Comment notre rapport au pardon peut améliorer notre vie

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Justine_, le 14 février 2017.

  1. Justine_

    Justine_
    Expand Collapse
    En hibernation
    Membre de l'équipe

  2. Justine_

    Justine_
    Expand Collapse
    En hibernation
    Membre de l'équipe

    @Tante Clara C'est si chouette de me dire tout ça :highfive: - merci mille fois !
    Je viens de cliquer sur les liens - je crois que ça fonctionne... C'est le cas pour toi ?
    Ta dernière question est un grand questionnement chez les psys : selon les courants de pensée, les réponses ne seront pas forcément les mêmes... De mon tout petit côté, je pense que l'esprit n'est pas tout à fait comme le corps humain - je ne suis pas certaine que toutes nos émotions, tous nos besoins psychologiques soient universels - mais plutôt qu'ils se construisent en fonction des sociétés dans lesquelles nous évoluons.
    Pour moi, c'est parce que nous vivons certaines choses similaires (je fais partie de telle classe d'âge, de tel genre, j'évolue dans telle société), que nos besoins peuvent parfois se recouper :)
    Et, en même temps, certains besoins semblent incontournables : par exemple, on sait que certains bébés en pouponnière, qui ne reçoivent pas de contact affectif, peuvent être atteints "d'hospitalisme" (ils entrent en dépression - et peuvent décéder de cette absence de relation et de stimulation),...
    Si tu souhaites lire quelques bribes d'étude sur les besoins - un p'tit récap wikipédia ! Ca me donne aussi une idée d'article héhé :)
     
    Babitty Lapina, Tante Clara et Allitché ont BigUpé ce message.
  3. Gazpacho

    Gazpacho
    Expand Collapse
    Hum.

    Je crois que beaucoup de gens associent le pardon à l'idée de "j'ai été trahi(e)/floué(e)/violenté(e) etc. et je choisi sciemment d'effacer ça et de redevenir sympa avec cette personne".
    Pardonner n'est pas effacer, pardonner ne signifie pas forcément, à mon avis, qu'il faille s'efforcer de rendre les choses comme avant.
    J'ai effacé le ressenti que j'avais envers toutes les personnes qui m'ont causé du tort. Pour autant, je ne veux plus les voir, plus leur parler. Si cela devait malgré tout se présenter, je le ferai avec indifférence, pas avec animosité ou mépris. Je sais que ce sont des personnes nocives, à différents degrés, pour moi. Qu'elles m'apportent plus de mal que de bien. Sauf que les détester ne m'apporte rien. Donc je pardonne, mais je m'en tiens éloignée. Ces gens là me font l'effet, maintenant, d'un torrent tumultueux ou de sables mouvants dans lesquels j'ai été prise. Ça ne sert à rien de cultiver la haine contre ça. A défaut d'y changer quelque chose, quand c'est vain, il faut les éviter.
    J'ai pu en vouloir a des personnes foncièrement bonnes qui ont fait des erreurs, mais dans ces cas là je suis plutôt pragmatique. J'en parle avec elles, je laisse une seconde chance. Et si la chose se réitère...bref, je ne me laisse pas marcher sur les pieds 107 ans. Mon entourage me croit rancunière parce que je coupe court avec tous les gens qui m'ont causé du tort. Alors qu'au contraire, je ne déteste personne, j'insiste là dessus XD. Je tire la leçon qu'il y a tirer et je vais de l'avant, mais sans eux.
     
    zazouyeah, Kopses et Cléo. ont BigUpé ce message.
  4. jorda

    jorda
    Expand Collapse

    Du coup, une idée me vient. En enseignement, on nous avait parlé d'enculturation (la transmission d'une culture à l'enfant) mais aussi d'acculturation (la modification de cette culture transmise par le vécu de la personne elle-même : par exemple, j'ai une éducation à la française, mais j'aime bien la culture chinoise, j'ai véçu en Afrique, etc... et toutes ces expériences vont transformer ma vision du monde et de ma propre culture).

