Veille Permanente Classisme

@Croquemitaine ce qui est bien avec un podcast à soi et notamment cet épisode c'est que lacréatrice admet ses privilèges, elle dit au début qu'elle même a recours àune aide ménagère et que le podcast n'existerait sans doute pas ou pas pareil si elle devait faire toutes ses recherches et lectures ET le ménage, et son questionnement part de ça : comment on peut être féministe et soi-même employer des gens pour faire ses tâches ménagères ou pallier sa charge mentale...

D'ailleurs il y avait un épisode de Marie kondo que Netflix où un couple a recours à une femme de ménage aussi, le mec est en mode " Bah chérie si ça te soulage et qu'on s'engueule moins à cause du ménage ou est le souci" et la meuf se sent en échec, de n'avoir pas réussi à tenir sa maison, et essaie de faire comprendre au mec que le souci de ménage aurait pu être résolu par une meilleure répartition au lieu de payer quelqu'un
 
@La Simili-Tortue Je n'ai pas de source, en fait c'était vraiment une réaction aux commentaires parce que ma mère a été femme de ménage (ou plutôt, elle "faisait des ménages" comme on dit). J'aurais pu écrire presque mot ou pour le message de @Croquemitaine. Moi non plus j'ai pas de choses plus pertinentes à dire que tout ce qu'elle a pu me raconter pendant toutes ces années (et qu'elles me raconte encore parfois). J'ai grandi dans un entourage pauvre où les femmes étaient soit au foyer (pas par choix, mais quand tu n'as aucun diplôme, des enfants, et souvent pas le permis ...) soit elles faisaient des ménages. Jamais à temps plein, c'est toujours des heures par-ci par-là, mal payé, ça bousille la santé ... Quand j'ai lu les commentaires qui disaient que ce n'était pas de l'exploitation, que leurs parents avaient une femme de ménage et que eux en ont une aussi et que si leurs enfants voient que leurs parents la traitent bien alors eux aussi auront du respect ... voilà y'a des gens qui sont du bon côté de la barrière et qui ne comprendront jamais ce que c'est d'être subordonné pour quelques centaines d'euros par mois, pour faire un travail que chacun devrait être en capacité de faire (sauf cas de handicap, maladie ... on est d'accord). Ma mère a souvent nettoyé chez des riches dont la femme ne travaillait pas, et qui, pendant les 4 heures que ma mère passait chez eux, la regardait. Pendant 4 heures, ma mère nettoyait chez des gens qui la regardaient nettoyer chez eux. Ma cousine aujourd'hui est femme de ménage à temps plein chez des particuliers, elle me raconte la même chose. Les gens la regardent nettoyer (ils n'ont pas de problème particulier qui les empêche de faire leur ménage, je précise). Et elle aussi, elle subit des attouchements par un vieux mais elle n'ose pas le dire parce que c'est 4 heures par semaine, et ces 4 heures de salaire elle en a trop besoin ... Je pourrais encore en raconter plein ... Toutes les femmes qui ont fait des ménages auront les mêmes témoignages. François Ruffin publie souvent des témoignages d'aides à domicile (pour les personnes bénéficiant de l'ADD, donc souvent des personnes âgées malades/dépendantes). Ils sont encore pire j'ai l'impression.
Ma tante est en fauteuil roulant donc elle a droit à deux heures de ménage par semaine (plus quelqu'un qui lui fait ses courses et qui la "promène"). Elle déteste ça. Elle m'a dit "je suis obligée parce que l'organisme (je ne sais pas si c’est la MDPH ou autre chose, j'ai oublié) me force à les prendre parce que j'ai le droit. Mais je déteste ça, j'ai l'impression d'avoir une esclave, je me sens mal quand elle est là, comme si j'avais une domestique." Pour des gens de ce côté de la barrière, ça gène, pour ceux de l'autre côté, il n'y a aucun problème.
 
D'ailleurs il y avait un épisode de Marie kondo que Netflix où un couple a recours à une femme de ménage aussi, le mec est en mode " Bah chérie si ça te soulage et qu'on s'engueule moins à cause du ménage ou est le souci" et la meuf se sent en échec, de n'avoir pas réussi à tenir sa maison, et essaie de faire comprendre au mec que le souci de ménage aurait pu être résolu par une meilleure répartition au lieu de payer quelqu'un
C'est exactement ce qu'a décrit Nancy Fraser sur France Culture hier. @Trémazane a partagé cette émission sur un autre topic (ECM Féminisme ? Je ne sais plus). Elle a précisément dit que l'emploi d'une femme de ménage permettait de déplacer le conflit homme-femme à propos du ménage, qui est au sein du couple, vers un rapport de force femme-femme qui va être classiste et potentiellement raciste et où, cette fois-ci, la femme qui a recours à ce moyen, va être dominante. D'où le fait que Nancy Fraser prône un féminisme des 99% pour ne pas laisser des femmes sur le carreau dans cette montée du féminisme qu'elle considère comme un féminisme des élites.
 
