Ce sont des mots, en fait, c'est tout.

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par azertg, le 26 juillet 2010.

  1. azertg

    azertg
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    J'aime la bière et les frites.

    Sincèrement, j'ai la trouille de poster ici. J'ai toujours la trouille de poster, mais ici c'est encore plus vrai que d'habitude. Pourtant j'sais bien que personne ne va me manger, et que je ne me ferai pas attaquer par des petits points quand je lèverai les doigts du clavier, mais j'ai peur oui c'est idiot, nous sommes d'accord.

    Quoi qu'il en soit, ce qui suivra est complètement inachevé (et a priori, je ne sais pas si je le finirai un jour). Et comme j'avais pas vraiment d'idée, je l'ai appelé Untitled c'est fou comme j'ai d'l'humour. C'est en deux chapitres. C'est le truc le plus long que j'ai jamais écrit.

    Si vous avez l'envie de le lire, la patience, merci les madmoizelles.
    (si vous avez pas envie, ma foi, merci d'avoir lu jusqu'ici =D).

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    (Untitled.)
    Chapitre I : il est utile de connaître une poignée de porte
    Quand j'étais petite, je croyais aux fées. Je les imaginais petites, blondes et maigres, se faufilant partout pour jeter de la poussière d'étoiles des les yeux des gens. Cela faisait pleurer les grandes personnes qui en oubliaient de regarder la laideur du monde et ajoutait des étincelles dans les prunelles des petits, augmentant le potentiel fantastique de ce qu'ils admiraient sans en voir les défauts. Quand j'ai grandi, on m'a dit que les fées n'existaient pas et j'ai ri au nez de ces pauvres personnes qui avaient l'air d'énoncer la plus grande vérité du monde. Elles s'en sont offusquées et depuis, me regardent toujours comme si je ne savais même pas faire pipi toute seule.

    Des choses laides et tristes sont alors apparues. Par un quelconque phénomène, ces choses étaient encore plus laides quand on s'apercevait qu'elles étaient moches. Et j'avais beau passer mes après-midi avec elles, à leur chuchoter qu'elles étaient jolies et qu'elles me donnaient envie de sourire, rien n'y faisait. Je m'en allais quand le soleil se couchait, les arrosant de larmes salées qui les rendaient humides et moches, ce que je ne pouvais m'empêcher de trouver excessivement beau. Plus la laideur s'infiltrait en elles, plus je les trouvais fabuleuses.

    Au bout d'un certain temps, je suis devenue folle. La laideur et la beauté se confondaient et se mélangeaient sans me laisser le loisir d'y comprendre quelque chose. J'ai tenté d'expliquer le douteux phénomène aux gens qui m'entouraient : ils ont senti mon haleine pour toute réponse. J'ai tenté de l'expliquer à une psychologue : elle me laissait parler. J'ai tenté de l'expliquer, en désespoir de cause, au contrôleur de train : il a cru que je n'avais pas payé mon billet. Au bout de toutes ces tentatives, j'étais fatiguée de ne pas comprendre pourquoi les gens ne comprenaient pas ce que je ne comprenais pas, et cela me donnait à nouveau des migraines intenses. J'ai donc arrêté.

    J'hurlais. J'appelais les fées pour leur demander si elles étaient belles ou laides. Je les aimais tellement que ne pas entendre leur réponse me déchirait les entrailles et que j'en attrapais d'horribles crampes qui ne voulaient pas partir, quelle que fut la raison que j'invoquais pour leur prouver que mon estomac n'était pas à prendre pour un hôtel. Mais sans cesse, le visage des petites fées s'imposait dans ma tête. Je ne savais qu'en faire, que penser de ces joues creuses et de ces yeux creux. Les petites fées se mirent subitement à grimacer et à crisper leurs muscles. Elles s'enlaidissaient, et mes crampes augmentaient, gonflaient et montaient comme une montgolfière jusqu'à atteindre ma tête où elles provoquaient d'impensables migraines.

    Mes parents, consternés devant mon état maladif, s'empressèrent de fouiller ma chambre pour voir si je n'y cachais pas quelque champignon hallucinogène qui aurait pu expliquer mon état. Ils ne trouvèrent rien, si ce n'est de vieux pots de fromage blanc cachés sous le lit. Ils m'engueulèrent, arguant que le fromage pourri n'était pas comestible car plein de microbes. Je leur ricanai à la figure, déclarant à mon tour que les microbes étaient d'adorables petites bestioles et que s'ils ne s'en rendaient pas compte, c'est parce qu'ils n'étaient pas foutus d'ouvrir grand les yeux quand les fées passaient près d'eux pour recevoir la poussière magique.

