Najat Vallaud-Belkacem défend la réforme du collège au Grand Journal

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Clemence Bodoc, le 24 juin 2015.

  1. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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    Membre de l'équipe

    joseph007 a BigUpé ce message
  2. ciel d'orage

    ciel d'orage
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    complètement à l'Ouest

    Cette réforme est un bon début, quand on sait qu'une grosse majorité des élèves de 3e ressortent avec le même niveau avec lequel ils sont entrés... L'idée est de donner à tous les élèves les moyens pour réussir, on ne peut que plussoyer.
    Pour ce qui est de l'apprentissage des langues, on sait tous que çà passe par un séjour linguistique. Je ne sais pas si ce sera le cas, si cela ne l'est pas déjà, mais inclure ds les programmes de langues un voyage linguistique, et ce que quelque soit la langue, est une bonne chose.
    Je me souviens (attention, mode old lady) ds le premier collège où je suis restée 3 ans, on ne proposait pas aux élèves de 3e le stage de découverte de l'entreprise, ni de 2e séjour linguistique, à part l'Angleterre; choses que j'ai découvert ds le collège où j'ai fait ma 3e. Et encore, en discutant avec mes potes de lycée, certains n'avait pas fait le stage de 3e. Cette réforme semble vouloir mettre tous les jeunes sur un pied d'égalité, alors oui pourquoi, en espérant que les profs ne galèrent pas trop pour leur mise en place.
    Par contre, j'ai une question qui me taraude: depuis plusieurs années, la résolution des problèmes liée à l'éducation nationale passe nécessairement par des réformes du secondaire. A part la réforme des rythmes scolaires, il n'y a encore jamais eu de réformes des programmes de primaire. Pourtant, de mon point de vue, si on change le celui du secondaire, le primaire doit suivre et vice-versa.
    Bref, j'attends de lire la réaction des Madz profs, en primaire, au collège et au lycée.
     
    Melan8 et Casskou ont BigUpé.
  3. ElizaBennet

    ElizaBennet
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    Même si l'article est extrêmement précis, il y a néanmoins quelques précisions essentielles - des rectifications, en fait - à apporter pour comprendre cette réforme qui, à mon sens, sera une véritable catastrophe si elle est appliquée en 2016.

    Je vais essayer de le faire le plus clairement possible, mais j'ai bien conscience qu'il est difficile de comprendre les enjeux et les conséquences d'une réforme du collège sans connaître les réalités du métier...C'est-à-dire, quand on n'est pas enseignant.

    D'abord, il est intéressant de constater que les éléments de la réforme qui ont été sur-représentés dans les medias ne sont pas les points qui posent le plus problème. Par contre, ce sont ceux qui vont le plus "parler" au grand public, et les mettre du côté du Ministère : l'allemand et le latin, options "privilégiées", qui "favorisent la reproduction des élites" et qu'il convient donc d'éliminer de sang-froid pour enfin offrir un collège "unique".
    Une communication démagogique au possible, et très décevante de la part de N.Vallaud-Belkacem.

    1) Le latin

    - l'option Latin est ouverte à tous les élèves qui le souhaitent. S'il y a si peu d'élèves, c'est simplement parce qu'il s'agit de 3 heures de cours en plus par semaine, qu'il y a des leçons, des devoirs...Du travail, en fait. Pas étonnant que ça n'attire pas les foules, mais seulement une poignée d'élèves curieux. Je viens d'un milieu modeste, je fais du latin depuis la 5e, je suis devenue professeur de Lettres Classiques, et j'en ai assez d'entendre parler de ce prétendu élitisme du latin. Transformez les langues vivantes en options facultatives, et vous arriverez au même résultat.

    - La réforme prétend "offrir le latin à tous les élèves" : c'est faux. A partir de 2016, la discipline "latin" n'existe plus : les heures qui nous étaient données pour l'enseigner seront supprimées. Pas de nouveau programme. Le concours de Lettres Classiques n'existe plus depuis 2013, donc plus de professeurs correctement formés à enseigner les langues anciennes que sont le grec ancien et le latin.

