Les relations dites « Nord/Sud » : tiers monde, pays en voie de développement ?

Sujet dans 'L'actu dans le Monde' lancé par Mircea Austen, le 18 décembre 2015.

  1. Mircea Austen

    Mircea Austen
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    Il croyait savoir, il ne savait pas qu'il croyait.

    Coucou !

    Ouvrons ici un espace de réflexion que je me permet d'introduire (cmb) (pardon) (je ne regrette rien c'était si bon).

    Pourquoi ce topic s'intitule « Les relations DITES "nord/sud" » ? La distinction Nord/Sud nous amène à nous poser la question des théories des relations internationales. Pour faire simple : comment les états relationnent entre eux ? C'est un champs des sciences sociales qui s'intéresse originellement à la guerre (quand, comment, pourquoi, comment on l'arrête ?) mais qui a vu son champs de compétence considérablement s'élargir durant la guerre froide. Rapport au fait que... bah justement y'avait pas de guerre.

    Pendant et surtout avant cette période l'analyse des relations internationales se concentre, on s'en doute, sur les relations est/ouest.
    Durant cette même période ce qui va devenir "le sud" est pensé comme Edouard Said l'explique très bien, sous le prisme de l'Orientalisme. En gros, soit on est fasciné, soit on les déteste, dans tout les cas, c'est "pas nous".

    Avec la décolonisation commence à se faire entendre ce qui va devenir le « tiers monde » et qui tape du point sur la table avec notamment la célèbre conférence de Bandung. Pourquoi tiers ? Déjà parce que ça fait penser au "Tiers états" français (par opposition aux nobles et au prêtre), mais surtout parce que ni du bloc de l'est, ni du bloc de l'ouest : une voie tierce.

    On commence à se demander qui sont ces gus qui empêche de guerre froider en rond. La Chine de Mao prend ses aises et défie les Russes, l'Indochine donne des sueurs froides au bloc de l'Ouest. Se constituer en "tiers monde" permet certes l'accès à une parole groupée et donc plus imposante dans les organisations internationales, ça ne permet pourtant pas totalement d'échapper aux deux blocs qui se taillent des pièces dans le lard, quitte à faire dégénérer la situation comme en Afghanistan.

    Années 60-70 les indépendances fussent, ces nouveaux pays tout juste décolonisés auraient encore besoin (je suis prudente, vive le conditionnel), de l'aide des anciens colons. On parle de politique de développement, de pays "en voie de développement". D'un côté ça permet de justifier les aides apportées à ces pays, de l'autre de continuer à poser ses pions notamment économique. L'aide au développement c'est bien souvent imposer ses entreprises de BTP et d'énergie pour la réalisation du-dit développement. C'est aussi poser le développement à l'Occidentale comme une finalité, un but à atteindre, avec une ligne de mire politique : la démocratie comme chez nous.

    Tiers monde => pays en développement => on va passer à une lecture nord/sud lorsque la thématique économique va définitivement s'imposer dans les débats.
    Sauf que dans les années 80/90 la lecture se complexifie singulièrement avec la fin de la guerre froide. Certains pays comme le Japon deviennent de véritables menaces économiques, suivis de près par les dragons asiatiques, l'Inde et la Chine s'en tire pas mal, l'Afrique plonge. On parle de "gestions de la dette" des pays les plus endettés : le FMI, la Banque Mondiale, imposent leurs grilles économiques et budgétaire aux pays qui ont besoin de leur aide, ce dont l'Argentine se mordra les doigts lors de sa crise du début des années 2000.

    On parle désormais de niveaux de développement et les néologismes sont légions : pays les "moins" avancées, pays "avancés", "Nouveaux pays industrialisés"...

    Les tensions se font de plus en plus nombreuses : politiques au Moyen Orient où la palestine est vu comme un pays du sud, Israël comme un pays du nord, économique lorsqu'on craint les délocalisations massives en asie, sociale avec la gestion d'un passé colonial ... bah tout simplement pas faite. Le tout dans un contexte de mondialisation qui petit à petit laisse entrevoir des nouvelles problématiques : celle écologiques et migratoires.

