Pychologie, sociologie et télé réalitée.

Sujet dans 'Forum Télévision' lancé par Miss scarlatine, le 2 juin 2013.

  1. Miss scarlatine

    Miss scarlatine
    Expand Collapse
    Procrastinatice honteuse

     Il y a quelques temps j'avais écrit une série d'articles sur la télé réalité. Suite à l'article "Nabila chez le supplément" je me suis rappelée de ce que j'avais écrit alors et qui me semblais toujours d’actualités.

    Je le poste ici en espérant  pouvoir en débattre avec des madz :)



    Il y a quelque temps paraissait sur madmoizelle l’article « Pourquoi « Les Anges de la téléréalité » me fascinent ». Après avoir commenté ce dernier pour expliquer que la tv réalité, c’est mal voy’ez ? Je me suis dit que la réflexion à mener dessus était plus large.
    Je me suis concentrée sur les émissions  d’enfermement, celle ou l’argument premier est de mettre en scène des candidats qui nous portent à rire. Et si nous prenions ce sujet sérieusement, que peuvent nous apprendre la psychologie et la sociologie ?
    Cette série se découpe en trois articles le premier sur les candidats, le second sur les spectateurs et le dernier sur les excuses que nous utilisons pour les regarder.
    Les candidats :
     Ces émissions sont un peu comme une salade niçoise il y a des éléments obligatoires : la bimbo,  le manipulateur machiavélique,  la drama queen, du chedar en cube….  Pourtant à y regarder avec plus de précision ces candidats sont issus d’un milieu et d’une histoire semblables.
    Le milieu social
    Si vous deviez décrire un candidat à quelqu'un n'ayant jamais vu un show, il y a fort à parier que vous commenceriez par  mentionner :
    1.                 son manque abyssal de culture
    2.                 sa maitrise approximative du français.

    Vous allez sans doute même le décrire par une saillie où il maltraite le français et l'intelligence.

    Non décidément il n'est pas bien malin, on dirait qu'il n'est jamais allé à l'école, ou que cette dernière a échoué avec lui. On dirait que ses parents n'ont pas réussi à l'éduquer, d'ailleurs est-ce qu'eux-mêmes l'étaient ?
    Vous connaissez tous Bourdieu et sa théorie de reproduction sociale. Et pour les autres cela peut se résumer par : réussissent à l’école ceux qui ont à la maison la culture déjà à portée de mains. Que les enfants de prof deviennent prof. Ceux de médecins : médecins… Mais quand vous naissez dans un milieu pauvre culturellement que reproduit-elle ? Quand vos parents eux-mêmes ne peuvent vous apporter cette culture car eux même ne l'ont pas reçue ?
    La vie m'a amené à parfois côtoyer ce genre de personnes, peu d'éducation, une mauvaise maîtrise du français, se prenant dans la gueule des portes énormes à cause de ça. Etrangement le rire n'est pas la première chose qui m'est venue à l'esprit mais plus "mon Dieu comment notre pays peut-il laisser ses enfants sur le bas-côté ?" Et surtout "comment les aider ?"

    Aux Etats-Unis il y a un terme, celui de "White Trash" littéralement : déchet blanc. Il décrit cette classe sociale si basse qu'à l'époque de l'esclavage on la considérait comme inferieur aux noirs. Les romans de Tennessee Williams les décrivent, Eminem s'en réclame. Il n'y a pas de terme équivalent en français, mais l'américain décrit très bien cette population pauvre et tout le mépris de classe que l'on a envers eux. Cette catégorie pauvre et non-éduquée dont on se moque pour sa rustrerie, sa saleté, son inintelligence, sa brutalité, sa possible consanguinité… Oui exactement les même clichés que ceux que nous avons sur les gens du nord…
    La fabrique candidat

    Quand j'étais petite je voulais être soigneuse de baleines. En plus de témoigner d'un intérêt pour le bien-être d'un futur composant de rouge à lèvre, il explique également que j'ai grandi dans un milieu où je savais qu'il existait des soigneurs pour animaux et que les baleines étaient une espèce menacée.
    Imaginons que j'ai grandi dans un milieu sans cette culture, alors la seule à laquelle j'aurais eu accès était la télévision. Qu'aurais-je vu alors? Quels rêves auraient été proposés à cette adulte en devenir que j'étais ?:
    -chanteuse
    -actrice
    -mannequin (soit exactement les professions choisie par les anges)


