« Je suis non binaire, et c’est la révélation de ma vie »

13 Juin 2014
1 857
15 327
3 184
J'ai beau être non-binaire je suis très mal à l'aise avec cette vision de la non-binarité présentée dans l'article.

Je ne dis pas que ça n'existe pas, que les personnes ne sont pas trans parce qu'elles font effectivement une transition sociale. Mais cette idée qu'on puisse échapper individuellement à des normes de genre juste en le décidant ça me laisse sceptique... "Sortir psychologiquement des normes genrées" ? "Et même si la société cherche encore à m’imposer ces normes-là, moi je ne le fais plus, c’est déjà un sacré poids en moins. »"
Mais les personnes qui témoignent vivent toujours dans la même société, qu'elles le veuillent ou non malheureusement elles seront et sont toujours genrées selon des catégories binaires.
Ca me semble très important d'admettre cette réalité pour proposer des possibilités de transition comme des vêtements ou une prise d'hormone à faible dose.

En entrant dans les milieux non-binaires le seul discours que j'entendais c'est "on ne vous doit pas d'androgynie" ou "les seins ne sont qu'une partie du corps, c'est la société qui les genrent pas besoin d'opération". Et c'est vrai... Mais répéter "pas besoin de transition fuck le genre" c'est un peu naïf et idéaliste. J'ai fini par me rapprocher de militants trans qui m'ont davantage accompagné.

Pour le monde du travail on en parlait aussi entre militants mais : quand on a une famille pour nous soutenir c'est facile d'utiliser des pronoms alternatifs et de faire un coming-out non-binaire. La réalité c'est que face au monde du travail souvent on prend sur soi et on se mégenre volontairement parce qu'il n'y a pas le choix. Je ne me vois pas utiliser l'écriture inclusive dans mon CV ou reprendre mes profs qui utilisent le féminin.

Cette vision de la non-binarité elle est aussi critiquée au sein des milieux trans : à force de célébrer individuellement les personnes qui "cassent les normes" on en vient à reprocher aux trans "binaires" de les renforcer. Et les premières touchées face à ça ce sont justement les femmes trans.
Je conseille vraiment ces textes qui proposent un autre regard sur tout ça :
L'identité de genre nuit aux trans : du cisexisme dans nos milieux
Une politique transexuelle à l'encontre de l'identité
Anti-guide du questionnement de genre
Valides et légitimes
Structurer l’identité trans’ par la théorie féministe entre paradigmes Queer et matérialiste : la nécessité d’une réponse sociologique à l’échec idéaliste
Introduction au transféminisme
Paroles de mecs trans matérialistes
 
Dernière édition :

Horion

Trans NB/HellaSlytherin
18 Janvier 2016
955
9 732
1 454
@Lady Stardust

Je me permets juste sur ta remarque sur le fait que tu trouves ça triste d'un point de vue fémininiste la non binarité. Tout en sachant que j'ai bien compris ton point de vue et aussi que ce n'était pas malveillant.

Le truc c'est que cet argumentaire la, en tant que mec trans (et non binaire en plus), je l'entends de la part des TERF (je ne dis pas du tout que tu en es une, juste que c'est un argumentaire utilisé), qui disent que je trahis ma "cause" en voulant m'extraire du patriarcat pour passer de l'autre coté.
En soit d'un point de vue théorique je suis plutôt d'accord : si les normes de genres n'existait pas, est-ce que la non binarite existerait ? Mais du coup c'est le concept de genre qui n'existerait peut-être plus ?
Après la non binarite est clairement un énorme spectre
- pour certains ça va être correspondre à des normes de genre opposés à son genre
- pour d'autres ça va être le mélange de normes de genre
- le mélange de plusieurs identité de genre
- le fait de se sentir aussi agenre (certains classe ça en dehors de la non binarité).

Après comme le genre est une construction sociale, il est assez logique que la non binarite soit l'exclusion, le mélange, le refus de certaines normes, puis c'est construit par la société.

Pour expliquer ma catégorisation, si ça peut aider à comprendre.
Je suis un mec trans (et je m'en suis rendu compte il n'y a pas très longtemps, j'ai en fait masqué ça et même eut un rejet, je me rappelle avoir tenu des propos TERF ici c'est pour dire, durant longtemps, mais c'était bien la des l'enfance). Je me catégorise non binaire pour plusieurs raisons :
- je vais prendre de la T et faire une mammectomie (donc une transition médicale, ce qui n'est pas obligatoire dans un parcours trans mais dysphorie oblige, j'en ai besoin). Cependant avoir un passing trop masculin ne me veut pas non plus. Je vise clairement quelque chose d'androgyne plutôt masculin (en espérant que la T soit sympa). Déjà ça m'exclue des normes de genre classiques masculines de la société
- j'aime le makeup et certains codes féminins, que je continuerais sûrement à porter quand j'aurais un certain passing androgyne (et qui va sûrement m'aider aussi à avoir ce passinf androgyne).
- je suis gay et oui, je vais peut-être correspondre à certains clichés cis het de l'homosexualité masculine. En même temps c'est mon identité, que j'assume et dont je suis fier.

