Miss_Marsh

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Miss_Marsh, le 22 octobre 2010.

  1. Miss_Marsh

    Miss_Marsh
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    En pleine introspection

    Bonjour à toutes!
    Je vous poste ci-dessous les tous premiers paragraphes d'un roman que je suis actuellement en train d'écrire.
    Merci de laisser vos commentaires, qu'ils soient positifs ou négatifs.
    Je compte sur vous!:)


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    C'est pour bientôt. Très bientôt. Je le sais, je le sens. Mais pour quand exactement? Cela, je l'ignore totalement.
    D'ailleurs, dans quelle mesure pourrais-je savoir si la date fatidique approche à grands pas? C'est bien simple: je suis ma propre maîtresse. Maîtresse de mon corps, gourou de mon âme... Par conséquent, moi seule sait si le moment choisi sera le bon. Mais pour l'instant, je n'en ai qu'une vague idée. Je sais simplement que ce sera aux alentours de cette date-là, et pas d'une autre. Pourquoi ce jour en particulier? C'est le mystère complet. Du moins tant que je ne me penche pas plus résolument sur la question.
    L'esprit préoccupé par une foule d'interrogations toutes plus essentielles les unes que les autres quant à la future réussite de mon oeuvre, je coule un regard machinal en direction du tableau noir sur lequel s'est inscrite cette phrase hautement recherchée: Sommes-nous ce que nous prétendons être? Vaste question, qui prête à réfléchir mais sur laquelle je ne m'étendrai guère. Je sais pertinnement que nul n'est ce qu'il prétend être, que nous arborons tous des masques dissimulant notre vrai visage. Après tout, je suis bien placée pour le savoir! Moi... La gentille, souriante et adorable demoiselle s'apprêtant à comettre l'irréparable... Je souris intérieurement en songeant au fait que personne, jusqu'alors, n'a eu l'intelligence de me percer à jour. Tous des imbéciles. Je suis bien contente de ne pas leur ressembler. De faire semblant d'être normale, banale à en chialer. A en chialer... L'expression semble peut-être, dans le cas présent, poussée à son paroxysme mais elle résume à merveille mon état d'esprit actuel.
    Brusquement, l'angoisse me serre le coeur. Et si tous ces gens, autour de moi, avaient conscience du double jeu qui prenait forme dans mon esprit, mais faisaient semblant de n'en rien remarquer? Je suis habituée à ce que l'on me dévisage avec insistance, mais j'ignore toujours pourquoi... Mes connaissances affirment que je suis belle, mais est-ce bien la seule et unique raison? Je suis peut-être jolie, néanmoins je pense rester dans la moyenne de ces filles avenantes qui pullulent un peu partout sur la planète. Je n'ai rien d'exceptionnel... Ah, si, mon regard sûrement. L'oeil est une arme de séduction imparable , probablement la meilleure d'entre toutes. Et je fais partie des chanceuses, je m'en sers beaucoup... Mais je m'égare, où en étais-je? Oui, le double jeu... Peut-être que tous ces individus qui gravitent autour de moi, ou du moins certains d'entre eux, vont eux aussi décider de franchir le pas. Après tout, on peut rencontrer des cinglés à chaque coin de rue... Et on lit de ces choses, dans les journaux... Le brave père de famille qui, pour une raison inconnue, a décidé d'en finir avec l'existence et qui, par la même occasion, fait passer sa femme et ses gosses (tous innocents, cela va sans dire) de vie à trépas... Le type au-dessus de tout soupçon, l'exemple-même de l'homme respectable et respecté, celui que l'on n'aurait jamais cru capable d'une telle monstruosité (dixit les voisins). Eh oui, mais il convient d'apprendre à se méfier des appa rences. La preuve... Les gens devraient pourtant le savoir, depuis le temps.