    Donc après l'échec de l'école à éduquer, parlons de celui de la télé. Car l'image que ces jeunes ont eue de ces professions fut la plus basse et la plus criarde possibles. En gros ne nous sont montré ces métiers qu’à l’orne de la célébrité qu’ils apportent, cette dernière étant vue, après l’argent, comme la preuve ultime de réussite. Pas étonnant alors que ces métier soient interchangeable dans le CV des candidats, car c’est la notoriété potentielle qu’ils apportent qui est visée.
    Le drame étant que justement ces métiers requièrent une culture et un sens de l’art que les candidats n’ont pas. On nous présente des acteurs et ne nous parle jamais de la "méthode", on nous parle de chanteur mais ne nous parle jamais de tessiture et ne nous parle jamais de : "Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson".
    L’ambition
    Voilà donc nos jeunes avec un idéal et une vision de la réussite professionnelle. Et c'est à partir de ce moment que nous devrions plutôt être admiratifs.
    Car eux, arrivant devant la conseillère d'orientation qui les regarde derrière ses lunettes maintenues par une chainette en or deux carras, tout en  préparant mentalement les brochures pour devenir casseur de cailloux avec sa tête ou égorgeuse d'anchois non qualifiée, ont fait "no way".

    C'est qu'ils avaient l'ambition d'être autre chose que ce qu'on avait planifié pour eux. Ils avaient même l'ambition d'être au niveau social le plus élevé qui leur avait été présenté : célèbre.

    L’Ego

    C'est donc armé en tout et pour tout d'un bagout et d'un égo démesurés que ces jeunes se rendent à des castings. Et je crois qu'il y a là une énorme méprise.


    Nous vivons dans un monde et une époque très dichotomiques sur la question de l'égo. Notre morale judéo chrétienne nous enseigne que l'égo, c'est mal, voyez ? Que la modestie est une valeur cardinale et à ne surtout pas nous mettre en avant. (Et ce surtout pour les femmes.)
    D'un autre côté, on a l'explosion d'un individualisme mercantile. Il faut s’affirmer, être soi, être différent, être le meilleur.
    Il est très clair que ces jeunes ne veulent pas naviguer entre ces deux eaux et ont choisi d'explorer à fond la seconde voie.
    « Mais j'ai le droit de me moquer, se dit-on alors, rabaissons le caquet de ces gens et apprenons leur la modestie. Car après tout il faut bien dégonfler cet égo, cela ne peut lui faire de mal ». Or, comme bien souvent les choses ne sont pas ce qu'elles semblent.
    Afficher une trop grande confiance, de façon presque hargneuse, est souvent signe d'une grande insécurité intérieure. Le psychanalyste Alfred Adler, disciple de Freud et théoricien des complexes de supériorité et d’infériorité disait à ce propos « [….], si l'on enquête sur un complexe de supériorité et qu'on étudie ses caractéristiques, nous pouvons toujours trouver un complexe [sentiment] d'infériorité plus ou moins enfoui ».
    Une personne Secure sur ce plan n'aura pas besoin de se montrer outrageusement, car elle existe en dehors du regard de l'autre. Mais pour ces jeunes qui n'existent que dans ce cadre, l'insécurité est grande. Et en les attaquants paradoxalement ce mécanisme de défense se renforce.
    Promotion du sexe
    S'il est évident que les chaînes choisissent des gens agréables physiquement le candidat de télé réalité se distingue par une hyper sexualisation. Les filles seront toujours fort girondes et habillées d'une manière hyper féminine et caricaturale. Les hommes quant à eux seront musclés, et exhiberont très facilement ces attributs. Sachant que leur physique est un grand atout dans leur carrière, les candidats le mettent en avant au maximum.
    C'est intéressant car les critères de beauté en vigueur sont légèrement différents : ils vont vers des formes plus atténuées pour les femmes et plus de "pudeur" pour les deux sexes.
    L'explication n'est pas glorieuse : Slut shaming. Malheureusement derrière ça nous avons pour beaucoup une logique de "ralala ces filles et hommes très sexy sont des imbéciles, je peux donc les désirer sans les respecter". (Promenez-vous dans les commentaires sous les vidéos de Nabila et amusez-vous à voir le slut shaming et les apologies du viol…)
    Tv mère indigne
    C'est la télé qui a nourri les aspirations et les rêves de ces jeunes, c'est donc vers elle qu'ils se tournent pour les réaliser. Dans ce monde où l'on est ce que l'on montre ils s'imaginent trouver qui ils sont par l'exhibition. Mais la Tv est une mère indigne et là où ils espèrent se trouver on ne leur offrira au final que d'être caricaturés et un divertissement à leur dépend.
    La boucle est bouclée de manière tragique.
    Nous verrons dans le deuxième article pourquoi la téléréalité dans le font, obéis a des mécanismes très anciens.
     
