Evoquer les gender studies, 2ème édition.

Sujet dans 'Culture Générale' lancé par AnonymousUser, le 30 juillet 2009.

  1. AnonymousUser

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    Je vais tenter de résumer grossièrement (et oui, ceymal) ce que sont et ne sont pas les gender studies.


    Les études sur le gender [1] sont issues du mouvement féministe radical qui a émergé dans les années 60.

    Pour mettre à jour les injustices engendrées par patriarcat et afin de lutter contre les discriminations, les voix des féministes radicales-caux se sont élevées contre la pensée sociale essentialiste, qui pouvait et peut se décliner de cette façon : « les hommes sont par nature... [sportifs, endurants, supérieurs, rationnels etc.] » ou « les femmes sont naturellement enclines à [être des maîtresses de maison, à faire la vaisselle, à être plus frivoles, moins fiables, plus douces et fragiles, plus sentimentales etc.] ».
    De la même façon, les essentialistes affirment que la psyché féminine et la psyché masculine sont par essence différentes (vulgairement : à la naissance un bébé XX et un nourisson XY seraient programmés de façon intrinsèque pour devenir « une femme » et « un homme », avec toutes les hypothétiques différences « intérieures » - psychologiques, comportementales... - que cela déterminerait).

    A contrario, les constructionnistes (auxquels se greffent les théoristes Queer et les discours post-modernes) suggèrent avec verve « qu'en dehors de quelques indéniables différences anatomiques, il n'y a de différence entre les genders (par opposition aux sexes génétiques ? XX ou XY) que socialement construites ; sexe et gender étant parfaitement indépendants de l'orientation sexuelle. Selon Butler [2], chaque individu apprend très tôt à jouer la comédie ? largement inconsciente et non-maîtrisée ? du gender, surtout de façon mimétique. Evidemment, les théories de Butler s'inscrivent dans un très vieux débat sur l'inné et l'acquis, mais elles sont dans Gender Trouble et ailleurs exprimées de façon définitive, assez nouvelle et radicale » [3].

    Les études sur le gender n'existent pas pour donner des réponses définitives, ni La Vérité Absolue.

    Elles questionnent, troublent, et permettent de lutter contre les discriminations et l'aliénation de la dictature du genre imposées aux hommes, aux femmes, aux intersexes, aux personnes transgenres, aux Queer, et également à la communauté LGB (lesbienne, gay, bisexuelle). Elles remettent en question le système actuel, et surtout elles lui interdisent toute forme de légitimité naturelle dont il peut se réclamer. Les gender studies touchent à de multiples strates de la vie individuelle et collective : strates sociales, culturelles, économiques, professionnelles, sexuelles, de l'institution du couple, relatives aux rapports amoureux, aux pratiques quotidiennes, etc.

    Je conclus mon article par une citation de la drag-queen Ru Paul (forcément orientée, ce sujet écrit par ma personne est tout sauf neutre) : « we are born naked, the rest is drag » (nous naissons nus, tout le reste n'est que travestissement). Et il n'est bien sûr pas question que de vêtements.


    [1] Je suis d'accord avec Georges-Claude Guilbert pour dire que "le mot anglais gender paraît indispensable, la langue française n'offrant guère que genre ou identité sexuelle, tous deux peu satisfaisants pour décrire cet élément constitutif de l'identité de chacun, par opposition à sexe génétique et orientation sexuelle". Toutes mes citations de G.-C. Guilbert sont extraites de son article paru dans *la revue Cercles sur la controversée Camille Paglia.
    [2] Judith Butler est considérée comme LA reine des constructionnistes.
    [3] citation toujours extraite de* (Georges-Claude Guilbert)


    NOTE : je ne suis pas spécialiste, par conséquent je ne répondrai plus aux questions. Si certaines sont intéressées, je vous mets une liste de livres (les classiques) pour vous informer, ils sont écrits par des gens qui planchent là-dessus depuis un bon moment, universitaires, philosophes... Bonne lecture.


    Bibliographie de base :
    Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Judith Butler
    Défaire le genre, Judith Butler
    C'est pour un garçon ou c'est pour une fille ?, Georges-Claude Guilbert
    Monique Wittig et sa Pensée straight.
    Marie-Hélène Bourcier : Queer zones 1 et 2.
     
  2. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    (suite)

    Monique Wittig et sa Pensée straight.
    Marie-Hélène Bourcier : Queer zones 1 et 2.

    (+ consulter ce sujet pour plus de références littéraires)
     
  3. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    (erratum)
    *que la psyché masculine et la psyché masculine => que la psyché féminine et la psyché masculine
    ;)
     
  4. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Je n'ai pas lu l'intégralité du débat (en fait j'ai surtout suivi le débat Je-suis-Léo / Atsu, sans aller jusqu'au bout). Je suis très loin de m'y connaitre dans le domaine des Gender Studies mais durant quelques années j'ai lu pas mal de choses sur le sujet et ai été un peu "sensibilisé" à la problématique en question.