Merci beaucoup pour l'émission avec Nancy Fraser, @Annaïck , ça a l’air super intéressant !

J’ai aussi vu passer l’article sur Rockie concernant le travail domestique. J’ai trouvé le titre assez mal choisi (“Le dilemme de la femme de ménage”) parce qu’il me semble que ça place d'emblée la problématique sur un plan psychologique (on envisage la question exclusivement depuis le point de vue d’une femme économiquement privilégiée, et du problème de cohérence que cela peut lui poser de recourir à une femme de ménage). Mais finalement, j’ai trouvé que le témoignage était plutôt intéressant, le problème de la précarité des femmes de ménage et du déplacement de l’exploitation est abordé (même si c’est de façon un peu rapide, on comprend quand même que l’intention de la personne qui témoigne est de briser une forme de consensus dans les milieux privilégiés selon lequel “prendre une femme de ménage est un excellent choix puisque cela permet de mener des projets personnels/de consacrer du temps à sa vie de couple ou familiale”). Je trouve que ça a au moins le mérite de soulever le caractère problématique du fait de déléguer des tâches de “care” à d’autres femmes plus précaires/souvent racisées, alors que j’ai l’impression que dans les milieux de personnes entrepreneur.e.s/free-lance (souvent valorisés sur madmoizelle ou Rockie), le fait de recourir à une femme de ménage est univoquement présenté comme quelque chose de positif, qui contribue à l'épanouissement personnel. Le témoignage mêle cette dimension à une analyse en termes de genre, puisque la femme qui témoigne évoque le fait que c’est son compagnon qui a suggéré l'idée et que la répartition des tâches dans leur couple était inégalitaire (autrement dit, pour son compagnon, c’est comme si peu lui importait de savoir qui s’acquittera des tâches domestique tant qu’il peut les déléguer à des femmes).

En revanche, comme vous, j’ai été assez interpellée par les nombreux commentaires sous l’article dans lesquels il est dit que c’est un service absolument équivalent à n’importe quel autre, que le rapport marchand fait qu’il n’y a pas d’exploitation…

Comme piste de réflexion sur le sujet, je vous conseille, si vous avez l’occasion de le voir, un documentaire de la réalisatrice Inès Rabadan qui s'appelle Karaoké domestique. La réalisatrice a interrogé six femmes, trois femmes de ménage et leur trois employeuses, au sujet de leur quotidien et du rapport qu’elles entretiennent l’une à l’autre (elles abordent la question des tâches ménagères, de la hiérarchie, du statut social, de leurs aspirations et de leurs rêves…) À partir de ces paroles, elle s’est mise en scène dans un dispositif où elle ré-incarne ces femmes en entretien, habillée à chaque fois de la même manière devant un fond neutre, avec un travail de "lipping" (c’est-à-dire de synchronisation entre les paroles de ces femmes et ses propres lèvres et gestes). Dans une interview, elle explique que le dispositif a été une manière pour elle d’explorer notamment la contingence de ces positions sociales (pourquoi telle femme est-elle en position de faire les tâches ménagères d’une autre, et pourquoi telle autre est-elle en position de les faire accomplir par quelqu’un d’autre). Les femmes interrogées abordent aussi bien sûr la question du genre, les dynamiques de répartition des tâches au sein du couple… Je vous mets un lien vers l'interview que j’ai trouvée passionnante !
 
Dernière édition :
Je débarque avec ma vision de semi-privilégiée (ma famille n'a pas de femme de ménage mais j'en ai aujourd'hui les moyens et je me suis posée la question à un moment d'embaucher quelqu'un). Quand je vous lis, je me dis que le souci, ce n'est pas tant le fait d'embaucher une femme de ménage que la manière dont ce travail est déconsidéré.

Parce que finalement, ce dont il s'agit, c'est de payer quelqu'un pour faire une tâche qu'on n'a pas envie/pas le temps/pas les moyens physiques de faire. A mon sens, la démarche n'est pas différente d'aller acheter un plat tout prêt dans un fastfood/grande surface/camion pizza ou d'aller dans un resto faisant une cuisine simple ou d'aller poser ses chemises au pressing au lieu de les lave/repasser soi-même par exemple; la majorité des gens sont capables de faire des plats simples ou repasser des fringues simples mais ils laissent quelqu'un d'autre le faire.

Ce qui est problématique, c'est qu'il s'agit d'une activité précaire, souvent dévaluée (être femme de ménage n'est pas reconnu comme quelque chose de noble), éreintante physiquement et que les activités ayant ces caractéristiques sont souvent à majorité dédiées aux femmes (quoique, en y réfléchissant, je me dis que certains métiers du bâtiment ne sont pas mieux lotis...).

En partant de là, je me demande si au lieu de boycotter les femmes de ménage, il n'y aurait pas moyen de faire en sorte que ce métier soit moins précaire/douloureux/mieux rémunéré/plus protégé.
 
