Thème d'écriture : Le café

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par AnonymousUser, le 2 novembre 2011.

  1. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Suggéré par Kasia., le thème de cette quinzaine sera donc "Le café".


    On continue avec le nouveau fonctionnement de l'atelier écriture, et vous devez donc poster vos participations directement à la suite de ce message !

    N'hésitez pas à commenter les textes publiés, et à faire des suggestions pour les prochains thèmes !
     
  2. Seluj

    Seluj
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    N° 7

    :shifty:


    Ce matin il pleut sur mes arbustes et mes roses comme il pleut sur mon coeur. Pourtant on est en mai, «en mai fait ce qu?il te plait» dit le dicton, je devrais pouvoir faire revenir le soleil; et dans le ciel et dans mon coeur. Visiblement les deux semblent impossibles.
    Il est 6h00. J?ouvre une à une toutes les boîtes de café rangées sur la grande étagère de la cuisine, j?aime quand l?odeur mélangée des grains se répand lentement pendant que je prépare le petite déjeuner, je m?amuse à énumérer chaque sorte de café en fonction de l?odeur qui me vient quand je bouge dans la pièce.
    Habituellement je mets de la musique aussi. Ce matin la radio est éteinte, seul le chuintement de la bouilloire me rappelle que la maison est silencieuse, tellement silencieuse. Je voudrais monter dans la chambre et voir qu?il est là, allongé, qu?il me reste encore du temps pour préparer ses tartines de confiture d?abricot, son jus d?orange et choisir méticuleusement les grains de café à moudre.
    Je voudrais monter, marcher sur la pointe des pieds, accompagnée par l?odeur du café et déposer, doucement, le plateau encore chaud du petit déjeuner qui l?attend.
    Ce matin je sens le parfum du café noir, qui m?étouffe. J?ai mal. Je voudrais hurler mais je ne peux pas. D?un seul coup toutes les boîtes que j?ai ouvertes sentent la même chose, cette même odeur qui me rappelle que je suis seule, j?étouffe encore. Et je pleure.
    De toute façon les roses sont fanées, j?ai jeté tout le café. En espérant dépoussiérer mon coeur, le parfum de l?Arabica est toujours là, incrusté dans les murs de la cuisine. Et la bouilloire chuinte, encore. Mais j?ai jeté tout le café.
     
  3. deboa

    deboa
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    le café

    L'odeur lui chatouillait les narines: un élément de la réalité qui s'immisçait doucement dans le rêve délicieux où elle se trouvait tout en l'en éloignement doucement. Elle ouvrait les yeux, autant à contre c?ur qu'avec l'impatience de recevoir la boisson promise par ses capteurs odorants. Elle descendait doucement les escaliers encore à moitié endormie et pénétrait dans la cuisine, lieu qui abritait l'élément dont l'arôme était venu la chercher jusque dans son lit. À l'odeur s'ajouta le bruit familier de l'aspiration de l'eau pour qu'elle puisse couler délicatement à travers le café fraichement moulu afin de se transformer en cet arôme fruité et corsé qu'elle adorait tant. Voir l'homme qui vivait auprès d'elle, effectuer les gestes indispensables à cette union entre le liquide transparent et la poudre marron rendait le rituel encore plus intense. Quand l'union des deux ingrédients touchait à sa fin, il versait une quantité du résultat obtenu dans une tasse qu'il tentait à l'endormie. Quand le liquide noire entrait dans sa bouche, elle le sentait parcourir son corps, le réveillant et chassant le reste de sommeil qui s'y accrochait encore.

    C'est en se forçant à se rappeler des moindres détails de cette habitude matinale qu'elle avalait cette chose au goût insupportable qu'ils osaient appeler du café. Porter ce gobelet en plastique à ses lèvres était un supplice. Elle espérait qu'au moins, ce breuvage au goût insupportable contenait vraiment l'élément qui permet de tenir éveiller. Elle ne supportait plus de voir les murs blancs, déprimants et morbides de l'hôpital où elle passait sa troisième nuit, attendant désespérément qu'il ouvre les yeux et sorte du coma.
     
