PUTAIN DE CHOMAGE

Sujet dans 'Blabla Général' lancé par Diana Prince, le 28 mai 2015.

  1. Diana Prince

    Diana Prince
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    Bon, il paraît que chez Madmoizelle, on peut raconter ce qu'on veut et partager ses coups de gueule. Donc voilà, aujourd'hui j'en ai vraiment marre et j'ai envie (besoin?) de le dire.

    Accrochez vous, ça risque être long. (Notez que je ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, je veux juste raconter mon ras-le-bol).

    Hier je me rends à un entretien d'embauche. L'offre d'emploi à laquelle j'ai répondu est banale: dans le cadre d'une ouverture de magasin, CDD de 3 semaines, 35h, smic, évolution probable en CDI. Je me fous un peu du cdi (dans la mesure où tout le monde te le promet mais tu n'en vois jamais la couleur) car au chômage depuis 10 mois et ayant vraiment des difficultés financières, le salaire de 3 semaines de 35 h me permettrait de mettre un peu d'argent de côté pour payer les trucs sympas qui arrivent dès la rentrée ( taxe d'habitation et bois pour se chauffer cet hiver). Bref je ne me fais pas d'illusion, ne suis pas trop exigeante. Mon truc en ce moment c'est «prends ce qu'il y a à prendre, ça s'arrangera bien un jour». Je suis devenue patiente, j'ai revue toutes mes exigences à la baisse et commence à accepter l'idée que mon épanouissement ne passera peut être jamais par le travail. C'est non sans mal que j'ai accepté cette situation, mais il faut parfois se faire une raison: Je recherchais dorénavant ce qu'on appelle un job alimentaire.

    Après avoir répondu à cette annonce, une chargée de recrutement m'appelle ; mon CV l’intéresse et elle veut en savoir plus sur moi. Elle va droit au but: elle a besoin de 8 personnes pour la mise en place de son magasin. Au moment de l'ouverture elle ne gardera que les plus efficaces. Combien?elle ne sait pas.Tout dépendra de la fréquentation. Elle m'affirme par contre qu'il s'agira de contrat en temps plein, sur plusieurs mois.
    Ayant de l’expérience dans le management, elle me demande à plusieurs reprises si je suis encore intéressée par l'encadrement d'équipe, laissant entendre que je pourrais prétendre à un poste plus intéressant que celui pour lequel j'ai postulé. Elle me demande gentiment si je peux me libérer. Oh que oui je peux ! Rdv est donc pris à 8h30 au pôle emploi dont je dépends.Me voilà contente, remotivée! c'est peut être pas le job de ma vie, mais une autre perspective s'ouvre à moi, je commence à m'imaginer avoir un vrai salaire pendant quelques temps...Quelle folie!

    Mais ma motivation se casse rapidement la gueule. Arrivée au pôle emploi, je vois une trentaine de personne agglutinées à l'accueil, et je comprends vite qu'ils sont tous la pour la même chose que moi. Après avoir coché nos noms sur une liste, un agent pole emploi nous fait monter dans une salle de réunion où nous attendent 2 personnes; Et oui la charmante personne que j'ai eu au téléphone est accompagnée d'un monsieur qui nous explique le fonctionnement de l'entreprise et ce qu'il attend de nous. En moins de 10 minutes, il nous raconte une journée type, puis fait circuler un formulaire pour inscrire nos noms afin d'organiser les entretiens individuels. Je vois avec horreurs que ceux ci s'étalent jusqu’à 15h... Pourquoi ne pas m'avoir prévenu qu'il fallait prévoir sa journée? Parce-que me voilà bien embêtée, on est mercredi, et j'ai un fiston à aller chercher à l'école à midi moi! Je me permets donc de dire que j'ai un impératif. On me regarde de travers, mais c'est bon, je passerai à 11h15, sachant qu'un entretien «n’excède pas 15 minutes», je suis sauvée.

    On nous fait quitter la pièce à 9h15 , chacun attendant maintenant son tour.

