Sur ma route j'ai rencontré...

Sujet dans 'Voyages & Villes du Monde' lancé par Tessy, le 24 août 2014.

  1. Tessy

    Tessy
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    Après avoir réalisé qu'un tel topic manquait... (poke @leech et @nepsie)

    Le truc le plus sacrément cool qui puisse exister dans un voyage, ce qui fait qu'on s'en souviendra, ce qui fait qu'on a mieux fait de choper la crève en dormant dehors ou des puces dans cette auberge de jeunesse plutôt que de rester au chaud chez soi, c'est quand même les gens qu'on rencontre. Le temps d'une soirée, le temps d'un trajet, d'un petit dèj' dans le mcdo où vous avez échoué à votre arrivée à 6h du matin parce que c'était le seul endroit ouvert où vous pouviez trouver des toilettes propres et beaucoup de café...

    Venez nous raconter ces rencontres étonnantes, inspirantes, réconfortantes (comme ce type qui vous a offert un thé par moins 5 degrés et qui a au passage sauvé une ou deux de vos phalanges), et totalement inattendues (comme cette fille qui avait le siège à côté du votre dans le car et qui s'est avérée une personne assez passionnante pour que vous ne voyiez même pas passer les 12h de trajet).

    Qu'ils vous aient indiqué votre chemin, prise en stop, offert l'hospitalité pour la nuit, ou juste distraite en restant bavarder un moment, c'est ici l'endroit pour rendre hommage à ces illustres inconnus!
     
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  2. Tessy

    Tessy
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    J'hésitais pour choisir quelle anecdote j'allais raconter en premier, je pensais choper quelque chose qui datait de mes premiers voyages mais nous sommes le 24 août depuis 20 minutes, et c'est la journée de l'Indépendance de l'Ukraine, alors je me devais de faire un post hommage... Il sera surement complété par plein d'autres sur les gens que j'ai rencontrés en voyageant dans ce pays merveilleux.

    Tout commence en gare de Varsovie quand je vois se pointer un train bleu et jaune avec des trucs écrits en cyrillique; j'ai trouvé mon compartiment à grands renforts de gestes pour communiquer avec le contrôleur, et à l'entrée du compartiment, un type qui devait avoir la cinquantaine me sort une phrase totalement incompréhensible à mes oreilles, à laquelle je réponds (en russe) "je parle pas ukrainien". Il m'avait à vrai dire peut-être (surement) déjà parlé en russe, j'en avais pas la moindre idée :lol: mais par chance, sa fille était étudiante en langues, elle parlait donc assez bien anglais pour qu'on discute. En tendant bien l'oreille, j'ai réussi à comprendre quelques mots dans les phrases qu'il lui disait en russe pour qu'elle les traduise, et j'ai tenté de répondre aussi en russe pour m'entrainer.

    Le père m'a fait l'inventaire de tout ce qu'il connaissait de la culture française; notamment l'équipe de foot de ma ville, quelques écrivains, et quelques chanteurs démodés.
    C'était la première fois de sa vie qu'il voyageait hors de l'ex-URSS, et ils avaient du s'y prendre 6 mois à l'avance pour avoir un visa, et avaient réussi seulement parce qu'ils avaient de la famille en Allemagne. Donc forcément, on a bavardé de l'Union européenne, ils m'ont demandé si on suivait, en France, les manifestations en Ukraine (c'était en janvier dernier, les manifestants de Maïdan étaient là depuis déjà un bon moment avec quelques affrontements, mais il n'y avait pas encore eu de morts...), ils m'ont répété dix fois de ne jamais habiter là-bas, que c'était le pire pays au monde, que les gens ne savent pas vers qui se tourner pour se sortir de la crise économique, vers la Russie ou vers l'Europe. Ils m'ont offert du thé et des gâteaux (toujours prévoir un truc à manger qui se partage facilement si vous prenez le train en Ukraine), et m'ont donné leur numéro de téléphone et leur adresse e-mail au cas où j'aurais un problème, et m'ont proposé de dormir chez eux le lendemain soir (mais j'avais déjà un hébergement de prévu). Le père se moquait de moi en cherchant à me faire peur avec tout ce qui m'attendait au passage de la frontière (par exemple qu'ils tirent à vue sur tous les touristes), du coup je croyais qu'il blaguait aussi en racontant que tu sais que tu es en Ukraine quand il n'y a plus aucune lumière, et après ils suspendent le train à 10m du sol pour changer les roues. Mais en fait non, c'était vrai :lol: Pendant tout le changement des roues, j'ai eu droit aux remarques du type: "this - Spoutnik, secret technology; we go to the stars".

