Les premiers déclics et combats féministes de la rédac' — Témoignages

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Clemence Bodoc, le 31 octobre 2017.

  1. Esther

    Esther
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    Mélange instable
    Membre de l'équipe

    #1 Esther, 31 octobre 2017
    Dernière édition par un modérateur: 6 novembre 2017
  2. skippy01

    skippy01
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    Mon passe-temps favori: installer des systèmes d'exploitation.

    Chez moi, il est survenu très tôt. Avec mon premier ordinateur, je jouais à Adibou et ma mère et moi avons tout de suite vu que le jeu partait du principe que le joueur était forcément masculin. Du coup, on s'amusait à féminiser tout ce qu'il disait, y compris les chansons, ce qui donnait des résultats parfois approximatifs («Quand on est bonne, on gagne des bombonnes»).

    J'ai eu beaucoup de chance d'avoir grandi dans une famille qui mettait le respect au centre de tout, et comme mes parents ont toujours été violemment anticléricaux (et le sont toujours autant, bien que j'aie moi-même «lâché du lest» sur la question même si je suis toujours athée), j'ai donc suivi les cours de «morale» (ou «cours philosophiques») plutôt que les cours de religion (il fallait choisir l'un où l'autre), qui ont remarquablement aidé dans ma déconstruction.

    Je tire d'ailleurs mon chapeau aux profs successifs de cette même matière d'avoir fait un excellent travail de décomplexion de la sexualité, de même que toute mon école pour son travail de sensibilisation dans plein de domaines, dont les violences conjugales (ça m'a évité de mettre les pieds dans le plat quand une pote s'est confiée sur ses problèmes de couple, je les ai même rabibochés sans trop comprendre comment, au point que le mec concerné me remercie).

    Il a fallu un peu plus de temps pour que je comprenne que le sexisme anti-hommes n'existait pas (puisque ma mère affirmait le contraire), il a fallu qu'on me mette sous les yeux des arguments irréfutables (heureusement, j'avais déjà un minimum d'ouverture d'esprit) dans un forum que je fréquentais à l'époque et au hasard d'un lien vers Mad (que je ne connaissais pas) dans un groupe FB pour que je me rende à l'évidence.
     
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  3. Erinnern

    Erinnern
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    Pas de désolisme.

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  4. Narcissa

    Narcissa
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    Et vous, vous m'racontez pas votre petite journée?

    #4 Narcissa, 31 octobre 2017
    Dernière édition: 31 octobre 2017
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  5. Ann Ha

    Ann Ha
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    Je crois que j'ai toujours été féministe, en tous cas mon éducation et celle de mes frère et sœur a été assez égalitaire, autant que faire se peut dans une société un peu marquée. En fait, je crois que mon éveil au féminisme s'est surtout produit le jour où j'ai compris que j'étais une fille. Oui, une fille, pas un garçon, que je n'avais pas le choix et que ça avait des conséquences sur la manière dont je pouvais me comporter.
    Quand j'étais petite ma sœur allait faire les magasins avec ma mère, moi je faisais du jardinage avec mon père. J'aimais les jupes à volants et regarder le Tour de France, j'adorais les maths et inventer des histoires sans fin avec mes Barbies, je trouvais trop cool de monter un lego technic et de recopier des poèmes au stylo à paillettes dans mon carnet secret. Bref, je faisais ce que je voulais.
    J'ai eu de la chance, je n'ai jamais vécu d'événement traumatisant dans mon enfance ou même le début de mon adolescence. J'étais ce que je voulais et le prof de maths qui me disait "pas mal pour une fille" était juste un con.
    Un jour je suis partie en vacances au Maroc avec une copine, j'ai voulu aller me baigner. Sur la plage à Agadir là où les gens du coin chillent le soir, au milieu des familles et des gamins qui se baignent. Je n'avais pas compris qu'il n'y avait que des gamins et pas des gamines. L'un, un peu plus zinzin ou plus aventureux que les autres, s'est mis en tête de toucher mon entrejambe. Personne ne l'a retenu ; ni ses potes, ni les adultes qui étaient là autour. Avec ma copine on s'est carapatées dans un resto à touristes du bord de mer parce qu'on s'est dit que là on nous protégerait. Pas en tant que femmes, non, mais au moins en tant que portefeuilles sur pattes.
    Ce jour-là j'ai compris qu'être une fille impliquait des modifications de mon comportement pour ma propre sécurité. Ça doit paraître dingue à certaines : j'avais 21 ans quand j'ai compris...
    En fait je militais déjà pour l'égalité hommes-femmes, je savais qu'il y avait des inégalités salariales, je savais qu'on n'accordait pas les mêmes choses aux filles qu'aux garçons. Mais jusque là je ne m'étais jamais heurtée comme ça au mur, et ça m'a vraiment fait bizarre.
    Je continue de lutter, bien sûr, quand je suis en France je mets un point d'honneur à ne jamais faire/ne pas faire quelque chose en raison de mon sexe. Mais je sais que je suis une fille, maintenant, ce qui me rend encore plus enragée à essayer de faire bouger les choses pour que ça n'ait plus aucune importance.
     
