Vision du corps - son évolution, ce qu'il représente..

Sujet dans 'Forum sur l'Art et sur les Arts' lancé par Menteuse, le 18 avril 2010.

  1. Menteuse

    Menteuse
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    Trop loin pour toi.

    Hello les filles
    Alors voilà, j'ai l'option Art plastique cette année à présenter au bac et mon fil conducteur (encore flou) est Le corps.
    J'ai déjà trouvé quelques artistes de références et des idées de productions et j'aurais besoin de votre aide. Je vais déjà vous embeter avec mes idées:

    J'aimerais parlé de plusieurs choses en rapport avec le corps, en vrac :
    - L'évolution du corps, sa dégradation autour du "Rien ne dure, tout se transforme'' avec probablement une planche photo NB de maccro de corps agés pour jouer avec le graphisme des dessins qui se forment sur la peau, rides, plis, tâches (lien avec l'écorce d'un arbre?)

    - Les steréotypes de notre époque vis à vis du corps : fin, lisse --> répondant aux critères de beauté des magazines etc : j'avais pensé à un "montage" photo qui présenterait plusieurs corps de manequins (plastiques, comme pour porter des vêtements) tous identiques, avec des visages de femmes "réelles" ou bien une scène commune (piétons dans une rue, clients dans un magasin..) où les gens présant seraient remplacés par des mannequins plastiques tous identiques. L'idée : s'interroger sur le sens de cette recherche de la ressemblance aux canons de beauté qui ménerait à un effet de clonages, tous les mêmes et donc plus d'identification possible, des individus qui ne s'individualisent plus. + critique de la chirurgie purement esthétique.

    - Pourquoi pas aussi : Les modifications corporelles (tatouages), je cherche des pistes de réflexion

    - Le corps qui regroupe et dissocie à la fois: à vue d'homme, nous sommes tous différents, il y' a des gros, des petits, des minces, des vieux, des jeunes, des asiatiques, des européens, des noirs, des blancs, des jaunes etc etc MAIS si l'on regarde de plus près, en regardant l'iris d'un oeil par exemple, ou une infime parcelle de peau, ou l'implantation capillaire, ou une oreille, on ne peut mettre les gens dans ces cases. Si l'on regarde d'encore plus prés, à l'intérieur meme du corps, les os, les organes, il est impossible de déterminer si une personne correspond aux critères de beauté, si elle est asiatique ou européenne = pas de différenciation possible.
    Mon projet serait une sorte de planche photo avec disons 10 photos par lignes (je choisirai 10 individus bien différents correspondant à plusieurs "cases") et les lignes se composeraient de :
    -oreille,
    -oeil,
    -langue,
    -bouche,
    -peau (maccro)
    -organes (coeur? poumons?)
    -os
    (...)
    et une phrase significative inscrite (à trouver).

    Pour le moment ce sont toutes mes idées, à aprofondir bien sûr! Je n'ai pas mes références sous la main, j'essaierais de repasser pour vous montrer.

    Ah oui et, pourquoi ce topic ? Histoire de partager, si vous en avez, des idées d'artistes, de préstations, d'oeuvres, de textes, de questions, de point de vue vis à vis du thème en général, on peut dériver aussi bien sûr.
    Je fais appel à la culture artistique et aux merveilleuses idées des madmoizelles héhé! ( et désolée du pavé)
     
  2. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    J'aime énormément et je trouve ta démarche très bonne, pertinente.

    Il y a une chose qui retient mon attention : la critique (négative, je suppose ?) de la chirurgie esthétique.

    La chirurgie esthétique est un moyen d'empowerment, de réappropriation du corps, de montée en puissance, d'individuation, d'autogestion par rapport aux normes imposées (faire le choix de les exagérer, de les utiliser, ou au contraire de les déconstruire).

    Orlan, une artiste plasticienne française excellente, a fait de son corps le sujet principal de son oeuvre. Elle a réalisé une série de performances au sein desquelles on la voyait en train de se faire chirurger (visage...). Ses modifications corporelles sont l'équivalent d'une naissance d'elle-même, elle s'est créé et se crée une identité. (je te renvoie sur cette page, très bien illustrée et composée).
    Tu peux aussi t'intéresser aux représentations du corps féminin et de ses normes au regard de la visibilité de certaines femmes transsexuelles célèbres (je pense à Amanda Lepore - ici aussi). Dans le même ordre d'idée, il y a la chanteuse Dolly Parton, femme non-transsexuelle, mais qui raconte son corps d'une façon similaire à Lepore (ici, ici). La façon dont ces deux femmes exagèrent les normes, les objectivent, font qu'au final ce sont elles qui mènent les normes à la baguette ; elles ne les subissent pas, elles les choisissent (dans la limite des possibilités). Elles en ont conscience et sont maîtresses d'elles-mêmes.
    Dans ce sens, la chirurgie esthétique peut aussi être un moyen de libération du corps et du contrôle que l'Etat, que la pression sociale, autre, peuvent avoir sur lui, et un moyen de réappropriation des normes.

