Avancée du féminisme et dévalorisation des études supérieures

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par MAAAL, le 7 mai 2018.

  1. MAAAL

    MAAAL
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    D'accord.

    Bonjour à tout.e.s !

    Je ne savais pas vraiment où poser cette question, et j'ai peur de perdre les réponses dans l'ECM féministe, donc je la pose là.

    Pensez-vous qu'il y ait un lien entre l'ouverture des études supérieures aux femmes et la dévalorisation de celles-ci ? Je vais expliquer un peu plus ma pensée.

    Pendant des années (voire siècles), les études supérieures étaient réservées aux hommes. Même quand elles se sont ouvertes aux femmes mais que c'était encore considéré comme un simple moyen de trouver un mari, c'était quelque chose de très bien vu, qui faisait la fierté des parents et de l'étudiant.
    Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est plus vraiment le cas. Bien sûr, il y a tout le contexte économique derrière qui fait que les études sont devenues plus accessibles financièrement, donc plus besoin d'être riche ou le meilleur de la classe pour continuer ses études, et on demande un diplôme toujours plus haut pour des tâches que n'en auraient pas forcément besoin. Au final, avoir un bac+5 est le minimum pour certaines personnes (et aussi le maximum, donc c'est à n'y plus rien comprendre). D'un point de vue sociétal, j'ai aussi l'impression que ce sacro-saint bac+5 est décrié, d'abord parce qu'il ne représente plus une porte ouverte vers un emploi stable, et ensuite parce que ça fait très "mouton". Ce qui est valorisé à présent, ce sont plutôt les parcours atypiques, les "self-made" (probablement la culture américaine qui s'importe chez nous ?), bref les choses qui demandent du culot, une gueule, toutes ces choses qu'on apprend plutôt aux hommes qu'aux femmes.

    Cette réflexion me vient du fait que des études ont prouvé que quand un domaine se féminise, les salaires diminuent, les inversement, car il devient moins coté (cf cet article-là je crois). Est-ce que ce ne pourrait pas être la même chose pour les études supérieures ? Par exemple, la psychologique a connu des années fastes, et aujourd'hui c'est considéré comme une des sciences les plus ridicules, la fac à ne surtout pas faire. Certes, c'est parce que le domaine est bouché, mais comme par hasard il s'agit d'un domaine censé requérir de l'empathie, qualité généralement attribuées aux femmes. En revanche, la physique, les mathématiques et l'informatique sont plutôt bien vues alors que le taux de féminisation est faible (et en plus, le secteur se porte bien).

    J'espère que ma question n'est pas trop floue. Certes, le contexte économique est important (encore que, économie et société sont fortement liés) et le domaine de travail a forcément un impact sur les études en elle-même. Mais alors que les étudiantes montrent des résultats scolaires meilleurs que ceux de leurs collègues masculins, n'est-il pas raisonnable de penser que la mise en avant de caractéristiques humaines parfois dispensables dans le cadre du travail a un lieu avec cette "supériorité" nouvellement acquise ?

    Si je me mélange les pinceaux et que ce que je dis n'a aucun sens (je ne sais pas vraiment avec quels termes chercher ça sur internet, mes recherches n'ont pas donné grand-chose), n'hésitez à me reprendre !
     
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  2. shigurette

    shigurette
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    On gagnera notre combat non pas en détruisant l’ennemi mais en sauvant ceux qu'on aime

    J'ai réflechis à ton questionnement @MAAAL et je pense que la perte de perstige des études supérieures (surtout universitaire) n'est pas forcement (ou uniquement) dû à sa féminisation. Il faut dire que l'accès aux études universitaires s'est surtout popularisé (dans le sens ouvert à des classes plus populaires). Depuis l'école obligatoire, l'Etat (et l'Europe) cherche à augmenter le niveau d'instruction de sa population de façon générale. Cela passe par divers dispositifs comme l'école obligatoire de plus en plus longtemps, les objectifs de 80% d'une classe d'âge à avoir le bac, puis 50% de bac+3... De fait, les enfants issus des classes populaires sont poussé·e·s à faire des études de plus en plus longues. Ainsi le nombre d'étudiant·e·s a explosé sur les cinquantes dernières années. Dans le même mouvement, les universités s'ouvrent aux femmes mais les mouvements d'ouvertures se font plutôt à la fin du 19e et début du 20e, moment où les classes privilègiées acceptent que leurs filles poursuivent leur études dans la suite d'un mouvement plus ancien d'instruction des filles. Si l'université reste majoritairement masculine lors de l'arrivée des classe populaires, elle est déjà en partie féminisée.

    En conclusion, il n'est donc plus rare d'avoir un diplôme universitaire et ce n'est plus vraiment l'exclusivité des classes bourgeoises et moyenne. Et comme c'est moins rare, c'est moins prestigieux. A l'inverse, les diplômé·e·s de Grandes Ecoles très selectives (et souvent assez chère) sont encore très prestigieux·ses. Après effectivement c'est du côté des Lettres et des Sciences Humaines et Sociale que le préstige est le plus bas et qui sont vu comme "facile" et le fait que ce soit des disciplines très féminisées doit jouer.

    Pour prendre un exemple (qui n'a que valeur d'annecdote), je suis issue d'une famille bourgeoise de province (pas des grands bourgeois mais des notables à l'aise financièrement). Une de mes grand-mères a suivi un cursus à l'université dans les années 30. A la génération suivante (de mai 68 ), tous les enfants sont allés à l'université, garçons comme filles. Il reste que pour ces deux générations, le nombres de bachelier·e·s et d'étudiant·e·s était très largement minoritaire dans leur classe d'âge.
     
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