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  6. Ann-ly

    Ann-ly
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    La première fois, je crois que c'est lorsque mon père, puisque je n'aimais pas ses câlins (dont j'ai découvert il y a peu qu'ils étaient abusifs), m'avait dit que je n'étais pas "une vraie fille" et que je ne serais jamais "une femme aimée des hommes", puisque je n'aimais pas qu'il me fasse le même type de caresses qu'il faisait à ma mère. J'étais petite, mais je ne comprenais pas cette obsession d'être une "vraie" fille et pas juste une fille tout court.
    Et ensuite lorsqu'au collège on me demandait de mettre des collants sous mes jupes car c'était "vulgaire" et "non adaptée aux filles respectables" alors que des mecs pouvaient être torse nu sans qu'on ne leur dise rien.
    Aussi, l'actualité m'intéressait et je ne trouvais pas ça juste que les femmes gagne moins que les hommes, que je pouvais faire traiter de pute dès mes treize ans, et que si je me défendais, c'était moi qui me faisais disputer.
     
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  7. Chloé_Pot

    Chloé_Pot
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    ha que prout prout pouet que voilà la chlo chlo mobileee

    Pour ma part ça a commencé très tôt dans ma famille. Je n'aimais pas les robes, les poupées, les barbies, ... Je préférai de loin les lego, les dinosaures et les bermuda normalement vendus au rayon "garçon". Si mon père semblait en tirer une certaine fierté, ma mère, elle, n'avait de cesse d'essayer de me faire porter des jupes et des robes ainsi que de me traiter de "garçon manqué". C'était blessant... dès qu'elle réussissait à me faire enfiler une robe elle me filmait en s'exclamant des "qu'elle est belle", "on dirait une vraie fille",... développant chez moi une véritable aversion pour les jupes, les robes, les compliments, les photos et les vidéo de moi. Je ressentais le fait de me comporté comme une "vraie fille" (selon les normes de société) comme une honte, une gêne viscérale qui m'a suivie pendant longtemps. Dans ma tête j'étais une fille normale même si aux yeux des autres j'étais un garçon manqué, je ne comprenais pas pourquoi on devait enfermer les sexes dans des cases et dès mon très jeune âge (d'aussi loin que je m'en souvienne) je me suis donc battue pour prouver à ma famille, mes amies, à mon entourage, qu'il y a d'autres moyens d'être une fille même si ça allait contre les normes dictées par la société. Bref je suis une féministe née dans une famille pas très féministe de base et qui venait d'arrêter les couches culotte quand elle a commencé ses actions par pure contradiction envers sa mère.
     
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  8. Lapiluz

    Lapiluz
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    Rêve de suivre ses cours en petite culotte

    Eh bien moi ça a été assez tard je trouve ... je ne m'étais jamais posée de questions à ce sujet (ni sur quoi que ce soit d'autres, je crois que j'étais une enfant un peu à l'ouest à l'époque :yawn:) et je ne sais pas comment elle est arrivée dans ma tête, mais j'avais l'image très cliché et négative de la "féministe qui ne se rase pas et qui hurle pour rien" (:ninja:).
    En fait j'y ai été confrontée pour la première fois quand les slut walk ont émergé (j'avais 16 ans) et que pour ma part je commençais à sortir avec un garçon qui vivait dans une ville très éloignée de la mienne, qui considérait que porter un short en hiver c'était être une pute. Sauf qu'auparavant je m'étais toujours habillée comme ça, je voyais d'autres filles faire de même et aucune de nous n'avait essuyé de remarques déplacées ou d'insultes. J'ai donc découvert sur le tard tout le spectre du slut-shaming et tout le reste du féminisme.
     
