Insultons-nous joyeusement !

Sujet dans 'Blabla Général' lancé par Enae, le 25 octobre 2015.

  1. Enae

    Enae
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    Bonjour !

    J'ai hésité un bout de temps avant de mettre un titre ironique, parce que je veux aujourd'hui vous parler d'un sujet sérieux ! J'ai l'impression qu'aujourd'hui, il est devenu courant de s'insulter entre ami•e•s, de se traiter de « salope », « biatch », etc. sans que cela n'ait l'air de choquer personne. Quand j'ai fait ma petite recherche Google, je suis bien tombé sur quelques articles* traitants de la « banalisation de la violence chez les jeunes », mais plus rarement de ce phénomène qui est de s'insulter entre amis. Mais j'en ai trouvé quand même quelques-uns : http://www.madmoizelle.com/arret-insulter-30204. C'est donc un article de Madmoizelle, ça fait quelques années qu'il a été publié, mais je trouve qu'il est encore très d'actualité. Et un autre qui remonte encore plus : http://www.scienceshumaines.com/les-insultes-amicales_fr_5601.html (Vous en conviendrez, son contenu est très limité, à moins qu'il ne s'agisse d'un résumé).

    Dans le dernier article que j'ai cité, on peut lire : « Tout d'abord, l'usage fréquent d'un juron le vide en partie de son contenu. » et plus loin « l'insulte a un usage ludique, qui suppose une connivence (« entre copine, "sale arabe "peut être affectueux »), voire une admiration (« t'a vu comment il joue au foot, ce fils de pute »). »
    Certes, l'usage fréquent peut effectivement vider l'insulte de son sens, au point que même la personne qui la reçoit pourra n'y prêter aucune attention, ou encore en rigoler, mais en aucun cas s'offusquer de l'attaque verbale. Mais le mot utilisé est lui toujours le même. Je pense notamment aux « bâtards », « enculés » ou encore « pédé » employés presque comme s'il s'agissait d'un surnom affectueux. Alors je ne sais pas si je suis vieux jeu ou quoi, mais je continue à être choqué lorsque c'est dit sans contrôle, sans que ça ait l'air d'avoir la moindre importance.

    Dans mon entourage, j'ai une amie qui est du genre à lâcher des insultes pour pas grand chose. D'après ses propos « [elle] ne pense pas ce qu'[elle dit] », et il est vrai que de toute façon quand elle m'insulte, je ne me sens pas offensé, parce que je ne me sens pas concerné par l'insulte, je ne le prends pas personnellement. Mais à mon avis, ce n'est pas pour autant qu'il faille accepter ce comportement. Pour prendre une métaphore peut-être un peu extrême, certes : Ce n'est pas parce qu'une personne ne ressent pas les effets du poison qu'on lui donne que le poison n'est pas dangereux.

    Et vous, que pensez-vous de cette « mode » de l'insulte gratuite entre amis ? Suis-je la seule un peu trop sensible et qui « me prend la tête pour rien » ? Ou est-ce un phénomène contre lequel vous voulez aussi lutter ? Pensez-vous que c'est sans conséquence ?


    * Les articles en question :
    • Durif-Varembont, J. P., & Weber, R. (2014). Insultes en tous genres: construction identitaire et socialisation des adolescents à l'école. Nouvelle revue de psychosociologie, 17(1), 151-165.
    • Biget, D. (2010). De la fronde au téléphone portable. Le marchandisage de la reconnaissance identitaire et la banalisation de la violence chez les jeunes.ARPES, np. En ligne : http://www.arpes.fr/docannexe/file/190/2010_biget.pdf
    • Durif-Varembont, J. P., Mercader, P., & Durif-Varembont, C. (2013). Violences en milieu scolaire et banalisation du langage: L'ouverture des médiations de la parole. Adolescence, (83). En ligne : http://mixite-violence.sciencesconf.org/file/41133
     
    AprilMayJune, Hotarue et (utilisateur supprimé) ont BigUpé ce message.
  2. Enae

    Enae
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    Violence verbale oui, après dans le cadre des petites insultes entre amis, je ne sais pas vraiment si on peut parler de "violence", étant donné qu'il n'y a pas d'agressivité ou d'intention de nuire.