    La distinction nord/sud est vouée à disparaître, elle ne rend plus compte de la diversité des pays du sud.
    Elle laisse également une zone d'ombre considérable dans les analyses des relations internationales : les relations sud-sud. Certains pays comme la Chine ou l'Inde, qui sont aussi développé et industrialisé, bureaucratisé, que les anciens tauliers du nord, profite d'opportunité économique considérable en Afrique ou en Amérique du Sud où ils sont vu comme les remplaçants idéaux aux anciennes puissances colonisatrices. Celle-ci serrent les dents, en terme de part de marché l'enjeux est énorme notamment en Afrique, dont les besoins en infrastructures vont croisant.

    Les anciens pays du sud deviennent, pour certains, des concurrents.

    Parallèlement au monde militaire et économique le monde social bouge aussi et notamment les ONG.
    Les ONG comme la croix rouge qui professait la neutralité en temps de guerre se voient concurrencé après la guerre du Biafra dans les années 60-70 par de nouvelles ONG symbolisées par les "french doctor" : MSF et plus tard médecin du monde se fichent des frontières et recourent aux grands événements médiatiques pour sensibiliser la population. Ils se revendiquent de l'efficacité, de la neutralité politique, la figure du médecin missionnaire est mise en avant.
    Mais ces actions d'éclat sont critiquées pour leur côté spectaculaire, lorsque Kouchner part en bateau sauver des Boat People sont collègues fondateur de MSF parle d' "un bateau pour st germain des près", Kouchner fonde médecin du monde en réaction.

    Dans leur ombre des ong, souvent plus modeste, dans les années 90 se professionnalise dans les actions de "développement", laissant l'urgence à MSF, Croix rouge etc... Ces ONG se font des spécialistes du "transferts de compétence" et compte "apprendre à pêcher" plutôt que de donner un poisson un jour à qui dans le besoin.

    Le soucis ? Ni les ONG développementaliste ni celle spécialisée dans l'urgence ne prennent en compte les feedback dit des pays du sud. Ceux qui les financent sont des bailleurs de fond occidentaux, et les évaluations une fois la mission accomplie sont faite par les ONG elles mêmes. En réalité on peut parfaitement faire carrière dans une ONG, y compris sur le terrain, sans jamais voir de population locale à proprement parlé.

    Les ONG sont donc critiqué parfois pour leur aspect néo-colonialiste. Elles permettent également d'entretenir des réseaux d'influence expatrié, voir de... cacher certains espions gouvernementaux (ça fait romantique mais c'est le cas).

    Depuis les années 90 et le fiasco de la guerre de Yougoslavie un autre acteur plus exotique à envahit le champs humanitaire : l'armée. Ca n'a pas été sans conséquence sur son recrutement : à force de vendre l'aspect humanitaire des interventions, une grosse vague de recrue se retrouve très ... mal à l'aise, une fois sur le terrain.

    Les rapports Nord/sud ne sont donc plus des rapports nord/sud, les pays "en voie de développement" ont explosé en une multitude de zone d'influence allant jusqu'à concurrencer les puissances dites "occidentales" et même lorsqu'on veut aider, on se retrouve avec le même prisme biaisé.

    D'où la question : comment parler des pays dit "du sud" aujourd'hui ?
     
    #1 Mircea Austen, 18 décembre 2015
    Dernière édition: 18 décembre 2015
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  2. Zébule

    Zébule
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    Je navigue en toute détente

    Merci pour ce post très intéressant !
    J'ai un souci avec la notion de "Sud" depuis quelques années
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    Comme je n'y connais globalement rien, j'ai juste des éléments à apporter sur ce point, pour dire qu'en fait c'est toujours plus ou moins le cas.
    En France on a l'AFD qui est censée financer des projets de développement conduits par des entreprises locales (ou en tout cas en libre concurrence) mais dans les faits ... bref. Et "pire" encore, il y a des programmes dans les ministères pour subventionner des entreprises françaises qui font des projets dans les pays "du Sud" (donc là c'est carrément explicite).
    En fait, qu'on subventionne des entreprises françaises pour faire des projets à l'étranger dans le cadre d'un programme national de commerce extérieur ne me pose pas tant problème, le souci c'est quand on le fait sous couvert de développement.

