Les maisons de retraite

Sujet dans 'Blabla Général' lancé par ninicracra, le 2 avril 2011.

  1. ninicracra

    ninicracra
    Expand Collapse
    4.8.15.16.23.42

    Suite à cette journée "mamieZelle" et notamment l'article (fictif) de Mamie Laystary sur les maisons de retraite, j'ai eu envie d'ouvrir un topic sur les maisons de retraite.

    Je travaille de temps en temps dans la maison de retraite de mon village natal, et je sais que plusieurs madz font ou ont fait des stages en maisons de retraite. Je sais aussi que beaucoup de Madz doivent s'y rendre pour voir leur grand-père ou grand-mère, ou les deux, et que ce n'est pas toujours chose simple.

    Personnellement, je n'ai pas de grands-parents, et travailler dans ce genre d'institut m'a beaucoup fait avancer, grandir et réfléchir.
    J'y ai appris énormément de choses.

    Lieu de souffrance, lieu de repos, lieu paisible, lieu anxiogène, quelle expérience avez-vous des maisons de retraite?

    (oh et encore une fois, si ce sujet existe, zioup, on dégagera le mien)

    (pardon pour l'emploi répété et abusif du terme "maison de retraite". Maison de retraite. Maison de retraite.)

    (maison de retraite.)
     
  2. Gringo

    Gringo
    Expand Collapse
    Regarde du porno en tricotant

    Bon je vais pouvoir me lâcher: je suis indignée sur l'état des maisons de retraite!

    -déjà le fait qu'il y ait des personnes psychiatriques/handicapées mentales me semblent une aberration. On ferme les établissement qui les accueillaient et on les mets en maison de retraite à 60 ans et on les mets avec des gens "normaux". Le problème avec les handicapés ou les psy c'est qu'ils doivent avoir un environnement adapté.

    -les aberrations: les aides soignantes n'ont pas le droit de couper les ongles des résidents. Ca doit être fait par un pédicure. Or là où j'étais la pédicure passait une fois tous les 2/3 mois (alors que logiquement c'est toute les semaines, mais elle a l'air de s'en foutre). Les résidents avaient donc tous des ongles horriblement longs et sales.

    -la blanchisserie: qui ne livraient pas en temps et en heure, de temps en temps on n'avait plus de gant de toilette, plus de serviette, plus de vêtement. Hyper pratique!

    -le réfectoire où tout était immonde. Les gens vont bouffer cette merde pendant 20 ans, ça me tue. Mais la cantinière n'était pas très fut fut, et ne se tuait pas à faire des trucs meilleurs.

    -le manque de personnel: je devais laver et changer 8 ou 9 résidents chaque matin entre 7h30 et 9h (heure où le réfectoire ferme). Logiquement dans la loi on est sensé passer 45 minutes avec chaque résident.

    -l'administration qui ne se rend compte de rien: quand la maison de retraite a ouvert il y a 15 ans, il n'y avait quasiment aucun linge sale, et là l'administration trouve que les draps changés sont de plus en plus nombreux et nous demandais de réduire leur fréquence de lavage. Le truc c'est qu'il y a 20 ans les résidents en avaient 70 et qu'ils étaient plutôt bien, maintenant il en ont 85 et tout fout le camp, ils ont vieilli et donc contrôle moins bien leurs sphincters.
    Ce qui fait que quand un drap n'était qu'un peu sale, on le retournait.

    -le manque d'activité: ils ne faisaient rien (sauf quand des assoc passait pour faire des colliers, des collages, des chansons).


    Je rêve d'une maison de retraite où les plus fringants cultiveraient un potager dont on utiliserait les légumes pour une partie des repas.
    Et qu'il y ait une cuisine encadrée (en gros une aide soignante qui veille) où les résidents puissent cuisiner leurs plats s'il en sont capables.
    Que les douches soient adaptées pour que la toilette se fasse plus vite qu'au lavabo (et donc qu'ils aient moins froid)
    Qu'il y ait une reconnaissance des aides soignante dans notre société pour qu'elles ne se sentent pas abandonnées à devoir faire trop de choses trop vites, et qu'elles soient blasées moins vite.
     