  4. celio-2

    celio-2
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    Je fais des photos ! Guest

    Je ne me doutais de rien ce matin là. Le matin du vingt janvier deux-mille onze était un matin comme les autres. Le bruit assourdissant du réveil, des cris des enfants. Cependant, tu n?étais pas là, à cause d?un déplacement professionnel. Tu n?allais pas très loin ; à Lyon seulement , mais je n?avais pas suffisamment l?habitude de ton absence pour avoir l?esprit totalement tranquille. Et si il t?arrivait quelque chose ? Et si la baby-sitter se décommandait, comment ferais-je avec les enfants ?

    - Tu pourras m?appeler en cas de soucis chéri . Je ne pars que pour deux ou trois jours, ce n?est pas si long ! , tu m?avais dit.

    T
    u étais partie la veille, en fin d?après-midi. Après avoir déposé les jumeaux chez leur grand-mère, tu es partie pour Lyon. J?ai travaillé jusque tard, me suis abruti d?heures sup?. Ce matin à 6h30 le réveil avait été difficile ! Je préparai le petit déjeuner des enfants, essayait de les préparer à temps. Les habiller était un parcours du combattant. Vers 8h, j?ai appelé la baby-sitter pour confirmer qu?elle viendrait les chercher à la sortie de l?école. Ce matin là, je réalisai réellement à quel point tu travaillais dur. Je t?ai envoyé un sms ; ton portable a vibré sur la table basse du salon. J?ai laissé Lucie et Paco regarder la télévision tandis que je prenais à mon tour le temps de manger. Un café, deux tartines? Je n?avais pas le temps pour un petit déjeuner équilibré. J?ai accompagné les enfants à 8h20, puis je suis allé au bureau ; je travaillais dans l?immobilier. Je traversais une rue marchande, lorsque je te vis sur le trottoir d?en face, à la terrasse d?un café. Bien habillée, apprêtée, comme je ne t?avais pas vue depuis longtemps. Ton sac à main sur la chaise, tes boucles rousses, tes lèvres rouges. Pour la première fois, ce matin du vingt janvier, je te vis à la terrasse d?un café avec un autre homme.



    Ps ; je n'ai pas réussi à faire d'alinéas alors j'ai simplement mis la première lettre de chaque paragraphe en italique, ce n'est pas très joli mais bon.
     
  5. sarah-eva

    sarah-eva
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    Elle ouvrit les yeux, par reflexe, chercha au fond de son lit. Personne. Juste elle, qui commençait à avoir l’habitude mais il n’empêche, ça la travaillait. Elle se dit alors qu’il fallait bien s’extraire de cette énorme couette, ne serait-ce que pour vérifier si ses prédictions étaient bonnes. Oui nous étions dimanche. Oui il faisait froid et gris. Oui elle était seule. Elle tenta une expédition jusqu’à sa cuisine où trônait ce trésor de technologie, la machine à café. Après de longues minutes d’hésitation, elle enfila une veste, attrapa son sac et descendit au café d’en bas. Son quartier avait un côté populo-bobo-ecolo qu’elle se faisait un devoir de savourer. Elle prit place au coin d’une vielle table, comme ça, sur le trottoir. Équipée d’un café elle se lança dans son activité favorite: la contemplation du temps qui passe, cherchant à rendre palpitante la plus anodine des situations. Elle adorait imaginer la vie des autres. Ce couple assit en face était-il vraiment un couple ? Elle décida que non, en fait ils se sont rencontré sur internet, c’était leur deuxième rendez-vous. Comme chacun avait un emploi du temps surchargé ils n’ont trouvé que ce créneau. Du coup ils se sont dit, allons prendre un café. Elle reprit un café puis passa à lui, assit en face, avec au programme les mêmes choses qu’elle. S’était-il réveillé de la même façon ?
     
  6. Al.

    Al.
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    Chandler Bing.

