Des cours en anglais à la fac ?

Sujet dans 'L'actu en France' lancé par Denis, le 21 mai 2013.

  1. Denis

    Denis
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    En pleine digestion.
    Membre de l'équipe

    Faut-il oui ou non qu'une partie des enseignements effectués dans le cadre d'accords avec des universités étrangères ou de programmes financés par l'Union européenne soit dispensée en langues étrangères, notamment en anglais, dans les facs françaises ?

    Oui répond Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur, qui défend cette semaine à l'Assemblée nationale un projet de loi favorable à cette mesure. "Je veux que les étudiants réussissent à l'université, qu'ils aient les mêmes atouts que dans les grandes écoles où il y a des formations partiellement en anglais sans que personne ne trouve rien à y redire" a-t-elle déclaré ce matin sur Canal Plus.

    Non répond une coalition de parlementaires PS, UMP et Front de Gauche, appuyée par l'Académie française et plusieurs intellectuels, qui redoutent "la perte d'influence" de la France et craignent "une perte de la maîtrise technique et scientifique dans un certain nombre de domaines".

    Et vous les madZ ? Pensez-vous que cette loi, si elle est adoptée, portera atteinte à la francophonie ou qu'il est normal que nos universités bénéficient du même traitement que nos grandes écoles ?
     
    #1 Denis, 21 mai 2013
    Dernière édition: 21 mai 2013
  2. Epidaure

    Epidaure
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    Strike the harp and join the chorus

    Je venais dire la même chose.

    D'un côté, c'est très bien d'imposer des cours en anglais, pour l'aspect international, pour que les étudiants gagnent en aisance, etc. Si on se destine à bosser dans des entreprises où l'anglais est plus ou moins indispensable, ça peut vraiment être un atout. Tous mes cours étaient obligatoirement en anglais dès la deuxième année, ça ne choque personne et j'avais déjà pris le bon pli en arrivant dans une université étrangère. (pas citer ça svp )

    De l'autre côté, les cours en anglais par des profs français qui parlent anglais comme une vache espagnole, c'est très pénible à deux niveaux:
    -déjà parce que la forme nuit franchement au fond du message qu'ils essaient de transmettre, ça réduit le champ de la pensée alors que le contenu du cours est potentiellement intéressant
    - ensuite parce que l'accent français marqué est l'un des plus insupportables à suivre, au-delà de dix minutes d'efforts on décroche très vite.

    J'ai l'impression (mais ce n'est qu'une impression), que les profs entre 25 et 40 ans s'en sortent mieux que les 40-60 ans, question de génération sans doute!

    Edit: concernant la francophonie en général, je ne m'inquiète pas du tout.
     
    #2 Epidaure, 21 mai 2013
    Dernière édition: 21 mai 2013
  3. katnissvsw

    katnissvsw
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    Guest

    Je pense que ça dépend de quel type de fac.
     Par exemple pour les études de droit, il y a 2 principaux modèles :
    [ul]
    [li] le modèle de Common Law qui est un droit essentiellement jurisprudentiel et coutumier [/li]
    [li]le droit romano-civiliste qui est un droit essentiellement écrit[/li]
    [/ul]
    Donc quelqu'un qui ne veut pas travailler dans un pays de Common Law pour des raisons x ou y, ça ne lui sert pas à grand chose d'apprendre l'anglais car c'est dans les anciennes colonies anglaises (parfois c'est mixte avec l'autre système) en plus de l'Angleterre à part quelques exceptions.
    Je pense que dans ce cas il vaut mieux apprendre la langue du pays dans lequel on veut s'installer.
     
  4. Cloette

    Cloette
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    ou Dr Cloette, parce que c'est mon titre et qu'ici j'ai le droit de le porter fièrement!

    Merci @mojave de m'avoir conviée à cette conversation...
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    Par contre je suis en mode rédaction en ce moment donc veuillez m'excuser si j'écris une grosse tartine!;)
    En fait j'ai répondu "j'hésite" au sondage et j'ai peur de ne pas apporter grand-chose au débat, sinon confirmer ce qui a déjà été dit.
    [ul]
    [li]Je dirais d'abord que SI des cours sont donnés en anglais, en effet il faut que ce soit des anglophones natifs ou alors des français ayant vécu à l'étranger et ayant gommé leur accent. Sinon c'est intenable, je confirme. (pour l'aparté, il y a des accents bien pires que le français, pour avoir rencontré pas mal d'asiatiques en conférences c'est assez horrible!)[/li]
    [/ul]