    Ils me privèrent de sorties et appelèrent le docteur.
    Ils me privèrent d'école et appelèrent le directeur.
    Le directeur déclina assez stupidement m'avoir violée.
    Le docteur vint en grognant car nous étions dimanche.

    Le docteur avait des pellicules mais je pensais que c'était de la neige et les admirais longuement pendant qu'il scrutait ma pupille. Il fit sortir mes parents, prit une voix toute douce et me demanda si ce que le directeur avait dit était vrai, et ajouta qu'il ne fallait pas avoir peur. Je lui répondis que je n'avais peur que des personnes qui voulaient me faire croire à tout prix que les fées n'existaient pas, parce que c'était de l'harcèlement moral. Le docteur demanda alors si le directeur faisait partie de ces personnes. Je lui répondis que le directeur était une personne fort occupée. Il ne vit pas le rapport, je n'avais guère envie d'expliciter mes propos déjà fort limpides et il s'énerva. Quant à moi, ce dialogue de sourd m'avait épuisée et je me contentai de prendre un sourire idiot.

    Le docteur s'entretint avec mes parents et leur dit que j'avais un problème au cerveau (car il ne pouvait concevoir qu'un directeur d'école puisse être une personne ignoble : il avait raison, CE directeur ne pouvait être ignoble, et ce parce qu'il était bien trop peu intéressé par autre chose que ses charentaises pour l'être). Mes parents s'étonnèrent de voir que cet organe existait en moi. Le docteur pensa qu'ils faisaient de l'humour, mais mes parents étaient incapables de faire de l'humour. Ils décidèrent donc de me faire passer un scanner. Je n'étais pas présente lors de cette discussion, mais la poignée de porte m'a tout raconté : il suffit d'être gentil avec les poignées de porte et elles vous raconteront tout, à condition d'être en métal. Les poignées de porte en plastique ne savent pas écouter (et encore moins parler).

    Chapitre II : le bruit m'enflamma les tympans qui implosèrent
    C'est ainsi qu'un beau matin pluvieux, où je racontai à ma mère que les gouttes avaient été spécialement choisies pour faire partie de l'orchestre symphonique du ciel et qu'elle soupira en me tapotant les cheveux, je m'en allai passer un scanner. Une imagerie par résonance magnétique.

    Un tel concept ne pouvait être qu'étrange. Un tuyau qui ne ressemblait en rien aux tuyaux d'arrosage allait m'envoyer des ondes pour voir à l'intérieur de mon corps. Je sentis mes os tressaillir : ils étaient fort pudiques. Je les accompagnai et tressaillis aussi : j'avais peur de ces ondes qui allaient me frapper comme des balles de tennis. Les larmes montèrent, montèrent, mais se retinrent de faire le grand saut et de sortir de mes paupières. Je les félicitai de suite, car elles avaient su maîtriser leurs instincts suicidaires et que c'était une bonne chose. Je n'en fis pas part à ma mère, car j'avais fini par en avoir assez d'avoir un soupir pour toute réponse même si, il faut bien l'avouer, ces soupirs étaient chauds et agréables.

    Ma mère fait partie de ces gens secs et sévères qui boivent leur tasse de thé anglais en maintenant leur auriculaire pointé vers le ciel. Je regardais souvent ce qu'elle essayait de me montrer par ce discret moyen, mais le plus souvent le plafond ne recelait aucun secret. J'en conclus que ma mère savait voir à travers les plafonds de ses connaissances, et pour cela, je l'admirais et l'aimais profondément.

    J'attendais mon tour d'être mitraillée de balles de tennis, aussi fébrile qu'une malade atteinte de Parkinson. Un vieux type m'apostropha d'un ton docte et religieux :
    - Arrête, je te prie.
    Je faillis répondre amen devant tant de solennité mais me retins à temps et me contentai de soupirer.
    - Tu troubles mes synapses, petite fille.
    - Vos synapses n'ont qu'à mettre des lunettes, si elles n'y voient pas clair.
    Je gloussai puisque j'étais en train d'imaginer ses synapses agrémentées de binocles. Ne sachant pas à quoi ressemblaient des synapses, je les imaginai sous l'aspect de fées. Cela n'était ni beau ni laid. Cela me fit pleurer.
     