    Du coup, au niveau psychologique, peut-être qu'il peut y avoir un phénomène d'acculturation des patients et qui peut échapper aux psychologues. Les expériences des patients pouvant être modifiées par plusieurs cultures et donc plusieurs visions du monde, les psychologues peuvent ne pas forcément comprendre les choix d'un individus si la culture du psychologue est trop éloignée de la culture du patient. Il n'y a qu'à voir les différences de symbole par exemple entre les couleurs de la mort en Europe et en Extrême Orient (respectivement noir et blanc), ou encore la vision du suicide dans ces deux régions (considéré comme une maladie en Europe, et considéré comme une manière honorable de partir en Extrême Orient)...

    A cela, il y a un problème grave : le fait que plus ou moins consciemment, il y a une pression sociale pour associer "pardon" à "effacement total de l'ardoise" sous peine de se faire passer pour une personne horrible. D'ailleurs, par rapport à l'article, c'est par rapport à l'étape 2 que beaucoup de personnes font blocus : "C’est pour nous que nous pardonnons, pas pour les autres.". Et c'est bien le problème : encore trop de personnes ne l'entendent pas ainsi (tant que ça ne les touche pas directement, hein, sinon c'est pas drôle).

    Je pense aussi qu'il y a plusieurs stades de pardon.
    Personnellement, je considère "avoir pardonné" à ma mère dans la mesure où je n'ai plus de haine envers elle, même si je ressens toujours de la colère. Après, le fait de ne pas avoir porté plainte pour maltraitances contre elle, ou de ne pas avoir demandé de pension alimentaire, c'est plus par pitié (elle est allée de plus en plus mal, et moi j'avais bénéficié d'une bourse universitaire donc plus besoin d'argent) que par pardon, mais parfois je me dis que ça rentre peut-être dans l'équation, je ne sais pas...

    Natascha Kampusch dans son livre, disait qu'elle avait choisi de pardonner à son ravisseur (décision prise alors pendant sa détention qui a duré 8 ans) car elle pensait que c'était le seul moyen de ne pas être détruite par son enfermement et les violences, et d'espérer un jour voir le bout du tunnel.

    Après, concernant le pouvoir de pardonner, je dirais qu'on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
    Souvent les gens parlent de "volonté" quand je pense qu'il serait plus juste de parler de "force".
    Personnellement je ne crois pas à la volonté libre, mais plutôt à la force + l'opportunité.

    C'est un peu comme ces gens qui font parler les morts à notre place et qui trouvent ça tout à fait normal.
    "Si il/elle était vivant/e, il/elle te dirait de faire ceci/cela"... ou qui parle "d’honorer les morts" en vivant bien, ou pire de "dette" envers les morts....
    ou comment utiliser les morts pour faire la morale à quelqu'un et la/le faire culpabiliser....
    Personnellement, ce genre de chose me débecte au plus haut point.
    On peut bien sûr souhaiter à celleux qu'on aime de bien vivre, mais transformer ça en "honneur" ou "exigence", en plus de faire parler des morts qui n'ont rien demandé, c'est faire bien peu de cas de la condition de la personne elle-même et de son ressenti.
    On ne peut pas faire plus que ce qu'on peut avec ce qu'on a...

    En fait, personnellement, je pense à un "juste milieu". Ne rien pardonner, ça peut risquer de nous mettre en permanence en situation de colère voire de haine, et ça peut nous bloquer. Par contre, "trop pardonner" peut avoir l'effet que certaines personnes ne nous respectent plus car elles comptent sur ce pardon pour nous poignarder en continu. Un peu comme le cycle pervers de la violence conjugale : je te blesse je m'excuse tu pardonnes je te blesse encore je m'excuse encore tu pardonnes encore etc etc...
    Parfois c'est difficile de savoir comment, jusqu'à quel point, quand, à qui pardonner...
    Après, comme je le disais plus haut, c'est à mes yeux surtout une question de force et d'opportunité...
    On ne peut faire que ce qu'on peut avec ce qu'on a. Si l'on ne peut pas pardonner, c'est aussi parce qu'il y a des raisons.
     