    [ul]
    [li]J'ajouterais qu'en plus ça dépend de quels cours on parle. Ça dépend du cursus et des disciplines. J'ai un cursus 100% estampillé "université des sciences", où j'ai eu certaines années des cours d'anglais, qui heureusement étaient bien foutus. Ils étaient plutôt évolués, étant dans un cursus de physique et chimie des matériaux, les profs d'anglais ont adapté leurs cours et nous ont appris pas mal de vocabulaire technique appliqué au domaine. C'est un bon début.[/li]
    [li]Mais dans notre milieu, on apprend assez vite (stage en L3 ou en M1) à travailler avec les articles de revues scientifiques. Et là, pas le choix, si t'es pas doué en anglais, ça te forme direct. Car en sciences dures, les publications hors anglais sont rares. On communique tous en anglais et c'est tout. Donc par la force des choses, on en vient tous à le pratiquer, au moins à le lire en tout cas.[/li]
    [/ul]

    [ul]
    [li]Après c'est vrai que pour la partie orale, rien ne vaut plusieurs heures d'écoute de l'anglais pour exercer son oreille, j'en sais quelque chose (vives les séries en VO, et les conférences en immersion au milieu d'étrangers). Donc pour cette partie, les cours en anglais seraient profitables...[/li]
    [/ul]

    Mais pas tous les cours. Car la compréhension de certains concepts un peu complexes est bien plus facile dans sa langue natale (déjà que j'avais du mal en cours de mécanique quantique, j'imagine même pas s'ils avaient été en anglais!!!:mur:).
    Voilà, c'était long désolée mais c'était ma contribution! Je repasserai ici voir où en est la discussion...
     
  5. Ai Haibara

    Ai Haibara
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    Chemistry rocks

    @Mojave me convie gentiment (:hello:) à me donner mon avis! Ce que je vais essayer de faire.

    Le fait est que l'anglais est nécessaire, du moins pour la recherche, et en particulier la recherche académique. Il faut essentiellement communiquer (articles, congrès) en anglais, pour se faire un nom. C'est pourquoi je trouve trouve que c'est une excellente idée d'avoir des cours en anglais.
    Seulement, il faudrait peut être commencer par avoir des cours d'anglais dignes de ce nom... J'ai pu valider mon TOEIC après moult bachotages et parler de manière plus aisée suite un séjour à l'étranger, quand j'étais en grande école. On avait aussi des cours d'anglais corrects, sans plus.
    Depuis, je suis en fac (master+doctorat), et autant dire que la formation en anglais est nulle... et que je pense avoir plutot perdu.

    Il faudrait aussi avoir des professeurs capables de faire cours en anglais, comme l'ont souligné certaines madz. Je pense que ca peut se faire en améliorant les relations entre facs de différents pays (invitation plus régulière de profs étrangers pour donner des cours par exemple). Mais évidemment, ca demande de l'organisation, du boulot...
     
  6. Spiracle

    Spiracle
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    Un point pour chaque étoile, chanson de toile.

    Je pense que c'est une excellente idée ! On en parle tout doucement dans ma faculté, et j'espère que ce sera réellement mis en place.

    Comme @Cloette a dit, les articles scientifiques (je suis en médecine) sont très très souvent en anglais, on est plongés dedans dès le début, mais pas encore assez. Cette année, la fac a instauré un cours d'"Anglais scientifique". J'ai toujours pas compris l'intérêt de ce cours, qui était soit très barbant pour ceux qui touchaient quelque chose à l'anglais, soit totalement inutile pour ceux qui étaient des klets finies, et qui n'avait rien de scientifique. C'était une excellente idée, motivée par le fait qu'il faut qu'on soit à l'aise en anglais, mais assez mal réalisée...

    Malgré tout, on est forcés d'avoir le nez dans des bouquins en anglais très tôt (livres de référence, etc.) donc soit 1) on fait un effort et on s'améliore en ayant le nez dedans, soit 2) on ne lit jamais de livres ou d'articles.  Le 3) avoir des cours un anglais pourrait améliorer le 1) (et faire disparaître le 2)).


    Mais tout comme je ne pense pas qu'il soit utile de forcer des chercheurs à enseigner (chez nous, c'est le cas..), je ne pense pas non plus qu'il soit utile de forcer des profs à enseigner en anglais s'ils ne le sentent pas (au risque de se retrouver avec des profs abominables).

    Par contre, d'un autre point de vue, pas mal de nos profs sont très très bons dans leur domaine, et donc doués en anglais (cf. les articles scientifiques...). Le seul ennui, c'est qu'en français, ils ont déjà tendance à nous faire des cours sur ce qu'ils fabriquent dans leurs laboratoires (trèèès utile, on ne vous dit que ça), alors si en plus, ils s'y mettent en anglais, j'ai bien peur qu'on n'y comprenne plus rien, et qu'ils s'emballent encore plus :stare:.