  2. amy.in.the.sky

    amy.in.the.sky
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    Soudainement optimiste

    j'aime <3. Vraiment.
     
  3. azertg

    azertg
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    J'aime la bière et les frites.

    L'affiche.

    C&#8217;était une gosse, la morve au nez en plein hiver.

    C&#8217;était un vieillard, un peu de confiture aux commissures des lèvres.

    V&#8217;voyez le tableau hein ? Bah non, vous ne voyez pas. Tout simplement parce qu&#8217;il n&#8217;y a rien à voir : deux étrangers que rien ne relie, qui sont dans leurs pensées et qui ne voient strictement rien d&#8217;autre qu&#8217;eux-mêmes. Quand bien même il y aurait une explosion atomique à quelques pas, ils ne s&#8217;en rendraient pas compte. Somme toute, c&#8217;est un tableau assez pathétique et dénué d&#8217;intérêt.

    Seulement &#8211;vous vous doutiez que l&#8217;élément déclencheur n&#8217;allait pas tarder, le suspense a été à son comble le temps de quelques lignes seulement- il y a une affiche, là. Un peu crade et déchirée, le mur sur lequel elle est collée a sûrement dû être confondu avec l&#8217;honorable petit coin à de nombreuses reprises, rien de très appétissant. Mais il y a une affiche quand même.

    Elle vous invite à coller votre main dessus (« your hand » est-il noté, si vous préférez la version originale), à attendre qu&#8217;un étranger colle sa main à côté (« stranger hand ») et que vous vous quittiez en n&#8217;étant plus des étrangers l&#8217;un pour l&#8217;autre. Jolie utopie. Il existe trop peu de personnes assez timbrées que pour oser aller y coller leur main : ce genre-là est classifié « espèce en voie de disparition » voire « bon pour l&#8217;asile ». Joie.

    Et puis là, on ne sait pas pourquoi, les deux protagonistes ont levé le nez. La gosse a essuyé la morve avec sa manche, le vieillard n&#8217;avait toujours pas conscience de la présence de confiture et n&#8217;a donc rien fait. Leurs regards se sont croisés brièvement avant d&#8217;atterrir sur l&#8217;affiche. Deux secondes de contemplation. Une seconde de réflexion. Une demi-seconde pour regarder l&#8217;autre. Une autre demi-seconde pour se précipiter et courir comme un fou vers l&#8217;affiche, pour être le premier.


    Pour être le premier à placer sa main sur « your hand ».


    Pour ne pas être l&#8217;étranger.
     
  4. azertg

    azertg
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    J'aime la bière et les frites.

    C'est naze à crever, j'en suis consciente. C'est juste un bon échappatoire. Ca ne raconte rien de réel, ou du moins rien que j'aie connu personnellement.


    On avait conduit l?enfant jusqu?à une table. Il avait perdu toute envie de se révolter.
    On le fit asseoir. Il s?assit.
    Il éternua et essuya son nez avec sa manche. On lui tendit un mouchoir qu?il ne refusa ni n?accepta.
    L?enfant se tenait droit sur la chaise, mais son regard se perdait. Il ne se perdait pas dans le mur, ni sur son interlocuteur. Il se perdait, simplement. Son regard était à son image, perdu et calme.
    Quand son interlocuteur l?interpella, il n?eut pas d?autre réaction que de lever les yeux. L?apparente mollesse de l?enfant fit monter en lui une rage indescriptible, qu?il essaya de retenir. Ce qui est retenu sortant avec plus de précision que toute autre chose, il fit tant de mal au c?ur de l?enfant que ce dernier choisit d?annihiler toute perception du monde qui l?entourait.
    L?enfant se retrouva par terre. Le nez en sang. Sa colonne vertébrale se raidit.
    Son regard se perdait toujours. Il ne sentait rien. Il se refusait à admettre qu?il ressentait la douleur, lancinante, morale avant tout.
    Refusant d?admettre quoi que ce soit, il ne se prépara pas à supporter ce qu?il allait devoir endurer et s?évanouit, sous le choc d?une douleur qu?il ne ressentait toujours pas.
    Lorsqu?il se réveilla, il avait tout oublié. Son interlocuteur, en face de lui, tendit un verre d?eau. Il le prit et l?avala d?une traite. Apaisé, mais perdu, il écouta la personne en face de lui.
    L?histoire allait pouvoir recommencer.
     
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