    - On parle d'un EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité", et c'est là qu'il y a désinformation : les EPI ne sont pas des heures en plus dans l'emploi du temps, mais des heures qui devront être prises aux autres disciplines. Donc, pour faire un projet, quel qu'il soit, il faudra qu'une ou plusieurs disciplines cèdent leurs heures. J'enseigne le français et le latin, et il est impensable que je prenne des heures de français pour faire du "latin ludique", parce qu'évidemment les EPI n'ont pas vocation à être des cours, mais presque de l'animation. Donc, on prétend renforcer l'apprentissage du français en ayant moins d'heures de cours de français ? Où est la logique ?
    Conclusion : le latin va disparaître, ce qui était prévu de longue date par ceux qui ont pondu cette réforme.


    2) L'allemand, les classes bilangues

    Même discours : une langue élitiste, classes de niveau, reproduction des élites, etc.
    - les classes bilangues sont également ouvertes à tous les élèves qui sont prêts à apprendre une langue de façon plus "intensive", au prix de quelques heures supplémentaires dans l'emploi du temps.

    - les classes bilangues ne seront pas supprimées : faux. Il faut bien comprendre tous les sous-entendus du projet : un élève qui a étudié en primaire une autre langue que l'anglais pourra poursuivre cet apprentissage en classe bilangue.
    --> "pourra" = si l'établissement le souhaite et si on lui alloue des moyens : quand on sait que le ministère cherche à faire des économies à tout prix, on peut toujours rêver pour avoir des heures.
    --> sachant que la grande majorité des élèves étudie l'anglais en primaire (les instits enseignant les langues comme ils le peuvent), il y a peu de chances de trouver une section bilangue dans chaque établissement.
    Conclusion : disparition rapide des classes bilangues.

    - les classes européennes seront supprimées : comment va-t-on recruter les candidats aux sections européennes en lycée ? Conséquence à prévoir : disparition progressive des sections euro au lycée. On fait encore des économies ; elle est pas belle la vie ?

    Et je ne parle pas du reste, parce que je pourrais en écrire des tartines, mais je vous invite à vous rendre sur ce site : www.reformeducollege.fr/, qui expose bien les enjeux et les conséquences de ce projet.

    Bref, c'est très tentant sur le papier, le gouvernement a fait de beaux schémas, la ministre est omniprésente pour rassurer ceux qui se poseraient un peu trop de questions, mais que de mensonges ! Et quel mépris pour le travail des enseignants... et pour les élèves !

    Je sais que vous appréciez beaucoup Najat V-B sur Mademoizelle, et je m'étais moi-même réjouie en apprenant sa nomination, mais elle défend une réforme catastrophique, qui prétend instaurer une égalité entre les élèves, là où il s'agit plutôt d'égalitarisme à tout prix.
    "Tu voulais apprendre des choses en plus ? Ben non, c'est tellement arrogant et élitiste. On va te mettre au même niveau que les autres : des connaissances basiques, tant pis si tu t'ennuies."
    Dommage qu'on préfère niveller par le bas, au lieu de considérer et de respecter les différences des élèves.

    Vous l'aurez deviné, je suis écoeurée. Ce n'est pas pour cette école que j'ai voulu devenir enseignante.
     
    Nastja, Meligood, Ziggie et 45 autres ont BigUpé ce message.
  4. Lothiriel

    Lothiriel
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    Guest

    MERCI! C'est exactement ce que je venais dire!
    Pour moi tout ce que fait la ministre n'est qu'une immense campagne de désinformation.Et puis des gens moins cultivés sont plus faciles à gouverner, c'est tout bénef' si ils font des économies en plus. :goth:
    Par contre je ne comprends pas tellement quand on dit que les bilangues ne sont accessibles qu'aux élèves ayant fait la langue en primaire: j'ai fait bilangue allemand en n'ayant jamais fait allemand en primaire. :dunno:
    Quand aux consultations: 1. ce sont des blagues (dixit mes parents, profs de leur état) car les avis ne sont jamais pris en compte, c'est juste pour dire "regardez, on est super démocratiques"
    2.les questions sont tournées de telles sortes que même si on n'est pas d'accord, dans les chiffres ça apparaissent comme si on était d'accord (toujours dixit mes parents) (je ne suis pas dans la même branche qu'eux, donc je ne peux pas parler d'expérience).
     