  3. ninicracra

    ninicracra
    Expand Collapse
    4.8.15.16.23.42

    Merci Gringo, c'est super intéressant! Tu étais en stage d'AMP?

    Ça, je vois bien ce que tu veux dire. Mais normalement, les handicapés mentaux âgés sont en gérontopsychatrie non? Le problème aussi, c'est la démence sénile, parce qu'elle n'est pas toujours vue comme une pathologie ou un handicap, du coup en effet, dans un institut on a à la fois des gens qui ont toute leur tête, d'autres qui ont des difficultés, et d'autres encore que l'on a totalement perdus.

    Dans ma maison de retraite, les choses sont un peu flottantes, et je pense qu'on ne respecte pas toutes les règles...par exemple, pour les ongles, je me demande si ils attendent vraiment les aides soignantes pour les couper...On a aussi des problèmes avec le linge. La lingère est toujours débordée, les résidents jamais satisfaits.

    Pour ce qui est de la cuisine -c'est ma spécialité- c'est un chef qui fait tout, donc c'est top, et moi je fais toujours beaucoup attention à eux quand ils mangent et quand je les sers. Malheureusement les cuisines centrales règnent généralement sur ces établissements.

    Rahhh, je n'ai pas le temps de développer.
    Mais je suis d'accord avec toi, je crois que certaines conditions sont faciles à améliorer. Et je crois que c'est nécessaire, parce que plus ça ira, plus on aura besoin de maisons de retraite...:erf:
     
  4. Gringo

    Gringo
    Expand Collapse
    Regarde du porno en tricotant

    J'ai bossé dans une maison de retraite l'été en fait, comme job d'étudiant.

    Pour les handicapés mentaux légers on va dire, la loi a changé. Jusqu'à leur 60 ans ils sont dépendants de centre où il y a un atelier et où ils bossent, ils ont leur studio et finalement vivent "normalement". Mais à 60 ans (leur retraite) on ne peut pas les relâcher dans la nature sans suivi donc ils sont obligés d'aller en maison de retraite alors que leur corps marche toujours.
    Avant la loi ils pouvaient rester dans la structure avec l'atelier et n'allaient en maison de retraite que quand leur vieillesse se faisait sentir.
    Pour les handicapés lourds ça ne les change pas beaucoup, néanmoins ça gène les autres résidents.

    Pour les psy légers, faute de place en psy, ils atterrissent aussi en maison de retraite. Mais dès qu'ils pètent des cables, ilss s'y sont renvoyés.

    Bon tout mon speech c'était pour la maison de retraite dépendant de l'hôpital public.
    Cet été je vais dans une privée a but non lucratif, on verra ce que ça donne.
     
  5. Fée débutante

    Fée débutante
    Expand Collapse
    La tête dans les nuages..

    En tant qu'élève infirmière, j'ai plusieurs expériences avec les maisons de retraite:

    - je commence par la pire: celle où j'ai travaillé comme Aide-Soignante un été...
    Je devais faire une trentaine de toilette entre 7h et 11h donc travail à la chaine...On ne prenait absolument pas le temps de respecter le rythme des résidents(entre ceux qui aimeraient dormir jusqu'à 9h et qu'on réveille à 7h et ceux qui détestent rester au lit mais qu'on ne lève qu'en dernier...) et les toilettes devaient être faites avant le petit déjeuner: donc les derniers petits déjeuners sont donnés vers 11h, pour le déjeuner à 12h (et on s'étonne qu'ils ne mangent rien...).
    Les mises aux WC systématiques, sans demander au résident s'il est d'accord...
    Les protections systématiques: ou comment rendre une personne incontinente...
    La bouffe dégueulasse.
    Aucune activité digne de ce nom: tous les résidents sont parqués devant la tv, allumée en permanence sur les chaînes qui plaisent aux soignants (donc les clips ou plus belle la vie...).
    Le personnel qui fait tout le temps la gueule, la directrice qui ne dirige rien...
    Dans cette situation, ce n'est pas du tout le manque de moyens qui pose problème mais clairement l'organisation et le manque de motivation de l'équipe qui ne faisait que de se tirer dans les pattes...Ils étaient là pour faire leurs heures, point. Affligeant...
    Qq points positifs tout de même:
    Il y avait une maison dans le jardin de la maison de retraite, aménagée en plusieurs appartements qui permettait d'accueillir des personnes âgées moins dépendantes ainsi que des couples.
    La coiffeuse venait toutes les semaines et cela plaisait énormément aux résidents.

