyages/concours ou que sais-je sans jamais recevoir de "merci" (à défaut d'une prime, mais ça on a compris que c'est pas pour maintenant), et ne voient dans les médias qu'une image de glandeur qui aime humilier ses élèves et prend plaisir à mettre des 3/20.
    Parce que là, clairement, ça n'encourage pas les profs qui essaient de rendre le système meilleur : on nous renvoie toujours à la face les même clichés, les mêmes rengaines, quoi qu'on puisse faire.
     
    Bananou, Laverne, Lou-A. et 30 autres ont BigUpé ce message.
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