Je vous lis avec intérêt. J'ai été des deux côtés de la barrière... J'ai fait des ménages lorsque j'étais étudiante. Selon les situations je l'ai bien ou mal vécu... D'un côté, la baraque de 3 étages à nettoyer totalement alors que les locataires partaient (et avaient laissé des trucs moisir dans le frigo débranché :sick:) et où la meuf s'étonne qu'il me faille autant de temps. De l'autre, la femme seule en burn out, qui reprend le travail et a besoin d'aide pour ne pas s'effondrer, et qui bosse avec moi alors qu'on discute ensemble... C'est le même job mais c'est tellement différent.
Et puis il y a près de 2 ans, après des travaux, c'est moi qui n'arrivais pas à reprendre le dessus. Je rame tjs pour la gestion des tâches domestiques... mais là je coulais, j'y arrivais pas. Et donc appeler qqun qui au contraire de moi était super méthodique ça a été un soulagement. (je parvenais à être méthodique chez les autres mais probablement précisément parce que ce n'est pas chez moi.)
Par contre j'ai été incapable de prolonger l'expérience. J'avais l'impression de faire faire mon job par qqun d'autre, de tricher, etc.
Je suis partagée quand je vous lis... En vrac...
- pourquoi ça serait plus problématique que plein d'autres jobs pas fun ? que plein d'autres jobs dont chacun-e pourrait faire sa part ?
- certain-e-s ne peuvent faire leur ménage (handicap/vieillesse/...) donc ce job a du sens.
- j'ai l'impression que l'attitude de la personne qui embauche est déterminante : entre "j'ai des domestiques pour les regarder bosser et heureusement que je suis là pour leur donner du taf" et "j'ai besoin de vous et de votre compétence" c'est super différent.
- je me souviens d'un débat avec une amie sur les différences salariales / types de métiers, diplômes etc. j'avais un problème avec le fait que le ménage soit si peu valorisé, alors qu'on sait que c'est impossible de faire un temps-plein. Et qu'il faut vivre. Donc si physiquement ça n'est possible de travailler que 20h / semaine par exemple, ces 20h doivent valoir un temps-plein puisque c'est le maximum gérable. Et donc davantage rémunérées.
 

A un moment elle dit que l'ascenseur social était bloqué et je suis tombée sur ce commentaire qui m'a mis une claque : " L'ascenseur social n'est pas bloqué du tout, les mecs qui ont élaborés les plans l'ont construit comme ça, les 4% ne sont pas une réussite du système mais un échec."

Bon, je viens pas de réaliser que l'égalité des chances est un leurre républicain hein, mais j'ai des exemples proches de réussite autour de moi (genre ma soeur géniale qui est cadre sup aisée alors qu'elle a eu une enfant super jeune et que c'est une jeune femme noire qui a grandit avec une mère femme de ménage célibataire et analphabète whoop whoop) et dès qu'une personne est à fond dans le déterminisme social bourdieusien machin, honnêtement, je roule des yeux parce que ce genre de discours "fatalistes" me soulent ET me pèsent. Et en plus ça ne fait pas partie de ma petite réalité proche. Mais c'est ça la réalité que j'ai du mal à entendre. C'est que ma soeur et d'autres ne sont que des erreurs d'un système qui n'était pas destiné originellement à les faire réussir. Ce sont les 4% qui confirment la règle. (Et encore, ma soeur a même pas de bac+5 ce qui est d'autant plus impressionnant. :puppyeyes:)

Je suis de la même team que celle dans la vidéo : "on est pas condamné à l'échec", fuck le déterminisme social et j'espère que ce système continuera d'en produire plein plein plein, des échecs.

[Minute cynisme : Que des enfants d'ouvriers n'aient pas pas accès à des études en BAC+5, c'est préoccupant mais limite je trouve ça pire d'avoir un BAC+5, que tes parents ou que ta mère ait trimé pour que tu puisses faire les études que tu désires ... pour être chômage ou faire un taf alimentaire parce qu'on a nous a pas JUSTE vendu l'égalité des chances mais aussi le "BAC+5 comme gage d'emploi".]

D'ailleurs, on m'a toujours poussé dans les études longues et pour moi ça a toujours été une alternative par défaut. J'ai toujours adoré l'idée d'être à mon compte, l'idée de n'avoir aucun supérieur à qui rendre des compte, j'ai aussi toujours eu l'impression que les études longues ce n'était pas fait pour moi (malheureusement, j'ai trouvé une de mes vocation et ça requiert des études longues pff) Si, j'étais pas si peu manuelle (et maladroite), j'aurai fais une formation courte en serrurerie ou un truc comme ça. Oh et si j'avais pas eu la désagréable sensation que ma mère avait fait tous ces sacrifices pour que je fasse un métier juste un peu moins merdique socialement que le sien. Bref :rolleyes:
 
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