    - ensuite, une intégrée dans un hôpital local où l'équipe était très dynamique et toujours dans la volonté de trouver la meilleure solution pour chaque personne.
    Il y avait 50% de personnes "valides" et 50% de personnes handicapées mentales vieillissantes. La cohabitation se passait extraordinairement bien!
    Il y avait une réelle entraide entre les résidents, une bonne entente...
    Enfin, une animatrice était présente tous les jours pour proposer des activités.

    - et la dernière: une maison de retraite en ville avec un jardin interdit d'accès aux résidents (...) où ils pouvaient/devaient amener leurs meubles et bibelots pour aménager leur chambre. Les infirmières prenaient elles aussi le temps de faire des toilettes (grande première, je commençais à croire qu'une fois l'école finie, les infirmières ne savaient plus faire de toilettes......), le temps avec chaque patient n'était pas compté. La cuisine était formidable! Il y avait un chef cuistot qui arrivait, malgré le budget serré, à faire des plats vraiment très bons!
    Les résidents sortaient régulièrement en ville, en ballade...Il y avait des bénévoles qui venaient faire la lecture, des chants, des activités...


    Donc, pas d'endroit parfait mais il y a quand même des maisons de retraite où on veut/peut faire le maximum pour les résidents malgré les contraintes.
    Seul hic, la prise en charge de la fin de vie: quasi-nulle dans chaque maison de retraite...: soins de confort réalisés mais bon, pas plus que pour une autre personne, pas vraiment de prise en charge de la famille et surtout, aucune prise en charge de la douleur...

    Malgré tout, ça me plairait bien de bosser en maison de retraite, moi! Je rêve d'une maison "jumelée" avec une crèche (et si possible, j'aimerais bien que ça ne reste pas qu'un rêve!).
     
  6. Arc-en-Ciel

    Arc-en-Ciel
    Expand Collapse
    Mélange instable

    Mon grand-père a été en maison de retraite pendant les deux derniers mois de sa vie, j'allais le voir chaque week-end et à chaque fois, c'était vraiment difficile d'être dans cet endroit.
    J'ai plusieurs amis qui sont infirmiers/élèves infirmiers et qui ont donc côtoyé à plusieurs reprises cet univers, ils ont évoqué le manque de personnel, le manque de moyens, le manque de temps surtout et bien souvent en conséquence, l'impossibilité de traiter avec autant d'humanité qu'il le faudrait les résidents. Quand on aborde ces problèmes d'un point de vue professionnel, c'est autre chose, on a plus de recul et ça serre moins le coeur quand même, je crois.

    De mon côté, j'avais juste le lien affectif et j'ai souvent été très en colère en allant là-bas. Je sais bien qu'on n'appelle plus ça des mouroirs depuis longtemps, mais qu'est-ce que c'est d'autre, sérieusement ? Les vieux qu'on abrutit à coup de médicaments pour qu'ils ne tirent pas trop souvent la sonnette, les petites chambres, les repas pris en commun où personne n'a plus d'autre préoccupation que de se disputer parce que le verre du voisin est plus rempli que le sien. On m'a souvent dit, "c'est tellement plus pratique pour eux, ils n'ont plus besoin de faire à manger, de s'occuper d'eux", ils n'ont plus besoin de s'occuper d'eux alors ils se retrouvent désoeuvrés à se laisser complètement mourir. J'ai eu trop souvent l'impression un peu dérangeante d'une infantilisation constante, les aides-soignantes parlaient à mon grand-père comme s'il avait cinq ans, c'était très gênant, j'avais parfois l'impression que puisque les résidents étaient fragilisés par la vieillesse et/ou la maladie, on se donnait le droit de les traiter comme des enfants.