    A Kiev, un manifestant d'environ 25 ans m'a offert une tasse de thé, il en distribuait à tous les passants; il avait beau ne parler que russe et ukrainien, j'ai quand même réussi à lui faire comprendre ce que faisais là, et à savoir d'où il venait et ce qu'il faisait comme job, et depuis combien de temps il était là. Je ne sais pas s'il est encore vivant aujourd'hui, mais je ne l'ai pas reconnu sur les affiches de recherche des disparus, ni sur les portraits des tués pendant les fusillades, alors j'espère que oui...

    Une couchsurfeuse adorable et ses amis m'ont accompagnée à mon train suivant, ont monté pour moi mes bagages et ont expliqué à mes voisins qu'il faudrait être très gentil avec moi parce que c'était ma première fois en Ukraine et que je parlais pas la langue; un des garçons avait insisté pour m'expliquer que les gens sourient peu ici, mais il faut vraiment pas s'arrêter à ça, c'est pas pour autant qu'ils ne sourient pas à l'intérieur. Une des femmes de mon compartiment a refusé de me laisser seule à l'arrivée à la gare tant que la personne qui devait me récupérer n'était pas arrivée.

    Sur le trajet du retour, je suis repassée par Kiev trois mois plus tard; on m'a de nouveau offert à manger dans le train couchette. Je suis aussi repassée par Maïdan, mais là plus personne n'offrait de thé spontanément aux passants; il restait seulement les plus extrémistes, quand j'ai voulu bavarder au début l'un d'eux a refusé en disant qu'il ne parlait pas aux touristes, il s'est radouci en apprenant que j'avais travaillé ici pendant trois mois; ils étaient tous les deux membres de Praviy Sektor (organisation d'auto-défense orientée extrême-droite/nationaliste), mes compétences linguistiques me permettaient pas de parler de trucs très poussés, mais j'ai pu apprendre qu'ils étaient là depuis 4 mois, non-stop (où ils avaient vécu dehors par moins 20° et vu leurs amis se faire assassiner par leur gouvernement), et pour l'un d'eux, sans grand espoir de rentrer chez lui parce qu'il était originaire de Crimée (annexée par la Russie depuis son départ...)

    Dans le dernier train pour repartir de Kiev, j'avais une place en première classe parce que le reste du train était plein, il y avait dans le compartiment une table avec un napperon et une plante verte, et avec moi, deux juristes originaires de Lviv qui devaient passer la journée à Kiev pour leur travail. Quand j'ai dit que j'étais française, ils ont éclaté de rire: l'un d'eux apprenait le français parce qu'il voulait passer les concours pour travailler à la cour européenne des droits de l'homme, et dans la voiture sur le trajet aller, il avait écouté tout du long les cassettes de ses cours de français. Et il parlait bien. Il m'a raconté comment c'était à Lviv, affirmé que la ville était restée "tranquille" par rapport à Kiev (quand tout le monde est du même bord politique, citoyens comme forces de l'ordre, forcément, y'a pas d'affrontements...), qu'il y avait "juste une nuit" où ils avaient pris tous les commissariats de la ville, ainsi qu'un dépôt d'armes; que ce qui se disait à Lviv, c'est que c'était ces armes qui avaient sauvé les manifestants du massacre total programmé par l'ancien gouvernement, mais que malgré ça, les morts officiels ne sont qu'une petite partie du compte total des victimes. Et malgré ses histoires tragiques, il débordait de bonne humeur, de gentillesse, et d'espoir.