    Lord Griffith, Nastja, Siobhàn Salomé et 14 autres ont BigUpé ce message.
  5. Leäl

    Leäl
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    Eliza m'a devancée :)

    Je suis moi aussi écœurée par ce projet de réforme... Et cette promotion qui veut faire passer ses adversaires pour de méchants réactionnaires.

    En tant que professeur de lettres classiques, je verrai mes horaires dédiés au latin divisés de moitié (alors qu'actuellement qui veut s'inscrit ! Et quand nous devons imposer des quotas, c'est bien parce que l'actuel ministère refuse de nous donner les heures pour créer une seconde classe !). Si je veux les compléter par un EPI, il faut donc que je prenne des heures de français à une classe pour les remplacer par du latin. Mais voyons... Bien sûr...

    Cette réforme est une fois de plus de la poudre aux yeux pour cacher son objectif réel : faire des économies. Moins d'heures de cours (bouh les vilaines options...) donc moins de dépenses, c'est tout. Tant pis pour ceux qui voudraient découvrir et apprendre.

    Si on veut une vraie réforme, vraiment égalitaire, qui tire tout le monde vers le haut, on commence par imposer un effectif maximum de 25 élèves par classe et 20 en REP. On crée ensuite de vrais petits groupes pour du soutien. Parce que le soutien actuel et prévu par la réforme en classe entière, c'est STUPIDE.

    Et tant qu'on y est, on forme réellement les enseignants, on revalorise le métier de façon à avoir des personnels de qualité et disciplinaire et pédagogique.

    Quant au développement du numérique, je me gausse. Quand j'aurais une salle info qui ne plante pas quand on connecte plus de cinq ordinateurs à internet, on en reparle.

    Certes, Mme Vallaud-Belkacem a la côte dans votre rédaction, mais que cela n'empêche pas de dire ce qu'est vraiment cette réforme : un projet pour économiser tout en prétendant tirer tout le monde vers le haut sans chercher à le faire (mais après on pourra accuser une fois de plus les enseignants quand on verra que ça ne marche pas).
     
    LoirDansLaThéière, Lord Griffith, Nastja et 28 autres ont BigUpé ce message.
  6. Hipcherry

    Hipcherry
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    J'ai également été devancée.
    De plus, les EPI ont déjà été testé sous le nom d'IDD. Ces derniers ont tellement bien marché qu'ils ont disparu d'eux-mêmes. Ce n'est pas en changeant de nom qu'on cache la misère du projet.

    En même temps, qu'attendre d'une ministre qui se marre quand on lui parle du salaire des enseignements et quand elle dit qu'on ne fait pas ce métier pour l'argent ? J'ai l'impression que pour ma génération, en tant que ministre du MEN, elle inspire à peu près autant de mépris qu'Allègre pour les plus anciens.
     
  7. Lothiriel

    Lothiriel
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    Guest

    Tout à fait, et j'aimerais bien aussi qu'on en engage plus...
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    Et ceux qui diront que le latin ne sert à rien: venez en cours d'anatomie de médecine: beaucoup de choses sont en latin (scapula, septum, manubrium...) et ça aide d'avoir fait latin, au moins au collège! (ça permet d'avoir pas mal de moyens mnémotechniques voire de comprendre des trucs) (enfin moi ça m'a aidé :lunette:).
     
    #7 Lothiriel, 24 juin 2015
    Dernière édition par un modérateur: 24 juin 2015
    Lord Griffith, Chestnut Barrow, Rive.Droite et 12 autres ont BigUpé ce message.
  8. ElizaBennet

    ElizaBennet
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    Quand on regarde les projets de programme en français, c'est l'hallucination : il n'y a plus ni nom d'auteur, ni titre d'oeuvre. Le français deviendrait un simple outil pour communiquer dans la vie de tous les jours, plus de littérature, plus de questionnement sur le fonctionnement de la langue... Un scandale.
    On veut produire des bras capables de travailler sans se poser de question, et non plus des individus capables d'exercer leur esprit critique. C'est le moment de (re)lire 1984 d'Orwell.