    Les volutes de fumées s?échappent paresseusement de la tasse. Se dispersant autour d'elle. Touchant son visage dans une caresse. Les autres sont déjà la. Ils ne savent pas quoi faire. Ils attendent. Tous. Une tasse à la main. De ce même liquide amer et noir. Doucement, une larme glisse sur sa joue et tombe dans sa tasse. Elle baisse la tête. Comme si elle pouvait apercevoir cette larme dans ce liquide noirâtre. Une deuxième larme suit le même trajet. Puis vient le torrent. Les sanglots. Les épaules s'agitent. Toujours plus fort. Toujours plus nerveusement. Toujours plus douloureusement. Les autres restent la. A ne rien faire. Ils ont tous le nez baissés sur leurs tasses. Ils savent sans regarder. Ils savent car c'est la même chose pour eux. Un ch?ur de sanglots. Toujours plus longs. Toujours plus forts. Toujours plus nombreux. Une seule respiration. Toujours plus lente. Toujours plus profonde. Toujours plus saccadée.
    Il était partis. Il n'était plus la. Cela faisait quelques heures. Seulement.
    Puis cela ferras 3 ans.
    Déjà.
    Ils se retrouveront tous, toujours devant une tasse de café. Une seule larme seras versée. Une seule. Le deuil est passée. La peine reste. Mais pas les larmes. Pas les sanglots.
    Alors, on se réchauffe le coeur.
    Et si le coeur reste froid, les mains, elles, sont réchauffées. Par cette tasse de café.
     
  7. Evony

    Evony
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    I gave wrong people the right pieces of me.

    J?aime bien ce quartier. La rue étroite et haute, en levant les yeux, j?ai l?impression que le ciel touche le haut de ses vieux bâtiments. Les façades vieillissantes et pleines d?histoires de ces vieux immeubles. Mais, ce que je préfère c?est l?odeur qui émanent des commerces et qui se mélangent entre elles. La parfumerie et cette odeur agressante ou la chocolaterie, son odeur douce et appétissante.
    J?ai pris l?habitude de venir dans ce café, toujours à la même heure. J?ai horreur de la routine pourtant, je l?aime cette habitude. Et puis un jour je t?ai aperçu dans le fond de cette grande salle, je t?ai remarqué dans cette foule qui va et qui vient.
    J?aime ce café, cet espace, cette ambiance. J?aime imaginer les secrets qu?il cache dans son histoire. Les amants, les amis, les amoureux, les gens solitaires, les familles qui sont venus pour un verre.
    Je te vois toujours rire aux éclats dans le fond de cette salle. Puis un jour, je t?ai vu t?avançait vers moi, une tasse à la main. Tu t?es assis en face de moi, m?as sourit et tu as poussé la tasse vers en me demandant
    « - Un café ? »
    Je n?ai jamais aimé le café, mais, celui là, je l?ai bu et je l?ai aimé.
     
  8. goodwill

    goodwill
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    Heureuse, simplement.

    J'avais écrit un texte aussi et même s'il la quinzaine est largement dépassée, je me suis dit qu'il est intéressant de vous le proposer. :)

    "Une odeur âpre embaume la maison. Ca sent fort, ça sent bon. Ca me rappelle chaque jour passé à ses côtés. Ce qu?il prenait pour s?éveiller. A sa manière de m?embrasser, je pouvais tout de suite deviner s?il avait pris du café. Il avait cette manie de le sucrer, de le choisir toujours corsé/serré. Une cuillère pour mélanger, et il buvait sans plus tarder. Partant pour débuter une longue journée.
    Cette chaleur matinale, ce rituel infernal et cette odeur enivrante me manquent. Sa façon de se tenir devant moi, ces matins là, et son regard insistant ne sont plus que de vagues souvenirs. Un pâle instant, j?ai cru le voir venir. Triste réalité que me rappelle cette odeur de café."
     
  9. Selachimorpha

    Selachimorpha
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    Entière et relative

    Au bout de 5 heures désespérément passées à essayer de décortiquer tous les théorèmes de convergence de séries et d'intégrales - avec un nombre d'hypothèses qui, lorsque vous les comptez, vous fait naître une envie de partir élever des manchots empereurs en Antarctique - et à réduire des endomorphismes, bêtement, un paquet de feuilles tomba de mon bureau. Un sacré micmac de cours, de travaux dirigés, et de brouillons, attirés par la pesanteur, P=mg, tout ça.