  2. Miss scarlatine

    Miss scarlatine
    Expand Collapse
    Procrastinatice honteuse

    Et le second article :)

    Après nous être intéressé au candidat, parlons du spectateur.
    Il a déjà été parlé dans l’article « Comportements sadiques & émissions de télé-réalité » de ce que la psychologie pouvait expliquer des comportements des candidats durant l’émission. Pourtant il est un comportement qu’on explore moins : celui du spectateur.

    Les Foire aux monstres
    Si nous étions au XIX siècles et que votre soupirant souhaitait être au top de la hype pour vous séduire, il vous mènerait vous et votre chaperon à un freak show. Charmantes foires itinérantes où l'on exhibait les difformités physiques exceptionnelles dans un but se voulant éducationnel mais versant souvent dans le voyeurisme le plus total.


    Cette pratique remonte à l'antiquité. Puis un jour quelqu'un s'est dit que peut-être ces gens étaient des êtres humains et que les mettre dans des cages, tout ça, bah c'était pas bien. La science aidant, on comprit mieux ces malformations et ces foires aux monstres furent interdites.
    Autre temps autres mœurs, les foires à freaks ont repris à notre époque sous une forme différente. Rappelez-vous cette époque pas si lointaine où l’on venait se confier sur le plateau de « Ça se discute » ou « C’est mon choix » pour expliquer pourquoi on avait une vie sexuelle débridée ou une famille dysfonctionnelle.  A la base ces émissions ont été créées dans le but de rendre plus proche des préoccupations des téléspectateurs une télé considérée comme trop détachée, pour finir par une exhibition des cas les plus trash.
    Ce basculement d’une fascination pour les exhibitions des physiques vers une exhibition des comportements est très bien montré dans l’épisode de South Park « Couillo mentonite » (que vous trouverez facilement sur Google en entier j’aisrienditj’etaispaslà).
    - Les voyeurismes justifiés
    Imaginons un instant une télé réalité d’enfermement, avec des participants… Normaux. Des gens pas plus bêtes que la moyenne, sans caractère les poussant à la violence, la manipulation ou les crises de larmes énormes. Cette émission, bien qu’intéressante d’un point de vue sociologique, ne tiendrait pas longtemps dans les audiences.
    Nous ne regardons pas une télé réalité dont les participant se trouvent être stupides, mais nous regardons des gens stupides, qui se trouvent faire une télé réalité. C’est pour voir cette dernière et en rire que l’on regarde ces shows. Ils sont justement choisis pour être les plus risibles et extravagant possible.
    La pulsion voyeuriste est ainsi atténuée. Je m’explique. Imaginons que vous trouviez un trou dans votre clôture et que vous commenciez alors à regarder vos voisins aux travers. Si quelqu’un vous surprenait vous auriez honte et tenteriez de bafouiller une excuse bidon. Imaginons maintenant que vous surpreniez alors vos voisins en train de débattre pour savoir si les poneys sont des bébés chevaux ou des bébés ânes. Cette fois-là vous auriez moins honte lorsqu’on vous surprendrait et argueriez même avec l’autre « nan mais t’as vu ? Ils savent même pas que les poneys c’est des bébés zèbres d’abord »…
     ​
    Que s’est-il passé ? Le comportement des voisins a créé une distance. Ce sont des êtres dont la stupidité autorise à rire. De ce fait on se place dans une position de supériorité et dès lors un comportement qui nous aurait paru immoral devient autorisé avec « ces gens-là ».
    Cela a un nom : la déshumanisation. Bourdieu disait « le racisme est un existentialisme » il entendait par là que lorsque nous excluons l’autre (que ce soit par racisme ou plus simplement par le : « il est pas de mon monde ») nous le reléguons à être juste les traits que nous prêtons à cette catégorie et lui dénions toute la richesse inhérente à l’humain en général.
    Dans leur article the « emotional side of prejudice », les chercheurs Leyens et Paladino ont séparé les émotions en deux catégories : celles qui pouvaient être aussi bien humaines qu’animales (faim, colère, peur) et celles qui n’étaient qu’humaines (la nostalgie, la fierté, la rancœur). Il démontre que plus un groupe social nous semble proche du notre plus nous lui attribuons facilement des émotions de la seconde catégorie. Plus il s’en éloigne plus nous lui attribuerons des émotions de la première.
    Souvent ce  qui est mis en avant de ces émissions ce sont justement l’exacerbation des émotions du premier type, le système narratif ne se prête pas à introduire de la complexité dans les relations inter participant.