    En patientant je m'amuse à compter mes « concurrents» : 22 femmes, 5 hommes. Les gens commencent à discuter et je laisse traîner mes oreilles.On ne leur aurait pas tous dit la même chose, certains ayant été prévenu qu'il fallait prévoir la journée, d'autres comme moi assurent ne pas avoir été avertis; quelques uns disent qu'on leur a parlé de temps partiels, d'autres de CDI garantis. Bref personnes n'a les mêmes infos, alors que nous avons tous été contactés par la même personne. Ça sent pas bon cette affaire...

    En attendant notre tour, un petit groupe de filles se forme et chacune raconte un bout de sa vie. Je suis hyper attristée par les histoires des unes et des autres. De tous âges, aucune n'a de stabilité, elles vont de petits contrats en petits contrats, en interim, mi temps ou cdd. Une raconte qu'à presque 50 ans elle a dû vendre sa maison pour reprendre un appartement plus petit en location parce qu’elle ne s'en sortait plus. Une autre a monté un dossier de surendettement et est repartie vivre chez ses parents avec son fils, parce que sans permis et vivant à la campagne, impossible de trouver du boulot (et sans boulot, pas moyen de se payer le permis). Une autre dit qu'elle a honte de n'avoir jamais amené ses enfants en vacances, ou que parfois elle doit faire avec 30 euros par semaine pour remplir son frigo... Mais elles ne se plaignent pas, à croire que la précarité est une fatalité. Elles ont compris que cette offre d'emploi n'étaient pas l'eldorado, mais tant pis, au moins «ça prolonge les droits au chômage».

    Et en passant mon entretien, j'ai compris qu'elles avaient raison. En 10 minutes, on m'explique que finalement l'équipe encadrante a été recrutée en interne (ben oui c'est ça les grands groupes) et qu'ils craignent que mon expérience dans le management ne m'empêche de m'adapter à un poste de «simple employée» et de ce fait que je ne sois pas en mesure de respecter ma hiérarchie. J'essaie de les convaincre du contraire mais à priori ils ont déjà pris leur décision à mon sujet. De toute façon, ils me font comprendre qu'ils ne «garderont à priori personne»à l'issu des 3 semaines... ils cherchent seulement des gens corvéables à merci, pour les faire bosser comme des larbins avant l'ouverture.

    J'ai l'impression d'avoir été hyper naïve et de m'être fait avoir.
    J'en ai marre de m'entendre dire «vous êtes trop/pas assez compétente», que le fait d'avoir un enfant soit devenu un handicap dans ma recherche d'emploi. Marre que mes choix ne soient pas compris par les recruteurs; oui j'ai pris deux ans de congé parental, parce que je le voulais vraiment, j'ai ensuite repris un poste à responsabilités en restauration où je bossais 7j/7, environ 15h par jour. Quand la boîte a fermé je me suis dit plus jamais ça, je veux voir mon gosse grandir! Ça ne fait pas de moi une feignasse sur qui on ne peut pas compter . Et pourtant hier, on m'a encore posé LA question. Pourquoi ne pas avoir continuer ? « Parce que ce n'était pas compatible avec une vie de famille telle que je la conçois. » Petit sourire et même réponse : « vous savez chez nous il faut savoir être disponible, on demande une grande flexibilité … » je le sais bon sang, je n'irais pas postuler dans le commerce sinon ! Je dis seulement que je veux un jour de repos par semaine, c'est trop demander ?


    Comme vous pouvez le voir, je suis en colère, blasée, ecoeurée. Je trouve qu'on vit dans un drôle de monde et la société dans laquelle j'évolue me fait peur. J’espère avoir été assez claire, parce que c'est pas facile d'essayer d'expliquer des émotions pareils.
    Mais je m’arrête la, j'aurais encore tellement (trop) à dire.