    Je pense que la clef pour ne pas tomber dans un débat stérile qui consisterait à opposer "identité sociale" (ce qui est construit) et "identité biologique" (nos chromosomes) est justement de comprendre qu'il ne s'agit pas d'une opposition.
    Nous naissons pour la grande majorité d'entre nous avec des parties génitales qui nous catégoriseront en tant qu'homme ou femme, c'est indéniable et les Gender Studies ne remettent pas du tout en cause les données biologiques (i.e. la différence entre homme et femme), simplement elles insistent sur le fait qu'une autre dimension du genre (celle qui se construit, le genre "social") existe et que celle-ci est certainement plus puissante et plus fondamentale que les données biologiques de base, avec lesquelles nous sommes nés.

    En ce sens, on peut extrapoler à d'autres domaines (et d'ailleurs à mes yeux la question de genre n'est réellement qu'un volet de la question de l'identité et de sa construction).
    Par exemple si on prend une relation médecin-patient. Ces deux rôles sont basés sur des statuts de l'ordre de la réalité commune : le médecin a un cabinet, un diplome, une plaque de médecin, on le reconnait en tant que tel. Le patient a mal quelque part ou besoin d'une prescription, il a pris rendez-vous, il a attendu dans la salle d'attente, voilà, ce sont les rôles attribués d'avance, un peu comme homme-femme d'un point de vue biologique.
    Mais au delà de ça, les rôles se construisent. Comment ? A travers un discours catactéristique et conventionnel (qu'est ce qui vous amène ? vous avez mal où ? j'ai des maux de tête...), à travers des actes (le médecin osculte, le patient sort sa carte vitale s'il a un médecin moderne hum), etc. Jusque là on ne voit pas la différence car le statut construit correspond parfaitement à celui de départ (médecin/patient).
    Mais si à la place je tutoie mon médecin et si en lui disant bonjour je lui demande "alors comment vont ta femme et tes enfants ? c'était sympa la dernière fois quand on a bu un coup tous ensemble hin !", je ne me comporte plus comme un patient lamda, il devient évident que je connais ce médecin d'un point de vue personnel et privé. Où suis-je alors ? Toujours chez mon médecin ? Oui bien sûr, la personne en face de moi est toujours un membre du corps médical de droit et je suis dans son cabinet. Mais la conversation que nous avons alors ne s'apparente plus à celle du rapport médecin-patient, plutôt à celle d'amis. Lorsque je prononce les paroles ci-dessus, je m'adresse à mon médecin ou bien à mon ami ?

    Bon cet exemple est très grossier, il me faudrait développer bien plus et certaines objecterons certainement qu'elles ne voient pas le rapport entre être ami avec son médecin et les Gender Studies. Pourtant il y en a un : l'identité constuite ne correspond pas toujours avec l'identité que les gens perçoivent comme réelle/innée/conventionnelle. Pour en revenir au genre, finalement peu importe que j'aie un pénis entre les jambes ; si j'en ai un j'aurai de très fortes chances (cela concerne quoi ? 95% des gens peut être ?) de constuire et de développer une identité d'homme, mais parfois il arrive aussi que l'on construise une identité différente de celle qui nous a été donnée par les chromosomes, que quotidiennement à travers nos actes et nos paroles nous soyions socialement autre chose que ce qu'il y a génétiquement.
    Enfin pour cloturer sur la notion de "réalité", je pense pour ma part que l'identité sociale est bien plus puissante que l'identité biologique car c'est celle que nous exhibons au quotidien à chaque instant de notre vie.
     
  5. AnonymousUser

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    C'est très bien expliqué Toop-Toop :)
     
  6. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Je suis pas bien sûre d'avoir saisi ta question, mais je tente quand même de répondre à ma façon (désolée si c'est HS lol).
    Si l'on part du principe que le genre est (entre autres) socialement construit, cela signifie que de construire un genre est un acte social, que celui-ci corresponde au genre biologique de départ ou non. En ce sens la réponse à ta question est "oui" : se rapprocher d'un genre, c'est se rapprocher d'un prototype (féminin ou masculin) lui-même produit et nourrit par la société dans laquelle nous évoluons.
    Or je ne vois pas du tout où est le paradoxe par rapport aux gender studies dans ce constat. L'objectif des gender studies n'est pas de se positionner comme affranchi des contraintes sociales, bien au contraire ! Il s'agit plutôt d'être conscient de l'importance de la société dans la construction du genre. Une femme biologique qui voudrait avoir une identité d'homme doit nécessairement se rapprocher de ces "clichés" dont tu parles, c'est l'essence même de sa transformation.
    Les gender studies n'abolissent pas le genre, que celui-ci soit biologique ou social ; elles laissent simplement une place minime au premier et une place énorme au second.
     