    Dans la vie de tous les jours nous devons retenir nos pulsions envers nos semblables. Rire d’un handicapé ou du malheur d’autrui en public est très mal vu. Dans le cadre des reality show tout est mis en œuvre pour cela, nous relâchons donc cette pression et cela est socialement accepté.

    - La Comparaison

    Le psychologue Leon Festinger (la dissonance cognitive, c’est lui) est également l’auteur de « la théorie des processus de comparaison sociale ». Selon cette dernière notre seule manière de nous situer est de nous comparer à nos semblables. Pour cela nous prenons pour références des gens proches de nous (par l’âge, le sexe, etc). Ainsi quand je veux voir mon niveau en water poney je prends les gens de mon âge qui font du water poney depuis aussi longtemps que moi. Je ne vais pas me comparer aux champions interrégionaux de water poney…
    Un des grands problèmes de la société de média est que nous sommes constamment bombardés d’image de gens meilleurs que nous. Notre faculté à choisir ceux à qui nous nous comparons en est affectée. Or, lorsque nous nous comparons à des gens meilleurs que nous notre estime de nous baisse.
    C’est là tout le second intérêt de regarder de la tv réalité pour les spectateurs. Nous nous comparons ainsi à des gens qui nous font tout de suite nous sentir bien mieux.
    Ex : Mouhahaha quelle cruche cette Nabila, moi je sais bien que la guerre mondiale était pas en 78… Y’avait même plus les Beatles…
    Le fait d’avoir besoin d’un autre qui soit rabaissé pour se sentir mieux est l’essence même du phénomène du harcèlement. L’un des grands jeux de la tv réalité est justement de rapprocher les gens, on regarde ces émissions entre amis, on en parle au boulot… Cela devient du bullying à grande échelle.
    - Le Sadisme
    Dans notre monde la réussite sociale peut se mesurer au temps de présence médiatique.  Celle-ci est donc corrélée au plébiscite du public.  Et c’est là que se tient un autre paradoxe intéressant. On a vu plus haut que ces personnalités nous les considérions comme nous étant inférieures (et qu’en cela elles regonflaient nos ego). Pourtant le fait qu’elles soient connues les place dans une situation de « supériorité » du point de vue de la réussite.
    Les candidats pensent souvent arriver à se servir de cette vague pour réussir à finalement créer une sympathie du public à leur égard.
    C’est encore un autre effet sur l’estime de soi que l’on tire de ces personnes. Elles nous sont certes « supérieures »  d’un point de vue « réussite » mais leur vie nous est toujours présentée de façon si creuse que nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver une certaine satisfaction. « Certes moi je ne suis pas célèbre mais au moins je ne le suis pas pour des raisons stupides. »
    Les américains ont un terme : le star bashing. Le fait d’aimer se moquer d’une célébrité. (Un autre épisode de South Park qui en parle bien est  « Le Nouveau Look de Britney ».)

    Si la télé réalité est nouvelle, les mécanismes derrière, nous venons de le voir, sont anciens. Dans la troisième et dernière partie nous allons maintenant voir pourquoi j’ai envie de tuer des bébés phoques à chaque fois que l’on tente de justifier son addiction à ces émissions.

    Vous trouverez ci-dessous des liens ver les théories citées plus avant.

    http://www.armandorodriguez.es/Articulos/archivos/LeyensPaladinoRTorresVaesDemoulinRPerezGaunt2000.pdf?hosts=

    http://www.scienceshumaines.com/se-comparer-aux-autres_fr_26770.html
     
Chargement...