    Alors, une idée me traverse.
    Au final, toute cette quantité de savoir à ingurgiter me dépasse, et me dépassera toujours. Il y aura toujours des gens bien meilleurs que moi, qui me regarderont de haut, qui m'expliqueront ces choses qui m'échappent du haut de leur suffisance. Ces feuilles qui tombent, c'est la métaphore de mon existence ridicule. Moi, petite chose sur terre, j'essaie de m'élever par mon contenu, par mon désir de savoir, mais je m'écrase lamentablement sur le sol poussiéreux, parce que j'ai une case en moins. Sinon, je ne sais pas si j'ai vraiment une case en moins, mais en tout cas il doit bien y avoir une raison pour laquelle j'échoue de façon ridicule. Les polygones de cellulose ne doivent probablement pas être les seuls à subir les petites facéties d'Isaac Newton.

    Cette micro-crise existentielle qui ne dura que quelques secondes fut suivie d'un tonitruant :
    "Oh, et puis, merde !"
    Et d'un geste rageur, j'envoyai valser les cours de maths de mon bureau.

    Je tombai sur ma chaise, surplombant les copies et classeurs et cahiers griffonnés. J'étais pathétique, je le savais et je me permis de contempler la scène avec ironie.

    Je devrais peut-être arrêter le café.
     
  10. Epiglopode

    Epiglopode
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    Guest

    Thème : Café


    Sept heures selon mon réveil. La pluie battait sur mes fenêtres, le vent faisait remuer les volets, qui généraient du bruit. Difficilement, je m'extirpai de sous les draps et entrepris d'aller les clore. Je me trouvai alors sous toute cette eau, trempée, grelottante.
    Dehors tout était gris, comme dans ma tête.
    Je ne parvenais pas à mettre en place correctement mon esprit, tout semblait abstrait, comme un brouillon. Mon cerveau semblait n'être que gribouillis.
    Une fois les volets fermés à nouveau, la pièce se trouva plus sombre. Je pris place et m'assis sur mon lit, passai une main sous la couverture et soupirai du plus profond de mon être. C'était un des matins qui annonçaient que la journée serait mauvaise. J'eus envie d'aller chercher une baguette à la boulangerie, mais l'idée même de sortir par ce temps et dans ce contexte me fit frissonner.
    Lasse, je me couchai un moment sur le dos, avant de me relever sans grande envie et de me diriger, sans vraiment lever les pieds du sol, vers la cuisine. Une fois dans la pièce exiguë, je me posai contre le comptoir et scrutai les placards, haut-dessus de moi ; j'en sortis un bol bleu, puis entrepris de le contempler sans réellement savoir que faire avec, et en soupirant une nouvelle fois, je me hissai sur la pointe des pieds et il reprit sa place au sommet du placard. Alors, mes yeux se posèrent sur la machine grise qui se tenait dans le coin du comptoir, je me dirigeai lentement, d'un pas lasse, vers elle, et laissai mon doigt se balader sur le côté jusqu'à trouver le bouton central sur lequel j'appuyai. Avec une moue boudeuse, pendant qu'elle s'adonnait à des tremblements et autres vacarmes apocalyptiques, je m'adossai encore une fois, les yeux dans le vide, l'esprit toujours brumeux, plein de gribouillis. Une fois le spectacle terminé, le bruit cessé et le mug plein, je dirigeai ma main vers celui-ci et l'empoignai, le portant à ma bouche non sans souffler légèrement sur la surface. Je portai la tasse à mes lèvres et au contact du breuvage, je fus comme contrainte de fermer les yeux, comme pleine à nouveau de sensations et de bonne humeur ; à mesure que le liquide faisait son chemin dans mon organisme, j'avais l'impression qu'il ravivait les couleurs dont j'avais précédemment été dépourvue. La première gorgée fut merveilleuse. Mais le furent aussi les quatre, cinq, puis six autres qui suivirent, je me sentais littéralement revivre, retrouver tous mes sens, toutes mes émotions, toute mon envie. Et sur cette dernière gorgée, les yeux toujours clos, en souriant, je pensai que la journée ne serait finalement peut-être pas si mauvaise...