    Néanmoins, si tu souhaites aborder la tyrannie des normes de beauté (avec ses côtés chirurgie pour se conformer, sous la pression sociale), tu peux peut-être trouver ton bonheur dans les ouvrages de la psychologue Marilou Bruchon-Schweitzer (par là - je fais référence aux ouvrages Le corps et la beauté et Une psychologie du corps) ; il me semble qu'elle a mené de nombreuses études sur la vision du corps, ses normes, celles qui nous tyrannisent, la pression du corps parfait. Le corps dans le regard des autres, les injonctions sociales etc. C'est une auteure qui pourrait t'intéresser.
     
  3. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Merci et pas de souci ! J'aime beaucoup ton projet :) Surtout tiens-moi au courant (j'aimerais vraiment le voir une fois abouti :heartbeat:)
     
  4. Aalia

    Aalia
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    la vieille

    je peux te donner la vision "biologique" du corps humain.

    Toutes tes caractéristiques physiques corporelles sont décrites dans tes chromosomes : un support à informations brassées et rebrassées au fil des générations. les mêmes informations se situent toujours au même endroit, sur le même chromosome. dedans tout est décrit : pas uniquement la couleur de tes yeux ou la production de mélanine, mais aussi la forme de tes intestins, l'implantation de tes poils.

    Bien sûr, à cette "description de base" s'ajoutent toutes les influences environnementales que tu subis depuis ta naissance, et qui ne dépendent pas (ou pas directement) des gênes : par exemple, le positionnement de tes doigts dans le placenta de ta mère fige tes empruntes digitales, des contraintes ou accidents peuvent laisser des cicatrices ou empêcher de grandir, manger trop ou trop peu décidera de ton embonpoint, etc.

    Le corps est bien plus que l'image que nous en avons : à savoir la surface de la peau et sa couleur : la forme du nez, les cheveux etc. Nous avons tendance à classer les gens par caractéristique physiques "externes" qui se ressemblent, mais en fait si on prend deux humains au hasard sur terre, il y a a priori autant de différences génétiques entre eux, qu'entre un humain et une autre de la même "ethnie" (hors famille proche : père, soeur, cousin etc). A noter que ethnie, race ne sont pas des mots qui existent en biologie. Pour l'humain il n'y a qu'une seule espèce, dont la définition est la suivante : "deux animaux appartiennent à la même espèce s'ils peuvent se reproduire et que leur descendance est non stérile".
     
  5. Aalia

    Aalia
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    la vieille

    Magnifiques photos!
     
  6. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Eh oui forcément :)

    Dans le cadre de ton travail, tu pourrais lire Humain, inhumain : le travail critique des normes de Judith Butler, la partie sur, justement, ce qui dans notre société est perçu ou entendu comme étant humain ou inhumain (et c'est lié de très près aux normes, plus particulièrement celles du, des corps).
    Pour l'identité tu as le bastion essentialiste (« se trouver soi », « être ce que je suis à l'intérieur », « me connaître ») et différentialiste (concept des traits de personnalité et de la stabilité dans le temps) ; et le bastion plus constructiviste ou situationniste (« je réagis différemment selon mon interlocuteur, la situation », « je ne suis pas la même personne à 20, 30 et 60 ans », « je change selon les contextes, mon entourage », « je suis un être qui s’adapte »). Enfin, tu peux découvrir des courants de la sociologie qui, en deux mots, suggèrent que le « Je » n’existe pas en tant qu’entité fixe, en tant qu’essence, mais dans l'interaction et la relation à l'Autre, qu'il évolue avec notre parcours, le temps etc. Même si doit demeurer un discours, un semblant de cohérence et de continuité (très important pour la santé mentale). Je pense à Kauffmann et son livre Quand « Je » est un autre, qui peut également s’articuler avec les travaux de Butler sur le genre (là je pense principalement à Trouble dans le genre, la première partie, qui cause ontologie et identité-s et corps, etc. Extrêmement intéressant !).
    Je pense que c'est important de travail de recherche d'informations. Il faut nourrir sa réfléxivité des bonnes choses, renforcer certaines lacunes, pour avancer sur son travail, qu'il soit porté et entendu.

    Bonne continuation !
     