    Kaus Australis, Babitty Lapina, Liza Radley et 4 autres ont BigUpé ce message.
  5. Justine_

    Justine_
    Expand Collapse
    En hibernation
    Membre de l'équipe

    @jorda Absolument ! La prise en compte des cultures est vraiment importante en cas d'accompagnement psychologique :) - cela fait partie intégrante du travail. Une discipline de la psychologie, la psycho interculturelle, étudie d'ailleurs les situations interculturelles, les mécanismes, la pratique clinique selon les différents publics,...
     
    Kaus Australis, Babitty Lapina, Penny Winkeul et 2 autres ont BigUpé ce message.
  6. Gazpacho

    Gazpacho
    Expand Collapse
    Hum.

    @jorda j'ajouterai aussi qu'il y a une forme de confort dans la haine, surtout si elle est partagée par plusieurs personnes. Ca n'aide pas à avancer vers le pardon. Je me rappelle qu'au lycée je détestais une fille pour une histoire de cœur, et j'ai mis longtemps à passer à autre chose parce que nous étions plusieurs à avoir fait les frais de ses machinations. On cultivait notre rancœur vis-à-vis d'elle, et ça nous rassemblait, ça nous consolait. La haine soulage un peu comme une drogue, parce qu'en dépit de son efficacité elle empoisonne la vie. Au bout de quatre ans, je me suis sentie...fatiguée, usée de détester cette fille. Même si par la suite elle a souffert avec quelqu'un à la hauteur de ce qu'elle avait fait subir, je n'en ai tiré qu'une pâle satisfaction. Son tort n'a pas été effacé par la vengeance, ma douleur non plus, alors à quoi bon ? Cette histoire a été le déclic pour moi. J'ai fait une overdose de haine, je ne veux plus entretenir ce sentiment là.
     
    Liza Radley, Penny Winkeul, Leech et 2 autres ont BigUpé ce message.
  7. Shadowsofthenight

    Shadowsofthenight
    Expand Collapse
    je suis de retour mais pas pour vous jouer un mauvais tour

    J'ai comme l'impression qu'on se fout un peu de notre gueule surtout à la fin en linkant l'article de la victime qui pardonne au violeur quasi en dessous de
    1. Ajouter cela à l’histoire de votre expérience : vous avez fait le choix héroïque de pardonner."
    C'est peut être qu'une maladresse ou que sa publication était prévue avant l'autre article et si c'est le cas, vraiment virer le lien car là, j'ai juste l'impression que vous mettez de l'huile sur le feu
     
    Kaus Australis, ElectraHeart, Penny Winkeul et 6 autres ont BigUpé ce message.
  8. Mario From Space

    Mario From Space
    Expand Collapse

    Alerte foutage de gueule... Une pléthore de Madmoizelles vous ont fait savoir leur malaise face à votre article en mode "regardez comme c'est beau de pardonner à son gentil violeur !"... et là vous en remettez une couche à coups d' "expertises psy" pour expliquer que la pardon c'est la vie avec un petit lien, discret mais certain, vers votre article polémique...
    Lourdeur... lourdeur...
     
    Kaus Australis, ElectraHeart, Penny Winkeul et 5 autres ont BigUpé ce message.
  9. Justine_

    Justine_
    Expand Collapse
    En hibernation
    Membre de l'équipe

    Hello !