    Voilà :d
     
  11. Mademoiselle_Patate

    Mademoiselle_Patate
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    La vie est belleeee. :)

    J'ai écrit ça il y a quelques temps. C'est sûrement un peu hors sujet, parfois, mais je le poste ici malgré tout. :)

    "C’est ma première fois. J’ai toujours dit que je n’aimais pas ça, alors que je n’y ai jamais gouté. J’ai commandé un café sucré. J’ai tourné la cuillère une fois, dans le sens des aiguilles d’une montre. Il fait froid, pourtant ils ont sortis les radiateurs. J’ai posé ma cuillère sur la coupelle pour coller ma main contre la tasse, mais mes doigts gelés m’ont empêché de sentir la brûlure en train de former des tas de petites cloques sur ma peau. J’ai fini par retirer ma main en poussant un cri étouffé, j’ai regardé partout autour de moi comme pour vérifier que personne ne m’ait entendu, et j’ai bêtement soufflé sur ma paume, comme si ça allait tout arrangé. C’est dingue comme on peut avoir des réactions étranges face à la douleur, des fois. Regarde, tu me tues, à chaque regard, et pourtant, là, je t’attends. J’ai continué de vider mes poumons, puis j’ai reposé ma main sur la table. Sur mon portable, il est 14h21. On avait dit 14h30. Ca fait 17 minutes que je suis assise ici. Je me suis sentie obligée de commander après que le serveur soit venu deux fois me demander si je comptais consommer. Ca ne devait pas être son jour, à lui non plus. Preuve que certains le cachent mieux que d’autres. Mais j’avais autre chose à penser que l’amertume de ce serveur. Est-ce que tu allais venir ? Est-ce qu’on allait parler de la dernière fois ? … 14h23. C’est quand tu veux. J’ai sorti mon miroir de poche pour vérifier que mon liner n’avait pas coulé. Il n’a pas bougé, mais j’ai le nez tout rouge, j’ai vraiment froid. J’aurais peut être du me mettre à l’intérieur. Sauf que si j’avais fait ça, non seulement je ne t’aurais pas vu arriver, mais en plus tu n’aurais pas pu fumer tes cigarettes et ça t’aurais contrarié. 14h24. Et puis, est-ce que j’aurais encore des papillons dans le ventre en te revoyant après ces longs mois sans nouvelle de toi ? Est-ce que tu seras déçu de ce que tu retrouveras en face de toi dans 6 minutes ? 14h25. Je t’attends, je ne sais faire que ça, de t’attendre. J’ai le ventre noué, la gorge sèche, j’ai bu un peu, juste à peine, pour ne pas m’enlever ce rouge à lèvre que j’ai bien mis dix minutes à choisir avant de venir. Je me suis brûlée la langue, j’ai ouvert la bouche en suffoquant. J’ai guetté la rue du coin de l’œil. Je te cherchais au milieu des passants. Je tournais la tête à gauche, puis à droite, puis à gauche, on aurait pu croie que je regardais un match de tennis, ça en était ridicule. 14h32. Évidement, il ne fallait pas que je m’attende à te voir en avance. J’ai repris ma cuillère, mélangé mon café en huit, puis en cœur, puis une croix. La tasse n’est plus brulante, je l’ai prise entre mes deux mains, et j’ai bu gorgée par gorgée, petit à petit. 14h38. Est-ce que c’est toi, là, à trente mètres sur le trottoir d’en face ? Mon dieu, tu es toujours aussi beau. Je vais exploser. J’ai reposé ma tasse, ne serait-ce que pour éviter de la lâcher bêtement en entendant ta voix. J’ai croisé ton regard, t’ai fait un sourire, tu y as répondu, avec le même sourire de toujours. Bizarrement, je n’ai pas eu ce pincement au cœur « habituel ». Tu t’es assis en face de moi, on a parlé, de tout, de rien. Tu as commandé un café, j’avais quasiment fini le miens. Je n’en ai pas repris, je n’avais pas spécialement soif. Tu ne m’en as pas proposé non plus, ce n’est pas dans tes habitudes. Tu n’as pas changé. Bizarrement, ça me dérange. Ca fait un an qu’on ne s’est pas vu. Et tu n’as pas changé. Qui ne change pas en un an ? N’as-tu donc pas grandi ? N’as-tu donc pas changé d’avis, d’ambition, de mode de vie, de manière de voir les filles, de me voir moi, de nous voir nous ? Je t’aimais tellement, tu sais. Mais tu n’étais pas prêt à concentrer ton amour en une seule femme. Tu aimais les femmes, toutes, tu n’aurais jamais pu me consacrer autant d’adoration que ce que tu vouais à tous ces corps avec les quels tu partageais tes draps. On a rit, on a parlé de rien, on aurait dit de vieux amis. On avait froid tous les deux, mais pas une seule fois l’idée de nous étreindre n’a semblé te traverser l’esprit. Tu m’as demandé ce que je devenais, et tu m’as dit que tu avais faim. N’allions nous pas parler de cette dernière fois ? On en a déjà parlé par messages, oui d’accord. Mais ça n’a rien à voir. Je t’ai attendu pendant des mois et tu n’es jamais venu. Il a fallu que je finisse par tourner la page pour que tu me proposes de te revoir. Je pensais retrouver mon coup de foudre, je pensais vraiment retomber dans tes bras. Mais non. Tu es mignon, tu es sympathique, tu es marrant, mais tu n’es plus celui que j’attendais. Où sont les papillons au fond du ventre ? Pourquoi mon cœur ne bat-il pas à 200 à l’heure ? Ma tasse est vide. Je n’aime pas le café, vraiment. J’aurais du prendre un chocolat chaud. 16h47. Ca doit bien faire 12 minutes qu’on ne se dit plus grand-chose. Je le sais, j’ai regardé l’heure quand tu étais au téléphone. Une fille, encore. Je ne sais pas qui c’est, ce n’est sûrement qu’une amie, mais je ne peux m’empêcher de croire qu’elle aussi, tu l’as eu le temps d’une nuit. N’as-tu donc pas muri à ce sujet non plus ? 16h53. Tu as récupéré ton paquet de tabac sur la table, et m’as dit que tu avais des trucs à faire. « Peut être à bientôt, ça sera avec plaisir ! » J’ai acquiescé avec le sourire. On s’est levés, tu m’as fait la bise. Pour la première fois depuis bien longtemps. On ne s’est pas embrassé, on ne s’est pas pris dans les bras, on a juste collé nos joues l’une contre l’autre, deux fois. Et tu es parti, sans te retourner une dernière fois. Rien, il n’y avait pas de papillons dans le fond de mes entrailles. Plus rien. On s’est souris avant que tu te retournes, et puis tu as disparu. J’ai un goût amer qui traine dans ma bouche. Je ne sais pas si c’est le café, ou si c’est toi. Peut être un peu des deux. J’ai aimé te revoir, même si j’aurais aimé te retrouver. On se recroisera sûrement, mais aujourd’hui je suis sûre que nos chemins ne le feront plus. Adieu, mon amour, aujourd’hui je sais que tu n’es pas celui que j’attendais. C’est fini ce petit espoir, on ne m’y reprendra plus. Ni dans tes bras, ni plongée dans cette immonde tasse de liquide noirâtre."
     