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  9. Mawrcan

    Mawrcan
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    J'ai décidé d'être heureuse, c'est meilleur pour la santé

    Je me souviens très bien de mes premiers "déclics", même si je ne suis pas devenu féministe après ça (il a fallu un peu de temps !).

    Le premier, c'était en CE1, j'avais donc 6 ans, et la maîtresse nous a appris la règle de grammaire du "masculin qui l'emporte sur le féminin". Avec d'autres filles de la classe ça nous avait beaucoup choqué. En plus rien que la formulation de cette règle est juste horrible. Un enfant entend ça répété comme un mantra, comment limiter ça à la grammaire? Je suis sûre que pas mal de gens diraient que c'est abusé de faire le lien, mais pour moi c'est un des piliers de la construction sexiste...

    Le second c'était à l'âge de 8 ou 9 ans, en lisant le magasine Julie, qui avait créé un test : "quelle présidente serais-tu?" D'ailleurs big-up à eux, c'est top pour les petites filles ! Une des questions, c'était "quelle sera ta première mesure", et une des réponse "établir l'égalité de salaire entre les hommes et les femmes". Complètement éberluée, je vais voir ma mère pour être sûre, et elle me dit "Mais oui c'est vrai, aujourd'hui les hommes gagnent plus que les femmes pour un même travail". Ce qui me fait rire aujourd'hui, c'est ce qu'elle a ajouté après : "Je ne suis pas féministe, mais ça j'avoue que c'est complètement injuste".

    Bref, je ne viens pas d'un milieu féministe, donc je n'ai pas été naturellement portée à ça. De plus, j'entrais dans le moule comme on dit, c'est-à-dire que j'étais une petite fille "comme il faut", qui aime les jupes et les princesses. Quand ma soeur a commencé à arrêter de porter robes et jupes, à s'habiller avec des jeans et des baskets, on disait à la maison qu'elle était dans sa phase "garçon manqué"... :stare:

    Je suis donc devenue féministe quand j'ai commencé à m'éduquer par moi-même, et internet a été la clé de tout ça. J'ai pu accéder à des médias féministes (oui, la majorité de mon éducation au féminisme a été faite par Madmoizelle !), et au lycée, il y avait des filles qui parlaient de slut-shaming ou ce genre de choses, ça m'a fait aussi réfléchir.

    Pour finir sur une note pas trop joyeuse, je vous mets en lien la chronique de Guillaume Meurice de hier, qui a interviewé des enfants et... disons qu'il y a encore du boulot. :gonk:
     
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  10. Carinee

    Carinee
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    Moral au beau fixe

    A 4 ans je me suis coupé les cheveux pour devenir un garçon. Pas que je voulais vraiment être un garçon, mais ils jouaient à des jeux qui me paraissaient tellement plus amusants ! Je jouais au foot, à la bagarre, au mécano, j’ai reçu une mallette bricolage comme cadeau de Noël...et je trouvais ça « trop pas juste » que ces cadeaux ne soient que dans les pages « garçons » des catalogues de jouets !
    Bon à l’epoque je l’ai pas identifié comme féministe, mais j’ai toujours ressenti une profonde injustice qu’on décide a ma place que je devais jouer avec des poupées ou mettre une robe pour être bien habillée pour un mariage, alors que je détestais les 2 et que ça ne s’appliquait pas à mon petit frère.
    Je pense que j’ai eu un second déclic au début de la vingtaine, quand j’ai été plus sexuellement libérée, surtout en voyant le décalage avec certaines amies. Ce qui leur paraissait parfois normal me révoltait et elles étaient souvent surprises que je suive librement mes envies, j’ai réalisé que ce n’etait pas toujours le cas (merci le slut shaming !)
    Et Mad m’a beaucoup aidé à m’attribuer le mot “féministe” dans la même période.
     
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  11. Kaus Australis

    Kaus Australis
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    Stupéfiant.