    Alors bien sûr on a toujours des exemples de petites mamies bien valides qui ont choisi d'aller en maison de retraite pour ne plus être seules et qui s'y sentent très bien mais quand on ne l'a pas choisi, quand ce sont des personnes qui doivent quitter leur maison parce que ce n'est plus possible autrement et qu'on les colle dans des chambres de 15m carrés avec quelques meubles pour leur donner l'illusion qu'ils sont chez eux, c'est très brutal, et j'ai l'impression qu'on ne se soucie pas de ça. Ils se retrouvent là, on leur dit maintenant c'est ici chez toi et débrouille-toi avec ça. Je suis soulagée que mon grand-père n'ait pas eu à vivre des années là-dedans, je crois sincèrement que malgré le personnel soignant, malgré les résidents, malgré tous les gens qui allaient et venaient, il ne s'est jamais senti aussi seul que là-bas, je crois qu'il ne se serait jamais vraiment habitué à ne plus être chez lui et je crois que pour beaucoup de résidents, ce sentiment de ne plus appartenir à l'endroit où on doit vivre à présent est une source de souffrance énorme qu'on ne prend pas assez en compte.
     
  7. ninicracra

    ninicracra
    Expand Collapse
    4.8.15.16.23.42

    Tu as raison Arc-en-ciel, à mon avis la perception des choses est bien différente quand c'est son propre grand-père qui se retrouve en maison de retraite. C'est pour ça aussi que j'ai lancé ce sujet, parce que moi, je ne sais pas ce que ça peut faire aux familles, même si je suis capable en partie de l'imaginer. Et en même temps, je sais que les ASH sont parfois en grande détresse, que la souffrance est bi-latérale, parce qu'il faut voir certains soirs dans quel état le personnel rentre chez soi.

    Je suis aussi assez surprise, parce que dans mon établissement, qui n'a pas encore été parfaitement mis aux normes, il n'y a pas de psychologue. Aucun suivi proposé. Et ça, je ne comprends pas. Parce qu'entrer en maison de retraite, c'est toujours assez violent.

    Je pense à une petite dame qui ne va pas bien. Pendant tout un été, j'ai essayé plein de choses pour l'aider, en prenant sur mes heures de ménage, je venais lui apprendre le sudoku, parler un peu, etc...mais au fond rien ne marchait. Et les soignants m'ont juste dit "pfff, il n'y a rien à faire, elle est maniaco-dépressive elle, laisse tomber"...C'est trash je trouve.

    En fait, ce lieu m'a fait grandir parce que j'ai fait de belles rencontres, et parfois on me témoigne une tendresse que je reçois vraiment comme un cadeau (sans vouloir faire ma Lara Fabian!). Mais il m'a aussi fait grandir parce que j'ai compris, difficilement, que ce que veulent mes "petits vieux", ce n'est pas que je leur dise que tout va bien et que la vie est belle, comme je leur disais au début, sans doute par défense, parce que ce lieu me rongeait. Oui mais non. Ils veulent qu'on les écoute, qu'on soit là, qu'on entende leur peur/attente de la mort, leurs angoisses, leurs désirs, et c'est tout.

    En fait, j'ai un sentiment très contradictoire vis-à-vis de cette maison de retraite. Je la trouve agréable, familiale, propre, de qualité. Mais je la trouve aussi pressante, insouciante...Terrible.
     
  8. Jixels

    Jixels
    Expand Collapse
    Lapinesquerie.

    Ca fait 3 fois que je tape un message ici mais je suis trop parano pour l'envoyer. :stare:
     
  9. ninicracra

    ninicracra
    Expand Collapse
    4.8.15.16.23.42

    Allez, lance toi, on t'écoute!
    J'y ai pensé tout à l'heure: et si ma chef venait à lire ce que j'écris là?
    Surtout que elle, contrairement à l'expérience pénible que tu nous racontes, Hellébore, elle assure un max, elle est très juste, et super humaine, mais je crois que le manque de moyens la démoralise un peu parfois.
    Mais tu as raison Hellébore, chez moi aussi les rôles débordent, et ce n'est sans doute pas normal.
     
Chargement...