    Hmm, quand tu dis que vous vous dites tout ce que vous ressentez, tu veux dire que vous vous insultez ? Parce que pour moi ce sont deux choses différentes ! Tu peux très bien dire à une personne ce que tu ressens, par exemple lorsque tu es blessée (ce qui, à mon avis, est ce qui te pousse à les utiliser des propos insultants) sans avoir à l'insulter. Justement en détaillant ce qui se passe dans ta tête : exemple : « Je me suis sentie blessée quand tu as dit/fait telle chose parce que ça me rappelle mon enfance où un méchant monsieur disait/faisait la même chose et ça m'effrayait beaucoup beaucoup. » Après, c'est une technique de communication non violente, et c'est plus beau et plus facile dans la théorie que dans la pratique, mais avec quelques efforts je trouve ça mieux que d'insulter ses amis.
    Mais pour le coup, si tu lui réponds « enculé•e de ta race », ça ne parle justement pas d'un ressenti... Même si le fait que tu sortes cette insulte va sûrement insinuer à l'autre en face que ce qu'il a dit/fait ne t'a pas plu, ça ne laisse la place qu'à l'interprétation de l'autre.
     
    #2 Enae, 25 octobre 2015
    Dernière édition: 25 octobre 2015
    Maia Chawwah a BigUpé ce message
  3. Mahaef

    Mahaef
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    Bonjour,

    Comme toi, j'ai du mal avec ceux qui ont tendance a insulter à tout va, sous couvert de "proximité" avec l'interlocuteur. Je me souviens d'une fille qui au collège apostrophait ses potes (parce qu'il s'agit bien de cela, elle n'en était même pas assez proche pour que ce soit considéré comme de l'amitié) par le surnom tellement affectueux de "salope"... J'en étais bouche bée à chaque fois - d'autant plus que ça ne choquait pas les concernées (tant mieux, me dira-t-on !). Après, mon avis est peut-être celui d'une susceptible un peu vieux jeu puisqu'il est vrai que je m'offusque même quand une amie ose m'appeler en disant "Eh, meuf !"... Evidemment, c'est ma vision des choses mais je suis fondamentalement contre la banalisation de ce genre de langage, parce que je crois que ce phénomène participe d'un manque de respect - je n'oserai jamais traiter ma soeur de "sale pute", de "biatch" ni même de "traînée", pourquoi donc le ferais-je avec mes ami(e)s ? En même temps, je comprends que cela puisse être vu comme un moyen de souder le groupe d'amis, comme un langage que celui-ci s'approprie et dont les membres n'oserait pas faire usage avec d'autres (pour reprendre l'exemple précédent). Je ne sais pas si cette dernière idée est bien claire...
    Dans tous les cas, et c'est peut-être être petite nature, mais moi, je suis toujours choquée de voir un groupe de gamins de 12 ans qui s'appellent les uns les autres par des insultes, de même que je suis choquée d'entendre un enfant de 3/4 ans traiter sa mère de "connasse" (vécu).

    Enfin c'est un sujet intéressant et je vais de ce pas lire tous les articles auxquels tu nous renvoies pour me faire un avis peut-être plus nuancé et moins tranché !
     
    Astyana et Enae ont BigUpé.
  4. Endless

    Endless
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    Hot like Mexico

    J'ai un langage assez ordurier (enfin, surtout quand je pense, moins quand je m'exprime), donc je "pense" très souvent (dans le sens formuler en pensées, pas dans le sens y croire et premier degré) des insultes.

    A l'oral, c'est vraiment de la taquinerie, c'est quand on se cherche un peu (et ça arrive très souvent : c'est un genre d'humour qu'on pratique souvent avec mes amis). Pour moi c'est limite affectueux quand je dis "espèce de petit con" ou "salut vieille tanche". Quand ça va plus loin, c'est vraiment toujours lié au contexte (si mon ami me sort une vanne trop bourrine, je vais le traiter d'enflure, "espèce de sale connard va", et lui à l'inverse va me traiter de petite garce :yawn:).

    Par contre ce qui me pose souci ce sont les insultes discriminantes (enculé, salope, pute, bâtard). Je ne les emploie jamais à l'oral, mais parfois il m'arrive encore des les formuler involontairement en pensées. Quand j'étais ado on écoutait énormément de rap et ces mots étaient légion, j'ai réussi à les sortir de mon vocabulaire mais ils me traversent encore l'esprit. Quand je les employais à l'époque, elles étaient pour moi vidées de leur sens (je n'ai pas été élevée dans un milieu putophobe ou homophobe, au contraire, j'ai été éduquée assez tôt sur ces questions - par contre le slut-shaming moins, j'ai découvert sur le tard). Je sais que beaucoup de personnes encore à l'heure actuelle se servent de cette excuse ("c'est vide de sens") pour les utiliser, mais je ne suis pas d'accord, je pense que c'est juste de la paresse de leur part.

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    Bref je ne suis pas d'accord avec lui, pour moi il n'a juste pas envie d'abandonner la "saveur" et le "contexte" de ces mots, c'est souvent très dur de se détacher de son côté branleur, ça fait mal au coeur de renier son adolescence :yawn: !