    (par contre je comprends fort bien que ceux qui sont en romanes, par exemple, se foutent royalement d'avoir un cours de linguistique en anglais)

    Ceci dit, ça pourrait peut-être handicaper des gens qui sont vraiment nuls en langues. Donc il faudrait un support complet (dias, syllabus), fut-il en anglais, pour ne pas se retrouver avec des notes inutilisables. J'pense pas qu'un cours théorique d'anglais soit utile, du moins de la façon dont ils sont donnés maintenant...

    Quant à l'atteinte à la francophonie... Non, je ne pense pas que ce soit une atteinte à la francophonie, plutôt une ouverture...
     
  7. Samburu

    Samburu
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    Human Trampoline

    J'ai voté contre. Pas contre le fait d'avoir quelques cours en anglais- en langue étrangère d'ailleurs-  à la fac, dans des situations bien particulières . Mais contre la loi Fioraso, parce qu'il me semble que c'est bien la question.

    Aujourd'hui, l'enseignement est réglé par la loi Toubon qui stipule que " la langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d’enseignement est le français"

    A cette loi, deux exceptions.
    Des exceptions « justifiées par les nécessités de l’enseignement des langues et cultures régionales ou étrangères ou lorsque les enseignants sont des professeurs associés ou invités étrangers » et le cas des « écoles étrangères ou spécialement ouvertes pour accueillir des élèves de nationalité étrangère, ainsi que les établissements dispensant un enseignement à caractère international. »

    Je ne vois pas en quoi il serait aujourd'hui nécessaire d'élargir cette loi, si ce n'est pour  donner un signal désastreux vis-à-vis de la défense de la Francophonie, déjà bien malmenée.  Le français est la cinquième langue au monde, parlée sur tous les continents, à vocation internationale. Nous devons la défendre. La défendre ça veut dire y croire et la parler. Quel signal donne-t-on aux pays qui doivent se battre tous les jours pour faire vivre la langue française ? Aux québécois, aux libanais ?

    L'argument principalement avancé par les défenseurs de la loi serait l'attractivité de la France pour les étudiants étrangers. Geneviève Fioraso a ainsi déclaré : «Si nous n’autorisons pas les cours en anglais, aurait-elle dit, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust…»:facepalm:
    Mais qui peut croire que les étudiants étrangers viendront en France prendre des cours de français en globish ?
    Ainsi l'anecdote donné par Antoine Compagnon dans sa tribune :
    "un collège américain envoie ses étudiants à Berlin pour apprendre l’allemand : ceux-ci découvrent sur place que les cours ne se donnent plus dans la langue de Goethe mais dans celle de Shakespeare, ou plutôt dans le globish des aéroports, et ils reviennent sans avoir amélioré leur allemand et en ayant détérioré leur belle langue natale."
    L'université française de Saigon s'était mise à l'anglais pour attirer les étudiants non francophones. Devant la baisse de niveau, les étudiants ont fui vers les universités anglophones de la ville.
    Qu'espère-t-on ? Un enseignement monolingue en anglais? On sait pourtant combien la langue est le véhicule de la pensée.

    Quant au problème du piètre niveau en anglais des étudiants français, il n'a rien à voir avec cette réforme. Le problème se situe bien en amont, dans l'enseignement des langues étrangères dans le secondaire. Rajouter des cours en anglais à la fac, avec des profs parlant un mauvais anglais enseignant à des élèves qui ne le comprennent pas n'aboutira qu'à faire baisser le niveau de l'enseignement. L'université française de Saigon s'était mise à l'anglais pour attirer les étudiants non francophones. Devant la baisse de niveau, les étudiants ont fui vers les universités anglophones de la ville.
     
  8. madamebonheur

    madamebonheur
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    Guest

    Et pourquoi donc? D'une part ce n'est pas parce que l'on pratique au quotidien du droit franco français que l'on n'a pas besoin de parler anglais! D'autre part, avoir une connaissance du système de common law même lorsque l'on pratique du droit civiliste a énormément d'intérêts!

    Le droit n'est pas figé, le droit européen s'inspire tantôt des pays de droit dit civilistes et tantôt de concepts anglo-saxons.

    De plus, dans la pratique professionnelle de nombreux juristes, l'anglais est devenu indispensable.