Finalement je me rends compte que ma non binarité s'exprime pas mal au niveau physique, donc vraiment en lien avec les normes de genre physiques. Je dirais que sur le spectre, si on se dit qu'entre 50 et 100 on est du côté M, je suis à 70 côté M, avec pas mal de codes et de goûts acquis quand j'étais perçu comme une femme cis que je souhaite garder, parce que c'est moi.

Je m'extraie complètement et sans le vouloir de la binarite des genres. Deja en tant que mec trans, mais mec trans qui assume certains codes (or deja que la transidentite est pas comprise, si en plus tu dis que tu conserves certains traits fem, les gens comprennent rarement quelque chose). Pour moi la non binarité c'est aussi ça, s'extraire d'une norme et pas forcément volontairement, mais parce que c'est ton identité.

Ps : j'avais pas trop fait mon CO ici, d'ailleurs ça fait quelques mois que je parlais plus trop, en partie parce que je savais pas comment annoncer ça, me faire genrer correctement et c'était un peu la révolution dans la tête également.
 
13 Janvier 2011
4 159
36 561
5 664
@Lady Stardust

Je me permets juste sur ta remarque sur le fait que tu trouves ça triste d'un point de vue fémininiste la non binarité. Tout en sachant que j'ai bien compris ton point de vue et aussi que ce n'était pas malveillant.
Je le redis pour là 4ème fois mais je ne trouve pas triste d'un point de vue féministe "la non-binarité", mais la non-binarité telle qu'elle est décrite par Camille dans l'article: ce que tu décris (et ce que décrivent les autres témoignages) n'est pas du tout pareil je trouve.

On peut refuser / rejeter certaines normes sociales / normes de genre (ça vaut pour les cis aussi d'ailleurs - même si bien sûr ça va pas se faire pareil ni pour les mêmes raisons - combien de femmes sont à 100% dans les normes de genre sachant que celles-ci dans notre société sont bourrées d'injonctions contradictoires?) sans dire "je ne suis pas une femme car une femme ça met des robes, ça a les cheveux longs, c'est sage et c'est victime de sexisme" (le témoignage de Camille, je caricature à peine).
Pour moi ce type de discours enferme les femmes dans une norme de genre patriarcale auxquelles on est loin de toutes adhérer.
Il y a beau jeu alors de dire que c'est une construction sociale si c'est pour au final quasi essentialiser "la fâme" de cette manière (ce qui est d'après moi au final assez sexiste, et donne du grain à moudre aux féministes transphobes et enbyphobes je trouve).
Ainsi, je ne pense pas du tout que les non-binaires ou les mecs trans "trahissent la cause", par contre quand certains non-binaires tiennent des discours (involontairement?) quasi essentialisant sur les femmes, c'est pas du tout une "trahison" mais... bah c'est juste du sexisme, en fait?
(Tout le monde peut être sexiste donc je vois pas pourquoi y aurait de "trahison", le sexisme est surtout horriblement banal et diffus).
Alors si en plus ça se rajoute à un discours comme quoi sa non-binarité c'est LE moyen de ne plus subir les injonctions sexistes (auxquelles on donne en passant du crédit en les normalisant involontairement pour les femmes?) sans développer plus (le fait d'être une femme est dans ce témoignage là est littéralement résumé aux injonctions sexistes :neutral:), oui je trouve que ça (me) rend triste.

Personne n'est obligé de militer ou de lutter ou quoi que ce soit d'autre contre le sexisme, par contre ne pas de tenir de propos sur ce que sont et ce que ne sont pas "les femmes" pour "expliquer" sa non-binarité comme si on était au comptoir du PMU ça pourrait être mieux je pense (et ça éviterait de pencher vers le sexisme).
On peut adopter des codes vestimentaires dits masculins (idem pour les normes de genre "physiques") et parler de son identité non-binaire sans pour autant résumer "une femme, c'est quoi" de cette manière, parler du sexisme et des injonctions sexistes de cette manière.

Je précise que j'ai bien compris que ce n'est pas ce que tu dis, et que ce n'est pas ça la non-binarité, mais c'est je trouve ce qui ressort du discours de Camille (comme dit précédemment : son témoignage n'est peut-être pas assez développé?).
 

