Tony Robbins n'est « pas votre gourou »... et a droit à son documentaire Netflix

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Fab, le 25 août 2016.

  1. Fab

    Fab
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    Frisette Chefferie
    Membre de l'équipe

  2. Fab

    Fab
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    Frisette Chefferie
    Membre de l'équipe

    Bah oui je suis d'accord, il y a des trucs qui m'ont fait tiquer (comme je le précise dans l'article), mais perso, je l'interprète comme tel : il catégorise les comportements comme "feminine" ou "masculine" (ce qui est très bête en soi et qu'on peut facilement réfuter, je l'entends bien, mais je peux comprendre qu'il utilise ces images pour faire comprendre des stéréotypes genrés et sociaux qui existent depuis des années). C'est des gros raccourcis bateaux mais ça cause à tout le monde.
    Quant à cette histoire de larguage, c'est bien plus compliqué que la façon dont tu le présentes à mes yeux. Mais bon, chacun•e ses interprétations, ça n'empêche pas ce docu d'être intéressant par plein d'autres aspects :) (d'ailleurs je sais pas si tu as regardé jusqu'au bout...)
     
    Lunafey et Ivy-Vinyl ont BigUpé.
  3. Tzig0ne

    Tzig0ne
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    Ah ben je pensais que ce documentaire Netflix parlait de secte ou je sais pas quoi, ça ne m'avait pas attiré... Mais je vais jeter un oeil.

    Cela dit en lisant le descriptif, je m'imagine le zozo coach-gourou de Yes Man, je sens que je vais avoir BEAUUUCOUP de mal à passer outre les points donnés dans l'article, à commencer par mon cynisme :yawn: Mais en avant pour la curiosité :top:
     
    Biousse et Ivy-Vinyl ont BigUpé.
  4. Tzig0ne

    Tzig0ne
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    Bon j'ai enfin regarder le doc...
    J'ai trouvé quelques moments touchants et vraiment intéressants voir passionants sur le plan thérapeutique.

    Et puis... Il y a tout le reste. L'histoire des moutons et des lions m'a vraiment achevé. Le gars parle pendant 1h d'amour, d'empathie, de prendre soin de soi et des autres... Et bim soudain, être un herbivore c'est vraiment pas manly, faut être un lion prêt à tuer un troupeau de mouton parce que yeah man, c'est ça qu'un homme fait, et c'est ça que veut ta femme fuck yeah.

    Du coup je rejoins les autres, difficile de mettre ça de coté, ça fait un peu plus que "me faire tiquer", c'est carrément rétrograde.

    Et autre chose qui m'a gênée, c'est le rapport à l'argent. Alors bon les US c'est pas le même rapport à l'argent, mais tout le monde est content qu'une fille ait reçu 100k $ de don, d'autant qu'elle a dû vendre ses meubles pour se payer une place. Combien d'autres sur place se sont mis en galère ??

    Ça a beau être "je ne suis pas votre gourou", y a un sacré business, et visiblement il a des "fidèles" qui le suivent (et payent) de séminaire en séminaire.
    Enfin, ça ressemble plus à une vidéo de propagande qu'à un documentaire.

    Bon la découverte reste intéressante, je ne connaissais pas le bonhomme, mais je n'ai pas accroché.
     
    Black Phillip, Chambray et Biousse ont BigUpé ce message.
  5. Mircea Austen

    Mircea Austen
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    Il croyait savoir, il ne savait pas qu'il croyait.

    Je regarde ce documentaire et je pense à trois choses principalement :

    1èrement ce type utilise des schémas classiques de la psychanalyse, il n'invente rien, cela dit il n'a pas la prétention d'inventer quoique ce soit. Toute personne ayant suivis une psychanalise, j'en fais partie, sait utiliser à force ce type de "ressort", pour parvenir à booster sa capacité d'auto-analyse. Et d'ailleurs la formation de psychanaliste passe par sa propre psychanalise. Cependant, lors de son exercice, le psychanaliste poursuit, avec un référent, une psychanalise personnelle. Ce retour réflexif par un autre praticien permet de ne pas se retrouver dans la position de Tony Robbins : celle de tout-puissant. C'est assez facile de dire à une jeune femme : "comment ça allait avec ton papa ou ta maman ?", si elle même n'a jamais suivis de psy-truc elle va directement ouvrir de gros dossiers très impressionnant qui donnent cet effet spectaculaire. Mais
    1. Robbins le fait sans retro-controle. Il n'a pas de thérapeute à qui lui même dire "j'ai vu cette patiente la semaine dernière et..." pour analyser son propre rapport à la personne en thérapie, ce qui est le gage d'un rapport le plus sain et équilibré possible. C'est d'ailleurs obligatoire pour les praticiens.
    2. Il le fait en public. Les thérapies de groupe ne se passent bien évidement pas comme ça. Là il y a trop de personnes, trop de problèmes différents, et par exemple on peut en arriver à s'identifier à quelqu'un, par exemple la personne "traitée" par Robbins alors que notre problème est différent. Et c'est justement parce qu'on ne veut pas affronter son problème en face que cette foule devient bien pratique pour se cacher, et ce "cache cache" peut même être dangereux. Je donne un exemple : mettons une femme qui ait des problèmes avec sa mère, de sérieux problèmes, qu'importe lequel. Elle voit que Robbins parle à une jeune femme qui elle a des problèmes avec son père. On peut très bien imaginer que la première femme se dise : mais oui, tout à fait, j'ai moi aussi des problèmes avec mon père ! Juste pour éviter d'avoir à affronter le vrai problème, sa relation avec sa mère.

