[La Dame en Vert] Des Corps d'Absinthe.

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par AnonymousUser, le 17 mars 2010.

  1. AnonymousUser

    AnonymousUser
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    Guest

    Elle s'est levée, a regardé sa robe dans le miroir. Une belle robe, au tissu riche et lourd, d'une belle couleur d'émeraude profonde, aux multiples reflets, coulant avec paresse le long de la cage métallique emprisonnant des jambes blanches et graciles.
    Mais elle paraissait lasse, et semblait attendre quelque chose. Ses cheveux étaient défaits et léchaient de leurs flammes son dos nu constellé de petites taches brunes. Elle s'assit de nouveau sur le tabouret sculpté de sa coiffeuse, et entreprit de dévoiler sa nuque elle-même, puisque sa femme de chambre ne paraissait pas décidée à venir le faire. Longtemps, je la regardais faire, en silence, et je me demandais pourquoi les femmes avaient tant besoin de ces artifices pour construire cette beauté factice faite de fards, de poudres et de parfums.

    Jusqu'à ce que trois coups résonnèrent à la porte. Son visage s'illumina, elle courut, que dis-je, elle vola vers l'entrée de sa chambre, et l'ouvrit sur des yeux à la couleur indéfinissable, entre le bleu et le vert, avec une touche de jaune. Et clairs, si clairs étaient ses yeux ! Ses vêtements noirs contrastaient avec cette lumière oculaire, que son sourire faisait pétiller sur tout son visage. Du moment où je le vis, je fis cet homme mien.

    Il entra, sans un mot. Elle ferma la porte à clé. Le temps sembla alors se figer en même temps que le cliquetis de la serrure. Ils restèrent là, à se regarder, sans un mot, sans un bruit, avec juste comme fond le bourdonnement des invités dans le Grand Salon. Ils allaient être en retard, c'est certain, mais bon sang, que c'était délicieux de se dévorer du regard comme ça. Ce fut elle qui bougea la première, pour prendre dans une armoire une bouteille où brillait un liquide plus clair que sa robe, avec une cuillère finement ciselée, un petit verre et une boîte de sucre en porcelaine.

    En femme tentatrice, elle se rapprocha de lui avec le dangereux breuvage, et leurs yeux brillaient déjà avant l'ivresse. Elle le poussa à s'assoir sur le lit d'une main, de l'autre elle versait le poison anisé dans le petit verre. Elle trempa un carré de sucre dans le liquide à l'aide de la cuillère, puis le porta à ses lèvres et en croqua un petit bout. Elle prit ensuite le reste du sucre sur sa langue, qu'il vint déguster directement, avec une hâte à peine dissimulée. Elle le poussa encore pour le forcer à s'allonger, déboutonna son gilet de velours, défit sa lavallière, puis les boutons de sa chemise, et découvrit l'autel de marbre de son torse. Une magnifique sculpture, aux lignes fines et bien travaillées, palpitant sous les assauts du coeur et du désir.

    Elle reprit plusieurs sucres cette fois, les plongea dans la liqueur, et les disposa sur le corps de son amant, avant de venir les manger doucement, avec un plaisir et une gourmandise entiers. Je les regardais, elle posait ses lèvres sur sa peau que je devinais douce et chaude, et je ne sais pourquoi, une colère commençait à m'assaillir, à bouillir dans les tréfonds de mon âme. Puis il s'attela à lui enlever sa robe, saisit délicatement les rubans de satin de son corset jusqu'au panier qui donnait l'ampleur et la somptuosité de la robe. Elle se retrouva nue devant lui, il ne put s'empêcher d'embrasser le bas de son ventre. Ma colère ne faisait qu'augmenter. Cet homme était MIEN. MIEN, à moi seule.

    Et il la préférait à moi, l'habillait de l'Absinthe en la faisant couler sur tout son corps et la déshabillait avec sa langue, alors que tout s'accélérait, leur souffle, leur coeur, leur désir, ma haine.
    Mais il fallait une vengeance qui soit imprévisible. J'attendis alors, dans toute la souffrance du monde, la fin de leur ébats. Fatigués et enivrés, ils se laissèrent enfin guider par la Fée verte vers les bras de Morphée dans les draps de soie salis par l'alcool et le péché. J'attendis encore, jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux sur moi, et me sourit, comme à son habitude. Elle s'assit, tendit la main vers moi: "Tu sais que tu es toujours aussi belle toi ?". Je m'étirai, lascive et savourant ma proche victoire, acceptant encore ses dernières caresses.

    Et je lui sautai dessus.

    Elle n'eut pas le temps de crier, ma mâchoire à la fois frêle et puissante enserrait sa gorge et je sentais son sang rouge et chaud, mon Absinthe, couler le long de mon cou. Lorsqu'elle ne se débattit plus, je lâchai ma prise et laissais son corps gisant sur le lit. Le plus important était là, et je m'empressai de le rejoindre. Il dormait encore, sur le dos. J'aurais pu me lover contre lui, le long de son flanc, mais j'avais tellement envie de cet homme que je me mis sur lui, et plantait doucement mes griffes près de la ligne de sa clavicule. Il sentit mon poids sur son corps, et ouvrit les yeux, et je sentis son effroi du bout de mes moustaches.

    Face à lui, un guépard apprivoisé qui, pour l'amour d'un homme, avait assassiné sa propriétaire.
     
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