Horion

Trans NB/HellaSlytherin
18 Janvier 2016
955
9 732
1 454
@Lady Stardust

Je vais étayer un peu ta réflexion, pour tenter d'expliquer pourquoi certaines personnes peuvent tenir ce discours (d'un point de vue de la transidentité plus que la non binarité).
C'est une réflexion qu'on a pas mal eu dans l'association trans que j'ai rejoint. Le soucis c'est que la société est de base extrêmement essentialisante. D'où le mot passing : pour être reconnu dans le genre dans lequel on s'identifie, il faut passer. Donc coller à une norme de genre. De ce fait, au vu de la transphobie vécu au quotidien, certaines personnes trans vont tenter de coller au max à des normes de genre afin de pouvoir passer pour une personne cis et de s'extraire de la transphobie. Ajoutons à cela l'organisation de la sofect (qui s'appelle désormais trans santé), qui est un organisme public qu'on appelle le parcours trans officiel où quasiment toutes les prises en charge sont remboursées, qui exigent que les personnes trans acceptées dans ce parcours collent aux normes de genres.
De ce fait, de plus en plus de personnes trans passent par le privé pour être pris en charge et doivent payer de leur poche certaines choses comme la mammectomie (où le remboursement est plus complexe si on passe pas par le parcours officiel).

Après j'entends ton discours et je le rejoint plus ou moins. Cependant il n'y a pas une non binarité mais plusieurs non binarité. Expliquer la non binarité est en fait assez complexe et c'est vrai qu'on a tendance à le raccourcir à des choses qui se voient : les normes de genre, pour que les cis qui ne sont pas forcément deconstruit sur le sujet comprennent. Au fond, c'est beaucoup plus complexe que cela d'expliquer un ressenti, c'est pas forcément objectif non plus et au vu de l'enbyphobie, on a tendance à vulgariser énormément la définition.

De plus, je crois que je comprends ceux qui cherchent dans la non binarité une manière de s'extraire d'un cisteme (petit jeu de mot) oppressant et patriarcale.
Il faut savoir aussi que quand on commence à se questionner sur son identité de genre, on passe par pleins de phases, qui peuvent être parfois perçue comme problématique. Au début c'est très basique : forcément on se compare à des normes de genre classiques (femme = robe, homme = barbe, grosze vulga). Puis la réflexion s'étiole petit à petit, on s'extrait des premières réflexions de base. C'est vraiment complexe de se comprendre sur ce point, d'autant plus que la transidentité ça fait peur, c'est tabou. On pense à la transphobie qu'on va vivre, comment ça va se passer, comment ça va être accepter.

À mon avis c'est tout cela qui rend peut-être le témoignage de Camille compliqué à comprendre pour des personnes cis qui ne passent pas par toutes ses phases de réflexions, de peur, d'identification, etc.
 
13 Janvier 2011
4 159
36 561
5 664
Il faut savoir aussi que quand on commence à se questionner sur son identité de genre, on passe par pleins de phases, qui peuvent être parfois perçue comme problématique.
À mon avis c'est tout cela qui rend peut-être le témoignage de Camille compliqué à comprendre pour des personnes cis qui ne passent pas par toutes ses phases de réflexions, de peur, d'identification, etc
D'où l'intérêt qu'il y aurait eu à avoir un article de témoignages à visée de vulgarisation qui... explique ces choses là? Ton expérience est tres intéressante et tes posts éclairants, du coup l'article me laisse un goût d'occasion manquée.
 

Les Immanquables du forum

Participe au magazine !
Une info qu'on devrait traiter sur madmoiZelle ?
 
Nouvelle ou perdue ?
Pas de panique, on t'aime déjà !

La charte de respect du forum
Le guide technique &
le guide culturel du forum
Viens te présenter !
Un problème technique ?
Topic d'entraide sur l'orthographe et la grammaire
 
La chefferie vous informe
Les annonces de l'équipe concernant le forum et madmoiZelle
Rendre visite à madmoiZelle
Le médiateur du forum
Soutiens madmoiZelle financièrement
Topic dédié à la pub sur mad
Si vous aimez madmoiZelle, désactivez AdBlock !

Les immanquables
Les topics de blabla
En ce moment... !

Mode - Beauté - Ciné - Musique - Séries - Littérature - Jeux Vidéo - Etudes - Ecriture - Cuisine - People - Télévision

Envie de rencontrer des MadZ ?
Viens trouver le forum de ta ville !

Mode
Le pire de la mode
Ces vêtements qui te font envie
Ta tenue du jour
La tenue qui plaît
Tes derniers achats de fringues

Beauté
Astuces,bons plans économies & dupes
Le topic des vernis
Questions beauté en tout genre
 
Culture
Le meilleur des images du net
L'aide aux devoirs
Tu écoutes quoi ?
Quelle est ta série du moment ?
Quel livre lisez-vous en ce moment ?
Le dernier film que vous avez vu à la maison
Le topic philosophique
 
Société
Topic des gens qui cherchent du travail
Voyager seule : conseils et témoignages
Trucs nuls de la vie d'adulte : CAF, Banque, Mutuelle, Logement etc...
 
Les topics universels
Je ne supporte pas
Je ne comprends pas
Ca me perturbe
Je me demande
J'adore...
Je m'en veux de penser ça mais...

Cupidon
Le topic des amoureuses
Le topic des polyamoureuses
Les Célibattantes