    Deuxième remarque, le rôle du collectif. Ce groupe a aussi un intérêt beaucoup plus positif à mon sens, qui est celui d'illustrer la puissance du collectif. Et ça, actuellement, en Europe, y'en a plus. J'ai passé beaucoup de temps au Japon où la notion de "communauté" un vrai sens et c'est incroyablement.... agréable, de voir un tel type de société fonctionner. Tu ne voles pas non pas par principe moraux par exemple, mais parce que l'autre fait partie de ta communauté, donc tu n'as aucun intérêt à le voler, sinon ça n'en finis plus... Simple exemple.
    Ca crée aussi des problèmes dont je ne suis pas dupe, et notamment le racisme/nationalisme de la société japonaise. Mais au Japon comme aux USA il y a au moins le droit de dire, de penser : "je veux faire partie d'un groupe", sans qu'on ne te dise "communautaire" automatiquement. On est dans des sociétés européennes d'un individualisme fou puisqu'il y a d'un côté la famille ( et encore ...) avec les amis proches et de l'autre les gens qui se forcent à fréquenter sur le lieu de travail. Il n'y a plus aucun endroit pour rencontrer, dans un contexte ouvert, positif, "l'autre". Les gens du quartier, de la ville, de l'immeuble. Et je trouve que ces conférences illustrent très bien la valeur du collectif qui prend une grande part dans l'effet "thérapeutique" de ces rencontres.

    Troisième remarque, le rôle du religieux. Ce qu'illustre bien aussi le discours de Robbins c'est qu'on a pas foi en soi par magie. On a foi en soi à partir du moment où l'on considère que quelque chose de supérieur a déjà foi en nous, et donne du sens. Lui il appelle ça Dieu, et étant croyante je comprends ce qu'il veut dire, mais on peut approcher ce problème de façon plus générale. Même une personne athée peut appeler en renfort une "transcendance", et par exemple ces gens, dans l'assistance, considère Robbins comme "transcendant", ils développent leur foi en eux-même parce que le "gouru" a foi en eux et l'affirme. C'est comme un petit garçon qui a confiance en lui parce que sa maman lui dit qu'il est le meilleur. Et contrairement à ce que nos sociétés voudraient nous faire croire, surtout en Europe une fois encore, je ne crois pas qu'il soit possible de développer sa confiance en soi sans maman/dieu/gouru/valeur transcendantes/cause transcendante qui tire vers le haut. Ca descend pas du ciel la confiance en soi je crois, elle répond à un appel où, à un moment donné, la confiance en soi deviens le meilleur moyen de rejoindre un objectif. Et d'ailleurs les "messe pour athée" se sont développées dans les grandes villes parce que même quand on ne crois pas en Dieu on trouve un soulagement, d'une part dans le collectif, d'autre part dans l'excitation, l'appel à des valeurs transcendantes communes (l'Amour, le Bien, etc...).

    Ce type me fait comprendre très concrètement quelque chose que j'ai toujours suspecté : on a besoin de spiritualité, non pas au sens de "religion, dogme", mais de collectivement invoquer des valeurs qui donnent du sens, et pas juste chacun de notre côté faire sa petite cuisine dans son coin.

    Cette leçon finalement très simple, comprise aussi bien par les bons psys que par les bons prêtres /immams/rabbins/etc... ou même simplement les gens qui ont grandis dans une famille et un contexte favorable et épanouissant, Tony Robbins la facture 4000 euros la séance. Bon, soit.... Mais tant qu'à faire je préfère payer 10 ans de psychanalise personnalisée avec juste moi dans la salle et aller à l'église/l'assos du quartier/voir un voisin âgé etc.... gratuitement....

    Je passe sur le sexisme hardcore du propos qui tient probablement aux notions de psychanalise éculée qu'il mobilise. (Encore que, quand tu lis Psychologie magazine, fais pas bon être gays ou femme-"""masculine""" ou "homme féminin"""" etc... non plus).

    Et je passe aussi sur les "drapeaux rouges" dont ils parlent (suicidaire, victimes d'abus sexuel, d'inceste etc...) qu'ils mettent carrément en danger en les mettant être les mains de personne clairement pas formées.
     
    #5 Mircea Austen, 30 septembre 2016
    Dernière édition: 30 septembre 2016
    Black Phillip a BigUpé ce message
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