    Et pourtant c'est nécessaire, donc à chaque fois que je pense un "fils de pute" (qui sonne de façon amicale @Enae, "FDP" c'est vraiment l'insulte de l'admiration dans mon cadre), ou un "bâtard", bref à chaque fois que ces mots me traversent l'esprit je m'auto-contrôle, et je le ferai jusqu'à ce que ça disparaisse de mes réflexes mentaux.

    Du coup je continuerai à employer un langage argotique et ordurier, tout en évitant au maximum les propos discriminants, et en continuant ce travail sur moi. Avec mes amis c'est notre mode de fonctionnement (les petites insultes / grosse taquinerie), je ne le fais pas avec tout le monde, seulement avec ceux qui sont très très proches de moi. D'ailleurs pour moi c'est la proximité maximale, car ça veut dire qu'on se connaît tellement bien, qu'on communique tellement bien, qu'on a plus besoin de tout expliquer, qu'on peut se laisser aller un peu. Et dans ma famille on est beaucoup à avoir cet humour taquin, dans mon boulot actuel aussi, après faut juste checker pour voir avec qui ça passe et avec qui il vaut mieux s'abstenir (et respecter la sensibilité de chacun) je pense.
     
    Enae a BigUpé ce message
  5. Enae

    Enae
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    @Mahaef Ah c'est marrant parce que moi non plus, je ne le supporte pas le « Eh meuf », et je crois même que ça me chagrine davantage lorsque ça vient de mes ami•es proches que lorsque c'est prononcé par des inconnu•es ou connaissances. Tout comme pour le « mec ». Dire que j'ai vu un mec dans la rue, ça passe. Mais appeler un ami proche « mec » ça passe moins, pour moi.
     
  6. Omelette Patmol Granger

    Omelette Patmol Granger
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    Guest

    Salut @Enae , je partage entièrement ton avis sur la question.

    On peut effectivement partager ses sentiments, même les plus profonds, à ses ami(e)s & à ses potes sans toutefois s'exprimer de cette manière et très régulièrement.
    J'ai une "pote" qui se permet fréquemment et de manière spontanée de "balancer" des insultes à tout va ("biatch", "salope"...etc). Ces dernières peuvent être destinées à mon encontre comme à d'autres potes à elle et même à des inconnu(e)s dans la rue.

    Donc non, tu ne te prends pas la tête pour rien. Ce n'est pas parce que ces personnes là sont nos potes ou ami(e)s qu'elles doivent nous parler ainsi. Le
    respect & l'amour vont de paire non ? Par amour je n'évoque pas forcément l'Amour avec un grand -A mais tout ce qui orbite autour à savoir : altruisme, empathie solidarité & tendresse entre autre. (référence à l'article de MadmoiZelle). Après si c'est de la taquinerie cela est à nuancer en fonction du contexte comme tu le dis. "Qui aime bien châtie bien" dirait-on mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin non plus. (Maurice)

    Et je te remercie d'avoir eu le culot de lancer ce sujet qui mérite d'être débattu.
     
    #6 Omelette Patmol Granger, 25 octobre 2015
    Dernière édition par un modérateur: 25 octobre 2015
    Enae a BigUpé ce message
  7. copaulette

    copaulette
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    Etant assez vulgaire, je peine à dire une phrase sans injures. Mais c'est vrai que j'évite de répondre "ahah, connasse!" à n'importe qui, parce qu'on ne sait jamais comment la personne en face peut réagir. Du coup je ne suis jamais la première à lancer les hostilités.

    Mais après, pour ma part ce n'est absolument pas insultant de parler de cette manière, c'est juste un langage plus fleurit. :dunno:
     
    Aethelthryth. et Endless ont BigUpé.
  8. Grim

    Grim
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    Verticalisée

    J'ai tendance à être d'une vulgarité sans nom, quand je suis énervée c'est juste immonde, mais alors les insultes pour se marrer, non. Par insulte j'entends des trucs genre (pouffiasse, salope, pute, connard, connasse, fils de pute, etc. Les trucs genre vieille tanche sont tellement absurdes que là ça me fait marrer ouais, je considère même pas ça comme une insulte).
    Ca m'a toujours dépassée ce truc.

    Quand j'avais 16-19 ans, ma meilleure amie de l'époque m'insultait pour rigoler, ça faisait marrer qu'elle.

    J'aime pas ça, j'suis toujours super choquée d'entendre des trucs comme ça. La fille de mon copain (elle a 16 ans), pendant un moment, avec ses copines s'étaient donné ce genre de surnom (genre la pute, la salope, etc, et c'était assigné entre elles, c'était chacun son "surnom"), le jour ou je l'ai entendu parler comme ça, j'étais complètement wtf. Je lui ai expliqué mon point de vue, je sais pas si elle le fait toujours mais en tous cas, plus devant moi.
     
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