  7. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Eh oui forcément :)

    Dans le cadre de ton travail, tu pourrais lire Humain, inhumain : le travail critique des normes de Judith Butler, la partie sur, justement, ce qui dans notre société est perçu ou entendu comme étant humain ou inhumain (et c'est lié de très près aux normes, plus particulièrement celles du, des corps).

    Pour l'identité tu as le bastion essentialiste (« se trouver soi », « être ce que je suis à l'intérieur », « me connaître ») et différentialiste (concept des traits de personnalité et de la stabilité dans le temps) ; et le bastion plus constructiviste ou situationniste (« je réagis différemment selon mon interlocuteur, la situation », « je ne suis pas la même personne à 20, 30 et 60 ans », « je change selon les contextes, mon entourage », « je suis un être qui s?adapte »).

    Tu peux découvrir des courants de la sociologie qui, en deux mots, suggèrent que le « Je » n?existe pas en tant qu?entité fixe, en tant qu?essence, mais dans l'interaction et la relation à l'Autre, qu'il évolue avec notre parcours, le temps etc. Pourtant, pour notre santé mentale, il doit demeurer un discours, un récit de soi, qui suggère cohérence et continuité.

    Je pense à Kauffmann et son livre Quand « Je » est un autre (pourquoi et comment ça change en nous), qui peut également s?articuler avec les travaux de Butler sur le genre (là je pense principalement à Trouble dans le genre, la première partie, qui cause ontologie et identité-s et corps, etc. Extrêmement intéressant !).

    Je pense que c'est important de travail de recherche d'informations. Il faut nourrir sa réfléxivité des bonnes choses, renforcer certaines lacunes, pour avancer sur son travail, qu'il soit porté et entendu. Tu me sembles bien partie !

    Bonne continuation !
     
  8. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Employer l'expression porter atteinte à a du sens, un sens plutôt péjoratif. C'est déjà se positionner dans une certaine idée de violence envers un corps. Je ne crois pas qu'ORLAN ait porté atteinte à son corps. Je ne sais pas si c'était sa motivation, si elle l'entendait de cette façon (je suppose que c'est juste une tournure de phrase et que ce n'était pas ce que souhaitais dire à l'origine mais je préfère le préciser). Au contraire. Nous pouvons peut-être parler de modifications corporelles, c'est plus neutre et moins inféré. Et pour moi il n'y a pas vraiment de différence entre une modification corporelle effective et des transformations temporaires, le travail sous-jacent et les motivations demeurent les mêmes. Et j'ai envie d'ajouter que je crois qu'il ne faudrait pas arriver à une distinction entre corps réel et corps fantasmé. Parce que cela signifie qu'existerait un corps pur, une surface lisse, sur laquelle nous serions en mesure de projeter des choses. Pour moi ce corps pur est impensable.
     
  9. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    (je refais mon message, plus court)
    Je ne crois pas qu'ORLAN porte atteinte à son corps, du point de vue du sens, ni qu'elle l'entende comme ça.
     
  10. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Merci :)

    O.K. pour l'atteinte, je comprends mieux ce que tu entendais. Tu parlais d'une coupure dans la peau. Mais sincèrement je n'avais pas compris la phrase comme ça. Ca me rappelait plutôt des commentaires anti-modifications corporelles (ou anti-chirurgie).

    Honnêtement je ne faisais pas référence aux résultats mais bien aux motivations. Je ne connais pas celle de Sherman, d'où la possible confusion. En effet, si pour Sherman il n'est question que de déguisement, les choses sont différentes. ORLAN se pose plus dans une démarche identitaire libertaire et de réappropriation du corps et des normes (donc logique d'empowerment). Sherman est peut-être dans un autre domaine (en tout cas je te remercie pour la référence, je découvre à peine son travail et j'aime beaucoup).

    Néanmoins, je crois qu'il ne faut pas oublier que, par exemple, le corps et l'image du corps peuvent être atteints sans coupure ou modification effective (matérielle) (je pense à différents traumatismes ou à des limites que l'on aurait dépassées, la perturbation de l'image du corps après un viol), et qu'au contraire le corps et l'image du corps peuvent ne pas être touchés par une modification effective (amputation, chirurgie des seins). Tout simplement parce que l'image du corps, le corps somatique, et le corps réel ne sont pas liés, et que les représentations que l'on s'en fait, les vécus que l'on a de chaque évènement ou modifications, diffèrent selon les individus, le temps, les situations (je peux avoir été agressée violemment avec coups et blessures et ne pas avoir été traumatisée, et à côté de ça je peux avoir vécu un abus qui paraît minime et ne pas m'en remettre, ça se voit très souvent en psychologie).

    Oui je préfère :P

    Oui, et je pense que nous devons dire quand nous pensons transmettre le message de l'auteur ou notre propre interprétation, même si c'est toujours plus ou moins flou.
     
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