    Quant aux attaques répétées contre le latin et le grec, c'est comme arracher nos propres racines : notre langue, nos institutions, nos savoirs, nos valeurs... Je ne peux m'empêcher de penser aux islamistes qui détruisent les sites antiques et les musées, même si le parallèle paraîtra exagéré.
     
    Lord Griffith, Nastja, Siobhàn Salomé et 24 autres ont BigUpé ce message.
  9. Lothiriel

    Lothiriel
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    Guest

    @ElizaBennet dans les programmes, il y a même indiqué que ce n'est pas la peine de s'encombrer de termes tels que "COD" ou "COI". Je suis désolée, mais si on ne nomme pas la chose, je vois mal comment l'expliquer ou comprendre précisément le fonctionnement de la langue. :goth:
     
    Lord Griffith, Anera, Chestnut Barrow et 8 autres ont BigUpé ce message.
  10. ElizaBennet

    ElizaBennet
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    Quant au mépris à l'encontre des enseignants, ne nous plaignons pas : après tout, nous sommes des privilégiés qui ne travaillons que 18h par semaine, c'est bien connu (coucou Nicolas Sarkozy!).
     
    Lord Griffith, Nastja, Siobhàn Salomé et 11 autres ont BigUpé ce message.
  11. LiGie

    LiGie
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    * You're my end and my beginning *

    Je m'étonnais de ne voir aucun article sur cette réforme sur Madmoizelle... J'aurais finalement préféré que vous vous absteniez. Je n'ai pas vraiment envie de développer sur le sujet tellement je suis écœurée par ce que ce gouvernement a fait, fait et veut faire.

    Cette réforme vise à pousser les élèves vers le bas, ça va dans le sens de l'action menée par le gouvernement depuis déjà quelque temps (cf. la suppression de la bourse au mérite, etc. ben oui, faudrait pas que travailler dur rapporte quelque chose quand même!)

    Les élèves ont un niveau affligeant, sont incapables, pour la plupart, de s'exprimer correctement à l'écrit (et même à l'oral). Pourquoi ? D'après Mme Vallaud-Belkacem, parce que "les élèves s'ennuient". Je me sens insultée en tant que professeur. J'ai passé un CAPES, pas un BAFA, je ne suis pas là pour les distraire mais pour les instruire !

    De plus, cette réforme n'est absolument pas innovante. Cela fait des années qu'on nous bassine avec l'interdisciplinarité...Les EPI, nouveaux noms des anciens IDD, n'arrangeront rien, et c'est peu de le dire. Comme l'a souligné @ElizaBennet , ces magnifiques heures d'EPI ne nous seront pas données EN PLUS, il va falloir les prendre sur nos heures ! Plan d'action du ministère pour relever le niveau des élèves : diminuer le nombre d'heures consacrées aux matières fondamentales pour brasser du vent dans des projets pédago-démagogo...

    Sur le papier, ça semble peut-être une bonne idée (normal, avec la propagande honteuse du Ministère). Moi même je n'ai rien contre l'interdisciplinarité (je fais déjà des projets en ce sens, je ne suis pas une vieille prof aigrie fermée aux nouveautés!) mais il faut que chacun comprenne que pour que cette interdisciplinarité ait du sens et prenne sens pour les élèves, ceux-ci doivent déjà maîtriser les disciplines en elles-mêmes ! Et ce n'est pas le cas...

    Bon en fait j'ai un peu développé...
     
    LoirDansLaThéière, Lord Griffith, AlexO et 30 autres ont BigUpé ce message.
  12. ElizaBennet

    ElizaBennet
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    Tu n'as pas besoin de comprendre le fonctionnement de ta propre langue quand tu eux trouver des lettres de motivation toutes faites sur internet, voyons. Puis, au lieu de lire, tu peux "écouter" des livres (oui oui, les projets de programmes nous encouragent à le faire...Lire, c'est trop élitiste!). Puis, au lieu de réfléchir, tu peux tout accepter sans poser de question.
     
    Lord Griffith, Dysnomia, Muwglyk et 14 autres ont BigUpé ce message.
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