    Une de mes collègues ukrainiennes avait insisté pour que je raconte à tout le monde en France que, en Ukraine, "les gens sont gentils, et on déteste pas les Russes, à part ceux qui sont au Kremlin". Je pense que c'est chose faite :) (même si ce n'est là qu'une toute petite partie de mes rencontres)

    Et je laisse le mot de la fin à George Orwell avec un extrait d'Hommage à la Catalogne qui m'enlève les mots de la bouche: "Quand on a eu un aperçu d'un désastre tel que celui-ci car, quelle qu'en soit l'issue, cette guerre d'Espagne, de toute manière, se trouvera avoir été un épouvantable désastre, sans même parler du massacre et des souffrances physiques, il n'en résulte pas forcément de la désillusion et du cynisme. Il est assez curieux que dans son ensemble cette expérience m'ait laissé une foi, pas seulement non diminuée, mais accrue, dans la dignité des êtres humains."
     
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  3. PetiteLu

    PetiteLu
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    Jolie idée que ce topic! J'apporte ma petite pierre à l'édifice, et je reviendrai sûrement pour parler d'autres voyages, mais aujourd'hui j'ai envie de parler d'Ecossais(e)(s) (mais pas seulement, en fait)
    Plantons donc le décor: voyage sac au dos avec ma meilleure amie pendant 10 jours, déplacements en bus ou à pied (le stop, c'est pas trop notre truc)

    Je crois que la personne qui m'a le plus marquée, c'est ce chauffeur de bus super sympa, qui s'occupait du bus scolaire de la région. (le seul d'ailleurs: un aller le matin, un retour le soir et c'était tout). Seul bémol: je ne comprenais qu'un mot sur cinq - son accent était un peu trop écossais pour moi. Mais il cherchait vraiment à nous décrire la région et on voyait qu'il en était fier. On sentait qu'il avait mené une vie au grand air, et son visage était tout buriné.

    Autre chauffeur de bus, autre registre. Il pleuvait des trombes dehors, mais lui avait ses lunettes de soleil sur le nez et un petit ventilateur de poche suspendu au-dessus de sa tête.

    Dernier Ecossais de la liste: un mec qui nous a accostées dans un pub alors qu'on buvait du chocolat chaud en planifiant la journée du lendemain en français. A l'époque, il m'avait carrément fait craquer, mais c'est très bizarre, je suis incapable de me rappeler à quoi il ressemble vraiment (je sais juste qu'il était roux, quel cliché). Quand j'y pense aujourd'hui, je le vois comme ça:
    [​IMG]
    (et j'en bave encore :hot:)

    Du côté des filles qui ont marqué le voyage, deux étrangères: une française qui faisait du wwoofing dans une ferme loin de toute civilisation, sur la côte, et qui avait les meilleures tomates que j'ai mangées dans ma vie. Elle m'a ouvert d'autres horizons, je savais même pas que ça existait ce système :hesite: J'y pense de temps en temps, et pourquoi pas un jour, quand j'aurai fini mes études?

    La dernière, à Glasgow, une Allemande rencontrée en AJ. J'ai détesté la ville, mais j'ai adoré la soirée qu'on a passée avec elle, dans un pub avec un groupe qui jouait de la folk en live, et où j'ai bu un peu trop d'ale locale.

    Ce que je trouve assez bizarre, c'est que je suis plutôt ultra timide dans la vie de tous les jours, mais dès que je voyage, j'ai l'impression de beaucoup plus m'ouvrir. Même si je ne recherche pas forcément le contact (ça me met plutôt mal à l'aise d'entamer une conversation avec un(e) inconnu(e)), ça fait partie des moments que je retiens et qui marquent le voyage.
     
  4. Freezephyr

    Freezephyr
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    Revient mais a envie de repartir

    Ahlala, toutes ces rencontres en stop ... je ne peux tout raconter, parce que sûrement que certaines qui me paraissent intéressantes ne le sont pas, mais je me contenterai de retranscrire les paroles d'une islandaise, vers 23h, sur la route, qui m'ont marquée pour toujours :

    "Vous êtes les premiers auto-stoppeurs que je prends. J'avais peur, peur de me faire agresser, de rencontrer des gens bizarres. Mais la prochaine fois, je me souviendrai de vous et je m'arrêterai tout de suite. Parce que je n'ai plus peur, et que j'ai vraiment l'impression de redécouvrir mon pays à travers vos yeux."

    <3:danser:
     
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