    Et sinon pour la question finale, moi j'aurais tendance à dire qu'on a qu'à les différencier à chaque fois, genre en parler Etat par Etat :hesite: Après les Etats n'étant pas forcément la meilleure manière de désigner des aires géographiques (même parfois une très mauvaise manière), c'est COMPLIQUE !

    EDIT :
    Il y a aussi des tas de recherches sur le rôle des bailleurs de fond internationaux dans la libéralisation (privatisation) de certains services publiques dans les pays en développement. La Banque Mondiale est à fond pour l'économie de marché, tout comme l'OCDE etc ... On peut lire des trucs HALLUCINANTS de la part de ces institutions comme "il faut éduquer les jeunes vietnamiens pour qu'ils soient préparés à l'économie de marché".
    Dans les faits, ces politiques ont parfois eu des conséquences désastreuses, que la Banque Mondiale commence à peine à reconnaître.
    La France joue toujours ce jeu, en essayant de vendre à des villes le principe des services libéralisés pour permettre l'essor international des majors français de ces services (RATP, EDF, Véolia, Engie), alors même qu'ils ont parfois fait n'importe quoi par le passé (exemple de Suez en Argentine).
     
    #2 Zébule, 19 décembre 2015
    Dernière édition: 19 décembre 2015
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  3. Lady Stardust

    Lady Stardust
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    Ah wham bam thank you ma'am!

    Perso j'ai aussi du mal avec la notion de "pays du nord": déjà elle est assez floue, je trouve pas les mêmes cartes, notamment concernant la Turquie et les pays du sud du Caucase, mais aussi le Kazakhstan par exemple (dès fois ils sont mis au nord, dès fois au sud).

    Aussi, cette notion est parfois utilisée de manière caricaturale: déjà dans certains discours qui assimilent pays du nord et occident (hors c'est pas exactement le cas, coucou le Japon, la Coréé du Sud, etc), Nord et démocratie (l'URSS c'était moyen-pas du tout ça pourtant, et actuellement certains pays du Sud m'ont l'air un chouïa plus démocratiques que certains pays du Nord) et aussi dans le sens "là ils sont riches, là ils sont pauvres". Sauf que comme pour les pays du sud, ça cache des réalités suuuper variées entre les pays, je dirais qu'il y a autant de diversité au Nord qu'au Sud :hesite:

    Surtout quand on regarde la situation actuelle question IDH (indice de développement humain) et PIB (produit intérieur brut), on a des pays dit "du Sud" avec un meilleur IDH et/ou PIB que certains dit "du Nord", par exemple certains pays d'Amérique du Sud comme l'Argentine et le Brésil comparé à certains pays d'Europe comme la Moldavie et l'Ukraine.

    Certains pays, comme le Qatar et la Chine pour parler des plus évidents, investissent aussi pas mal dans des pays du Nord.

    Du coup à la question "comment parler des pays dit "du sud" aujourd'hui ?" je rajouterais comment "comment parler des pays dit "du nord" aujourd'hui, on est vraiment aujourd'hui dans un monde où cette distinction n'a plus vraiment de sens je trouve, en tout cas comme elle est habituellement posée :hesite:
     
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  4. MaudiRev

    MaudiRev
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    Be Yourself

    Dans mon travail de fin d'études je ne voulais pas écrire "pays en voie de développement" car je défendais dans mon travail qu'on ne devait pas prendre en charge mais bien accompagner( d'un point de vue thérapeutique). Du coup j'avais propose pays à faible revenu économique. J'avais lu ça sur un site web, et je trouvais le terme beaucoup plus adéquat! ;)
     
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  5. Mircea Austen

    Mircea Austen
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    Il croyait savoir, il ne savait pas qu'il croyait.

    Hey ! Dsl j'ai pas eu d'alerte ou j'ai du la louper oO

    Alors, j'ai des cours là dessus et donc j'ai beaucoup de textes universitaire mais très agréable à lire, est ce que tu veux que je te sorte les liens ça t'intéresse ?
     
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