    Merci si vous m'avez lu et chapeau si vous m'avez comprise.
     
    elyana, Candice452, Vic Beretton et 21 autres ont BigUpé ce message.
  2. zaytoun

    zaytoun
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    Moi je suis étudiante et j'ai un job étudiant et je ne connais pas tous ces problèmes... Mais ton message m'a noué la gorge et je voulais t'envoyer plein de soutien.
    Un jour, on changera de système économique pour passer à un modèle plus humain... En attendant, je te souhaite beaucoup de courage ! Et j'admire tous les gens qui comme toi galèrent et essayent de s'en sortir, surtout avec les enfants..
    Bref, tu as bien fait de te lâcher ici, c'est normal d'en avoir marre.
    Plein d'amour.
     
    Lord Griffith a BigUpé ce message
  3. Maud Kennedy

    Maud Kennedy
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    Comme je te comprends... Bon courage à toi pour ta recherche.
     
  4. Primula

    Primula
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    Courage @Diana Prince ! :fleur:
    Qu'ils ne viennent pas culpabiliser les chômeurs derrière, à dire qu'il y a des profiteurs et plein de postes non-pourvus... Quand on entend une histoire pareille, on dirait vraiment qu'on cherche à désespérer les gens au maximum...
    Tiens bon, j'espère que tu trouveras vite quelque chose !

    (et le passage "comme vous avez de l'expérience, vous allez vouloir plus que ce que l'on vous donne et donc vous ne resterez pas à votre place, celle d'un petit mouton docile", non mais WHAT ? :eh: A vomir, vraiment.)
     
    Candice452, Pinceau_, Lord Griffith et 2 autres ont BigUpé ce message.
  5. Diana Prince

    Diana Prince
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    @erikazaytoun Mille mercis pour ton soutien. Et oui il est grand temps de revoir les choses de manière plus humaine parce que l'écart entre les plus précaires et les plus riches se creusent de plus en plus, c'est limite flippant. Plein d'amour à toi aussi!!!!

    @akii Plein de courage à ton chéri, je sais à quel point c'est difficile d'être malheureux dans son job; en plus on ne peut trop rien dire sinon on a droit à "oh te plains pas, au moins t'as du boulot et par les temps qui courent c'est rare". On est coincé entre son épanouissement et les besoins matériels, je suis peut être idéaliste mais je voudrais pas avoir à choisir moi... Concernant nos politiques, j'ai peu d'espoir qu'ils réagissent. Si ils se souciaient d'autre chose que leurs mandats, on le saurait...
     
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  6. olaflor

    olaflor
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    High risk=high reward

    Je suis en fin d'études et j'attaque le marché du travail fin août. J'ai peur...
     
  7. Diana Prince

    Diana Prince
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    @Midy tu etudies quoi ?
     
  8. olaflor

    olaflor
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    High risk=high reward

    @Diana Prince j'ai quasi fini mon bachelor en commerce international & management (M1) mais mon entrée sur le marché du travail sera forcée vu qu'on m'a refusée la plupart de mes masters 2.Et j'ai pas l'impression que c'est en France que je vais trouver un travail en rapport avec mes études vu qu'un M1 c'est comme avoir que le bac en France. Alors que j'ai fait mes études au Pays-bas, des stages au Canada & en Afrique du sud. Je parle anglais & espagnol mais bon c'est pas assez on dirait. Du coup je pense rester au Pays-bas à la rentrée... Je vous dirai si c'est plus simple de ce côté...
     
    Candice452 et Vic Beretton ont BigUpé.
  9. ptitbiscuit

    ptitbiscuit
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    Ah, le chomâge, ce fléau :)
    Je compatis de tout mon coeur, car je viens de finir mes études (en design, c'est bien bouché) et je suis sans activités depuis le mois de Février. Après avoir commencé dans mon secteur sans grand succès, (j'en ai eu un peu marre des réponses négatives, ou même de n'avoir jamais de réponses, et des gens désagréables quand je les relancais au tel) je me suis dit que j'allais quand même me trouver un job alimentaire, pour me faire des sous et avoir une activité. Bin oui, moi au chomage, je vois personne, mes amis bossent et je me fais chier.