    La voix perçante de Miss Stahlwaker (surnommée Skywalker par tous les crétins), professeur ès littérature française de son état, me fait sursauter et m'oblige à concentrer toute mon attention sur ses déclamations. Mais je ne peux retenir un soupir. Dieu, que cette femme est agaçante... Moi qui, au début de l'année, me faisais une joie de découvrir les multiples tenants et aboutissants d'oeuvres rédigées par ces merveilleux auteurs que sont Gustave Flaubert, Guy de Maupassant ou encore Emile Zola, mon enthousiasme avait très vite été réduit à néant, écoeurée que j'étais par l'onctuosité et le pédantisme de cette dame s'autoproclamant pédagogue. Férue de littérature comme d'orthographe, j'avais tôt fait, ainsi que bon nombre de mes condisciples, d'agencer mes propres révisions sans me soucier de recopier les siennes. Si je n'avais pas une idée précise des personnes qu'il me fallait à tout prix faire disparaître de la surface du globe, j'aurais été ravie de m'occuper de son cas. Je suis persuadée que mon geste m'aurait valu la Légion d'Honneur... ou un équivalent. Mais pour l'instant, j'avais d'autres chats à fouetter. Plus tard, peut-être...
    - Alors, toujours partante pour ce week-end?
    Etonnée, je tourne la tête pour faire face au visage souriant de Rachel. Le stylo que j'agrippais si fermement une seconde plus tôt me glisse des mains et je le recueille avec un soupir. Nous nous connaissons depuis notre entrée au lycée, il y a déjà quatre ans de cela, mais notre entente ne date que de l'année dernière lorsque, au détour d'une conversation, nous sommes toutes deux tombées d'accord sur le fait que Madonna ne savait plus chanter et qu'elle ne se bonifiait pas avec l'âge. Depuis ce jour, mémorable au possible, nous ne nous sommes plus quittées d'un pouce. Donc, il faut me comprendre. J'ai besoin d'air, je veux respirer, mais Rachel est toujours collée à mes basques. Ce n'est plus vivable. Je suis en outre certaine que si je tentais de lui expliquer calmement, sans arrière-pensées, qu'elle était un frein à ma vie affective, cela ne l'empêcherait pas de s'accrocher de plus belle, tel un naufragé s'agrippant à sa bouée de sauvetage. Il serait utile d'ajouter, pour ma défense, qu'à cause d'elle je n'ai pas eu l'ombre d'un petit copain depuis belle lurette. Elle est toujours là , présente, trop présente. Elle me téléphone tous les soirs pour savoir si je suis bien rentrée chez moi, tous les matins pour savoir quand je vais partir en cours. On ne peut pas faire plus envahissant qu'elle. Et moi, la pauvre fille, bonne poire que je suis, prise au piège... Par culpabiblité, probablement... puisqu'elle ne s'était toujours pas remise de la mort de son père, décédé tragiquement (et surtout une pleine bouteille d'eau-de-vie dans le sang) lors d'un accident de voiture qui avait fait les gros titres des journaux en son temps. Elle me rabâche à longueur de journée que je suis sa seule véritable amie, que sans moi elle ne serait rien (et pourtant, je me demande ce qu'elle est censée être avec moi), bref de quoi me rendre cinoque en un rien de temps. Alors, autant en finir, vous ne croyez pas? Ce sera sûrement mieux pour elle (et pour moi aussi), elle pourra retrouver son père bien-aimé, celui-là même qui préférait se soûler et sauter sa secrétaire plutôt que de s'occuper d'elle. Où qu'il soit à présent.
    - Ce week-end? J'ai toujours l'intention de venir, si c'est ça qui te démange.
    Il était prévu, depuis déjà un mois, que nous nous réunirions tous chez Rachel pour y passer le week-end à l'occasion de son anniversaire. Vingt-et-unes années de bons et loyaux services. "Tous", cela comprenait Alexia, Matthew, Eleonore, Daniel, David, Craig et moi, bien évidemment.