    Pour moi c'était en primaire, mon meilleur ami était un gars et dans la cour on jouait entreuh filleuhfille ou entreuh garçoooons donc quand j'allais jouer avec eux c'était hanlalalala mais t'es un mec en fait
    Nan tg

    Non le truc qui m'a le plus marquée, c'était que ma mère répétait toujours «c'est le bordel dans ta chambre/tu fais des histoires = t'es bien une fille» c'était la même chose chez les frères mais hmmmm elle disait rien, d'accord.

    Et aussi un mec m'a agressée quand j'avais 12 ans, comme en plus c'était un pote j'ai ressassé longtemps: pourquoi le dénoncer me ferait il autant de peine, alors que c'était un gros con, objectivement? J'ai fini par comprendre qu'il y avait un truc qui prétendait que les filles «cherchaient» et finissaient par «trouver», et ça ça m'a pas plu. Qu'est ce qu'une gamine de 12 ans hyper coincée pouvait bien chercher, je sais pas, mais j'ai fermé ma gueule en me disant que j'avais forcément du faire un truc de travers et que si je racontais ça, on me croirait pas ou on me traiterait de salope. J'avais tout compris :facepalm:
    À force d'y penser j'ai fini par me dire qu'un truc tournait pas rond, c'était peut-être ça. À force d'y penser, donc des années après, ponctuées de «pute», «salope», «bonnasse jte baise» gratuits qui ont failli me faire croire que mon existence était en elle même problématique (maman, si un jour tu sais ça, tu sauras pourquoi je mhabillais pas féminine à tes yeux, pulls oversize avant que ce soit la mode, on fait comme on peut).
     
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  12. Vixenju

    Vixenju
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    "I know that I'm perfect, even though I'm fucked up"

    Je ne me souviens pas très bien de quand j'ai pris conscience de mon féminisme... J'ai grandi dans une famille avec une mère féministe, mais un père très macho. Et autant je portais du rose et on m'offrait des barbies, autant j'allais jouer dans la chambre de mon frère et je regardais la ligue des justiciers. Je crois que j'ai commencé à me poser des questions quand j'étais en primaire, avec les garçons qui jouaient au foot et qui se foutaient des filles car "lolilol le masculin l'emporte sur le féminin". A l'époque, j'étais très menue et j'avais un style assez androgyne, alors je me prenais des remarques des filles car j'étais moche, pas assez féminine, mais aussi des garçons qui me traitaient comme la fragile nulle en sport.

    Mais à cette époque j'avais aussi des discours extrêmement homophobes (ma pauvre petite moi, si tu savais que tu allais rouler des patins à des filles 10 ans plus tard :cretin:), et cette tendance s'est accentuée quand j'étais au collège, quand je décrédibilisait les discours de ma mère, je balançait du slut shaming et du victim blaming à tout va, parce que je me faisais harceler par les filles un peu populaires, et les traiter de "putes", "pouf", "salopes", "suceuses"... Me rendait plus forte. Néanmoins je trouvais très injuste qu'on m'harcèle car je n'ai pas de copain ou que je me maquillait "trop".

    Puis quand j'ai découvert mon homosexualité, et, un peu plus tard, le journal Madmoizelle, je me suis dit "mais Martine, t'es un peu conne ou ça se passe comment?" et j'ai entamé une longue phase de transition de mes idées pourries et rétrogrades à des idées féministes qui me représentaient vraiment. Ça ne s'est pas fait en un jour, j'ai balancé quelques "tu ne te respecte pas" au passage, mais ça s'est fait. Maintenant je trouve ma mère un peu trop fermée d'esprit sur certains sujets, et je gueule dès que j'entend mon père sortir un truc machiste. Le féminisme m'a également fait prendre conscience de beaucoup de choses (NON ce n'est pas normal de se faire harceler dans la rue, NON ce n'est pas normal de laisser tes parents te dire que tu es peut-être bi, OUI ce que tu as vécu était bien un viol...) et ça a été incroyablement libérateur.

    Du coup je pense que je dois remercier Madmoizelle pour ça, qui m'a bien aidé à y voir plus clair et à me forger une opinion, à être moi-même, tout simplement :joy: Merci la rédac de m'avoir fait prendre conscience de ma connerie et de m'apprendre chaque jour des nouveaux trucs :loveeyes:
     
    Kmarlou, Kaus Australis, Carinee et 2 autres ont BigUpé ce message.
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