    Mais même pour un job alimentaire, c'est la galère. Je crois que pour un poste tu as 50 candidatures. On trouve toujours un truc qui va pas "Vous voulez travailler dans un pressing, mais vous avez fait cinq ans d'études, vous êtes trop diplomée vous comprenez" "Oui on recherche quelqu'un mais avec 6 mois d'expérience dans le ménage"

    Forcément au bout d'un moment on se pose des questions sur soi, sur ce qu'on fait de pas bien, on se dit que c'est notre faute. Mais je pense que non. J'ai sondé autour de moi et beaucoup de gens sont dans le même cas, à enchainer les CDD précaires.

    Bref, moi, je vais m'expatrier voir si c'est mieux chez nos amis les Anglais :)
     
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  10. laureth sulfate

    laureth sulfate
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    ambivalente

    Je suis encore étudiante mais je connais un peu cette situation de galère : ma mère n'a signé son premier CDI qu'a 44 ans, avant ça elle à cumulé les petits boulots et les périodes de chômage (elle est diplômée pourtant, mais les aléas de la vie, toussa...). Ca me fait peur de savoir que je pourrais vivre ça un jour aussi.

    En tout cas courage les filles :fleur: (et persévérez !)
     
    #11 laureth sulfate, 24 juillet 2015
    Dernière édition: 24 juillet 2015
  11. Christouille

    Christouille
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    "Si tu cherches encore cette personne qui va changer ta vie, regarde-toi dans le miroir."

    Courage les filles ! J'aurai peut-être aussi à faire face à cette situation bientôt & cela m'effraie, en attendant je vois beaucoup de gens dans votre situation (et cela m'effraie encore plus).

    Je crois que l'un des problèmes fondamentales de notre société... c'est le travail. Ou plutôt la valeur exagérée qu'on lui donne. Si tu ne travailles pas c'est que tu es une feignasse qui ne cherche pas vraiment, un assisté, et au contraire si tu travailles certains vont encore réussir à te le reprocher si un jour tu as le malheur de faire savoir que tu te trouves pas assez payé pour les missions que tu fais.
    "Oui mais toi au moins, t'as un travail."
    Certes, mais est-ce une raison pour se laisser honteusement exploité ?
    Je ne parle même pas des gens qui te taxent d'ambitieux ou de carriériste sous prétexte que tu fais quelques heures supp' pour essayer d'obtenir une promotion ou une augmentation.

    Et si au bord du burn-out tu décides un jour de tout plaquer pour préserver ta santé, c'est le lynchage public.

    "T'avais la chance d'avoir un travail, pourquoi t'as lâché, fallait t'accrocher", "on a rien sans rien dans la vie", et autres remarques sympathiques.

    En résumé, notre malheur c'est d'être une société de travailleurs sans travail. Pour tout ça (entre autres), je suis favorable au concept du "revenu de base". Aucun être humain ne devrait être jugé sur sa profession (ou son absence), quand tant d’éléments ne dépendent pas de notre volonté sur ce plan là.

    Mais ce qui m’insupporte le plus, c’est que pour beaucoup la valeur d’un homme se mesure principalement –si ce n’est exclusivement- à l’aune du métier qu’il exerce. Comme si le travail seul pouvait nous rendre intéressant et qu’il n’existait aucun autre moyen de s’épanouir. Si certains se satisfont de 600 euros par mois et d’une vie à la maison, ou de bénévolat dans des associations, sans travail salarial derrière, je ne vois pas en quoi nous serions légitimes à les blâmer. A chacun sa voie.

    En attendant l'évolution des mentalités sur ce point, c'est sur qu'on est pas vernis par le marché du travail lui-même....

    Tenez bon tous•toutes :calin:
     
    olaflor, Candice452, Diana Prince et 6 autres ont BigUpé ce message.
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