Je viens de finir La part de l'autre, et j'ai trouvé ça assez insupportable : j'ai lu la partie "Hitler gentil" comme on lit un roman, sans jamais vraiment penser que le vrai Hitler aurait pu tourner ainsi, et sans croire un seul instant que les suites historiques qu'E.E Schmitt imagine auraient pu être réalistes si Hitler avait été bon (l'Allemagne aurait-elle pour autant accepté le Diktat sans broncher, en ne faisant qu'une guerre courte et victorieuse à la Pologne pour récupérer les Sudètes ? ; aurait-elle eu les moyens de faire cette guerre, d'ailleurs, sans le redressement économique qu'a permis le national-socialisme ? ; et une Deuxième Guerre mondiale n'était-elle pas nécessaire pour arriver à la réconciliation des peuples en Europe, ou du moins pour que l'Angleterre et la France surtout comprennent qu'elles étaient allées trop loin avec le Traité de Versailles ? ).
D'autre part, j'ai du mal à comprendre comment la noirceur qu'il décrit dans la partie "Hitler réel", son incapacité à assumer un échec, son sentiment de supériorité intellectuelle et d'avoir été désigné par "la Providence" aurait pu disparaître chez un Hitler qui aurait été accepté à l'Académie des Beaux-Arts. D'ailleurs, puisqu'il n'avait pas préparé son concours, persuadé de son talent inné, je ne vois pas comment il aurait pu être reçu, ce qui fait que les choses me semblent viciées bien plus tôt, que le "destin" de Hitler était écrit bien avant le jour où il a appris qu'il n'était pas reçu. Le parti national-socialiste avait besoin d'un chef, je pense qu'il s'en serait trouvé un autre dans l'hypothèse où Adolf Hitler s'était tenu éloigné de la politique, et peut-être que la Solution Finale était sortie tout droit de l'esprit tordu de Hitler, mais il n'a pas inventé l'antisémitisme, ni les persécutions contre les Juifs. Et l'Allemagne de l'après-Première Guerre mondiale n'aurait jamais pu se remettre aussi facilement qu'il le décrit, c'est à mon sens une impossibilité historique et c'est trop facile de prétendre, comme Schmitt le fait à la fin, que des historiens ont lu son bouquin et n'ont rien trouvé à y redire, de se barricader derrière le savoir historique alors que l'histoire n'a rien d'une science exacte, encore moins l'histoire du nazisme, encore sujette à débat.
Donc, non, je ne me suis pas interrogée sur la "part des ténèbres qui sommeille en moi" comme y invite un critique sur la quatrième de couverture, j'ai juste lu d'une part un roman, d'autre part une biographie romancée de Hitler, et à ce compte là j'aurais moins perdu mon temps en lisant une vraie biographie.
Edit : en plus les ficelles littéraires sont juste énormes. Exemple : Hitler, dans les tranchées, n'en peut plus des rats. Que se passe-t-il alors dans sa pauvre et folle tête ? : "on va mettre en oeuvre la solution finale, l'anéantissement de tous les rats de Champagne", ou quelque chose comme ça. On voit tellement où il veut en venir que c'en est énervant, j'ai l'impression qu'il prend son lecteur pour un imbécile.