    Je suis l'auteure de l'article - je rédige un article par semaine pour Madmoizelle. Celui-ci était prévu et a été bossé avant le post que vous évoquez - je suis désolée qu'il puisse être perçu comme un "foutage de gueule". Le pardon est un sujet souvent abordé en psycho, avec tous les questionnements qu'il suscite : peut-on pardonner ? Doit-on pardonner ? Qu'est-ce que ça fait de pardonner ?
    :fleur:
     
    Anouk Perry, Babitty Lapina, Liza Radley et 3 autres ont BigUpé ce message.
  10. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
    Expand Collapse
    Rédactrice en chef
    Membre de l'équipe

    Merci @Justine_ pour ta réponse, tu m'as devancée ;)
    Je vous le confirme @Shadowsofthenight @Juda Bricot & @Mario From Space, ce n'est pas du tout une provocation, c'est bien le contraire qu'on a voulu faire en liant l'article sur le double témoignage, c'est justement apporter une perspective différente.
    Compte tenu du débat suscité par l'article sur le viol, l'éclairage psycho de Justine tombait à pic ; c'est bien là l'intérêt majeur de ses articles, de prendre du recul et de donner des pistes de réflexion autour du sujet.

    C'est peut-être une maladresse de ma part, mais la coïncidence me semblait personnellement trop "suspecte", en me mettant à votre place : un débat prend de l'ampleur autour du pardon, et Justine sort un article psycho... sur le pardon ? Oui en fait, autant assumer que les sujets ont un écho intéressant l'un envers l'autre (comme Justine l'a expliqué, ce n'était pas "prémédité") en mettant un lien à la fin.

    Peut-être que vos messages ont croisé la mise à jour qui a été faite sur l'article polémique, ainsi que les excuses d'Anouk postées sur le forum ; on n'a pas fait l'autruche sur le sujet, comme l'avait indiqué Denis vendredi soir, il n'y avait plus personne "sur le pont" pour intervenir, et nous n'avons pu débriefer ensemble qu'en début d'après-midi. D'où le délai de réponse, et désolée pour ça :erf:
     
    Justine_ et Babitty Lapina ont BigUpé.
  11. Allitché

    Allitché
    Expand Collapse
    C'est juste que c'est pas juste quoi.

    Ah merci pour l'article et la discussion, je me rends un peu mieux compte ce qui me gênait dans ma situation perso par rapport à mon ex. Je considère de manière générale que je suis quelqu'une qui pardonne mais je n'avais pas l'impression d'être perçue comme telle. Et quand on parle de pardonner pour soi, oui ça me parle vraiment.
    Un peu comme @Tante Clara j'ai bonne mémoire et c'est difficile pour moi de prétendre que tout est comme avant en général, et je vais reprendre ici le cas précis de mon ex. Rien de grave, simple rupture de sa part, mais j'ai très mal vécu l'après. Quand les griefs et la douleur son partis, j'avais de la peine à me comporter normalement quand je le revoyais (avec un groupe d'amis communs). Encore maintenant, je parle de façon assez directe, "cash", limite cassante. Et en fait, c'est la seule manière pour moi de différencier la personne qui est une connaissance maintenant de celle qui a été mon ex. Je ne peux pas parler normalement à quelqu'un que j'ai connu de façon aussi intime :erf: l'émotion revient à chaque fois et je ne vois pas d'autre façon de me protéger. J'ai l'impression d'être seule parce que personne ne se dira, ah tiens, soyons avec Allitché si jamais elle craque, mais plutôt mais pourquoi elle continue à lui parler mal, c'est du passé. Or parfois j'ai l'impression de ne pas vraiment avoir cette notion du passé :hesite:
     
    Tante Clara, Penny Winkeul, jorda et 1 autre membre ont BigUpé ce message.
  12. Kopses

    Kopses
    Expand Collapse

    @Allitché C'est pas toujours possible de pardonner sans que ça ait des répercussions sur la relation. J'ai des tas de pardons différents, et chaque relation s'est retrouvée affectée par ce qui c'était passé avant, que ce soit minime ou plus important. Mais le pardon oui c'est pour soi, ce n'est plus entretenir cette haine, cette colère et aller de l'avant. Que ce ne soit plus un poids au quotidien ou de manière régulière.

    J'ai trop d'exemples persos en tête pour détailler :cretin:
     
    Ahn, Tante Clara, Allitché et 2 autres ont BigUpé ce message.
Chargement...