@Madthilde :
Partir du principe qu'on est susceptible de changer d'avis ou d'avoir tort n'est pas l'unique motivation possible pour prendre en compte les arguments de l'autre. On peut aussi tous simplement être motivé.e à démonter un argumentaire ou vouloir comprendre à quelle étape du raisonnement vos conceptions des choses se sont séparées. Etre persuadé.e d'avoir raison (au moins dans un premier temps), ça peut rendre arrogant.e, mais ça ne rend pas nécessairement sourd.e ou malhonnête. En pratique, je pense qu'une personne qui est persuadée d'avoir raison et souhaite prouver point par point en quoi c'est le cas, et une personne qui part du principe que son avis est de susceptible de changer et en tire la nécessité d'écouter l'autre seront toutes les deux rigoureuses dans leurs arguments et la manière de mener le débat. Et bien sur aucune d'elle n'est protégée contre l'éventualité qu'un de ses arguments se révèle bancal. La seule différence que je fais, c'est que lorsque ça arrive à une personne qui était convaincue d'avoir raison, ça lui pique un peu plus l'égo.
Pour certains sujets, il n'y a pas une infinité de positionnements possibles, alors on peut avoir testé tous ce qui se fait. Par exemple, si on a été anti-IVG et qu'on devient pro-choix, on a été dans les deux camps. Au moment où on est devenu pro-choix, on a a priori déjà connaissance des différents arguments de ceux qui défendent un droit de vie pour les fœtus, et notre raisonnement nous a conduit à les quitter en connaissance de cause. Donc je pense que c'est raisonnable d'estimer à ce moment que le droit des femmes à avorter est une conviction sur laquelle on ne reviendra pas. Ça suppose d'avoir vraiment réfléchi aux différents fondements qui peuvent la justifier notre position initiale mais selon le sujet, c'est quelque chose qui prend largement moins d'une vie.
Dans ces cas de figure, le changement, s'il y en a, ne me paraît envisageable que dans la situation où de nouveaux arguments apparaîtraient par rapport à notre positionnement précédent (et du coup, le positionnement qu'on a quitté ne se base plus sur ce sur quoi on le fondait à ce moment) mais justement, comme on le disait, pour la plupart des sujets les arguments tournent en rond, donc ça me paraît normal que les convictions stagnent aussi.