  7. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Cool si ça t'éclaire, c'est que j'étais pas si HS. Je pense que ton "embrouillement" (hum lol !) vient de ta formulation des choses, il n'y a rien à "justifier" et comme j'ai essayé de le dire, les gender studies ne cherchent absolument pas à rejeter ces clichés dont tu parles, bien au contraire, c'est leur objet d'étude. Je pense (mais je peux me tromper) que ta "confusion" vient du fait que tu vois les gender studies comme une sorte de mouvement qui voudrait dire "nous sommes plus libres, nous choisissons notre sexe sans nous rattacher aux données sociales"... or ce n'est vraiment pas le cas, c'est même tout l'inverse ;).
     
  8. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Orietur : je ne suis pas une spécialiste des gender studies, et j'ai mes propres visions du monde et des convictions personnelles. Pour ma part - et je ne parle au nom de personne d'autre que moi, je distingue gender et sexe psychologique. Quand le gender peut être fluctuant, le sexe psychologique s'avèrerait immuable et inchangeable. Par exemple, il existe des transsexuelles (homme vers femme) butch, donc hypra masculines, qui ne se conforment pas au genre culturellement assigné aux femmes dans notre société.

    La question du positionnemment, du "je" (suis un homme, une femme) appartient à celui ou celle qui le vit, et je ne crois pas que chercher à l'expliquer puisse 1) être possible, 2) apporter quelque chose.

    Ce que je viens de dire, des activistes trans, Queer ou adeptes des gender studies pourraient me le reprocher, donc encore une fois ça n'engage que moi.

    Il y a des vécus et des intimités qui ne se rationnalisent pas, qui ne se théorisent pas. Comme l'ont souligné Omphale et Toop-Toop, les gender studies n'existent pas pour légitimer telle ou telle chose.

    La transidentité n'a pas besoin d'être acceptée, "crue" ou "légitimée" pour exister.
     
  9. AnonymousUser

    AnonymousUser
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  10. AnonymousUser

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    Je ne sais pas si je poste au bon endroit ou si je devrais carrément créer un sujet là dessus mais depuis quelques jours une série de questions me turlupinent au sujet des enfants, leur éducation, le fait qu'on les élève en tant que fille ou garçon.

    Nous sommes bien conscientes de la différence entre le biologique et le social, mais maintenant, une fois qu'on a des enfants, on en fait quoi ? Ça a l'air crétin dit comme ça mais devrait-on les élever de façon à ce qu'ils soient le plus affranchis possible des catégories dans lesquels on voudrait les classer, ou devrait-on plutôt habiller les petits garçons en bleu et offrir des poupées aux petites filles (j'illustre par les pires clichés je sais) pour qu'ils soient pleinement intégrés et acceptés dans la société ? Il y a-t-il un juste milieu ? Et plus généralement qu'en pensez-vous, comment feriez-vous ?
     
  11. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Il n'y a pas de règle(s).

    Honnêtement, je pense qu'avec toute la bonne volonté du monde, on échappe pas à certaines réactions, à certains conditionnements. Pour l'anecdote (je l'avais déjà racontée je crois sur un autre sujet), mon professeur de psychologie sociale expliquait qu'il faisait de son mieux pour éviter les discours normatifs. Il s'est rendu compte en filant des copies roses à son fils que ce-dernier avait intégré les normes classiques "le rose c'est pour les filles et le bleu pour les garçons", car il lui a justement rétorqué "je veux pas de rose c'est pour les filles", alors que son père ne lui a jamais sorti ça. Notre prof disait que finalement, il y avait des petites choses toutes bêtes comme passer les pages roses des magazines de jouets pour aller directement aux pages bleues (jouets de garçon) qui sont des micro-signes qui participent à l'intériorisation des normes.

    Ainsi, je crois que comme tous les parents du monde, tu ne pourras faire que de ton mieux ! De toute façon nos propres discours restent toujours implicitement pollués par notre vécu intime, nos sentiments, etc. et les enfants perçoivent bien tout ça. La communication non-verbale parle plus que les mots officiels.

    Enfin, la société dans laquelle ils vivent vont bien les aider à intérioriser les normes de genre.

    Donc ouais, je pense que chaque parent fera de son mieux :)
    Après l'enfant grandissant réfléchira par lui-même, et c'est là où il pourra se détacher et prendre du recul par rapport aux normes de genre. Ou pas.

    Voilà mon avis !
     
  12. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Merci pour ta réponse ! Tu m'éclaires toujours :cool:

    Pour l'anecdote de ton prof, elle n'est pas très rassurante, finalement, malgré les efforts faits pour ne pas tenir de discours normatifs, la société se charge de faire le reste... Comme tout, je vais, nous allons, devoir jongler avec. (Maintenant, vais-je résister au réflexe d'acheter une poupée à une fille ou un voiture à un garçon ? Ah ah)
     
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