    A titre personnel, c'est ce qu'on m'a rabâché à la fac de droit, mon diplôme universitaire de juriste bilingue anglais n'avait aucun intérêt pour les études que je suivais (notariat!), quant à mon année erasmus, c'était idiot car je m’apprêtais à rentrer dans un domaine où l'on ne faisait que du droit civil, du droit immobilier, bref du droit interne!

    Aujourd'hui, je travaille dans une petite étude et je reçois régulièrement des clients qui ne parlent pas français, je pratique au quotidien du droit international privé, je travaille au contact parfois d'avocats étrangers... Mes cours dispensés en anglais (par des natifs pour le coup!) en plus de ma licence de droit classique à la fac m'ont été bénéfiques et me sont extrêmement utiles. Je crois que penser qu'il existe encore des domaines dans lesquels 'on s'en fout de parler anglais' c'est un peu léger!

    Bref évidemment, je suis pour et je suis personnellement persuadée que cela attirerait des étudiants étrangers qui ne se sentent pas forcément le niveau pour suivre des cours à la fac en français mais sont intéressés par la langue et la culture. C'est aussi en venant que l'on apprend et je crois qu'effectivement si on leur permet sur place de prendre des cours de français pour étudiants étrangers, cela ne peut qu'être bénéfique.
     
  9. Ai Haibara

    Ai Haibara
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    Chemistry rocks

    En sciences dures, il y a des étudiants étrangers qui viennent suivre des cours, mais je ne pense pas que ce soit pour le francais, mais plus pour le contenu des cours, et la potentielle valeur du diplôme. Donc ca peut éventuellement être plus attractif.

    Sinon défendre la langue francaise, je veux bien... Mais toujours est-il que si je veux avoir une chance de publier mes résultats de recherche, je serai obligée de le faire en anglais . Il faut un vocabulaire assez spécifique, avec lequel on se familiarise, en lisant des articles, et allant à des confs. Je pense que ca serait plus évident, si on faisait ca de manière plus intense lors des études. Et la on est loin des cours d'anglais que l'on fait en lycée (même si ca serait une bonne chose de commencer par ca)

    Sinon, effectivement, je te rejoins sur ce point, si c'est pour se coltiner des cours prononcés dans un mauvais anglais, ca ne sert à rien.
     
  10. Balto

    Balto
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    Ça me parait tellement essentiel dans tout un tas de domaine du droit pourtant...(droit des affaires, droit économique, droit international, droit européen...)
     
  11. Balto

    Balto
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    C'est sûr que si l'on se contente des textes, pas besoin de l'anglais. Dans ma conception du droit, c'est tout aussi intéressant et important de s'intéresser aux autres systèmes, aux évolutions possibles, à la doctrine d'où la maitrise d'une langue étrangère comme l'anglais. Mais forcément, ma formation trilingue (français-allemand-anglais) me permet sans doute pas de voir l'intérêt d'une formation juridique franco-française.
     
  12. Kirkja

    Kirkja
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    Apprivoisement du soi. 

    Je suis pour qu'on donne la possibilité aux étudiants français et étrangers d'accéder à des cours en anglais. Certains étudiants n'ont peut-être pas besoin de maîtriser (plus ou moins) cette langue, mais d'autres ont peut-être envie de se tourner vers l'international, ou simplement de s'améliorer en anglais, parce que oui, c'est aussi un bonus, ça n'enlève rien.

    L'excuse de l'atteinte à la francophonie me fait doucement rigoler. :lol: Franchement, aujourd'hui en France, l'anglais n'est absolument pas présent au quotidien, à part peut-être quelques mots qui ont rejoint notre vocabulaire. Tout est traduit. Beaucoup d'étudiants étrangers m'ont aussi parlé de cette "règle" des quotas qu'on a en France en ce qui concerne la radio : on diffuse 50% de chansons françaises, 50% du reste (à croire qu'ils ont tous étudié "ce cas" durant leurs cours de français). Ce n'est pas parce qu'une petite minorité d'étudiants va soudainement avoir des cours en anglais que la francophonie va être en danger ! Et au contraire, cela risque d'attirer des étudiants qui autrement, ne seraient jamais venus en France. Et même s'ils auront peut-être des cours en anglais, pour le reste, ça se fera en français, car non, peu de gens parlent l'anglais en France, peu de choses sont traduites en anglais... Il va forcément falloir qu'ils fassent l'effort d'apprendre un minimum de français s'ils veulent rester en France.

    À part si on est dans une démarche "d'anti-mondialisation", je ne comprends pas qu'on puisse y être opposé. J'y vois clairement plus d'avantages que de désavantages (si cela est bien fait, bien sûr, avec des professeurs maîtrisant la langue).
     
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