  12. Pierre Paul Jacques

    Pierre Paul Jacques
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    Nous sommes plusieurs !

    Le bruit de ses talons sur le pavé encore glissant empli de rosé donnait tellement de charme à cette rue si sombre.
    Un vent de chaleur lui souffle au visage lorsqu'elle pousse la porte de ce petit café, il y fait si bon.
    C'est les jambes croisées encore couverte par son imperméable noir qu'elle commande un café; un long, elle voudrait qu'il dure une éternité, juste pour pouvoir se remémorer encore et encore les gestes, la chaleur, l'état second dans lequel il l'a plongé cette nuit.
    Lorsqu'elle avait poussé la porte de l'appartement de cet homme qu'elle n'avait vu que  deux fois pour rentrer chez elle, elle se sentait sale, elle n'était plus maquillée, elle avait grillé son collant, mais, elle souriait. C'était le vrai sourire du bonheur. Une gorgé de café brulant lui brule les lèvres et la langue, comme il l'a fait la première fois que ses lèvres ont touché les siennes. Ce sont ses doigts rèchent qui ont abîmé son collant, rèchent mais tellement doux à la fois.
    Ses doigts à elle commençaient à se réchauffer à travers la tasse à bordure dorée qu'elle avait entre les mains. Chaleur qui lui paraissait moindre comparée à celle qu'elle avait dans la peau il y encore moins d'une heure.
    Une dernière gorgée et c'est la fin, le jour se lève. Elle n'est pas plus propre que cette tasse vide, marquée par sa nuit, comme par le mare de café. Une fois fini il n'y a plus que les souvenirs.
     
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